Chapitre 10
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Traductrice : Dawn
Éditrice : Dawn
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◈ Le Chevalier de Génie d’une race déchue
Chapitre 10
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Le Chevalier à la Lance Noire
Depuis l’Antiquité, un gouffre séparait l’infanterie, qui se déplaçait sur deux jambes, de la cavalerie, montée sur quatre pattes. Pour s’en faire une idée, il suffisait d’imaginer un homme qui marcherait sur ses cuisses, sans jambes, affrontant quelqu’un qui se déplacerait normalement sur ses pieds. Le second allait non seulement plus vite, mais bénéficiait aussi d’une meilleure hauteur de vue et d’un champ visuel plus large, ce qui lui permettait de toujours imposer des conditions favorables sur le champ de bataille.
Ajoutez-y des arcs, et c’était un véritable cauchemar. À l’origine, les archers formaient une classe capable de massacrer à distance les fantassins armés d’épées et de lances. Si ces combattants gagnaient aussi en mobilité, ils pouvaient infliger des dégâts sans riposte, hors de portée de leurs adversaires.
La raison pour laquelle les archers montés expérimentés étaient si rares, malgré cet avantage écrasant, était simple : la discipline était extrêmement difficile. Il fallait maîtriser à haut niveau deux compétences sans aucun rapport, le tir à l’arc et l’équitation. Or, dans une société essentiellement agricole, seuls quelques privilégiés pouvaient apprendre à monter à cheval dès leur plus jeune âge et consacrer du temps au tir à l’arc.
À Libert, à moins d’être originaire de l’ouest de Horais, où l’on montait à cheval depuis la naissance, il ne devait pas y avoir plus d’une centaine de personnes capables de tirer convenablement à l’arc à cheval. Et parmi elles, la plupart ne touchaient leur cible qu’à moins de vingt mètres. Alors, quand Shan démontra avec élégance son talent d’archer monté et abattit des ennemis à cinquante mètres, les mercenaires qui avaient surgi furent saisis non seulement par la confusion, mais aussi par une peur presque palpable.
« Un archer monté… ! »
« Appelez les cavaliers ! Que les archers le tiennent à distance en attendant ! »
La décision rapide du capitaine mercenaire — se mettre à couvert derrière un grand bouclier — était remarquablement judicieuse pour quelqu’un qui n’avait jamais affronté de véritables archers montés. En temps normal, les contre-mesures naturelles face à eux étaient les archers à pied et la cavalerie. Les archers à pied tiraient plus vite et avec davantage de précision, tandis que la cavalerie pouvait rattraper les archers montés en fuite et les tuer.
Malheureusement pour eux, Shan jouait dans une tout autre catégorie. Il sortit des flèches de sa sacoche et les décocha à la chaîne, tuant presque aussitôt trois archers dissimulés parmi les mercenaires. Contrairement à son premier tir, toutes ses flèches atteignirent leur cible.
L’un des archers parvint à tirer avant de mourir, mais Shan écarta nonchalamment la flèche avec son arc. Pour lui, dévier une flèche à dix mètres n’avait rien de remarquable. Alors, celles tirées à quarante ou cinquante mètres n’étaient guère plus que des jouets.
« … Qu’est-ce que… »
« Ce type est complètement fou ?! »
Les mercenaires hésitèrent, leur volonté de combattre ébranlée. Shan tournait autour d’eux à cheval tout en poursuivant sa volée de flèches. Certains traits se brisaient contre les boucliers levés, mais tous les hommes n’en portaient pas. Ceux qui brandissaient des armes à deux mains se tassaient derrière leurs camarades protégés, tremblants, avant d’être touchés par une flèche et de mourir dans un hurlement.
« Tenez bon ! Les renforts arrivent ! »
En effet, deux cavaliers ne tardèrent pas à surgir des rangs principaux. Ils n’étaient pas assez habiles pour se battre comme de véritables chevaliers, mais le simple fait de savoir monter à cheval leur valait une solde plusieurs fois supérieure à celle des soldats ordinaires.
