Chapitre 25
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ L’Épée pourfendeuse du Ciel ◈
Chapitre 25 : Chapitre quatre — Anhui (6)
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« Ne tentez rien. Si vous ne l’avez pas, où diable le sceau familial aurait-il bien pu disparaître ?! »
« Je l’ignore vraiment. Le chef de famille ne m’a rien dit à ce sujet… »
« Balivernes ! »
Le rugissement du vieil homme résonna dans la pièce.
La femme à l’allure délicate se tenait bien droite, faisant face à sa fureur.
« Pourquoi mentirais-je ? »
« Les raisons ne manquent pas ! Toi, misérable roturière, tu as attiré par hasard l’attention du chef de famille et tu as pris cette place. Maintenant qu’il n’est plus là, tu dois croire que le Domaine de la famille Zhang est à ta merci ! Tu penses que sans ce sceau, tout te reviendra ! Tu croyais que je n’allais pas m’en rendre compte ?! »
Les épaules de la femme tressaillirent.
Ses poings serrés à s’en blanchir les jointures montraient à quel point ses paroles l’avaient blessée.
Pourtant, elle ne se laissa pas intimider.
Comme si c’était la seule chose qu’elle pouvait faire, elle fixa le vieil homme droit dans les yeux et reprit :
« … Je ne sais pas. »
« Espèce de… ! »
Le vieil homme grimaça, les dents serrées.
Il s’efforça de maîtriser sa respiration, comme pour contenir sa colère, puis esquissa un sourire sinistre.
« … Très bien. Voyons combien de temps tu tiendras. »
Il se leva.
Son regard chargé de mépris et de haine se posa sur elle.
Il claqua la langue et quitta la pièce.
Boum.
Quand la porte se referma violemment, la femme se détendit enfin et laissa échapper un souffle.
Chaque mot l’avait transpercée comme une dague, lui déchirant le cœur. Elle n’avait personne vers qui se tourner. C’en était presque insupportable, mais elle ne s’effondra pas.
Ça va. J’en ai l’habitude.
Elle était habituée à être traitée ainsi.
Elle s’y était préparée dès le jour où elle était entrée au Domaine de la famille Zhang en tant que roturière.
Ravalant le sanglot qui menaçait de lui échapper, elle releva la tête.
À cet instant,
« Ah… Il ne faut pas pleurer. Je ne peux pas rester indifférent aux larmes d’une femme. »
Une voix inconnue résonna dans la pièce.
La femme leva précipitamment les yeux.
Un jeune homme au visage de belette se tenait devant elle, le sourire aux lèvres.
La confusion se peignit sur son visage.
« Q-qui… Gardes… ! »
« Chut. »
L’homme, Jegal San, posa un index sur ses lèvres.
Puis il sortit de sa robe une vieille lettre.
« Je suis venu vous remettre une lettre. Votre petit frère me l’a confiée. »
La femme se figea.
À ces mots, ses yeux s’écarquillèrent.
« Votre frère ne sait apparemment pas écrire. J’ai donc couché sur le papier ce qu’il m’a raconté. Ne faites pas attention à l’écriture. Lisez. »
Il était suspect.
La femme pensait qu’il y avait de grandes chances que tout ce qu’il disait soit un mensonge.
Pourtant, elle prit sans réfléchir la lettre qu’il lui tendait.
Peut-être était-elle simplement assez désespérée pour s’accrocher même à une corde pourrie.
« Votre frère m’a demandé de vérifier si sa grande sœur allait bien, mais… »
Dès qu’elle déplia la lettre, Jegal San la vit retenir son souffle.
Aucun doute : ses yeux tremblants, noyés de larmes, débordaient de chagrin.
« … On dirait que vous n’allez pas bien. »
« … »
La femme se mordit les lèvres en lisant.
Il allait bien, alors elle ne devait pas trop s’inquiéter.
Il savait qu’elle devait être profondément affligée par la perte de son mari, mais espérait qu’elle surmonterait cette épreuve.
Il était désolé de ne pas pouvoir venir la voir.
La sincère inquiétude de son seul parent de sang lui réchauffa le cœur, même si la lettre avait été écrite d’une autre main.
« … C’est bien mon frère. Il raconte des mensonges que personne ne croirait. »
« Hum ? »
« J’imagine qu’il n’allait pas bien. Les lettres que je lui envoyais chaque mois ont cessé de lui parvenir. »
Jegal San ne répondit rien à ses paroles empreintes d’autodérision.
L’homme qu’il avait rencontré avait vraiment eu l’air misérable.
Son silence suffisait comme réponse.
Serrant la lettre si fort qu’elle la froissa, la femme releva la tête.
« Merci de m’avoir apporté des nouvelles de mon frère. Si je ne suis pas trop présomptueuse, pourrais-je vous demander un autre service ? »
« … De quoi s’agit-il ? »
« Dites à mon frère que je vais bien. Et ces objets de valeur… »
La femme ouvrit un coffre en bois et lui tendit une bague de jade ainsi que plusieurs bijoux en or.
