Chapitre 5
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Traductrice : Dawn
Éditrice : Dawn
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◈ Le Chevalier de Génie d’une race déchue
Chapitre 5
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Le lion qui avait besoin d’un cœur
Il fallait environ quatre heures à pied pour rejoindre le Village des Feuilles depuis la hutte où Shan séjournait. Comme tous les villages des environs étaient bien plus éloignés les uns des autres, on pouvait dire qu’ils étaient voisins. C’était aussi pour cette raison que les justiciers étaient intervenus après le drame survenu dans le village voisin.
Nombre de victimes du Village de l’Ombre des Montagnes étaient des amis ou des proches des habitants d’ici. Grâce à cela, Shan, qui était parti tôt le matin, put entrer sans encombre au Village des Feuilles alors que le soleil culminait dans le ciel. Les champs de blé qui s’étendaient autour du village tiraient encore sur le bleu, sans doute parce que la saison des moissons n’était pas arrivée. Shan n’eut toutefois aucun mal à les imaginer dorés.
Il n’avait jamais vraiment appris à cultiver la terre, mais chaque année, il semait, labourait et récoltait sur ordre. Alors qu’il coupait quelques épis pour vérifier si les grains avaient mûri, curieux de voir comment les choses se passaient dans cette région, un cri furieux retentit au loin.
« Hé ! Qu’est-ce que tu fiches ? Tu piétines tout le fruit de notre travail ! »
Un jeune homme, de cinq ou six ans plus âgé que Shan et à peine sorti de l’enfance, s’approcha en fronçant les sourcils. Mais il se figea en distinguant enfin la silhouette de Shan, difficile à voir de loin. Un jeune garçon armé d’une épée et d’une masse, vêtu d’une armure de cuir en lambeaux et portant une courte lance…
« Bonjour. Est-ce que vous auriez à manger… »
« Aaah ! »
« Un jeune démon ! » hurla l’homme avant de détaler vers le village, sans plus se soucier des cultures qu’il piétinait. Apparemment, ceux qui étaient revenus plus tôt avaient répandu la réputation de Shan aux quatre coins de la région. Se grattant la joue, gêné, Shan se dirigea bientôt vers l’entrée du village. Le jeune homme qui avait pris les devants les avait peut-être prévenus, car les villageois s’étaient rassemblés, jeunes et vieux, armés de tout ce qui pouvait servir d’arme.
Ça ne devrait quand même pas poser de problème…
Shan sentit la peur profonde qui se lisait dans les yeux des villageois. S’il abattait seulement ceux qui se trouvaient devant, les autres s’enfuiraient probablement en hurlant. Même un groupe d’hommes robustes avait réagi ainsi ; avec des femmes, des enfants et des vieillards dans le lot, ce serait encore plus facile.
Même ceux qui n’avaient pas éprouvé sa force de leurs propres yeux n’étaient pas différents. Les survivants avaient exagéré sa puissance pour justifier leur peur. Shan s’arrêta à un endroit où il ne risquait pas d’être encerclé de trop près, puis inclina légèrement la tête devant Orgo, le chef du village, qui se tenait au premier rang.
« Bonjour. »
« Cela faisait longtemps, Sir Chevalier. »
À la vue du chef qui s’inclinait profondément, les villageois murmurèrent entre eux, mais Orgo n’y prêta aucune attention. Peu importait la raison de la venue de ce jeune garçon : si les choses tournaient mal, tous ceux qui se trouvaient là pouvaient facilement être tués.
« Puis-je vous demander ce qui vous amène dans notre village ? »
« J’ai besoin de nourriture. »
« Je vais vous en préparer tout de suite. »
Shan allait préciser qu’il avait de quoi payer, si nécessaire, mais la réponse d’Orgo l’interrompit au milieu de sa phrase.
Comme je ne les ai pas menacés, j’imagine que ce n’est pas un vol.
Mais on ne pouvait pas dire non plus qu’ils lui donnaient ça par pure bonté. Malgré tout, puisqu’ils le lui offraient, insister pour payer aurait été une perte. Après un bref instant de réflexion, Shan hocha la tête.
Enfin, tant mieux. C’était un grand village, ils devaient avoir assez de réserves.
Peu après, plusieurs villageois apportèrent des sacs remplis de nourriture. De l’orge, de la farine, de la viande séchée, du fromage et du beurre, des légumes, des fruits, du sel et diverses épices… Shan observa le tout sans bouger, puis désigna les céréales.
