Chapitre 71
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Traducteur/éditeur : Chen
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◈ Le Chevalier de Génie d’une race déchue ◈
Chapitre 71 : Le cimetière d’ossements dans la grotte
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Les monstres qui avaient émergé du fleuve cette fois étaient de ceux qu’on trouvait communément près de l’eau.
Des Goules d’Eau, des kelpies, des crapauds géants venimeux, des hommes-lézards et autres créatures du même genre.
L’apparition soudaine des monstres avait fait seize victimes au total.
Le bilan était resté relativement léger uniquement parce que les récents travaux d’adduction d’eau avaient été achevés.
Autrefois, beaucoup de gens venaient se baigner ou puiser de l’eau dans la rivière Tessell. À présent que l’eau courante arrivait près de chez eux, plus besoin de faire tout ce chemin jusqu’au fleuve.
Sans cela, les victimes auraient été plusieurs fois plus nombreuses.
« Hmm… »
Serin s’était rendue en personne en calèche pour inspecter la berge. Elle fronça les sourcils en contemplant les monstres morts étendus au sol.
Une invasion de monstres par le fleuve était de très mauvais augure.
Le principal avantage de Pales sur les autres régions était que ses terres étaient à l’abri des monstres.
Contrairement aux autres territoires, où il fallait construire les fermes et les villages derrière des palissades de bois, Pales pouvait étendre de vastes champs dans les plaines. C’était un avantage considérable.
Ses habitants n’avaient pas non plus besoin de s’armer chaque fois qu’ils allaient chercher du bois dans la forêt ou qu’ils voyageaient entre les villages et les villes.
Si la région perdait tout cela, elle cesserait d’être un paradis terrestre et ne serait plus qu’un territoire prospère parmi d’autres de Pendia.
Serin, qui régnerait un jour sur tout Pendia depuis ces terres, ne pouvait le permettre.
Construire des palissades tout le long du fleuve et y poster des gardes… Non. C’est impossible.
La rivière Tessell était bien trop longue pour qu’on puisse la défendre de cette manière.
Il faudrait des dizaines de milliers de soldats, et abattre peut-être la moitié des arbres de Pales pour bâtir les palissades.
Il ne restait donc qu’une seule solution.
Ils devaient découvrir et éliminer la cause de ce phénomène inédit.
De retour au château du comte, Serin convoqua tous les principaux responsables du territoire.
« Merci d’être venus si vite. Vous avez tous entendu parler de ce qui s’est passé, n’est-ce pas ? »
« Oui, Votre Altesse. »
Le comte Paless et les autres avaient le visage assombri.
Ils n’étaient pas idiots. Ils comprenaient parfaitement ce que signifiait cet incident.
S’ils ne parvenaient pas à régler la situation d’une manière ou d’une autre, Pales déclinerait à coup sûr.
Cela signifiait simplement qu’elle deviendrait semblable aux territoires ordinaires situés de l’autre côté du fleuve, mais cette seule perspective les remplissait d’effroi.
« Nous devons d’abord en déterminer la cause. »
« Pardonnez-moi, Votre Altesse, mais, en tant que personne qui comprend les principes de toute chose, je pense que la cause est probablement liée aux eaux usées déversées en aval par les égouts. »
Le comte Tenon, Orum, prit son habituel ton vantard.
« C’est donc bien cela ? »
« Oui. Autrefois, les ateliers qui fabriquaient des objets magiques étaient éloignés du fleuve et se débarrassaient de leurs déchets à proximité. Depuis la construction des égouts, en revanche, ils y rejettent la plupart de leurs ordures. Il est fort possible que cela ait eu des répercussions sur les monstres vivant plus en aval. »
Les riverains avaient toujours jeté dans le fleuve leurs petits déchets ménagers et leurs ordures ordinaires ; cela n’aurait donc pas pu provoquer un changement si soudain.
La seule nouveauté d’importance, c’était cela.
L’hypothèse était raisonnable, et les autres acquiescèrent.