« Capitaine ! »
« Ça va ? »
« Tu crois que ça va ? Oublie-moi et tuez-moi ce bâtard ! Si on le laisse filer, il va nous causer de gros problèmes ! » hurla le capitaine en essuyant le sang sur sa joue, éraflée par une flèche.
Déjà irascible, il était désormais à bout de nerfs, après avoir été pris pour cible avec tant d’acharnement.
« Ne vous inquiétez pas ! On va rattraper ce canasson malingre en un rien de temps ! Allons-y ! »
Sur ces mots, les deux cavaliers chargèrent. Comme prévu, ils étaient plus rapides que Shan. Leurs montures étaient des chevaux de guerre, alors que le sien n’était qu’un simple cheval de selle. Mais la vitesse ne suffisait pas à déterminer l’issue d’un combat.
« Gah ! »
Un cri strident retentit, et l’un des cavaliers fut désarçonné. Shan, qui fuyait, avait fait pivoter son corps en pleine course pour tirer vers l’arrière et atteindre la tête du cheval avec une précision parfaite. Contrairement aux chevaliers, ces hommes n’avaient pas les moyens d’offrir une coûteuse armure à leurs montures.
« M-mais quel genre de fou… ? » marmonna le capitaine mercenaire, incrédule.
Tirer vers l’arrière au grand galop ? C’était donc un archer monté de Horais, ou quoi ? Bien sûr, Shan ne se laissa pas démonter et abattit également le second cheval. Il tendit la main vers une autre flèche, mais ne trouva rien.
« Ah. »
Il avait déjà épuisé la douzaine de flèches qu’il avait prises. Il comprit une fois de plus que le tir à l’arc ne lui convenait pas vraiment. Il n’y retrouvait pas les mêmes sensations, peinait face aux ennemis lourdement armés et devait surveiller soigneusement ses réserves de flèches.
Mais s’il manquait d’armes, il pouvait toujours les prendre à ses ennemis. Shan fit faire demi-tour à son cheval et repartit vers les cavaliers à terre. L’un était mort, la nuque brisée dans sa chute. L’autre tentait de se relever, probablement avec une jambe cassée. Shan visait la lance dont l’homme se servait comme d’une béquille.
« N-ne vous approchez pas ! »
Le cavalier, paniqué, lui lança sa lance. Shan inclina sa monture de côté pour la protéger et repoussa la pointe de son épée. Puis, saisissant la hampe de sa main libre, il abattit sa lame et trancha le poignet de l’homme. Après avoir secoué la main sectionnée pour s’en débarrasser, Shan s’empara de la lance. En un instant, il était devenu lancier. Il acheva le cavalier hurlant en lui transperçant la gorge.
« Ouais… À cheval, la lance est bien plus efficace. »
Une épée courte avait une portée bien trop limitée. Désormais armé, Shan repartit à la charge. Les mercenaires tentèrent de se mettre en formation. Ils avaient au moins un peu d’expérience contre les lanciers à cheval. Ils pensaient pouvoir s’en sortir.
Mais ils se trompaient. Shan ne leur laissa aucune distance et les submergea complètement. Il dirigeait son cheval avec les jambes et gardait les deux mains libres, frappant sans jamais se mettre à leur portée.
« Ghh… ! »
« Prenez vos lances ! »
« Visez le cheval, pas le cavalier, bande d’idiots ! »
« Il pare tout ! »
Les mercenaires tentèrent de frapper le cheval, mais Shan esquivait toutes leurs attaques et ripostait aussitôt. Sa lance, pourtant faite de bois massif, ondulait comme un serpent : elle transperçait boucliers, armes et chairs à découvert.
Le seul désagrément venait de la nervosité de son cheval, qui réagissait chaque fois que le métal s’entrechoquait à proximité. Vu qu’il ne s’agissait pas d’un cheval de guerre entraîné, il s’en sortait déjà remarquablement bien.