« Je ne sais pas faire de pain. Vous pourriez en préparer avec la farine et l’orge ? Et y a-t-il quelqu’un qui sait allumer un feu ? »
« Un feu ? »
« Oui. J’ai essayé, mais je n’y suis pas arrivé. »
À moins d’être complètement incapable, tout le monde savait allumer un feu. Quelques villageois regardèrent Shan avec incrédulité, mais, lorsque leurs yeux croisèrent les siens, ils tressaillirent et baissèrent le regard. Le jour n’était pas encore terminé, mais le ciel couvert de nuages faisait luire faiblement les yeux de Shan. Orgo, lui aussi déconcerté, n’en laissa rien paraître.
« Ce n’est pas une demande difficile… »
Peu après, Shan apprit qu’on ne pouvait pas allumer un feu avec n’importe quelle pierre : il fallait frapper du métal contre du silex, comme du quartz, et disposer d’amadou pour recueillir les étincelles. Un enfant ordinaire du village aurait appris cela de ses parents depuis longtemps, mais personne n’avait enseigné quoi que ce soit à un orphelin alto comme lui.
« Oh, maintenant je pourrai faire cuire le gibier que je chasse. Merci. »
« Ce n’est rien. »
« Mais il y a trop de nourriture. Ce sera difficile à transporter. »
Shan avait beau bien maîtriser son corps et être plus fort que les autres, il n’avait pas pour autant la puissance d’un géant. Il lui faudrait plusieurs voyages, étalés sur plusieurs jours, pour transporter toutes les provisions que plusieurs hommes adultes avaient eu du mal à apporter.
« Dans ce cas, nous vous aiderons à les transporter. »
« Ça vous donnerait trop de mal. Vous pouvez simplement me donner une charrette. »
« U-une charrette… »
Vu le prix d’une charrette bien construite, la demande faisait mal, mais Orgo n’osa pas refuser. Il se souvenait encore très bien du garçon qui souriait comme un monstre en massacrant les villageois. Tandis qu’il hochait la tête, le cœur en sang, Shan voulut lui demander un animal pour tirer la charrette, puis se ravisa. Un cheval ou une vache, c’était hors de question, et même un âne représentait un bien précieux dans un village agricole. À vrai dire, il ne se sentait tout simplement pas capable de s’occuper d’un animal.
« Merci. Je vais me régaler ! »
« Que la fortune vous accompagne au combat, Sir Chevalier. »
En réalité, cela signifiait : « Allez donc mourir quelque part en combattant », mais Shan l’ignorait et leur adressa un joyeux signe de la main. Comme la formule lui semblait compliquée, il se dit qu’elle devait vouloir dire quelque chose de bien.
***
Comme il rapportait désormais régulièrement de la nourriture du Village des Feuilles, plus rien ne troublait la paisible vie quotidienne de Shan. L’un de ses nouveaux passe-temps consistait à s’exercer à allumer un feu, comme on le lui avait appris. Il s’avéra toutefois que c’était plus difficile que prévu et qu’il fallait s’armer de patience.
« Pfiou… »
Il devait frotter le métal contre le quartz pour produire des étincelles, les faire tomber précisément sur l’amadou, puis lui transmettre rapidement assez de chaleur pour que la flamme ne s’éteigne pas et prenne de l’ampleur. Contrairement au combat, il ne pouvait pas faire les choses à sa guise, sans réfléchir, et cela rendait l’exercice plus intéressant.
Une fois qu’il sut allumer un feu, il se mit à chasser les animaux de la forêt avec encore plus d’ardeur. À force de s’entraîner au tir à l’arc, il parvint à atteindre assez bien les cibles en mouvement. Les bêtes de la forêt furent massacrées par dizaines, et Shan put manger de la viande fraîchement rôtie.
« Waouh… »
Le jour où il goûta pour la première fois du lapin rôti, Shan versa des larmes d’émotion. Rien à voir avec les restes qu’il avait mangés lorsqu’il vivait comme un esclave au village, ni même avec la viande séchée que lui donnait le Village des Feuilles. Bien sûr, objectivement, ce n’était pas un plat particulièrement délicieux. Il avait sommairement assaisonné une viande de gibier coriace et l’avait mal cuite.
