Chapitre 23
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ L’Épée pourfendeuse du Ciel ◈
Chapitre 23 : Chapitre quatre — Anhui (4)
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Hwa Seo entraîna Mok Ri-won hors de l’auberge.
Quelques pas derrière eux, Jegal San les suivait avec un large sourire.
Hwa Seo marcha en silence, jusqu’à ce que son visage se crispe soudain.
« Va-t’en. Arrête de nous suivre. »
« Je ne vous suis pas. Je vais justement dans la même direction. »
« Alors, passe devant. »
« Allons, pourquoi partir chacun de son côté ? Tu me blesses, grande sœur. »
Hwa Seo se tourna vers Jegal San.
Son expression était si féroce que Mok Ri-won en était terrorisé, mais Jegal San arborait toujours son sourire.
« M-Mademoiselle… pourriez-vous me lâcher d’abord… »
« Jeune héros Mok, ne bouge pas ! Je te passerai un savon en bonne et due forme quand nous rentrerons ! »
Mok Ri-won était au bord des larmes.
En assistant à leur échange comique, Jegal San retint de justesse un nouvel éclat de rire.
Quel duo.
Au début, il s’était demandé s’ils étaient amants, mais cela ne semblait pas être le cas.
S’il devait trouver une autre comparaison…
Oui. On dirait exactement une mère et son fils.
Comment avaient-ils pu en arriver à une telle relation ?
Pourquoi voyageaient-ils ensemble, et pourquoi Hwa Seo, qui n’avait rien d’une mère, jouait-elle les gardiennes auprès de Mok Ri-won ?
Une foule de questions lui traversa l’esprit.
Pourtant, au milieu de cette curiosité, une impression persistait.
Une mère et son fils…
Hwa Seo s’arrêta et tira Mok Ri-won par l’oreille.
Tandis qu’elle continuait à le sermonner en pleine rue, s’échauffant de plus en plus, le visage de Mok Ri-won s’assombrit.
La scène lui rappela une voix qui manquait terriblement à Jegal San.
« San ! Combien de fois t’ai-je dit d’arrêter d’aller aux latrines aussi souvent ? Pourquoi n’écoutes-tu pas ta mère ? »
C’était une voix qu’il ne pourrait plus entendre, une voix qu’il s’était efforcé de ne pas se remémorer. Jegal San esquissa un sourire amer.
Puis il se reprit rapidement et lança d’un ton taquin : « Vous êtes drôlement sévère avec le héros Mok. C’est un homme adulte, non ? Que ferez-vous si vous lui cassez le moral ? »
« M-Maître Jegal ! »
Mok Ri-won tenta précipitamment de l’arrêter.
Il savait trop bien ce qui arrivait quand quelqu’un osait répliquer à Hwa Seo pendant qu’elle le sermonnait.
« P-Pitié, arrêtez… »
« Le héros Mok devrait exprimer son opinion. Si votre grande sœur vous disait de sauter d’une falaise, vous le feriez ? »
Mok Ri-won cligna des yeux.
Eh bien, si Mademoiselle le disait, elle aurait sûrement une bonne raison.
Tandis que Mok Ri-won se mettait sérieusement à y réfléchir, Jegal San laissa échapper un rire sans joie.
Hwa Seo renifla et s’adressa de nouveau à Jegal San.
« Vous vous mêlez vraiment de tout. Pourquoi ne partez-vous pas de votre côté ? »
Mok Ri-won avait pris son parti, ce qui avait visiblement remonté le moral de Hwa Seo.
Je n’ai donc personne de mon côté.
Jegal San s’esclaffa devant cette situation absurde et haussa les épaules.
« Très bien. Je m’en vais, alors. Héros Mok, à demain. »
Jegal San le salua, le poing dans la paume.
Mok Ri-won observa prudemment la réaction de Hwa Seo avant de lui rendre son salut.
Jegal San lui avait peut-être rendu la vie difficile, mais il convenait tout de même de lui rendre ses salutations.
« À dema— »
« N’y songez même pas. »
Mok Ri-won referma aussitôt la bouche.
Hwa Seo foudroya du regard le dos de Jegal San qui s’éloignait.
