Chapitre 28
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ L’Épée pourfendeuse du Ciel ◈
Chapitre 28 : Chapitre cinq — Rassemblement du Dragon et du Phénix (1)
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Une longue file s’étirait devant les portes de la ville.
D’étranges murmures parcouraient la foule qui attendait de se faire inspecter.
Ce n’étaient que des exclamations admiratives et ébahies, toutes adressées à un seul homme.
« Ah… »
« Oh… »
Il portait une robe de soie noire.
Ses cheveux d’un noir de jais, comme tissés dans la nuit, contrastaient avec sa peau pâle et son nez haut et fin. Ses yeux baissés semblaient empreints de mélancolie, et ses lèvres étaient rouges.
Si la beauté elle-même prenait forme, elle pourrait bien lui ressembler. Les yeux clos, l’homme semblait rayonner, comme s’il était le seul à se détacher du monde.
« Alors, qu’en penses-tu ? J’avais raison ou pas ? » murmura Jegal San à Dang Hwa-seo.
Il était vêtu en mendiant, couvert de crasse de la tête aux pieds.
Dang Hwa-seo ne put que laisser échapper un rire incrédule.
Je n’arrive pas à croire que ça marche vraiment.
Déguiser Mok Ri-won en jeune maître de noble famille et bluffer les gardes pendant l’inspection.
Elle avait trouvé l’idée absurde, mais, vu la situation, cela semblait étrangement possible.
— Garde le silence et regarde le sol, frère Mok. C’est ta sœur qui va tout expliquer. Si un garde te pose des questions idiotes, fronce simplement les sourcils.
— D’accord ! Compte sur moi !
— Jeune héros Mok, vous pensez vraiment que ça va marcher…
— Compte sur moi !
Dang Hwa-seo se rappela leur conversation de quelques instants plus tôt et jeta un coup d’œil à Mok Ri-won, qui gardait un visage impassible.
Il était vraiment beau.
Mais elle remarqua aussi autre chose.
Il s’ennuie à mourir.
Le coin de sa bouche tressaillait : il s’ennuyait bel et bien, et pas qu’un peu.
Évidemment, quelqu’un qui bavarderait toute la journée sans s’arrêter dès qu’on le laissait faire devait mourir d’envie de parler.
Il avait l’air à la fois pitoyable et amusant. Dang Hwa-seo lui prit doucement le bras.
« Jeune héros Mok, tenez encore un peu. Ce sera bientôt notre tour. »
« D’accord… ! »
À peine lui eut-elle adressé la parole qu’il faillit lui décocher un grand sourire. Il se reprit aussitôt et se força à garder une expression figée.
C’était amusant, là aussi, et Dang Hwa-seo sourit légèrement.
Pourtant, elle continuait d’éviter son regard.
Elle n’osait naturellement pas croiser ses yeux.
C’est divertissant.
Jegal San se retint de pouffer en voyant Dang Hwa-seo si mal à l’aise.
Il regrettait tout de même une chose : il n’avait pas réussi à faire porter une robe de femme à Mok Ri-won.
Tss, ça aurait été amusant aussi.
Ce n’était pas faute d’avoir essayé. Mok Ri-won s’était simplement montré bien trop récalcitrant.
— M-me déguiser en femme ? Tu veux que j’imite une femme ?! Bon sang, frère Jegal ! Comment peux-tu m’humilier ainsi ?!
Jegal San ne comprenait pas un refus aussi catégorique.
Il ignorait à quel point Ma Il-seok s’était moqué de Mok Ri-won, quand il était enfant, parce qu’il ressemblait à une petite fille.
« Suivant ! »
La voix d’un garde retentit.
Jegal San leva les yeux, comprit que leur tour était enfin venu et s’adressa à Dang Hwa-seo.
« Allons-y. »
« D’accord. »
Tap.
Le visage tendu, Dang Hwa-seo s’avança.
***
Goh Chang, un artiste martial du Domaine de la famille Zhang, observa les trois personnes devant lui. Il portait encore les blessures que lui avait infligées un assaillant lors d’une attaque précédente.
Il s’efforça de contenir sa surprise.
Bon sang, ce type est d’une beauté insolente.
