Chapitre 1 181
Lex fit un pas, puis s'immobilisa.
C'était étrange. Il sentit son affinité agir d'elle-même et accomplir quelque chose. Il n'avait aucune idée de ce qu'elle venait de faire, mais il comprit qu'elle ne faisait que réagir aux changements survenus dans son corps. Il semblait que… en plus d'avoir apposé un sceau sur son affinité, il avait utilisé une sorte de technique capable de la solliciter automatiquement, puisque la maîtriser lui semblait, pour l'heure, hors de portée.
Mais si cela dépassait son entendement, comment avait-il pu utiliser cette technique en premier lieu ? Son attention se reporta sur le sceau dans son esprit, mais l'effroi qui l'accompagnait s'empara de nouveau de lui. C'était si intense qu'il pouvait physiquement ressentir cette émotion.
« Pff », grogna Lex en ramenant son attention sur la situation présente. Il semblait que, pour une raison ou une autre, il avait trouvé une solution à son problème. Du moins, c'est ce qu'il paraissait.
Lex bondit en avant, et son affinité commença à agir d'elle-même, une fois de plus.
Lex gardait un œil sur le temps imparti pour sa quête, tout en observant la colline au loin. Lorsqu'il confirma que l'écoulement du temps était stable et qu'il pouvait effectivement se rapprocher de la colline, une trace de soulagement l'envahit.
Lex se mit alors à voler à sa vitesse maximale. Il ignorait combien de temps s'était écoulé pour les autres. Bien qu'il lui restât des centaines d'heures avant la fin de sa quête, qui savait si les autres n'en avaient plus que quelques dizaines ?
Cela faisait longtemps que Lex n'avait pas eu à parcourir une telle distance sans utiliser ses capacités spatiales, mais heureusement, il n'avait négligé aucun aspect de son entraînement. Il lui fallut dix heures pour approcher la colline, bien qu'étrangement, il fût incapable de dire quelle distance il avait parcourue.
Il avait simplement l'impression d'avoir voyagé « dix heures », comme si le temps lui-même était la distance à couvrir.
La colline, en réalité, s'avéra être une pyramide qui rappelait beaucoup à Lex celles des Mayas. Les blocs de pierre étaient colossaux, parfaitement alignés et étrangement épargnés par la végétation envahissante de la forêt, comme si une barrière invisible les séparait. Aucune liane ne marquait sa surface, aucune mousse ne s'accrochait à ses arêtes ; elle se dressait comme le témoignage d'une époque révolue, défiant l'avancée incessante de la jungle alentour.
Les yeux de Lex suivirent les flancs abrupts de la pyramide jusqu'à son sommet, où trônait un temple solitaire, enveloppé de mystère. Il n'avait pas besoin d'être un génie pour deviner qu'il s'agissait du Temple de l'Aube Gelée.
Le temple était une relique d'un âge inimaginable, ses murs ornés de sculptures complexes dépeignant des scènes d'une civilisation oubliée. Les glyphes et les symboles, bien qu'érodés, racontaient des histoires de divinités et de héros, de rituels et de sacrifices, figés dans le temps.
Son regard finit par se poser sur une chambre aux portes ouvertes, bien que l'obscurité y fût impénétrable, hormis une faible lueur argentée, surnaturelle, qui semblait émaner des profondeurs. Dans cette lueur, projetant des ombres étranges et emplissant l'air d'un sentiment de puissance ancienne et profonde, Lex perçut quelque chose d'étrangement familier, sans pouvoir toutefois mettre le doigt dessus.
Pourtant, il pouvait voir que cette lueur luttait contre l'obscurité oppressive, tentant d'en soulever le voile.
À cet instant, Lex comprit soudain la signification de ce lieu. Ce n'était pas seulement une relique d'une ère disparue, mais un monument témoignant d'une époque où le tissu même de la réalité était différent. Le temple contenait l'énergie de l'époque où le royaume Originel n'en était qu'à ses balbutiements, à peine en train de se former.
Coupée du temps lui-même, la pyramide intacte et son temple constituaient un sanctuaire du passé, préservé au sein de la bulle temporelle.
Si l'anomalie de ce lieu était résolue, ce sanctuaire réintégrerait le royaume Originel, et tout secret qu'il renfermait deviendrait accessible aux Henali.
Si Lex n'était pas lui-même une collection ambulant de secrets, de pouvoirs et de trésors anciens, il aurait pu être curieux de découvrir ce que cachait ce temple. Si tant d'efforts avaient été déployés pour le dissimuler, et que les Henali tentaient désespérément d'y accéder, le trésor devait être remarquable.
Diable, si Lex n'avait pas eu une mission sur laquelle se concentrer, il aurait pu être tenté d'explorer et de percer les secrets de ce temple. Mais en l'état, il ne pouvait se permettre d'être distrait.
Même si un grand trésor était caché ici, mettre la main dessus ne valait pas la peine de se détourner de sa vengeance.
Il laisserait ce prix aux Henali, ou à quiconque souhaitait s'en emparer. Lex voulait simplement mettre fin à l'anomalie.
Il pénétra dans la pièce sombre, là où ses instincts le guidaient, et sentit immédiatement l'obscurité tenter de l'engloutir.
En vérité, Lex avait totalement sous-estimé le danger que représentait cette obscurité, et il trébucha.
Mais ce ne fut que cela. Le poids de cette obscurité ne pouvait, au mieux, que le faire trébucher. Pourtant, pour lutter contre cette noirceur, Lex avait besoin d'une lumière. Il sut instinctivement que sa Domination, son aura ou toute autre capacité ne fonctionneraient pas.
Alors, Lex tendit un doigt devant sa bouche et souffla une petite traînée fine de feu draconique qui se rassembla au-dessus de son doigt telle une petite flamme de bougie.
Au sein de l'obscurité, il y avait désormais deux sources de lumière : un minuscule feu draconique vacillant et une lueur argentée éthérée.
L'obscurité fut repoussée, et soudain, ce fut comme si deux lumières s'alliaient contre les ténèbres.
Lex s'enfonça plus profondément dans la salle, s'approchant de la lueur argentée jusqu'à n'être qu'à quelques pas, où il fut contraint de s'arrêter. Pour la deuxième fois de la journée, Lex fut stupéfait par ce qu'il vit.
De toutes les choses qu'il aurait pu imaginer être la source de cette lumière étrangement familière, il ne s'attendait absolument pas à voir une ballerine.
L'obscurité était sa scène, et sa danse gracieuse mais délicate, fascinante à contempler, illuminait littéralement la pièce.