Chapitre 9
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Traductrice : Dawn
Éditrice : Dawn
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◈ Le Chevalier de Génie d’une race déchue
Chapitre 9
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Une profonde maîtrise du tir à l’arc et de l’équitation
Quand Shan sortit de la tente, il sentit que les regards des gens autour de lui avaient radicalement changé.
« Comme je m’y attendais… »
Auparavant, ils ne voyaient en lui qu’un enfant portant une épée à la ceinture. À présent, leurs regards trahissaient clairement de la méfiance, voire du mépris. C’était sans doute à cause de ses yeux qui luisaient faiblement. Il renifla et se dirigea vers la porte de la ville, où Roden était appuyé contre le mur, une torche à la main.
« Tu es en retard ! Le spectacle est fini depuis un moment, non ? Je commençais à m’inquiéter. » En apercevant Shan, il s’égaya et prit la parole.
« Désolé. J’ai perdu la notion du temps en discutant avec la troupe. »
Shan lui résuma brièvement leur conversation, et Roden parut très surpris.
« Impressionnant. Ça ne doit pas être facile de réunir autant d’Altos à Libert. »
« Ils m’ont proposé de partir avec eux, mais j’ai refusé. Je deviendrai chevalier à Pendia. »
Shan le déclara fièrement. Roden le regarda avec approbation et tendit la main pour lui ébouriffer les cheveux noirs. Une mèche se prit dans les articulations de son gantelet métallique et fut arrachée, arrachant un cri à Shan.
« Aïe ! »
« Ha ha, désolé. Je me suis laissé emporter. On va dormir dans la tente qu’on nous a prêtée, ce soir. On dirait que les portes ne rouvriront pas. »
« Pourquoi ? »
« Cette ville soutient le duc Moraen. Autrement dit, elle était du côté des perdants dans la bataille d’aujourd’hui. Ils craignent que l’armée victorieuse ne poursuive sa marche et n’envahisse la ville. La présence d’un seul espion parmi ceux qui se trouvent à l’extérieur des murs suffirait à créer un danger. »
Shan ne comprit pas tout, mais il devina que la situation était compliquée. En voyant son air perplexe, Roden eut un petit rire.
« Enfin, ne t’inquiète pas. Je me suis déjà renseigné et j’ai trouvé la route pour Pendia. À partir de demain, on achètera chacun un cheval, ce sera plus pratique. »
« Je ne suis jamais monté à cheval. »
« Tu apprendras. Ne me dis pas que tu aurais du mal, maintenant ? »
« C’est vrai. »
Il avait du mal à imaginer qu’il puisse échouer dans une activité qui nécessitait de maîtriser son corps.
« Mais les chevaux ne coûtent-ils pas très cher ? »
« Je te l’ai dit, je suis riche. Si je vendais toutes mes pierres précieuses, je pourrais acheter dix chevaux. Cela dit, les chevaux de guerre d’Horais ne s’achètent pas aussi facilement, même avec de l’argent. »
Les chevaux de guerre d’Horais étaient des atouts stratégiques soigneusement contrôlés, même dans le royaume d’Horais, réputé pour ses nombreux coursiers d’exception. Des chevaliers d’autres royaumes servaient même les nobles d’Horais dans le seul espoir d’en obtenir un.
Après avoir bavardé, les deux garçons entrèrent dans la tente que Roden avait louée, déballèrent leurs affaires et se débarbouillèrent avec des linges humides. Tandis qu’ils s’essuyaient, Roden observa le torse de Shan, dévoilé à la lueur des bougies.
« Il faisait sombre quand tu t’es lavé hier, alors je ne l’avais pas remarqué, mais tu as pas mal de cicatrices. Tu les as eues en te battant ? »
« Non. On me frappait souvent, avant. Elles datent de cette époque. »
Et il ne s’agissait pas de simples coups. Il avait subi des sévices bien plus cruels. On le brûlait avec des torches ou on le transperçait de broches acérées jusqu’à le faire saigner. Parfois, on le forçait à endurer des piqûres d’abeilles ou à manger des champignons vénéneux.