La femme à ses côtés était elle aussi si ravissante qu’elle lui en écarquillait les yeux, mais son regard revenait sans cesse à l’homme.
Il ne daigna pas accorder un second regard au serviteur crasseux qui les suivait.
L’homme avait l’allure de quelqu’un qui vivait dans son propre monde.
Et ses vêtements…
En tant qu’artiste martial au service d’un riche domaine, Goh Chang en reconnut immédiatement la valeur.
Cette robe doit coûter au moins quatre pièces d’or.
Goh Chang était tendu.
Il ignorait qui était cet homme, mais ses origines étaient manifestement exceptionnelles. Il ne pouvait pas se permettre de le traiter à la légère.
« Hum. Alors, je vais procéder à l’inspec… »
« Haa… »
L’homme soupira et fronça les sourcils.
Q-quoi ?!
Une foule de pensées se bouscula dans l’esprit de Goh Chang.
Avait-il fait quelque chose pour offenser cet homme ?
Ou celui-ci était-il mécontent de devoir faire la queue et se soumettre à une inspection ?
Goh Chang se força à calmer les battements affolés de son cœur.
Cela ne signifiait pas pour autant qu’il pouvait procéder à l’inspection sans crainte.
Pourquoi le ferait-il ?
Il n’avait rien à gagner à offenser quelqu’un qui venait manifestement d’une famille prestigieuse.
Le Domaine de la famille Zhang avait beau être riche, il ne se dresserait pas contre des gens de cette trempe pour défendre un garde insignifiant.
« L’in-inspec… »
« Haa… »
« … »
Mok Ri-won soupira de toutes ses forces.
Il faisait scrupuleusement ce qu’on lui avait demandé.
N’empêche, c’était gênant.
Dang Hwa-seo craignit que le garde ne remarque quelque chose d’étrange si elle n’intervenait pas aussitôt. Elle prit donc la parole.
« Il est à cran parce que nous sommes pressés. Je vous prie de nous comprendre. »
« N-non, ce n’est… »
« Hm… mon mari n’a pas fermé l’œil à cause des troubles qui ont commencé à l’aube. »
Les joues de Dang Hwa-seo rosirent légèrement.
C’était exact.
Ils se faisaient passer pour mari et femme.
Elle avait eu du mal à prononcer le mot « mari », mais Goh Chang comprit heureusement ce qu’elle voulait dire.
Eh bien, si un homme aussi beau était mon mari…
Il était tout naturel qu’elle lui sourie ainsi, avec timidité.
« N-non, je vous prie de m’excuser… »
« N’y pensez pas. Pourriez-vous plutôt nous laisser passer ? Comme je vous l’ai dit, nous sommes pressés. »
« O-oui ! »
Goh Chang s’écarta à la hâte.
Dang Hwa-seo esquissa un sourire et passa son bras sous celui de Mok Ri-won.
« Merci de vous être donné cette peine. »
Elle franchit alors les portes, emmenant le serviteur avec elle.
Ce ne fut qu’après les avoir perdus de vue que Goh Chang comprit qu’il ne leur avait jamais demandé qui ils étaient.
… Ah, ils ne pouvaient quand même pas être ces gens-là.
Mais Goh Chang avait encore tant de monde à inspecter qu’il n’eut pas le loisir de penser qu’en se disant « sûrement pas », on pouvait signer son arrêt de mort.
***
« On a réussi ! On est sortis de la ville sains et saufs ! »
Dès qu’ils furent assez loin de la ville, Mok Ri-won poussa des cris de joie.
Il abandonna toute trace de dignité et se réjouit comme un enfant.
« Comme on pouvait s’y attendre de frère Jegal ! Je savais que je pouvais te faire confiance ! »
« Oui, oui. Tu peux me complimenter encore un peu. »
« J’ai une fois de plus compris la grandeur du noble clan Jegal ! »
« Encore. »
« Tu es tellement incroyable et impressionnant que je ne peux que rester là, bouche bée ! »
« Mm ! »
C’était un petit numéro ridicule.
Dang Hwa-seo les observa d’un air las, puis Mok Ri-won se tourna vers elle.