Après avoir empalé son cinquième ennemi au visage, Shan se replia légèrement. Un étrange frisson le parcourut, comme lorsque, la veille, il avait été pris dans une embuscade de gobelins.
Ça…
Tous les soldats du camp avançaient désormais vers lui. La plupart étaient des mercenaires, mais deux cavaliers mieux équipés, probablement des écuyers, se trouvaient parmi eux. Et, à leur tête, se tenait un chevalier revêtu d’une armure de plates complète. Contrairement aux autres, qui progressaient à un rythme mesuré, il fonçait droit sur Shan à toute vitesse.
Il est rapide !
Malgré le poids de l’armure, le chevalier et sa monture allaient bien plus vite que les cavaliers précédents. À une telle vitesse, impossible d’esquiver.
« Yah ! »
En un instant, Shan prit sa décision et chargea à son tour. Il avait appris instinctivement que, lorsqu’il ne pouvait pas fuir, mieux valait accélérer et affronter l’attaque de front. Au combat à cheval, se faire poursuivre par un ennemi plus rapide était la deuxième pire option. La pire, c’était de rester immobile et d’encaisser la charge.
Sa lance est plus longue et plus lourde… Je ne peux pas l’emporter de front. Je vais la dévier vers l’intérieur et contre-attaquer.
Il lui faudrait des réflexes insensés, mais Shan n’en avait jamais manqué. Alors qu’il se concentrait sur l’arme de son adversaire, quelque chose le frappa.
La lance noire…
Il l’avait déjà vue. Lors de la bataille de la veille, parmi les quatre chevaliers aux panaches rouges, deux s’étaient enfuis, un avait été capturé et le dernier avait été tué sur-le-champ, la poitrine transpercée par une lance noire. Ce chevalier était donc celui qui pouvait tuer en un seul échange.
À cette pensée, Shan vit le chevalier ramener sa lance en arrière. Il distinguait nettement les muscles du dos et des épaules, les articulations, les coudes, les poignets, et ainsi de suite. Chaque partie de son corps travaillait en parfaite harmonie pour concentrer toute sa force dans la pointe de la lance. Ce n’était pas un geste grossier. C’était une estocade idéale, parfaite.
Shan parvint de justesse à la dévier, mais quelque chose clochait. Bien qu’il eût intercepté la lance par-dessous, celle-ci ne bougea pas d’un pouce. Elle lui échappa au contraire et fila droit vers sa poitrine.
C’était impossible. La force s’amenuisait à mesure qu’on s’éloignait de la prise, et les estocs étaient vulnérables aux déviations latérales. Pourtant, cette volonté avait pris corps. L’intention irrésistible de transpercer était devenue « Esprit », au point de déformer la réalité elle-même.
« Ouh ! »
Au moment critique, Shan relâcha la pression de ses jambes qui serraient étroitement les flancs du cheval. La hampe de la lance se brisa et le recul projeta son corps en arrière ; la pointe le frôla de justesse, lui éraflant la poitrine jusqu’à l’épaule.
Juste avant de tomber, il réussit à s’agripper au flanc du cheval d’un bras et d’une jambe, puis se hissa de nouveau en selle. Heureusement, son adversaire était déjà passé à toute allure en sens inverse : aucune attaque ne suivit immédiatement.
J’ai failli mourir… !
Avait-il sous-estimé son adversaire après l’avoir vu tomber bêtement, la veille, alors qu’il était encerclé ? Pour la première fois depuis qu’il avait pris une arme, Shan sentit le danger de mort le frôler. Son esprit semblait se dissoudre dans un mélange de peur et d’exaltation. Pourtant, il ne croyait pas son adversaire invincible.
Au moment de l’impact, le chevalier n’avait pas réagi à la défense ni à l’esquive de Shan. Cette collision était simplement due à la force écrasante de l’ennemi, à son équipement supérieur et à sa puissance inattendue. Maintenant qu’il comprenait l’ampleur de la force derrière la lance, il pouvait en tenir compte dans ses calculs.