« Alors, les ateliers d’objets magiques doivent cesser de se débarrasser de leurs déchets de cette façon. »
« Je ne pense pas que cela suffira à régler le problème. »
Serin secoua la tête devant la remarque du juge.
« L’avis du comte Tenon n’est qu’une hypothèse. Nous devons descendre le fleuve et découvrir nous-mêmes la cause exacte. Plus précisément, il est temps d’examiner sérieusement pourquoi les monstres n’ont jamais emprunté cette voie auparavant. »
Personne ne s’était jamais demandé pourquoi les monstres ne remontaient pas la rivière Tessell.
Cela avait toujours été ainsi, depuis la nuit des temps.
À présent que ce qui leur avait semblé naturel ne l’était plus, il leur fallait en rechercher soigneusement la cause et empêcher que cela se reproduise.
« Je vais envoyer une équipe d’enquête en aval, accompagnée de cent soldats chargés de la protéger. »
Tous acquiescèrent à la déclaration de Serin.
Une armée coûtait de l’argent même lorsqu’elle restait immobile, et en engloutissait encore davantage dès qu’elle se mettait en marche.
Rien ne justifiait de mobiliser une force inutilement importante.
Pourtant, les têtes qui acquiesçaient se figèrent à ses paroles suivantes.
« Et je me joindrai à l’équipe d’enquête. »
« Pardon ? »
« Comment la princesse pourrait-elle entreprendre elle-même une tâche aussi dangereuse… ? »
« C’est dangereux ! Et s’il vous arrivait quelque chose ? »
« Je suis la meilleure mage de ce pays. Le chef de la Société de Magie n’a rien à m’envier, mais, vu son âge, un si long voyage lui serait difficile. »
Serin balaya les objections d’un simple défi : qu’on lui amène un mage plus doué qu’elle.
« Votre Altesse a tout à fait raison. »
Orum ne tenait peut-être vraiment pas à quitter le confort de la ville de Pales. Il sourit en hochant la tête.
À cet instant, le comte Paless, son oncle maternel, prit la parole.
« Je n’oserais m’opposer à Votre Altesse, mais ne vaudrait-il pas mieux envoyer plusieurs mages compétents ? Vous êtes indispensable à Pales. »
En entendant les mêmes paroles qu’elle avait adressées à Shan peu de temps auparavant, Serin se mordit la lèvre, embarrassée.
Après avoir réfléchi un instant à la manière de le formuler, elle répondit avec courtoisie :
« Merci de vous inquiéter pour moi, mon oncle. Mais c’est une affaire que je dois régler moi-même. Si nous ne trouvons pas rapidement une solution, notre territoire s’effondrera. »
La majeure partie des forces militaires de Pales patrouillait alors le long des berges, afin de parer à de nouvelles attaques de monstres.
Malgré cela, le manque d’effectifs laissait des brèches partout. Ils ne pouvaient pas continuer ainsi.
Lorsque Serin lui expliqua que les retards finiraient par les ruiner, alors qu’ils devaient se développer aussi vite que possible, le comte poussa un léger soupir et acquiesça.
« … Je vois. Nous n’avons donc pas le choix. »
Comme le montrait le soutien qu’il avait apporté en coulisses à toutes les politiques de Serin, le comte n’avait aucune intention de s’opposer à elle et d’affaiblir son autorité.
Il était simplement intervenu parce qu’il s’inquiétait pour sa seule nièce.
Si elle tenait à prendre ce risque et à partir elle-même, il ne pouvait que la suivre.
Avant d’être l’oncle de Serin, le comte était son sujet.
* * *
Comme nul ne savait quand les monstres pourraient réapparaître, l’équipe d’enquête fut constituée en un rien de temps.
Elle se composait de Serin, de plusieurs servantes chargées de s’occuper d’elle, de mages aux connaissances exceptionnelles dans divers domaines, de vieux pêcheurs qui avaient passé des années sur le fleuve et de prêtres versés dans les anciennes écritures.
Une centaine de soldats, formée de mercenaires altos et de troupes directement placées sous le commandement du comte, leur servait d’escorte.