* * *
Malheureusement pour Mok Ri-won, Hwa Seo n’oublia pas de le réprimander.
À mesure que son sermon lui ôtait toute énergie, Mok Ri-won songea :
L’Art de la capture de l’âme… C’est l’Art de la capture de l’âme !
Ce devait être une technique infâme, capable de détruire l’âme d’un homme.
Sinon, comment chaque mot pouvait-il lui transpercer la poitrine à ce point ?
« Tu comprends ? Jegal San aura forcément une mauvaise influence sur toi, jeune héros Mok ! Je ne veux pas que tu deviennes un bon à rien comme lui ! »
Mok Ri-won tressaillit, le bout des doigts tremblant.
Un bon à rien…
Il pensa à Jegal San.
L’homme avait une tête de fouine et parlait avec un aplomb effronté, mais « bon à rien » ne lui correspondait pas.
Mok Ri-won exprima honnêtement son avis.
« J-Je ne crois pas que ce soit vrai. »
« Qu’est-ce que tu as dit ?! »
« Maître Jegal n’est pas un bon à rien… »
Hwa Seo en resta bouche bée.
Bien sûr, elle connaissait Jegal San bien mieux que Mok Ri-won. Ses paroles lui restèrent donc en travers de la gorge.
Mais, à vrai dire, c’était plutôt le préjugé de Hwa Seo qui troublait son jugement.
Celui qui disait la vérité, à cet instant, c’était Mok Ri-won : il ne savait rien de Jegal San et pouvait donc le voir sans parti pris.
« Maître Jegal est quelqu’un de travailleur. Les callosités de ses mains, sa façon de marcher… Même ses réflexes quand il pratiquait les arts martiaux : rien de tout cela ne pouvait s’acquérir sans un entraînement régulier. »
« On a probablement dû le forcer à s’entraîner. Tu crois vraiment qu’un homme qui aime tant vagabonder s’est entraîné sérieusement après avoir quitté sa maison ? »
« Oui. »
« … ? »
« Il s’est entraîné ce matin encore. Non, il s’entraînait jusqu’à juste avant de nous retrouver. Je le sais. »
Mok Ri-won était un prodige des arts martiaux.
Lorsqu’il s’agissait du corps humain et des arts martiaux, ses sens percevaient des détails bien plus fins que ceux de la plupart des gens.
C’est ainsi qu’il le savait.
La respiration de Jegal San, les mouvements de ses muscles et le tremblement de sa démarche prouvaient tous qu’il s’était entraîné avec acharnement jusqu’à aujourd’hui.
« Ses goûts sont peut-être vraiment déplorables, mais je ne pense pas que ce soit un bon à rien. »
Mok Ri-won prononça ces mots avec un sourire satisfait.
Comme Jegal San le lui avait conseillé, il avait exprimé son opinion en homme adulte.
Hwa Seo observa Mok Ri-won en silence et réfléchit à ses paroles.
À bien y penser…
Même après avoir entendu parler de tous les agissements de Jegal San, Mok Ri-won n’avait pas eu une mauvaise opinion de lui.
Non, malgré tous les ennuis que Jegal San lui avait causés, il semblait même éprouver une certaine affection pour lui.
C’était pourtant Mok Ri-won, qui brûlait de colère chaque fois qu’il croisait un scélérat.
La seule chose qu’il avait reprochée à Jegal San, c’était d’avoir autrefois fait des avances à une femme mariée.
Et même alors, il s’y était opposé uniquement pour des raisons morales.
Me serais-je…
trompée à son sujet ?
Hwa Seo poursuivit sa réflexion.
L’un de ses points forts était de savoir reconnaître ses propres torts à travers les paroles ou les conseils d’autrui.
« … Peut-être qu’il n’est pas un bon à rien. »
Hwa Seo admit bientôt qu’elle avait peut-être eu tort.
Il était peut-être sérieux quand il s’agissait de s’entraîner.
Mais tout de même.
« Il est certain qu’il aura une mauvaise influence sur toi, jeune héros Mok. »
« Euh… ? »
« Je ne veux pas que tu deviennes le genre d’homme qui bave devant les femmes mariées dans la rue. »
« Q-Quoi ? Je ne suis pas un homme aussi éhonté ! »
« Tu as pris un air lubrique quand j’ai dit que nous dormirions dans la même chambre, et tu oses encore dire ça ? »
Hwa Seo le fusilla du regard et Mok Ri-won baissa la tête, gêné.