Ces violences venaient souvent davantage de ses camarades que des adultes. Plus ils étaient naïfs et innocents, plus il leur était facile de franchir la limite. Avec le recul, c’était un miracle qu’il n’eût été ni estropié ni tué.
En l’entendant, Roden contempla les innombrables marques sur le corps de Shan et poussa un profond soupir.
« Si l’occasion se présente, on demandera à un prêtre de haut rang de les faire disparaître. Tu n’as aucune raison de les garder. »
« Ça ne coûterait pas cher ? »
« Je te l’ai dit, j’ai de l’argent. Enfin, à vrai dire, c’est mon père qui en a. »
Son père, qui dirigeait la guilde des marchands de la capitale de Pendia, était assez riche pour rivaliser avec la plupart des nobles. Après s’être nettoyé et changé, Shan s’allongea sur le sol recouvert de paille et posa une question qui lui trottait dans la tête.
« Roden. »
« Quoi ? »
« Tu veux que je réussisse à devenir chevalier, pas vrai ? »
« Bien sûr. »
« C’est parce que tu veux que je t’aide une fois devenu un grand chevalier, ou même un seigneur ? »
Il lui posa la question à cause de ce qu’il avait entendu plus tôt de la troupe. Ses membres avaient dit que personne n’aiderait un orphelin alto comme lui par pure bonté d’âme. Et, en se rappelant les paroles de Roden, il se demanda si celui-ci n’éprouvait pas une certaine jalousie à l’égard de son talent.
Shan voulait donc savoir clairement pourquoi Roden l’aidait. L’idée d’être aidé sans raison, et que ce lien puisse s’évanouir comme une illusion, le mettait mal à l’aise. Après un instant de silence, Roden prit la parole derrière lui.
« Je mentirais si je disais que ça n’entre pas du tout en ligne de compte… mais ce n’est pas la seule raison. »
« Alors ? »
« Eh bien… »
« Tu te souviens de la première fois que je t’ai vu et que j’ai prié la déesse ? »
« Je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais… j’ai eu comme une révélation. »
Roden chercha ses mots, puis poursuivit.
« Quand je t’ai vu, je me suis dit… Tu es comme une pierre brute qui pourrait devenir n’importe quoi selon la façon dont on la taille. Si on la laisse telle quelle ou qu’on la travaille mal, elle pourrait finir sans valeur… ou devenir une chose terrifiante que tout le monde redoute. Mais si on la taille comme il faut, elle pourrait se transformer en la plus brillante des gemmes. »
Malgré son allure rude, c’était une métaphore digne du fils d’un marchand de bijoux.
« J’ai déjà échoué à devenir un vrai chevalier. Mais si je peux t’aider à devenir un grand chevalier, ou même quelque chose de plus grand encore, alors ma vie aura un sens. Imagine ça dans une épopée : “Le chevalier Roden, premier compagnon et écuyer de Shan, le plus grand chevalier, qui rivalisait avec l’empereur.” Ce serait incroyable, non ? Je me suis même dit que ma peur des lames faisait peut-être partie du plan de la déesse. »
Après ces mots, Roden toussota, gêné, puis avala une gorgée d’eau à sa gourde de cuir. Shan comprit qu’il cherchait à dissimuler son embarras. À bien y réfléchir, comme Roden l’avait dit, ils étaient ensemble aujourd’hui à cause de sa peur des lames. Sans elle, Roden serait peut-être resté à Pendia pour s’entraîner ou aurait attaqué Shan lors de leur première rencontre.
Alors… j’aurais tué Roden.
Son instinct exceptionnel pour le combat lui permettait d’imaginer la scène avec une grande précision. Roden était plus fort, mais aussi plus lent. Shan aurait pu esquiver son fléau, le contourner et lui entailler l’arrière du genou. Après l’avoir privé de sa mobilité, il aurait tourné autour de lui, frappant à l’épée et à la hache les articulations exposées, le cou et le visage, entre les pièces de l’armure.
À mesure qu’il se représentait la scène, les armes qui lui avaient autrefois paru être le prolongement de son corps lui semblèrent soudain terrifiantes. Il ne cessait de penser qu’il aurait pu massacrer quelqu’un qui lui était déjà aussi cher que Celina ou le prêtre Ador, peut-être même davantage. La voix embarrassée de Roden interrompit cette pensée terrifiante.