« Vous aussi, mademoiselle, vous avez été incroyable ! Je n’ai jamais vu quelqu’un jouer aussi bien de toute ma vie. »
Tressaillement.
Les épaules de Dang Hwa-seo frémirent.
Il la fixait de ses yeux brillants, et elle se mit à regarder le ciel sans raison.
« Oui, eh bien… »
« Vous aviez préparé ce que vous alliez dire ? Ou vous avez tout improvisé ? Moi, Mok Ri-won, je veux apprendre à jouer comme vous, mademoiselle ! »
« A-arrêtez, je vous en prie… »
C’était accablant.
Non, elle avait presque l’impression de recevoir un honneur qu’elle ne méritait pas.
Quand un homme avec un tel visage se penchait vers elle, l’admiration dans les yeux, elle ne pouvait s’empêcher de perdre contenance.
« Ça suffit, arrêtez, je vous en prie. Ce n’était rien de spécial… »
« Mais c’était tellement incroyable ! »
Les louanges de Mok Ri-won ne semblaient pas près de s’arrêter.
Il n’y pouvait rien.
Les déguisements et le jeu d’acteur.
S’échapper d’un territoire hostile grâce à ces stratagèmes.
Tout cela le rapprochait un peu plus de la vie de héros chevaleresque dont il avait toujours rêvé.
Le protagoniste du cinquième chapitre des Chroniques des héros martiaux, le Héros meurtrier, avait fait quelque chose de très semblable.
Les cheveux de Mok Ri-won se balançaient tandis qu’il poursuivait son discours enthousiaste.
Sa robe de soie flottait elle aussi.
Et elle était noire, comme par hasard.
Cette couleur faisait ressortir la pâleur de sa peau, et Dang Hwa-seo en eut le vertige.
« Comment fait-on pour devenir doué dans ce genre de choses ? Comment s’y prend-on pour avoir ce sourire doux ? Comme ça ? Ou comme ça ? »
Mok Ri-won tira les coins de sa bouche vers le haut avec ses index et se pencha vers elle.
Son parfum se fit plus présent.
La gêne qui montait en elle fit céder le dernier fil de raison de Dang Hwa-seo.
« A-arrêtez ! »
Flac !
« Guh… ! »
Le poing de Dang Hwa-seo s’enfonça dans le plexus solaire de Mok Ri-won.
Mok Ri-won inspira brusquement et tomba à genoux sous l’effet de cette attaque inattendue. Dang Hwa-seo comprit trop tard ce qu’elle venait de faire et s’excusa.
À côté d’eux, Jegal San s’éloigna prudemment de Dang Hwa-seo.
Elle ne pouvait pas se débarrasser de cette manie de frapper avant de réfléchir ?
Il craignait qu’elle ne dirige bientôt sa colère contre lui.
***
Après environ trois jours de voyage, les trois arrivèrent à destination.
Le Mont Huang, l’une des Trois Montagnes des Plaines centrales, se dressait devant eux ; ses immenses pics rocheux perçaient les nuages.
« Voici le Mont Huang ! Un lieu incontournable quand on vient dans l’Anhui ! »
« Oh ! Mon maître m’en a parlé ! Il disait que contempler le paysage depuis le sommet du Mont Huang, avec les pins pour compagnons, était une expérience extraordinaire ! »
« Hahaha ! Ton maître s’y connaît ! »
Tandis que Mok Ri-won et Jegal San poursuivaient leur conversation animée, Dang Hwa-seo se concentra pour apaiser la tension qui montait en elle.
Enfin.
Elle était enfin arrivée.
C’était le premier pas vers une vie où elle ne fuirait plus.
Ici, elle rencontrerait le Dragon du Poing Il-un et irait voir l’abbé de Shaolin.
Dang Hwa-seo serra le poing.
« … Nous devrions y aller. »
« On va gravir le Mont Huang ? »
« Ah, non. Le Rassemblement du Dragon et du Phénix aura lieu dans le district de She, inutile donc de l’escalader. »
« Ah… »
La déception se peignit sur le visage de Mok Ri-won.