Le Protecteur Suprême Shan Barendil devait commander la troupe, mais tout le monde savait désormais qu’en pratique, le véritable chef était Roden, son écuyer en chef.
On savait que Roden était aussi proche de Shan qu’un frère ; même les chevaliers et les nobles ne pouvaient donc pas le traiter à la légère sous prétexte qu’il n’était qu’un écuyer, fils d’un marchand.
Deux jours après la réunion, la troupe quitta le château de Pales et longea le fleuve vers le sud-est, en direction de l’aval.
En bateau, portés par le courant, ils avançaient bien plus vite qu’ils n’auraient pu le faire par voie terrestre.
Sous les ordres du capitaine âgé, les marins ramaient tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, évitant les rochers éparpillés dans le fleuve.
Shan se tenait à la proue, le visage fouetté par le frais vent d’automne, lorsqu’il aperçut Serin qui s’approchait par-derrière.
« On dirait que le mal de mer va mieux. »
« Heureusement. Le médicament semble faire effet. »
Environ dix minutes après le départ, tandis que le bateau descendait le fleuve, Serin avait commencé à montrer des signes de mal de mer.
Elle n’avait pas été malade lors de leur traversée précédente. La vitesse plus grande du bateau, qui suivait le courant, en était probablement la cause.
Shan la mit en garde tandis qu’elle approchait.
« Attention. Le bateau tangue davantage quand on s’avance vers la proue. »
« Ne t’inquiète pas. Ce n’est rien… Ah. »
Serin avançait d’un pas désinvolte, les épaules haussées, quand elle chancela. Shan franchit la distance d’un bond et la retint par l’épaule.
Dès qu’elle eut retrouvé son équilibre, il s’écarta rapidement.
S’ils se montraient trop proches devant les autres, cela risquait d’engendrer des malentendus gênants.
On pourrait prétendre qu’ils entretenaient une relation déplacée, comme à Hasra.
En réalité, cette rumeur née dans la capitale s’était déjà répandue dans tout Pendia.
L’histoire de Shan, qui avait foncé dans la capitale pour sauver Serin en personne, était désormais connue de tous.
Ses ennemis, les factions de Conrad et d’Elvin, avaient répandu avec malveillance la rumeur selon laquelle la princesse avait attiré dans son lit un chevalier alto de basse extraction et s’en servait à sa guise.
Ils prétendaient même que, quel que soit le noble de bonne naissance qu’elle épouserait ensuite, elle donnerait naissance à un enfant alto cornu.
Naturellement, personne n’osait en parler ouvertement à Pales.
Aussi puissant que Shan fût devenu après avoir obtenu la charge de Protecteur Suprême, l’union entre une princesse pendienne, descendante de l’empereur Varen, et un chevalier alto était absolument impensable.
« Mais dis-moi, comment ça se passe, au travail ? »
« Comme je te l’ai dit, j’ai maintenant pas mal de temps devant moi. Kalion s’occupera sans doute de la plupart des choses. »
Depuis son arrivée à Pales, Kalion, le père de Roden, avait obtenu d’excellents résultats comme l’un des hauts fonctionnaires de Serin.
C’était tout naturel. Le sens de la direction et les talents d’administrateur qui lui avaient permis de guider les marchands de la capitale ne s’étaient pas envolés.
Peu de temps auparavant, il avait même été promu à un poste de responsable régional et avait reçu le titre d’écuyer.
« C’est une bonne nouvelle. »
Shan était profondément heureux que Kalion, qui l’avait soutenu, soit reconnu à sa juste valeur.
Il aurait vraiment souffert si Kalion avait fini par regretter de l’avoir soutenu.