Pourtant, chose étrange, le chevalier leva la main pour arrêter ses troupes, puis s’approcha seul, au pas, au lieu de charger de nouveau. Lorsqu’il ne fut plus qu’à une trentaine de mètres, il posa sa lance sur la selle et retira son casque, dévoilant un homme aux traits anguleux, dans la trentaine avancée. Ses yeux étroits et perçants détaillèrent Shan.
« … Vous êtes jeune. Je vous croyais seulement petit. »
Sa voix était grave et sombre, comme s’il se parlait à lui-même. Sans attendre de réponse, il se présenta.
« Je suis Fional de la maison Aldan, chevalier nommé par le comte Barlic. Et vous ? »
« Shan. »
C’était encore le seul mot que Shan pouvait lui offrir. Contrairement au chef des bandits qui s’était autrefois offusqué d’une réponse aussi brève, Fional se contenta de laisser échapper un léger ricanement.
« Vous refusez de donner votre nom de famille, ou vous n’en avez pas ? Peu importe, au fond. Avez-vous prêté serment au duc Moraen ? »
Shan comprit à peu près la question : « Êtes-vous un homme du duc ? » Il secoua la tête.
« Non. »
« La ville de Vito vous a-t-elle engagé, alors ? »
« Ce n’est pas ça non plus. »
« Alors pourquoi avez-vous attaqué mes hommes, alors que nous procédions à un blocus sur ordre du comte ? »
« Parce que vos hommes ont essayé de faire du mal à mon ami. »
À la réponse directe de Shan, le chevalier jeta un bref regard en arrière et claqua la langue.
« … Ces mercenaires grossiers ne servent donc à rien, hein… Je vois. Je comprends. »
Au lieu de se mettre en colère parce qu’on l’avait attaqué pour une telle raison, Fional réagit avec un calme inattendu. La suite fut encore plus surprenante.
« Et si nous en restions là ? Même si la faute nous revient, assez de sang a déjà coulé. Je dirais que cela constitue une compensation suffisante. »
Il essaie de me faire baisser ma garde ? se demanda Shan.
Objectivement, le chevalier avait l’avantage, et rien ne l’obligeait à s’arrêter. Pourtant, le regard de Fional était parfaitement sincère. Voyant Shan jeter des coups d’œil méfiants entre le chevalier et l’armée derrière lui, Fional ajouta :
« J’ai une condition. Vous ne devrez pas être engagé par Vito pour vous opposer aux forces du comte Barlic. Si vous acceptez, nous considérerons l’affaire comme réglée. »
« De toute façon, je me rendais à Pendia. »
« Bien. Alors nous avons un accord. Au nom de la déesse, je jure de ne pas entraver votre départ. »
Fional remit son casque, fit tourner son cheval et ordonna la retraite. Les soldats, qui s’étaient précipités en avant un peu plus tôt, reprirent le chemin du camp. Shan lisait la confusion et le mécontentement sur leurs visages, mais aucun n’osa s’opposer à l’ordre d’un chevalier. Avant de partir, Fional prononça une dernière phrase, difficile à comprendre.
« J’espère que nous nous reverrons dans de meilleures circonstances. Mieux encore, peut-être chevaucherons-nous un jour côte à côte. »
Shan resta un instant planté là, incapable de comprendre comment la bataille avait pu prendre fin si brusquement. Puis il repartit rapidement vers les remparts de la ville. À sa grande surprise, Roden s’y trouvait, serrant fermement son fléau et faisant face à un groupe de personnes. Derrière lui, la troupe d’Altos se serrait les uns contre les autres, anxieuse.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? »
À la voix de Shan, ceux qui faisaient face à Roden sursautèrent et reculèrent précipitamment. Roden se retourna enfin, le visage blême.
« Tu es salement blessé ! Descends, tout de suite ! »
En baissant les yeux, Shan vit que sa poitrine était trempée de sang. La plaie que la lance lui avait éraflée saignait abondamment.
« Ah… Pas étonnant que je me sente fatigué. »
Quand Roden le fit descendre de cheval, Shan se laissa aller. La tension étant peut-être enfin retombée, le vertige le submergea et sa vision se brouilla.
