Chapitre 24
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Order
Discord : https://dsc.gg/wetried
◈ L’Épée pourfendeuse du Ciel ◈
Chapitre 24 : Chapitre quatre — Anhui (5)
──────
Mok Ri-won contempla d’un air absent le domaine qui se dressait devant lui.
Son immense portail principal était assez large pour laisser passer dix personnes de front sans qu’elles se gênent.
Au-dessus était suspendue une enseigne soigneusement calligraphiée où l’on pouvait lire : Domaine de la famille Zhang.
« C’est… ? »
« Comme tu le vois, c’est le Domaine de la famille Zhang. Le plus grand domaine de cette ville. »
« Pourquoi sommes-nous venus ici ? Vous n’aviez pas dit que nous allions accomplir un acte chevaleresque… ? »
« C’est ici que nous allons l’accomplir. »
Jegal San se lécha les lèvres, l’air ravi.
Mok Ri-won fronça les sourcils.
« Je ne vois pas en quoi cet endroit aurait besoin de chevalerie… »
Pour Mok Ri-won, la chevalerie consistait à aider ceux qui étaient trop faibles pour surmonter seuls les épreuves qui se dressaient devant eux.
Elle consistait aussi à s’opposer aux violences qui menaçaient des innocents.
Or, rien de tel ne se présentait à sa vue.
« Regarde là-bas. Les employés du domaine vaquent tous à leurs occupations avec un air paisible. L’odeur des plats suffit à nous mettre l’eau à la bouche : personne ici ne semble mourir de faim. Et puisque je ne perçois aucune intention meurtrière, personne ne doit nourrir de mauvaises intentions non plus. C’est un endroit si paisible… pourquoi dis-tu qu’il faut y faire preuve de chevalerie, frère Jegal ? »
« Hé hé. Tu as encore beaucoup à apprendre, frère Mok. »
Un bras passé autour des épaules de Mok Ri-won, Jegal San poursuivit avec un sourire en coin.
« Dis-moi, frère Mok. La chevalerie consiste-t-elle uniquement à empêcher les souffrances physiques ? »
« Eh bien, non, mais… »
« Voilà. Tous ont beau vaquer paisiblement à leurs occupations, chacun peut avoir ses propres soucis. Et ce n’est pas tout. Nous sommes encore devant le portail du domaine. Nous ne pouvons pas connaître les pensées de ceux qui se trouvent à l’intérieur. Par exemple… »
Jegal San étira le dernier mot en observant la réaction de Mok Ri-won.
Un vif intérêt se lisait sur le visage de ce dernier.
Quel garçon simple et innocent.
Songeant que cet acte chevaleresque promettait d’être plutôt amusant, Jegal San poursuivit :
« … le chagrin d’une veuve qui a perdu son mari. »
« … ! »
Mok Ri-won sursauta.
Il comprit alors seulement que Jegal San l’avait amené ici à cause de la veuve dont il lui avait parlé.
« A-attendez, frère Jegal ! »
« Chut ! Parle moins fort ! Tu ne vois pas que les passants nous regardent d’un air soupçonneux ? »
Mok Ri-won tressaillit, puis baissa la voix jusqu’à chuchoter.
Son visage trahissait un sentiment de trahison, et sa voix débordait de ressentiment.
« Je… je suis déçu, frère Jegal ! Je croyais que vous étiez vraiment venu accomplir un acte chevaleresque… ! »
« Mais c’est bien ce que je suis venu faire. »
« Ne mentez pas ! Vous êtes venu parce que vous êtes obsédé par les femmes ! »
« Hmph ! »
Jegal San fixa Mok Ri-won d’un air sévère, de manière délibérée.
« Tu crois que je suis venu ici parce que les femmes me font perdre la tête ? Tu me prends, moi, Jegal San, pour un homme qui perd tout bon sens dès qu’il voit une femme mariée ? Je suis déçu ! »
Jegal San retira brusquement son bras des épaules de Mok Ri-won et lui tourna le dos.
Paniqué par sa réaction apparemment furieuse, Mok Ri-won chercha à toute vitesse une excuse.
Bien sûr, aucun mot qui convienne ne lui vint à l’esprit.
M-mais alors, qu’est-ce que c’est censé être ?!
Il y avait tout de même des limites à ce qu’on pouvait déduire des circonstances.
Avec tout ce qu’il avait entendu sur les exploits passés de Jegal San, et l’air ravi qu’il arborait en se léchant les lèvres, comment Mok Ri-won aurait-il pu conclure autre chose que sa venue ici pour séduire une veuve ?
Mok Ri-won se troubla de plus en plus.
Derrière lui, les lèvres de Jegal San s’incurvèrent toujours davantage.
Son corps tremblant montrait à quel point il avait du mal à retenir son rire.
« Je vous croyais meilleur que ça ! Je vous ai invité parce que j’admirais votre droiture chevaleresque dans le district de Suyang ! Ça suffit, maintenant ! »
Jegal San se détourna lentement, très lentement, comme pour partir.
Ne sachant plus quoi faire, Mok Ri-won finit par le retenir.