Lors du petit repas arrosé organisé pour fêter la promotion de Kalion, celui-ci avait dit à Shan :
« Même en y repensant aujourd’hui, soutenir sir Shan fut la meilleure décision de ma vie. »
« Ah oui ? »
« Même si sir Shan n’avait pas existé, j’aurais continué à vivre comme joaillier à Hasra. J’aurais forcément été attaqué par des bandits pendant le conflit entre les princes… Et personne n’aurait probablement pu me sauver, puis trouver des mages et des prêtres capables de m’opérer. Je serais mort seul dans ce domaine en ruines. »
Kalion avait dit que sa vie actuelle était, pour ainsi dire, une seconde existence obtenue grâce au soutien qu’il avait apporté à Shan. Un sourire illuminant son visage ridé, il l’avait remercié.
Rien que d’y repenser, Shan en avait le cœur et le corps emplis de satisfaction.
J’espère que tous ceux qui m’aiment pourront être plus heureux.
Depuis qu’il avait commencé à rêver d’un avenir meilleur grâce à Roden, le souhait de Shan n’avait jamais changé.
Il avait d’abord englobé Roden, puis la troupe d’acrobates altos qui avait voulu l’accueillir parmi les siens, Kalion et les gens du Domaine des Weavers, ses compagnons des Yeux Verts, Serin et même les habitants de Pales, qui la vénéraient et le respectaient.
Le petit cercle du garçon s’était peu à peu élargi et, à chaque fois, l’objectif qu’il devait atteindre avait grandi avec lui.
Heureusement, son petit corps avait lui aussi grandi, et sa capacité à réaliser ces objectifs s’était renforcée.
Même à cet instant précis.
* * *
« Mm, cette odeur… »
Ils voyagèrent plusieurs heures, discutant de temps à autre et mangeant en chemin.
Serin se couvrit légèrement le nez et marmonna.
À mesure qu’ils approchaient de l’aval, des portions de l’eau autrefois d’un bleu éclatant étaient devenues troubles et commençaient à dégager une puanteur.
Rien d’étonnant, puisque toutes sortes de déchets produits par plus de cent mille habitants de Pales étaient rejetés à cet endroit.
Heureusement, la rivière Tessell était si vaste que l’odeur restait supportable.
« Si nous devons commencer l’enquête, c’est ici qu’il vaut mieux le faire. »
« Alors, tout le monde à terre. La nuit va bientôt tomber ; restons dans les environs pour ce soir et commençons les recherches demain. »
Serin acquiesça à la suggestion d’un mage et leur ordonna de débarquer.
L’équipe d’enquête descendit du navire, amarré sur la berge, et passa la nuit dans un grand village des alentours.
En apprenant que la nièce du comte Paless, véritable dirigeante de ces terres, était venue dans leur village, les habitants en faillirent bondir de frayeur.
« N-nous n’avons aucun endroit digne de vous recevoir. Que devons-nous faire… ? »
« Ce n’est rien. Il me faut seulement un endroit où dormir. »
Heureusement, le lit du chef du village ne grouillait ni de puces ni de poux, même si ce n’était qu’une couche sommaire, faite de paille recouverte d’un tissu.
Le village se trouvait depuis toujours près du fleuve et disposait d’eau en abondance. Depuis peu, il pouvait aussi profiter de l’eau amenée par les travaux d’adduction.
« Cinquième escouade, restez ici. Ne dérangez pas les habitants. »
« Oui, chef ! »
Roden surveillait les soldats avec une vigilance sans faille.
Sachant à quel point il était rigoureux et strict, les soldats n’osaient pas faire de bêtises. Ils se tinrent tranquilles en mangeant, puis allèrent se coucher.
Cette nuit-là, Shan bondit de son lit en entendant un cri perçant.
« Un monstre ! »
Il courut vers le cri de la sentinelle et aperçut une gigantesque masse d’eau humanoïde, haute d’environ trois mètres.
À l’intérieur de son ventre, plusieurs soldats se débattaient, le visage crispé de douleur.
« Argh ! »
« Attention ! »
La masse d’eau balaya les soldats de son bras. Dans un claquement, l’eau éclaboussa leurs boucliers.
Shan comprit qu’il s’agissait d’un esprit du fleuve.
Un monstre incorporel que les attaques physiques ne pouvaient détruire…
Une lueur verte fendit la nuit tandis que Shan se ruait à l’attaque et abattait son épée.