Mais, pour lui, le simple fait de manger un plat qu’il avait préparé lui-même pour la première fois en faisait le mets le plus exquis du monde. Il ne retint naturellement pas la leçon : il fallait économiser la nourriture pour plus tard. S’il n’en avait plus, il lui suffisait de retourner au village pour en demander davantage.
Chaque jour, Shan mangeait autant qu’il le voulait, puis courait à toute allure dans les montagnes et les champs alentour pour dépenser cette énergie. La majeure partie se transformait en énergie, mais le reste s’accumulait dans son corps et le faisait changer. Son corps, autrefois squelettique, se couvrit de muscles fins, durs comme des cordes, et sa taille, qui était inférieure d’une demi-tête à celle des autres garçons, se mit à augmenter rapidement.
Ses capacités physiques s’améliorèrent naturellement. En franchissant un ruisseau d’un seul bond, Shan prit conscience de cette croissance spectaculaire et sourit. Peu de temps auparavant, il n’avait pas réussi à sauter aussi loin et était tombé directement dans l’eau.
Son saut n’était pas la seule chose qui avait changé. Son endurance, qui n’avait rien d’impressionnant malgré ses mouvements efficaces, avait été multipliée. De plus, même si son poids avait presque doublé, ses bras plus puissants lui permettaient toujours de grimper aux arbres avec la facilité d’un singe. Il pouvait donc désormais manier ses armes plus vite et avec plus de force.
Fouish !
D’un seul coup de hache, Shan abattit un arbre plus épais que sa cuisse, puis claqua la langue en constatant que la lame s’était brisée. Et dire qu’elle avait déjà rendu l’âme, alors qu’il l’avait prise au village tout récemment.
« Trop fragile… »
Il ne s’en était rendu compte que récemment, mais il constatait maintenant que les armes de fer n’étaient pas aussi solides qu’il l’avait cru. Seule l’épée du chef des bandits avait tenu à peu près le coup. Avec une meilleure arme, il avait l’impression qu’il pourrait même fendre des rochers d’un seul coup. Il pourrait alors abattre ces monstres en armure qu’on appelait des chevaliers.
Je devrais peut-être en demander une aux gens du Village des Feuilles.
Tandis que Shan était assis au milieu de la forêt, imaginant le village comme une sorte de bourse magique capable de lui fournir tout ce qu’il demandait, les habitants, eux aussi, parlaient de lui.
« Chef, combien de temps allons-nous encore nous laisser exploiter ? »
« Nous ne pouvons pas continuer à supporter ces pertes éternellement. »
Depuis plusieurs mois, les habitants du Village des Feuilles se faisaient exploiter par un petit démon venu du Village de l’Ombre des Montagnes, au sud. Malgré sa petite taille, il dévorait plus de nourriture que trois ou quatre hommes adultes, et il ne voulait que ce qu’il y avait de meilleur.
Au fil du temps, plus il mangeait, plus il grandissait, et plus ses exigences augmentaient. Dernièrement, il s’était même mis à réclamer des outils comme des haches et des faucilles. Pour le Village des Feuilles, déjà affaibli par la mort ou l’infirmité de dix hommes, c’en était trop.
Aux plaintes des notables du village, le chef Orgo répondit par un profond soupir :
« Que pouvons-nous faire ? Ce n’est pas comme si nous pouvions nous révolter en déclarant que nous ne voulions plus vivre ainsi. Nous ne pouvons même pas emprunter les troupes du seigneur. »
Quelques mois auparavant, plusieurs vagabonds grièvement blessés étaient apparus non loin du Village des Feuilles. À moitié fous, ils marmonnaient des mots sur un « démon aux yeux verts ». Interrogés, ils avaient avoué être des mercenaires engagés pour effacer plusieurs villages des environs sans laisser de traces.
Le baron Mahosel, seigneur de la région, les avait fait emmener, puis s’était enfermé dans son château. Même lorsqu’on lui avait demandé d’envoyer des soldats s’occuper du jeune bandit alto, il s’était contenté de leur répondre de faire preuve de retenue. Sans connaître tous les détails, il était évident que l’identité de ces bandits avait profondément ébranlé le seigneur.
Dans une telle situation, les villageois ne pouvaient rien faire. Les récits sur le « démon aux yeux verts », qui avait massacré à lui seul un puissant groupe de mercenaires, s’étaient répandus partout. Même les mercenaires de passage ou les hommes de main fuyaient, terrorisés.