« Je vais appliquer un remède, alors tiens bon. Je n’ai pas vu tout le combat, mais qui as-tu affronté pour finir dans cet état ? »
« … Fional… »
Roden en eut le souffle coupé.
« Ne me dis pas… Fional, la Lance Noire ? Bon sang… Si j’avais su qu’un homme comme lui se trouvait ici, je ne t’aurais jamais laissé partir ! »
« Tu le connais ? »
« C’est le détenteur du record de victoires dans les tournois de joute de Libert. S’il est connu jusque dans Pendia, ça en dit long. Il compte sûrement parmi les trois meilleurs lanciers du pays. J’ignorais qu’il servait le comte Barlic. »
Malgré la douleur qui irradiait de sa blessure pansée, Shan sourit. Si quelqu’un d’aussi puissant n’avait rien eu d’exceptionnel, cela aurait été bien plus effrayant. À ce niveau, il constituait un obstacle digne d’être surmonté.
***
« Sir Fional. »
Dans une tente, Fional Aldan, le chevalier en chef du comte Barlic, buvait tranquillement du vin lorsqu’un écuyer s’approcha. À l’expression de son visage, Fional savait déjà ce qu’il allait dire.
« Vous êtes mécontent que j’aie laissé le garçon en vie ? »
« Je n’oserais pas parler de mécontentement, mais… les mercenaires réclament vengeance. »
« Déserter en pleine opération est passible de mort. Sans exception. Ils ont eu leur liberté une fois et ont causé tous ces problèmes. Ils doivent en assumer les conséquences. »
Aux yeux de l’écuyer, il s’agissait plutôt d’un malheureux concours de circonstances que d’une faute, mais il ne pouvait contester son seigneur.
En le regardant, Fional murmura doucement :
« Si nous avions combattu jusqu’au bout, tout ce que nous aurions gagné, c’est le cadavre d’un enfant. »
« En le laissant partir, nous gagnons encore moins. »
Parce que Fional l’avait épargné, les mercenaires étaient mécontents, même s’ils ne pourraient jamais comploter une révolte. L’écuyer estimait qu’il aurait mieux valu tuer le garçon et exhiber son cadavre, pour le moral des troupes, si important dans une armée. Après un bref silence, Fional se justifia avec une faiblesse inhabituelle.
« Mon honneur est sauf. J’ai épargné un garçon en armure de cuir usée, monté sur un mauvais cheval et armé d’une lance volée. »
Alors pourquoi l’avoir attaqué, au juste ?
L’écuyer le pensa, mais ne dit rien et s’inclina en signe d’obéissance. Après l’avoir congédié, Fional effleura le flanc de son armure. Une profonde entaille le marquait.
Je ne l’avais donc pas imaginé.
Au moment de l’impact, alors même qu’il était certain d’avoir transpercé son adversaire, il avait senti un choc violent sur le côté. Incroyable, mais le garçon lui avait lancé une lance brisée alors qu’il était projeté en arrière par la collision. Si la lance avait été plus longue ou portée par une force et un Esprit supérieurs, elle aurait peut-être transpercé son armure.
En quinze ans de chevalerie, Fional n’avait jamais vu des réflexes, une vitesse et une intelligence au combat aussi terrifiants. Jugeant qu’un nouvel affrontement risquait de le blesser, il avait vérifié à qui le garçon était affilié avant de mettre proprement fin à la bataille.
Si le garçon avait appartenu au duc Moraen, il l’aurait tué à tout prix. Mais autrement, il n’avait aucune raison de risquer le déshonneur ou le danger, surtout alors que la guerre faisait rage dans tout le royaume.
Malgré tout… quel dommage.
Les occasions d’affronter un adversaire de son niveau en combat singulier étaient rares. En tant que chevalier loyal et guerrier, Fional ne pouvait s’empêcher d’attendre avec impatience le jour où il croiserait de nouveau le fer avec ce garçon, une fois celui-ci devenu plus fort.