Faisant appel à l’Esprit pour saisir ce qui n’avait aucune forme physique, il trancha le corps de l’esprit avec le Gardien de l’Est, chose qui aurait dû être impossible.
Une grande quantité d’eau jaillit de son ventre, et plusieurs soldats qui s’y débattaient roulèrent au sol.
« Hum ! Hrk ! Hum ! »
« Sortez-les de là ! »
Sur l’ordre de Shan, les soldats derrière lui tirèrent rapidement les hommes qui s’étouffaient à l’écart.
Peut-être furieux qu’on lui ait arraché ses proies, l’esprit poussa un étrange mugissement, leva le bras et l’abattit.
Une attaque incapable de tuer d’un seul coup même des soldats armés n’avait aucune chance de blesser Shan.
Il l’évita d’un pas léger, puis abattit son épée et lui trancha le corps à plusieurs reprises.
Après lui avoir coupé les jambes pour l’abaisser, séparé le haut et le bas de son corps, tranché les deux bras, puis enfin décapité, il vit l’esprit se disperser complètement et détremper le sol.
C’est fini.
Ce ne fut qu’après que Shan eut rengainé son épée que les soldats semblèrent comprendre ce qui venait de se passer.
« Quoi ? Il est déjà mort ? »
« Comme on pouvait s’y attendre de la part du Protecteur Suprême… »
« Je n’ai même pas vu son épée bouger. »
Voir Shan tuer en un instant l’esprit qui les avait repoussés sans qu’ils puissent rien faire avait dû les impressionner.
À vrai dire, les monstres comme les esprits étaient simplement des adversaires particulièrement difficiles pour les soldats.
Un instant plus tard, Serin sortit de sa chambre. Après avoir entendu ce qui s’était passé, elle fronça les sourcils et lança un sort pour extraire l’ectoplasme de l’eau où l’esprit avait séjourné.
« Nous avons eu de la chance de nous arrêter dans ce village. Sinon, les quelque cinq cents habitants auraient pu être exterminés. »
« Ce n’était sans doute pas une coïncidence. »
« Pardon ? Ah… »
« Oui. Plus un monstre est puissant, plus il a tendance à être attiré par les objets magiques de grande puissance. »
Shan se rappela une théorie que Jerpo, un explorateur des Yeux Verts, lui avait racontée autrefois.
À ces mots, les autres auraient pensé au Gardien de l’Est, mais Shan et Roden savaient qu’il faisait référence à Mille Formes, que Shan portait toujours autour du torse.
« Malgré tout, nous devons vraiment découvrir la cause au plus vite. Les monstres continuent de remonter le fleuve. »
Puisqu’aucun des monstres apparus jusqu’ici ne pouvait vivre entièrement sur la terre ferme, ils n’avaient pas pu emprunter de voie terrestre.
Serin déclara avec inquiétude qu’ils devaient patrouiller rapidement dans la partie basse du fleuve et trouver la cause.
* * *
Le lendemain matin, l’équipe d’enquête quitta le village et se dirigea sans attendre vers l’aval de la rivière Tessell.
Là, Serin et plusieurs mages marmonnèrent des paroles incompréhensibles et lancèrent à plusieurs reprises des sorts en direction du fleuve.
Ils semblaient recourir à diverses méthodes, allant des sorts qui analysaient la composition de l’eau à ceux qui détectaient les êtres vivants.
Après y avoir consacré beaucoup de temps, ils conclurent toutefois qu’ils ne pourraient pas apprendre grand-chose à cet endroit.
L’équipe remonta à bord du navire amarré et poursuivit sa route vers l’aval.
Bientôt, la chaîne de montagnes des Lames, qui barrait l’accès à Pales au nord et à l’est, se dressa sur leur chemin.
Plusieurs affluents s’étaient détachés en chemin, mais le cours principal de la rivière Tessell était resté intact jusqu’à ce qu’il heurte la chaîne montagneuse et se divise en des dizaines de bras.