« J-je suis désolé ! Calmez-vous d’abord, s’il vous plaît… »
« Ça suffit ! Je n’ai plus rien à ajouter ! »
« N-non ! J’ai eu tort ! Je ne suis pas le genre de vaurien qui juge les gens d’après les rumeurs ! »
Il se sentait si lésé qu’il croyait devenir fou.
Mok Ri-won ne voulait pas qu’on le prenne pour un vaurien.
… À vrai dire, il lui aurait suffi de réfléchir un instant pour comprendre que quelque chose clochait. Mais Mok Ri-won, que son entourage avait toujours choyé, affrontait pour la première fois le ressentiment de quelqu’un et n’arrivait pas à penser clairement.
Jegal San finit par jeter un regard en arrière, l’air dubitatif.
« … Je peux te faire confiance ? »
« B-bien sûr ! »
« Hum ! Très bien. Je vais te faire confiance une fois de plus. »
Le visage de Mok Ri-won s’illumina.
Son sourire radieux évoquait l’arrivée du printemps.
Alors c’est ce sourire qui a fait fondre le Phénix empoisonné !
Tandis que Mok Ri-won poussait un soupir de soulagement, Jegal San lui lança, songeant à cela :
« Dans ce cas, fais du grabuge ici. »
« … Pardon ? »
« Fais du grabuge. Pendant que tu détourneras leur attention, je m’introduirai dans le domaine. »
Mok Ri-won resta bouche bée.
* * *
« Ah, aaaaah… ! Héros chevaleresque, sauvez-moiii… ! »
Devant le portail du Domaine de la famille Zhang, Mok Ri-won se tenait le ventre, le visage cramoisi, et se livrait à une piètre comédie.
« Ah, je meurs… ! J-j’ai tellement faim que je vais mourir… ! »
Son étrange numéro, si maladroit qu’on ne comprenait pas ce qu’il essayait de faire, attira pourtant les regards des passants.
Les employés de l’autre côté du portail se retournèrent eux aussi.
Mok Ri-won était mortifié, mais il tint bon.
Cela faisait partie de la preuve qu’il n’était pas un vaurien. Il devait endurer cette humiliation pour prouver son innocence.
Il poursuivit son numéro avec une détermination sans faille. C’était si mauvais que personne n’y crut vraiment, mais cela attirait remarquablement bien l’attention.
« Aaaah… ! »
Mok Ri-won ferma les yeux très fort, plissant son joli front.
Sa peau claire reflétait les rayons du soleil d’un éclat ravissant, et ses doigts tremblants paraissaient si pitoyables qu’ils inspiraient même la compassion.
Comme l’avait dit Jegal San, son charme, qui avait même ensorcelé Dang Hwa-seo, faisait désormais son effet.
« On dirait qu’il joue la comédie. »
« Je suppose. Grands dieux, je n’ai jamais vu un homme aussi beau de toute ma vie. »
« Haaa… Vous, là-bas, renseignez-vous sur cet homme. Je veux boire un verre seule avec lui ce soir. »
Certains admiraient la beauté de Mok Ri-won, d’autres acquiesçaient à leurs louanges.
Une femme qui passait par là se mit même à nourrir des pensées indécentes à son égard.
Alors que la chasteté de Mok Ri-won était en péril, quelqu’un fendit la foule.
Boum.
Boum.
Ces pas trahissaient une colère qu’on ne cherchait pas à dissimuler.
C’était Dang Hwa-seo.
« Jeune héros Mok ! »
Mok Ri-won, qui attirait jusque-là tant de regards, tressaillit.
La peur dans les yeux, il se tourna vers la voix.
« M-mademoiselle… »
« Qu’est-ce que tu fais ? »
Ses yeux écarquillés semblaient transpercer Mok Ri-won.
Même sa voix contenue laissait percer un soupçon de colère.
Avec un air misérable, Mok Ri-won s’empressa d’improviser une excuse.
« F-frère Jegal… »
« Frère ? »
« L-le jeune maître m’a dit d’attendre ici un instant… »
« Ça suffit. Nous en parlerons à notre retour. »
Dang Hwa-seo attrapa Mok Ri-won par l’oreille et l’entraîna avec elle.
Mok Ri-won se débattit pitoyablement et chercha de l’aide autour de lui, mais personne n’osa s’approcher de Dang Hwa-seo et de son air meurtrier.
La femme qui venait de donner à ses serviteurs cet ordre indécent croisa le regard de Dang Hwa-seo, poussa un cri et s’enfuit avec eux.
Une fois encore, la chasteté de Mok Ri-won était sauve.
… Quant à savoir s’il sauverait sa peau, c’était une autre histoire.
* * *
Au loin, Jegal San regarda Dang Hwa-seo entraîner Mok Ri-won et gloussa.
Quel drôle de garçon.
Il espérait que Mok Ri-won passerait la nuit sans encombre.
Bien, maintenant…
Après avoir franchi le mur d’un bond et pénétré dans le Domaine de la famille Zhang, Jegal San régla sa respiration et déploya sa Perception du qi.