« … Pourriez-vous les apporter à mon frère ? Je vous en prie. »
« Hum… Pourquoi ne pas partir vous-même ? »
« Vous avez dû entendre ma conversation avec l’Ancien. Et vous l’avez sûrement remarqué en entrant. Je suis retenue ici. »
Jegal San hocha la tête.
Une histoire banale.
Une femme de basse naissance devenue épouse principale et opprimée par sa belle-famille.
Une veuve dont la position était menacée.
Une vie qui n’avait rien à envier à une captivité.
Ce genre de choses pouvait arriver n’importe où.
Le regard de Jegal San descendit jusqu’au ventre de la femme.
Son ventre était légèrement arrondi, juste assez pour qu’on ne le remarque pas sans y regarder de près.
Elle n’est pas seule.
C’était bel et bien une femme qui avait quelqu’un à protéger.
« À voir comme vous vous êtes déplacé sans faire de bruit, vous devez posséder une maîtrise martiale impressionnante. »
« Enfin, peu importe. Pourquoi me confier ces objets ? Et si je les prenais pour m’enfuir ? »
« Pourquoi quelqu’un vêtu de vêtements aussi coûteux ferait-il une chose pareille ? »
La femme jeta un regard aux habits de Jegal San.
Jegal San claqua la langue et se gratta l’arrière de la tête.
« J’aurais dû me changer avant de venir. »
« Je sais que ma demande est déraisonnable, mais… »
« Ce n’est rien. »
Jegal San lui adressa un léger sourire.
« Je suis entré parce que je n’aurais pas eu l’esprit tranquille en laissant les choses ainsi. Je vous aiderai volontiers. »
« Ah, merci… ! »
« À une condition. »
Jegal San se pencha jusqu’à ce que leurs yeux soient à la même hauteur.
Puis il lui demanda :
« Réfléchissez-y jusqu’à ce soir. Demandez-vous si rester ici est vraiment dans l’intérêt de l’enfant. »
La femme le regarda, déconcertée.
Jegal San eut un sourire gêné.
Je me mêle de ce qui ne me regarde pas.
Il le savait, mais ne pouvait s’empêcher de le dire.
Les femmes comme elle lui rappelaient toujours quelqu’un.
« Si j’étais votre enfant, je ne voudrais pas voir ma mère persécutée à cause de moi. »
« Qu’est-ce que vous voulez dire… ? »
« Je vous laisse le temps d’y réfléchir. Environ quatre heures. Je reviendrai au coucher du soleil. »
Sur ces mots, Jegal San disparut.
Restée seule dans la pièce, la femme retourna ses paroles dans son esprit.
* * *
« San. »
À travers la brume, Jegal San entendit une voix et releva la tête.
Devant lui se dressait la résidence intérieure du noble clan où il avait passé son enfance.
Au-delà des arbres bien entretenus et de l’étang se tenait une femme qui lui manquerait jusqu’à la fin de ses jours.
« San ! »
« Mère… »
C’était sa mère, celle qu’il ne pourrait plus jamais revoir.
Elle avait les yeux étroits et un visage de renard.
Pourtant, contrairement à son apparence, c’était une femme d’une intégrité inflexible et d’une grande bonté.
Avançant vers lui à grands pas, comme furieuse, elle lui attrapa l’oreille et la tira fort.
Dès qu’elle tira sur son oreille, Jegal San se dressa sur la pointe des pieds. Malgré cela, la différence de taille entre eux ne changea pas : il comprit qu’il avait retrouvé son corps d’enfant.
Je rêve.
Dans son rêve, sa mère cria de toutes ses forces :
« Combien de fois t’ai-je dit d’arrêter d’aller dans les latrines ?! »
Les veines saillantes de son front montraient à quel point elle était furieuse.
Pourtant, malgré sa mine courroucée, Jegal San sentit un rire lui échapper dès qu’il la vit.
« Tu ris ?! Tu ris ?! »
« Aïe ! M-Mère ! »
Son rêve était d’un réalisme saisissant.
Il ne ressentait aucune douleur, mais sa bouche criait toute seule, ce qui rendait la scène réelle.
« Pourquoi vas-tu fouiller dans ces fichues latrines tous les jours ?! »
Jegal San savait exactement de quel souvenir il s’agissait.
Il avait six ans et était complètement absorbé par les Récits des héros martiaux.
Il avait été bouleversé par la scène où le Héros bienveillant, protagoniste du quatrième chapitre, échappait aux assassins d’une secte non orthodoxe en s’enfouissant dans des latrines. C’était l’un de ces jours où il avait rendu sa mère folle.
« J-je suis désolé… »
« Tu devrais savoir que tu as eu tort ! Non, tu n’aurais pas dû le faire, tout simplement ! »
Jegal San continuait de s’excuser, mais il riait aussi.
Ah…
Il était revenu à un moment de bonheur absolu.
Un retour qui lui donnait envie de ne jamais se réveiller, même s’il savait qu’il rêvait.
Les yeux embués de larmes, Jegal San sourit à sa mère.
Une femme de basse naissance devenue la maîtresse de la famille Jegal.
Une femme qui s’était toujours tenue avec fierté.
… Et une femme qui était restée chaleureuse jusqu’au jour où le poison lui avait ôté la vie.