« C-C’était facile à mal interpréter… ! »
« Ah, j’en suis sûre. »
Mok Ri-won se sentait vraiment lésé.
Après tout, si une beauté comme Hwa Seo disait qu’elle dormirait dans la même chambre que quelqu’un, n’importe qui se ferait naturellement des idées.
Il était même certain que les vénérables moines du Temple Shaolin se tiendraient le cœur si elle tentait délibérément de les séduire.
Il se sentait si injustement accusé que sa poitrine se serra.
L’irritation montait en lui, avec l’envie de prouver son innocence.
Mok Ri-won ne dissimula pas ce qu’il ressentait.
« C-C’est votre faute, Mademoiselle, d’être aussi belle ! »
« Oh, oui, bien sûr… Quoi ? »
Le visage de Hwa Seo se vida de toute expression.
« J’ai eu ces pensées parce que vous êtes trop belle, Mademoiselle ! Je n’ai rien fait de mal ! Tout le monde aurait réagi comme moi ! »
Qu’est-ce qu’il racontait ?
L’esprit de Hwa Seo ne parvenait pas à assimiler cette soudaine tirade.
« Non, a-attends… »
« C’est votre faute, Mademoiselle ! Vous avez dit quelque chose qui pouvait être mal interprété ! »
Boum !
Mok Ri-won fit un pas en avant.
Hwa Seo recula en titubant, les yeux tremblants comme si un séisme venait de se produire.
Q-Qu’est-ce qui lui prend… ?
Une idée saugrenue lui traversa l’esprit.
Faisait-il le mignon pour éviter de se faire réprimander ?
Non.
Mok Ri-won n’était pas assez finaud pour ça.
Ce qu’il disait, maintenant, était donc…
S-Sincère…
Au moment où elle le comprit, une bouffée de chaleur lui monta à la tête.
Pour une raison inconnue, ses joues brûlaient comme si elles avaient été plaquées contre une flamme.
Mok Ri-won continuait d’avancer.
« Avouez-le ! Je n’ai rien fait de mal ! C’est votre faute, Mademoiselle, de ne pas m’avoir prévenu ! »
« D-D’accord, mais arrête… ! »
« Ne vous enfuyez pas ! »
Tap !
Leurs orteils se heurtèrent.
Le dos contre un mur, sans plus aucun endroit où reculer, Hwa Seo perdit ses moyens tandis que le visage de Mok Ri-won se rapprochait à quelques centimètres du sien.
C-C’est pas vrai… !
Il était si beau qu’un soupir faillit lui échapper.
Son visage grave faisait disparaître son habituelle expression idiote, mettant d’autant plus en valeur ses traits séduisants.
Elle avait entendu dire qu’il avait mené une vie difficile dans les montagnes, mais sa peau était claire et sans défaut, sans la moindre trace de coup de soleil.
Ses cils étaient si longs qu’ils jetaient une ombre délicate sur ses yeux. Son nez joliment dessiné et la ligne qui descendait jusqu’à ses lèvres formaient un ensemble presque ensorcelant.
La tête de Hwa Seo se mit à tourner.
Face à ce visage qu’elle avait délibérément refusé de regarder jusque-là, elle n’arrivait plus à penser clairement.
Elle pouvait bien lutter tant qu’elle voulait, elle n’en restait pas moins une femme.
Devant un bel homme, elle était sans défense.
La raison obscurcie, Hwa Seo prit une décision tout à fait digne d’une artiste martiale.
« R-Reculez ! »
Crac !
« Guh… ! »
Le coup de poing désespéré de Hwa Seo atteignit Mok Ri-won en plein plexus solaire.
Mok Ri-won la regarda, incrédule, avec l’air d’avoir vu le monde s’effondrer.
Oh non… !
Ce ne fut qu’alors que Hwa Seo comprit qu’elle avait fait une erreur et s’excusa auprès de Mok Ri-won.
En conséquence, Mok Ri-won obtint la permission de se lier d’amitié avec Jegal San.