« Enfin, voilà, c’est à peu près ça. »
« J’ai compris, alors tu peux arrêter. »
« Hé, c’est toi qui m’as posé la question… »
Roden grommela. Shan sourit en silence et enfouit son visage dans la paille. Après tout, ils étaient ensemble, à présent.
Avant de s’endormir, Shan murmura doucement :
« Tu es trop grand pour être écuyer, Roden. »
Pour la première fois, Shan voulut vraiment devenir un grand chevalier, plus fort et plus renommé que quiconque au monde. Comme ils dormaient sous une tente plutôt que dans un véritable bâtiment, les deux garçons montèrent la garde à tour de rôle cette nuit-là. Même si c’était peu probable, des voleurs pouvaient surgir et leur causer des ennuis.
Contrairement à la veille, Roden prit le premier tour de garde. Au milieu de la nuit, Shan le remplaça pendant qu’il dormait. Rester assis sans bouger l’endormait, alors il sortit s’étirer un peu. Si quelqu’un tombait sur lui dans cet état, il pourrait croire qu’il avait rencontré une bête sauvage. Mais Shan s’en moquait.
Si quelqu’un essayait de le frapper comme avant, il lui donnerait une bonne leçon. Mais, en repensant à ce qu’il avait dit à Roden, il décida qu’il serait excessif de leur briser les poignets. Il se contenterait de les rouer de coups. Contrairement à autrefois, il avait grandi et pris du poids ; il en était maintenant tout à fait capable.
Alors qu’il sautillait légèrement sur place pour échauffer son corps, perdu dans ses pensées, il entendit soudain un vacarme au loin.
« Qu’est-ce que c’est ? »
C’était l’armée qu’il avait aperçue plus tôt dans la journée — ou plus exactement, une petite partie de ses troupes. Il y avait environ soixante ou soixante-dix hommes, sans qu’on puisse en être certain. L’un d’eux, qui semblait être le chef, criait à quelqu’un de l’autre côté des remparts.
Ce ne fut qu’en remarquant le panache bleu sur son casque que Shan comprit qu’il s’agissait d’un des chevaliers du champ de bataille. Il n’entendait pas distinctement ce qui se disait à cette distance, mais le chevalier semblait menacer d’incendier la ville si ses habitants ne juraient pas fidélité à un comte. Ceux qui se trouvaient sur les remparts se moquaient de lui.
« Je devrais réveiller Roden ? »
Après une brève réflexion, Shan décida que ce n’était pas nécessaire, puisque les autres dormaient toujours à proximité. Si cette armée avait vraiment été dangereuse, ils auraient déjà pris la fuite. Comme prévu, le chevalier au panache bleu et ses hommes n’osèrent pas attaquer la ville et commencèrent plutôt à établir leur campement dans les environs. De son côté, la ville ne semblait pas assez puissante pour les repousser. Après le lever du soleil, Roden se leva, aperçut le camp au loin depuis les remparts et poussa un petit soupir.
« Je ne pensais pas qu’ils viendraient vraiment par ici… Enfin, notre tente est près des remparts, alors ça devrait aller. Je vais acheter des chevaux ; attends-moi ici. »
Roden partit négocier avec des marchands de chevaux. Shan traîna dans la tente, puis en sortit. Il voulait retrouver la troupe de monstres composée d’Altos qu’il avait rencontrée la veille. Une fois les chevaux achetés, ils partiraient aussitôt vers l’est : c’était donc sa dernière occasion de leur parler.
Le spectacle ne commençant qu’en fin d’après-midi, il avait largement le temps de leur dire au revoir. Leur campement se trouvait un peu à l’écart des remparts, car la troupe des Altos attirait l’attention. Alors qu’il approchait de la tente rouge, des cris et des supplications inattendus lui parvinrent.
« Je vous en prie, monsieur ! Ayez pitié ! »
« Ah ! »
Debi, une femme aux ailes de papillon dans le dos, se faisait traîner par les cheveux par un mercenaire. Son frère Pen, à genoux, le suppliait, mais le mercenaire ricana seulement.