« À cause de toi, je n’en peux plus ! Sais-tu comment les anciens t’appellent chaque fois qu’ils te voient ? Le prince des latrines. Le prince des latrines ! »
La voix de la mère qu’il avait tant aimée résonna à ses oreilles.
Elle lui lâcha l’oreille, posa une main sur son front et soupira en se penchant vers lui.
« San, écoute-moi. Faut-il que je brûle tous les exemplaires de ces absurdes Récits des héros martiaux pour que tu reprennes tes esprits ? »
« Je suis désolé… »
« Les héros chevaleresques, c’est très bien. C’est même formidable. Mais pourquoi t’obséder avec les latrines alors qu’il y a tant de belles scènes ? Comment ils s’appellent déjà ? Les héros à l’épée ? Tu ne pourrais pas aimer quelque chose comme ça ? »
« Les héros à l’épée, c’est pas coo… »
« Je vais te pincer la bouche ! »
La mère de Jegal San lui pinça les lèvres de toutes ses forces.
Sa bouche se retroussa comme un bec de canard, ce qui la fit rire. Elle secoua la tête.
« Bon, laisse tomber. Qu’est-ce que je peux bien te dire ? »
C’était toujours comme ça.
Elle se mettait en colère et le grondait sévèrement, mais après quelques échanges, son courroux fondait et elle finissait par sourire.
Jegal San aimait tant ces moments qu’il sourit avec elle.
« Mère. »
« Quoi ?! »
« Merci. »
Sa mère fronça les sourcils.
Son visage exprimait la crainte qu’il ne s’apprête à dire encore quelque chose d’étrange.
Se rappelant le trublion qu’il avait été enfant, Jegal San gloussa et poursuivit :
« Viens me voir de temps en temps. »
Ce rêve était trop doux.
Voilà pourquoi il ne pouvait s’y abandonner.
Elle appartenait au passé, et ce qu’elle voulait vraiment, c’était qu’il aille de l’avant.
Deviens quelqu’un dont tu pourras être fier.
C’était le genre de chose qu’elle lui avait demandé jusqu’à son dernier souffle.
« Je… »
Jegal San garda les mots dans sa bouche.
Il les mâcha, les réduisit en petits morceaux, les rassembla soigneusement, puis les prononça à voix haute.
« … Je t’aime vraiment. »
Le paysage se brouilla.
* * *
Jegal San ouvrit les yeux sur le toit de la résidence intérieure.
Il cligna plusieurs fois des yeux, laissa échapper un petit rire et ramassa les pierres de jade qu’il avait éparpillées autour de lui.
L’espace d’un instant, les alentours se brouillèrent, puis redevinrent nets.
Hum…
Un sourire profond flottait sur ses lèvres.
Heureux d’avoir revu le visage qui lui manquait, il se délectait de cette émotion persistante.
Le ciel avait déjà pris une teinte rougeâtre.
Se rendant compte que les quatre heures promises touchaient presque à leur fin, Jegal San se leva.
Allons-y ?
Il était temps d’entendre sa réponse.
* * *
« Avez-vous pris votre décision ? »
La femme regarda l’homme qui se tenait devant elle.
Il attendait sa réponse avec un grand sourire.
Suspect. Terriblement suspect.
Pourtant, elle ne pouvait dissimuler l’espoir qu’elle commençait à placer en lui.
« … Puis-je vous poser une seule question ? »
« Je vous en prie. »
« Pourquoi m’aidez-vous autant ? »
Le visage grave, la femme soutint le regard de Jegal San.
Ses traits restaient délicats, mais ses yeux brillaient de détermination.
« Ai-je besoin d’une raison ? »
« Moi, oui. »
La femme serra le poing posé sur ses genoux.
« Je n’ai pas grand-chose pour vous remercier. Même si j’occupe la place de maîtresse du Domaine de la famille Zhang, je ne possède pas grand-chose en réalité. Que je reste ici et endure tout cela seule ou que je m’enfuie comme vous le suggérez, vous n’avez rien à y gagner, Grand Héros. »
« Je le sais. »
« Alors, dites-le-moi. Pourquoi voulez-vous m’aider, sachant cela ? »
Cette question était le dernier fil auquel se raccrochait sa raison.
C’était le maigre rempart qu’elle pouvait dresser pour protéger l’enfant qu’elle portait.
Le suivre sans connaître ses intentions, simplement parce qu’elle désirait s’appuyer sur quelqu’un, aurait mis son enfant en danger.
Jegal San la regarda sans un mot.
Il étudia longuement son visage tendu. Puis seulement, il esquissa un sourire et répondit :
« Je le fais, c’est tout. »
« … Pardon ? »
« Je le fais parce que j’en ai simplement envie. »
La femme resta bouche bée.
Trouvant cette réaction plutôt amusante, Jegal San poursuivit :
« Je ne supporte pas de voir une femme pleurer. »
Et encore moins une femme qui allait devenir mère.
Il ne pouvait pas détourner les yeux d’une femme en deuil et continuer à être fier de lui.
Sa droiture chevaleresque existait pour essuyer les larmes de personnes comme elle.
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