Il n’y a pas de gardes aussi loin du bâtiment.
C’était tout naturel.
Le Domaine de la famille Zhang appartenait à une riche famille ordinaire. Ses habitants n’étaient pas assez rigoureux pour poster des gardes jusque derrière les latrines.
Se pinçant le nez à cause de l’odeur du fumier, Jegal San se dirigea vers la résidence intérieure.
Ça doit être par ici…
Caché derrière un pilier, Jegal San observa la résidence intérieure.
Des artistes martiaux gardaient toutes les entrées et les fenêtres du bâtiment, sur le qui-vive.
On aurait pu croire qu’ils protégeaient le bâtiment, mais d’un autre point de vue…
C’est pratiquement une prison.
On aurait dit qu’ils empêchaient ceux qui se trouvaient à l’intérieur de sortir.
Leur attention était si entièrement tournée vers l’intérieur qu’on ne pouvait en tirer d’autre conclusion.
Jegal San examina les artistes martiaux, les yeux plissés.
Second rang, second rang, second rang… Celui tout au bord est à la limite du second rang. Celui du centre vient tout juste d’entrer dans le premier rang.
Celui-là devait être leur chef.
Jegal San glissa la main dans sa robe et fit rouler plusieurs pierres de jade dans sa paume.
Que faire… ?
À vrai dire, s’être infiltré jusque-là pouvait déjà être considéré comme une demi-victoire, mais Jegal San ne se contentait pas de si peu.
La prudence et la persévérance.
Voilà ce qui se trouvait au cœur même du Dragon étrange Jegal San.
— Je vous en prie, assurez-vous seulement que ma sœur aînée va bien. C’est tout ce que je demande. Je vous en prie…
Poursuivant le fil de ses pensées, il se rappela un homme décharné, vêtu de haillons, qui avait vidé jusqu’à la dernière pièce de sa bourse.
Frère, on dirait que votre sœur aînée ne va pas si bien que ça, après tout.
Il s’adressa à l’homme en pensée.
Bien sûr, ses paroles ne lui parviendraient pas. Jegal San sourit néanmoins et poursuivit :
Enfin, mieux vaut en avoir le cœur net. Je vais vérifier moi-même.
Jegal San retira la main de sa robe.
Il tenait trois petites pierres de jade qui luisaient d’un éclat raffiné.
Et si j’entrais discrètement ?
Frrt.
Jegal San insuffla son énergie interne dans les pierres de jade et les lança.
Elles filèrent avec tant de discrétion qu’elles étaient presque invisibles à l’œil nu. Bien qu’elles fussent parties en même temps, chacune prit une direction différente.
L’une se dirigea vers le toit, une autre derrière un pilier, et la dernière atterrit aux pieds d’un artiste martial.
Puis il se produisit quelque chose d’étrange.
Hummm.
Des ondulations de qi se propagèrent.
Naturellement, personne d’autre que Jegal San ne les remarqua.
C’était l’art qui avait élevé le noble clan Jegal au rang de l’un des Cinq Grands Clans Nobles.
L’art qui avait valu à Jegal Byeok, chef de la famille Jegal, le titre de Roi des Formations.
Une simple formation.
Ça marche bien.
Les yeux des artistes martiaux se voilèrent un instant, puis retrouvèrent leur expression habituelle.
Pourtant, ils ne pourraient plus voir Jegal San.
Pendant les quatre heures qui suivraient, ils ne verraient devant eux que des nuages dérivants et le soleil couchant.
Fouich !
Jegal San bondit avec sa technique de légèreté et se glissa par une fenêtre laissée ouverte pour aérer.
Après avoir atterri sans bruit à l’intérieur, il balaya les lieux du regard.
C’est…
Une petite bibliothèque.
Jegal San épousseta ses genoux et fouilla chaque recoin.
Les registres sont souvent cachés dans des endroits comme celui-ci.
Il alla jusqu’à fredonner en fouillant.
Mais tous ces efforts furent vains.
Il n’y avait ni registres ni rien qui concernât la famille.
La bibliothèque principale devait se trouver ailleurs.
Tss…
Déçu, Jegal San laissa retomber les épaules, puis se reprit aussitôt et bondit jusqu’au plafond.
Après avoir écarté une ouverture, il se mit à ramper dans l’espace poussiéreux au-dessus du plafond.
À en juger par toute cette poussière, il ne doit pas non plus y avoir de gardes cachés.
Les choses semblaient devoir se passer plus facilement qu’il ne l’avait prévu.
Il rampa un moment, puis des voix lui parvinrent.
— Où est-ce ?
— Je ne sais pas.
Les yeux de Jegal San brillèrent tandis qu’il souriait.
Il se dirigea vers les voix, écarta prudemment une ouverture et regarda en dessous.
Un vieil homme à l’allure de crapaud était assis face à une femme délicate, vêtue avec soin.
Oh ?
Jegal San observa la femme avec ravissement.
Elle est belle.
Il semblait avoir trouvé sa cible.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : https://dsc.gg/wetried