Chapitre 1 390
Bien que Lex n'eût pas formulé cette réponse sérieusement, elle laissa ses interlocuteurs perplexes. Il semblait que la bureaucratie fût un fléau universel, peu importaient le pays, la planète ou la race.
« Trêve de plaisanteries, la taverne de la Cabane dans l'Arbre n'est semblable à aucune autre », déclara Lex, décidant de passer sous silence ses traits d'esprit. Il n'y aurait eu aucun intérêt à faire de l'humour si ceux à qui il s'adressait ne pouvaient même pas en saisir le sens.
« La taverne est associée à l'Auberge de Minuit et, à ce titre, elle voyage de planète en planète au gré de ses déplacements. Même moi, je ne saurais prédire quand elle quittera ce monde ; ne laissez donc pas passer votre chance et profitez-en tant qu'elle est là. »
« Vous venez d'une autre planète ? » demanda Freman, visiblement plus surpris par ce fait que par tout le reste. « L'Empire n'appréciera guère. Ils aiment contrôler strictement les accès à cette planète. Peut-être devriez-vous dissimuler cet arbre au lieu de l'exposer si ostensiblement. Un tel trésor mérite d'être protégé, non livré aux dangers d'Arra-kiss. »
Lex esquissa un sourire amusé.
« Je vous assure que la taverne est parfaitement en sécurité. Je doute que nous ayons le moindre souci avec un quelconque empire. Quoi qu'il en soit, si vous souhaitez monter, vous pouvez passer par la réception. Vous êtes libres de rester dans le jardin en contrebas, tant que vous ne dérangez aucun client. »
Techniquement, Lex n'avait aucun client pour le moment, mais cela finirait par arriver. Si le jardin constituait un excellent moyen d'attirer l'attention des passants, il tenait à établir d'emblée qu'il ne tolérerait aucun chahut.
Sur ces mots, il se retira à l'autre bout du jardin pour s'occuper des plantes en pleine croissance. Il ne voulait pas intimider ses potentiels futurs clients, car il voyait bien que sa présence les mettait mal à l'aise ; ils étaient bien trop méfiants.
« Viens, Freman, nous devons partir sur-le-champ et informer le chaman de cette découverte », lança l'un des elfes, toujours réticent à l'idée de pénétrer dans le jardin.
« Leur dire quoi ? Nous avons à peine commencé à explorer les lieux ! Sans parler de la cabane, nous n'avons même pas fait le tour du jardin. Et puis, cette herbe est si agréable au toucher... Je ne veux pas encore partir. C'est comme si, toute ma vie, il m'avait manqué quelque chose de tel. »
« Freman, tu n'es plus un enfant. Nous ignorons tout des dangers de cet endroit. Comment peux-tu être certain de ne pas avoir été ensorcelé ? Nous devons vérifier si tu n'as pas subi une quelconque magie. Le chaman sera le seul juge. »
Freman jeta un regard nostalgique vers le jardin, ressentant l'appel irrésistible de cette verdure, mais finit par faire volte-face. Ce n'était pas qu'il doutât de l'authenticité de la cabane ou du jardin ; il savait simplement que ses compagnons ne feraient confiance à la taverne que si le chaman confirmait qu'il n'avait rien à craindre. S'ils s'y refusaient, ils se priveraient de ce lieu.
Ce fut uniquement par égard pour ses coéquipiers qu'il étouffa le désir qui lui serrait le cœur et se résolut à partir.
« Puisque vous n'êtes pas entrés, vous ne pouvez pas comprendre », dit-il en s'éloignant, après avoir remis ses bottes. « Je crois que c'est le paradis dont parle la prophétie. "L'élu combattra les oppresseurs depuis l'ombre du paradis et apportera un changement dans l'ordre du monde." »
Les autres s'agitèrent en entendant un verset de leur prophétie et ne purent s'empêcher de jeter un dernier regard vers l'arbre. Ils ressentaient eux aussi son attraction, mais la peur les retenait.
Au lieu de s'approcher du jardin, ils remontèrent sur leurs taupes, qui s'enfoncèrent aussitôt dans le sol.
Juste avant leur départ, ils aperçurent une silhouette indistincte à l'horizon, courant vers l'arbre.
Tetsuya vit également les elfes du désert, mais les ignora et continua sa course vers l'arbre.
Il était déshydraté, épuisé et n'avait plus d'autre option.
Il était traqué — il l'était toujours. Il ignorait quel mauvais sort le poussait à se faire des ennemis partout où il allait, mais cette fois, il était vraiment à bout de forces.
Courir vers l'arbre était une bien mauvaise idée, car tout le monde finirait par venir enquêter. C'était l'endroit le plus dangereux où se trouver. Pourtant, il espérait découvrir près de l'arbre quelque fruit précieux qui l'aiderait à retrouver ses pleines capacités.
Il ne cherchait même pas à s'améliorer ou à monter en puissance. Éliminer sa fatigue lui suffirait. Après tout, un combat décisif l'attendait bientôt.
Quinze minutes plus tard, Tetsuya, gravement brûlé, atteignit enfin le jardin. Dès qu'il huma l'odeur de l'herbe fraîche, des fleurs et des arbres, il manqua de s'effondrer. Originaire d'une planète agricole, être transporté sur un monde désertique avait été pour lui un véritable supplice.
Il n'aurait jamais cru pouvoir goûter à nouveau à ces plaisirs simples tant qu'il ne quitterait pas Arra-kiss, et il savait qu'il ne pourrait jamais quitter ce lieu tant que l'Empire y régnerait.
Cette faiblesse passagère s'évanouit toutefois rapidement. Il ne pouvait se permettre de se relâcher. Au contraire, il redoubla de vigilance et commença à s'avancer prudemment dans le jardin.
Bien que les apparences pussent laisser croire à un paradis, surtout sur une planète telle qu'Arra-kiss, il ne fut pas dupe. Pour qu'un arbre aussi colossal surgisse ainsi de nulle part, il devait dissimuler un secret immense, plus grand encore que tout ce qu'il avait pu voir jusqu'alors.
Il utilisa diverses techniques pour sonder les environs à la recherche de dangers et, ne détectant aucune menace évidente, il récolta précautionneusement la rosée accumulée sur l'herbe et l'avala d'une traite.
Bien que la quantité d'eau fût dérisoire, il sentit soudain une bouffée d'énergie parcourir son corps, cicatrisant ses blessures les plus profondes et le revigorant. Pourtant, loin de se réjouir, Tetsuya fut pris d'effroi. Quel genre d'endroit était-ce, si même l'humidité sur l'herbe possédait un niveau de puissance suffisant pour le soigner ?
Avec une extrême prudence et une hésitation manifeste, Tetsuya arracha un brin d'herbe et le mordit.