« C’est pas comme si elle allait s’user à force de servir ! On va s’amuser avec elle et on te la ramènera. À faire sa précieuse, alors que Dieu sait combien d’hommes sont déjà passés sur elle… »
L’armée postée dans la ville avait pour mission d’empêcher les soldats vaincus d’y entrer. Comme une attaque immédiate de la ville était peu probable, le chevalier avait laissé ses mercenaires se promener librement. Comme d’habitude, ils usaient de cette liberté de la pire façon possible. L’un d’eux lança en ricanant une pièce d’argent à la tête de Pen.
« Voilà, on a payé. Marché conclu. Si tu te plains après, on te tue. »
« Ces ailes sont vraies ? Ça te dérange si j’en casse une ? »
Un autre mercenaire tordit avec un sourire cruel la délicate aile de papillon de Debi. Elle poussa un cri perçant, de la même voix qui avait complimenté les yeux de Shan la veille. Shan était trop jeune pour comprendre les détails de la prostitution, mais il voyait bien qu’ils la tourmentaient et qu’un sort terrible l’attendait s’ils l’emmenaient. Autour de lui, les badauds faisaient semblant de ne rien voir, tandis que les membres de la troupe tremblaient de peur, incapables d’intervenir. Il n’avait donc pas le choix : il devait agir.
« Mon pantalon est en train de tomber, imbécile ! »
Après avoir repoussé Pen d’un coup de pied, le mercenaire se retourna et aperçut quelqu’un qui lui barrait le chemin : un garçon aux cheveux noirs ébouriffés et aux yeux verts éclatants. Shan pointa son épée vers lui et parla d’une voix calme.
« Lâche-la. »
« Quoi ? »
« Lâche-la avant que je te tranche. »
Le ton familier qu’il s’était efforcé d’employer avec Roden lui vint ici tout naturellement. Les mercenaires échangèrent un regard, puis éclatèrent de rire.
« C’est quoi, ce petit taré ? »
« T’as piqué l’épée de ton père pour venir jouer ? Je vais te laisser une chance, alors dégage. »
« Ce sont des Altos. Si tu veux jouer les chevaliers au grand cœur, apprends au moins… »
Avant qu’il ait pu finir sa phrase, le mercenaire se rendit soudain compte que Shan se tenait déjà devant lui et recula, stupéfait. Au même instant, une douleur brûlante lui traversa la main qui agrippait les cheveux de Debi. Quand il leva instinctivement le bras droit, il vit que tout ce qui se trouvait au-dessus de son poignet avait disparu.
« M-ma main ! »
Avant que les autres aient le temps de réagir, l’épée de Shan se mit à danser, plus vite et avec plus de précision que jamais. Le sang jaillit. Un corps fut proprement tranché en deux à la taille, un autre fendu en diagonale, de la clavicule au flanc, et un troisième eut la moitié du crâne emportée. Aux yeux des badauds, il n’y eut que des éclairs, puis des morceaux de ce qui avait été des hommes s’éparpillèrent dans toutes les directions. Des cris et des hurlements bien plus puissants qu’auparavant retentirent.
« E-espèce de fou ! »
« Il les a tués ! »
Ceux qui riaient encore à l’instant prirent la fuite, terrifiés. Ils craignaient non seulement ce que le garçon pourrait faire ensuite, mais aussi que l’armée voisine ne les prenne pour ses alliés.
Tandis qu’ils fuyaient, Shan baissa les yeux vers son épée ensanglantée, cherchant à apaiser la chaleur qui lui embrasait l’esprit. Pour la première fois, il avait brandi sa lame non pour survivre ou se défendre, mais sous l’effet d’une pure rage. C’était différent d’avant.
Il ne comprenait pas encore très bien ce qui avait changé, mais quelque chose s’était produit. Chassant cette pensée, Shan s’approcha de Debi, encore sous le choc, et retira de ses cheveux la main tranchée.
« Tu peux tenir debout ? »
« J-je… Oui… »
À peine consciente, elle répondit par réflexe. Pen accourut pour la soutenir et s’inclina profondément devant Shan.