Dang Hwa-seo gloussa et ajouta : « Mais si nous en avons le temps, ce ne serait pas une mauvaise idée d’y monter. C’est la première fois que je viens au Mont Huang, moi aussi, et je suis curieuse. »
« Oh ! »
Le visage de Mok Ri-won s’éclaira aussitôt.
S’il avait eu une queue, elle aurait sûrement tournoyé comme une hélice à présent.
Son enthousiasme était aussi visible que ça.
Pour une raison quelconque, Dang Hwa-seo éprouva un pincement au cœur en le voyant ainsi.
Bientôt…
Ils devraient peut-être se séparer.
Cette pensée lui serra étrangement le cœur.
***
Le Rassemblement du Dragon et du Phénix était une fête ouverte aux jeunes artistes martiaux du monde martial, mais cela ne signifiait pas que n’importe qui d’un âge convenable pouvait y participer.
Officiellement, il s’agissait d’un tournoi d’arts martiaux destiné à distinguer les dragons des phénix.
Il fallait remplir certaines conditions minimales.
« Eh bien, ça ne nous concerne pas. Être issu d’un clan noble réputé se révèle utile dans ce genre de situation. »
« Et moi ? »
« Ne t’inquiète pas. Avec la recommandation de ma sœur et la mienne, nous pourrons te faire une place, frère Mok. Enfin… tu ne raterais pas une épreuve d’admission, mais mieux vaut éviter les ennuis inutiles, non ? »
« Exactement ! Comme on pouvait s’y attendre de frère Jegal ! »
« Hum ! »
Les trois étaient assis dans une auberge du district de She et discutaient des inscriptions à venir au Rassemblement du Dragon et du Phénix.
Comme toujours, Mok Ri-won avait commandé des nouilles fines et du thé vert Feuille de bambou.
Dang Hwa-seo avait pris des raviolis.
Devant Jegal San se trouvait du porc braisé aux cinq épices.
« Jeune héros Mok, mangez avant tout. Vos nouilles vont devenir molles. »
« Ah, oui ! J’ai compris ! »
Aux mots de Dang Hwa-seo, Mok Ri-won se mit enfin à manger.
Comme toujours, il avala ses nouilles fines en les aspirant comme s’il buvait, puis vida une tasse de thé vert Feuille de bambou et lâcha un « Kheuh ! » de satisfaction en souriant.
« Le thé vert Feuille de bambou du Mont Huang a vraiment un goût différent ! »
« Tu aimes tant que ça le thé vert Feuille de bambou, frère Mok ? Goûte aussi ça. Ça devrait te plaire. »
« Oh ! Alors… »
Le repas se poursuivit dans la bonne humeur.
Dang Hwa-seo sourit doucement en voyant Jegal San et Mok Ri-won rire ensemble.
« Bienvenue ! »
La voix du garçon d’auberge retentit.
Elle était plus forte que tout ce qu’ils avaient entendu depuis leur entrée dans l’auberge, et on y percevait même une pointe de tension.
Les trois furent naturellement intrigués.
Qui pouvait bien être arrivé pour mériter un accueil aussi sonore ?
Ils se tournèrent vers l’entrée.
Puis leurs expressions changèrent, empreintes de surprise.
« … Shaolin. »
Quatre moines chauves entrèrent dans l’auberge, le crâne luisant.
Ils étaient tous jeunes.
La puissance intérieure qu’ils dégageaient était si imposante qu’ils ne pouvaient être que des disciples de Shaolin.
Même sans cela, Dang Hwa-seo et Jegal San reconnurent aussitôt l’un d’eux.
Le moine de tête s’assit. Sa tête carrée semblait capable de fracasser un rocher.
« … Le Dragon du Poing Il-un. »
Il-un, le Dragon du Poing que Dang Hwa-seo était venue chercher, se trouvait là.
Le silence tomba sur l’auberge à leur arrivée.
Le trio se tendit lui aussi. Puis Il-un, désormais assis, leva la main.
« Garçon d’auberge, s’il vous plaît ! Pourrais-je avoir une assiette de porc Dongpo ? »
Il marqua une pause.
Ses lèvres remuèrent tandis qu’il réfléchissait, puis il ajouta :
« … Ah, sans le porc. »
Jegal San éclata soudain de rire.
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