« La plupart des bras qui se séparent ici forment des lacs de tailles diverses. Certains traversent la chaîne des Lames, ressortent de l’autre côté et donnent naissance à des marécages. »
Serin réfléchit un instant aux paroles du vieux capitaine, puis demanda : « Parmi les cours d’eau qui s’enfoncent dans la montagne, y a-t-il des grottes qui débouchent de l’autre côté ? »
« Je vous prie de m’excuser, mais je n’en sais pas autant… »
« Nous allons le découvrir. Vu les circonstances, les monstres venaient certainement des marécages situés de l’autre côté. Si quelque chose a mal tourné, c’est probablement entre les deux. »
Parmi les monstres apparus, il n’y avait pas seulement des créatures capables de vivre entièrement sous l’eau, mais aussi des êtres qui vivaient près de l’eau et avaient besoin de respirer et de se tenir sur la terre ferme.
S’il n’existait qu’un passage entièrement submergé, ces créatures n’auraient jamais pu le traverser.
Serin répartit alors l’équipe en plusieurs groupes et leur demanda d’examiner les affluents qui s’enfonçaient dans la chaîne montagneuse.
L’un des groupes découvrit bientôt un passage assez large pour laisser entrer des gens.
Shan ne savait pas exactement comment ils s’y étaient pris, mais ils semblaient avoir utilisé un sort capable de repérer les traces des monstres afin de trouver le chemin qu’ils empruntaient régulièrement.
« Par ici. »
Une rivière longeait la grotte, qui faisait environ trente mètres de large et dont le plafond se trouvait à quelque six mètres de hauteur.
Peut-être qu’autrefois davantage d’eau s’y écoulait, mais les changements de terrain avaient réduit le débit et formé naturellement la grotte.
Après plusieurs heures d’attente et d’observation, l’équipe d’enquête découvrit que c’était par cet affluent, qui s’engouffrait dans la grotte, que sortaient la plupart des monstres.
« Le courant est trop fort dans les autres bras pour que les monstres les remontent. Celui-ci est relativement lent ; les monstres semblent donc le remonter. »
« Il nous suffit alors de bloquer ce passage… »
Serin acquiesça et murmura en entendant le rapport du mage.
Trouver une solution était encourageant.
Pourtant, au lieu de s’arrêter là, elle leur ordonna d’explorer plus avant la grotte.
Ils ignoraient toujours pourquoi des monstres, qui n’étaient jamais apparus jusque-là, avaient soudain commencé à sortir de là.
Heureusement, l’équipe, préparée à toutes sortes d’éventualités, disposait du matériel nécessaire à l’exploration de la grotte.
Ils préparèrent plusieurs lampes magiques, puis laissèrent quinze soldats et un chevalier dehors pour garder les chevaux qu’ils avaient amenés.
« Attends encore un peu, Awin. Je reviens bientôt. »
Awin secoua la tête d’un air mécontent pour toute réponse, mais ne fit pas d’histoires.
Cette fois, elle ne serait pas laissée seule comme auparavant. Des serviteurs restaient à ses côtés pour s’occuper d’elle ; elle semblait donc prête à le tolérer.
Laissant une partie de leurs forces à l’extérieur, les membres de l’équipe pénétrèrent dans la grotte, leurs lampes à la main.
Leurs ombres vacillaient étrangement au plafond obscur, pareilles à celles de monstres.
« Il fait sombre… »
Contrairement aux autres, qui semblaient inquiets, Shan affichait un calme imperturbable.
Ses deux yeux verts lumineux voyaient parfaitement dans les ténèbres devant lui.
Guidée par Shan, l’équipe s’enfonça dans la grotte pendant environ une heure, en longeant l’affluent.
Ils chassèrent aussi les quelques monstres qui jaillissaient du fleuve de temps à autre.
Ils s’arrêtèrent en arrivant dans une vaste salle.
« C’est… ? »
Un soldat murmura d’une voix tremblante tandis que tous contemplaient ce qui s’étendait devant eux.
Un immense cimetière d’ossements s’étalait là. Personne n’aurait su dire depuis combien de temps il s’accumulait.
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