* * *
« Voilà ! C’est ainsi que moi, Mok Ri-won, ai obtenu le droit de parler avec maître Jegal ! »
« Ha… »
À l’auberge où ils s’étaient rencontrés la veille, Jegal San était revenu voir Mok Ri-won pendant l’absence de Hwa Seo.
Mok Ri-won ne semblait pas s’en rendre compte, mais Jegal San avait compris une chose grâce à son récit.
Son visage.
Son visage était une arme.
Une arme vraiment absurde.
Par le passé, Hwa Seo n’avait même pas cillé en voyant Namgung Jin-cheon.
C’est pourquoi Jegal San avait cru qu’elle ne s’intéressait pas aux hommes, mais…
Même frère aîné Namgung ne suffisait pas !
Il ne pouvait même pas imaginer à quel point les exigences de Hwa Seo étaient élevées.
Non, il venait enfin de comprendre.
Il fallait un homme comme celui qui se tenait devant lui pour conquérir le cœur du Phénix empoisonné.
Incroyable.
C’était bien trop intéressant.
Jegal San gloussa.
Mok Ri-won ignorait pourquoi il riait, mais il rit avec lui malgré tout.
« E-Enfin ! Si j’en ai parlé, ce n’était pas sans raison ! »
« Hmm ? »
« Cette rencontre fortuite ! Quelle est cette rencontre fortuite dont vous parliez ? »
Les yeux de Mok Ri-won débordaient d’impatience.
Jegal San secoua la tête, visiblement amusé par sa réaction.
« Appelle-moi frère aîné Jegal. J’ai vingt ans cette année ; ce serait plus simple, non ? »
« Frère aîné… ! »
Le cœur de Mok Ri-won se mit à battre à tout rompre.
« Cela signifie que vous voulez que nous devenions frères jurés ? »
Pour Mok Ri-won, il n’existait qu’une seule relation où les hommes s’appelaient frère aîné et frère cadet.
Le lien qui unissait Mok Seon-o et Ma Il-seok.
Une relation où l’on parcourait ensemble le monde martial et accomplissait d’innombrables actes chevaleresques.
À l’idée d’avoir enfin trouvé un tel compagnon, l’excitation enfla en lui. À sa question, Jegal San cligna des yeux, puis éclata de rire.
« Bien sûr ! Pourquoi pas ? Alors, à partir de maintenant, je t’appellerai petit frère Mok ! »
« D’accord ! Alors je vous appellerai frère aîné Jegal ! »
Mok Ri-won s’empressa d’apporter deux tasses et d’y verser du thé vert au bambou.
Puis il en tendit une à Jegal San.
« Pour fêter ça ! Frère aîné Jegal, buvez donc ! »
« Très bien. Parfait. Mais avant ça… »
Jegal San eut un sourire en coin et vint s’asseoir à côté de Mok Ri-won.
Puis, comme la veille, il passa un bras autour des épaules de Mok Ri-won et poursuivit :
« Petit frère Mok, puisque c’est le jour où nous sommes devenus frères jurés, ne devrions-nous pas faire quelque chose pour le célébrer ? »
« Hmm ? Faire quelque chose ? »
« Un acte chevaleresque. »
Boum !
Le cœur de Mok Ri-won fit un bond retentissant.
Son visage s’emplit d’une émotion débordante.
« U-Un acte chevaleresque… ! »
« Oui, un acte chevaleresque. »
« Allons-y ! Il faut y aller ! Tout de suite ! »
Mok Ri-won se leva d’un bond.
Jegal San éclata de rire et lui donna plusieurs bonnes tapes sur l’épaule.
« Oui ! Allons-y sans attendre ! »
Le bras toujours passé autour des épaules de Mok Ri-won, il l’entraîna hors de l’auberge.
« Où allons-nous ? »
La question de Mok Ri-won débordait d’impatience.
Jegal San se lécha les lèvres et répondit : « Dans un endroit agréable. »
Mok Ri-won l’ignorait.
Au bout de cette route se trouvait la plus grande demeure de la ville, où vivait la veuve dont Jegal San avait parlé la veille.
Le Dragon étrange Jegal San était un homme persévérant qui menait toujours à bien tout ce qu’il entreprenait.
Notes :
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