Chapitre 1 207
Lex était plus que prêt à frapper quelque chose de solide lorsque le défi suivant commença. Mais au lieu d'un monstre ou d'un adversaire, il se retrouva face au poids de la responsabilité. Puisque l'épreuve découlait du couronnement d'un roi humain, l'ennemi auquel Lex faisait face était le défi abstrait qu'avait dû affronter le tout premier roi de l'humanité face à un monde incertain et à un avenir imprévisible.
Curieusement, Lex trouva cette sensation familière plutôt que redoutable. C'était le sentiment de porter le poids d'innombrables vies au creux de sa main. C'était le poids de savoir que chaque parole prononcée pouvait ruiner l'avenir d'une multitude si elle était la mauvaise. C'était le sentiment de juger quelqu'un et de le condamner à mort — de porter ce jugement sur une autre vie, puis de l'exécuter.
Le poids de ce sentiment n'était ni solide ni quantifiable, et pourtant, il suffisait à briser des mondes. Il pouvait courber les échines et faire plier les genoux, il réduisait la pierre en poussière et les empires en cendres. C'était un fardeau abstrait capable de paralyser les esprits les plus brillants. Mais Lex avait déjà l'habitude de le porter.
Sans le moindre effort supplémentaire, Lex franchit le niveau et passa au suivant, mais une fois de plus, l'adversaire auquel il faisait face n'était pas de ceux qu'on peut frapper. Il se heurta plutôt à l'obstacle de la famine. Puis vinrent le crime, l'avidité, et enfin la pauvreté.
Il affronta chaque défi, littéral ou métaphorique, que la race humaine avait dû surmonter lors de son ascension, et malgré son envie pressante d'accélérer les choses, il fut contraint de suivre le rythme dicté par la tour.
Lentement, il vit l'humanité évoluer, progressant pas à pas à travers les âges, depuis l'âge de pierre. Plus cela durait, moins Lex avait l'occasion de se battre personnellement, bien qu'à un certain moment, il sombra dans une sorte de transe.
Bien qu'il semblât observer l'ascension de la race humaine d'un certain royaume, Lex commença à voir dans son esprit l'avenir de l'Auberge. Il entrevit une époque où il deviendrait assez puissant pour ne plus craindre constamment de rencontrer un ennemi plus fort que lui. Au lieu de cela, ce seraient ces ennemis invisibles et abstraits, ceux qui avaient failli ébranler et dévaster la race humaine, qui deviendraient ses véritables adversaires.
Bien sûr, une telle époque était encore lointaine, mais à cet instant, l'avenir semblait se déployer sous ses yeux. Il vit comment les humains faisaient face à l'épuisement des ressources, au changement des saisons, à la chute des empires, des cultures et des traditions.
Il vit comment ils passaient d'une ère à l'autre, surpassant finalement les humains de la Terre en termes de technologie ! Il vit comment, au lieu de la culture du Qi, les humains de ce royaume empruntaient la voie des améliorations génétiques pour devenir plus forts, se heurtant par ce biais aux mêmes barrières que les cultivateurs.
Il vit comment, au lieu d'Immortels terrestres capables de contrôler les lois, les humains choisissaient d'assimiler une partie d'une loi en eux-mêmes, se liant à jamais à un seul principe, mais gagnant en retour un gain de puissance significatif.
Il vit la race humaine atteindre des sommets qu'il peinait à croire, et juste au moment où Lex pensait en avoir fini avec les ennemis tangibles, la guerre des royaumes éclata. Lex posa les yeux sur une créature qu'il avait déjà rencontrée, mais qu'il ne s'attendait pas à voir ici, de tous les endroits possibles.
Il vit un Kraven déchirer le tissu de la réalité au-dessus de la capitale de l'empire humain et déchaîner un déluge de dévastation sur la race. Ce fut l'une des rares défaites totales subies par l'humanité.
Lorsque le combat s'engagea, Lex se retrouva de nouveau face au monstre couvert de substance noire, campé sur ses mains et ses jambes, tel un gorille.
Lex se remémora tout ce qu'il savait sur cette race maudite. Ils possédaient une peau grise et robuste, bien qu'elle fût invisible sous l'épaisse mélasse noire et visqueuse qui recouvrait leur corps et qu'ils pouvaient manipuler comme une extension d'eux-mêmes. Cette substance était également dangereusement toxique.
Ils étaient plus puissants lorsqu'ils se tenaient sur la terre ferme, car le sol leur servait d'organe sensoriel externe, ainsi que de réservoir d'énergie. Leurs muscles étaient formés d'une structure entrelacée qui leur permettait de déployer une force bien supérieure à ce qu'ils laissaient paraître, sans aucune limite de mouvement pour leurs membres.
Enfin, et surtout, ils étaient pratiquement immortels tant que le noyau énergétique caché dans leur poitrine n'était pas détruit — bien que Lex fût convaincu de pouvoir trouver de nombreuses façons de les tuer désormais. Ce n'était qu'à l'époque, lorsqu'il était faible, qu'il était contraint de détruire leur noyau pour les achever.
Oh, et ils possédaient aussi une capacité similaire à la Puissance du Dragon, appelée coercition. Elle avait été extrêmement efficace contre lui autrefois, bien qu'à présent, il ne l'enregistrât même plus tant elle l'affectait peu.
Était-ce une coïncidence si cette même race envahissait maintenant un autre royaume ? Quel rôle jouaient-ils dans les guerres des royaumes ? Autant de questions auxquelles Lex n'avait pas de réponse pour le moment, et qu'il n'avait d'ailleurs aucune envie de connaître.
« Meurs », ordonna Lex, en imprégnant sa voix de sa capacité de Fusion Mentale. Alors que cette voix dénuée d'émotion résonnait, le puissant Kraven, cet adversaire qui avait autrefois figé Lex au point de l'empêcher de bouger, mourut. Ou plutôt, son énergie spirituelle fut effacée. Mais curieusement, Lex sentit que le noyau énergétique dans sa poitrine commençait immédiatement à récupérer de l'énergie spirituelle dans son esprit.
Il s'avança et, d'une simple pichenette, détruisit le noyau énergétique. Lex se souvint du prince Kraven qui l'avait attaqué dans le royaume de Cristal. Peut-être qu'une fois tout cela terminé, devrait-il y retourner pour régler lui-même cette vieille rancœur. Il n'avait pas oublié que l'attaque du prince Kraven avait causé la perte de l'enfant à naître de Big Ben.
Bien que Big Ben et sa femme ne tinssent pas l'Aubergiste pour responsable et eussent tourné la page, Lex, lui, ne l'avait pas fait. Après tout, le poids qu'il portait sur ses épaules était comparable à celui d'un roi.