« Merci infiniment ! Je ne sais pas comment vous remercier. »
« Pas la peine. Emmène-la et partez. Restez près des remparts si vous pouvez. Ces types ont dit qu’ils étaient ennemis de la ville. »
« D-d’accord. Mais vous, qu’allez-vous faire ? »
« Je vais aviser. »
Il avait agi sur un coup de tête, sans le moindre plan. Pourtant, s’il pouvait revenir en arrière, il recommencerait sans hésiter. Heureusement, la troupe plia rapidement sa tente rouge et chargea toutes ses affaires sur un chariot tiré par deux chevaux. Il semblait qu’ils s’apprêtaient déjà à partir après avoir aperçu l’armée et qu’ils avaient été pris au beau milieu de la situation. Tandis qu’ils s’éloignaient, Roxy, le chef de la troupe, s’inclina profondément.
« Merci, Shan. Si ces hommes avaient emmené Debi… qui sait ce qui aurait pu lui arriver… »
Son visage ridé exprimait à la fois le soulagement et l’inquiétude. Jusqu’ici, il ne s’agissait que de la sécurité de Debi, mais désormais, leurs vies à tous étaient en jeu. S’ils ne posèrent pas de questions à Shan, ce n’était pas seulement par décence : la puissance qu’il venait de déployer était tout bonnement terrifiante. Les autres membres de la troupe éprouvaient eux aussi des sentiments mêlés. Seul Pen lui témoigna une gratitude sincère. Lorsqu’ils atteignirent le pied des remparts, Roden accourut, tenant les rênes de deux chevaux.
« Shan ! Qu’est-ce qui s’est passé ? J’ai entendu dire que tu avais tué les mercenaires du comte Barlic… »
« C’est arrivé comme ça. On dirait que je vais devoir les affronter. Tu ne peux pas m’aider, hein ? »
Au loin, les mercenaires pointaient déjà Shan du doigt en criant, ayant découvert les morts. À la vue de leurs armes, Roden émit un étrange bruit étranglé. Rien qu’à voir les lames, ses jambes se mirent à trembler.
« Donne-moi un cheval et reste avec ces gens. Je vais les repousser, d’une façon ou d’une autre. »
Rester près des remparts n’était pas vraiment sans danger. Les ennemis pouvaient les atteindre de loin, et ils ne pourraient pas rester là éternellement. Il fallait que quelqu’un se dresse contre eux.
Au lieu de le réprimander, Roden lui demanda d’un ton inquiet :
« Tu peux gagner ? J’ai entendu dire qu’il y avait un chevalier parmi eux. »
« S’il n’y en a qu’un, je peux m’en charger. »
« Bon sang… J’aurais dû te trouver une armure… »
Après avoir envoyé Roden rejoindre la troupe, Shan monta sur l’un des chevaux : un animal gris, à la crinière claire et de taille plutôt modeste.
« Doucement… »
C’était sa première fois à cheval, mais garder l’équilibre ne lui posa pas de difficulté. Après tout, il pouvait tenir sur un pied au sommet d’une perche étroite. Heureusement, le cheval était bien dressé et ne résista pas à son cavalier inexpérimenté. Se rappelant ce qu’il avait appris la veille, Shan lui caressa la crinière pour le calmer, puis tira légèrement sur les rênes.
« Allez, on y va. Par là… Plus vite. »
Quand il lui tapota les flancs, le cheval prit de la vitesse. Le mouvement le faisait rebondir, mais il ajusta instinctivement sa posture et se mit au rythme de sa monture. S’il en avait eu le temps, il se serait entraîné correctement. Mais, malheureusement, l’ennemi était déjà tout près. Lâchant les rênes, Shan sortit un arc de la sacoche de selle et le banda. Il l’avait pris à l’un des mercenaires qu’il venait de tuer.
« Hé, gamin ! C’est toi qui as tué mes hommes… ! »
Le chef criait encore quand Shan décocha une flèche. La vitesse du cheval aidant, elle effleura la joue de l’homme et transperça la tête de celui qui se tenait derrière lui. Shan fit tourner sa monture et marmonna :
« Ah. Raté. »
Après ce premier tir, il comprit que tirer à cheval n’avait rien à voir avec le tir à l’arc au sol. Même s’il commençait déjà à prendre le coup, le fait qu’il faille plusieurs essais prouvait bien à quel point le tir à l’arc à cheval était difficile.