Même en tenant compte des exagérations, quelqu’un capable de massacrer seul plus d’une douzaine de mercenaires correctement armés était comparable à un chevalier. Alors que les notables du village poussaient encore des soupirs, quelqu’un fit irruption dans la pièce.
« Ch-chef ! »
« Qu’y a-t-il ? »
« Nous avons trouvé quelqu’un qui a accepté de se charger de soumettre le démon… »
Les villageois influents se précipitèrent vers la seule auberge-taverne du village.
« O-où est cette personne ? »
« Là-bas. »
À première vue, l’homme installé à une table de la taverne était un guerrier aguerri. Il avait peut-être une trentaine d’années. Grand, large d’épaules et musclé, il avait d’épais favoris et une barbe qui couvrait son visage buriné. Il avait tout du combattant chevronné.
Il ne portait pas l’armure de plates d’un chevalier, mais une cotte de mailles, des gantelets et des bottes en métal. Une masse pendait à sa ceinture, et une longue hampe à l’extrémité étrange était attachée dans son dos. Le fait qu’il ne se batte pas avec une lame témoignait sans doute de sa confiance en sa force colossale.
Après s’être raclé la gorge à plusieurs reprises, Orgo s’approcha prudemment. L’homme le remarqua et fronça les sourcils.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Excusez-moi. Je suis Orgo, le chef de ce village. J’ai entendu dire que vous acceptiez une mission pour soumettre un bandit… »
« C’est exact. »
« Puis-je connaître votre allégeance et votre famille ? »
« Je ne sais pas comment on vous l’a présenté, mais je ne suis pas chevalier. Je ne suis qu’un voyageur venu de Pendia. Appelez-moi Roden. »
Pendia était un pays situé à l’est du royaume de Libert, où ils étaient nés. Même si la distance n’était pas très grande, quiconque pouvait voyager seul à l’étranger et se défendre devait être un homme compétent.
De plus, son armure était manifestement faite d’un métal de grande qualité et travaillée avec soin. Elle dépassait de loin ce qu’un simple vagabond pouvait normalement posséder. Et comme elle épousait parfaitement sa carrure imposante, il ne l’avait pas non plus volée.
« Je comprends, Sir Roden. Vous êtes donc disposé à accepter notre demande ? » Le visage d’Orgo s’éclaira en prononçant ces mots.
« J’ai entendu dire que ce n’était qu’un enfant. »
« Comme vous l’avez entendu, ce n’est pas un enfant ordinaire. C’est un Alto doté du pouvoir d’un démon redoutable, celui qui a anéanti tout un groupe de mercenaires. Plusieurs de nos villageois ont aussi été blessés. Dans la région, on l’appelle le démon aux yeux verts. »
Il aurait mieux valu minimiser la menace pour réduire le prix de la mission, mais le chef exagéra délibérément la force de Shan. Il savait par expérience que l’apparence du garçon suffisait à faire baisser la garde. Une telle imprudence aurait des conséquences désastreuses. Si ce guerrier errant échouait et révélait qui l’avait engagé, le village risquait d’avoir des ennuis.
« Ça suffit. Ce prétendu “pouvoir démoniaque” des Altos n’est qu’une superstition. Quoi qu’il en soit, j’accepte le travail. »
« Dans ce cas, la récompense… »
« Pour faire fuir un simple enfant ? Pas besoin de récompense. »
Cet homme semblait incarner la véritable chevalerie, ce qui était rare. À le voir, il avait l’air assez riche ; peut-être se montrait-il simplement généreux. Quoi qu’il en soit, le village était soulagé de pouvoir économiser les trente pièces d’or qu’il avait péniblement réunies.
Il restait tout de même un problème : Roden ne prenait manifestement pas au sérieux le pouvoir du démon. Orgo s’efforça donc à plusieurs reprises de lui faire comprendre à quel point Shan était dangereux. Si cet homme échouait et survivait pour révéler l’identité de son employeur, ce serait une catastrophe. Au départ de Roden, tous les villageois fermèrent les yeux et joignirent les mains pour prier.
« Ô déesse, bénissez ce chevalier et aidez-le à vaincre le démon alto maléfique. »
Dans la hutte située à un coin du Village de l’Ombre des Montagnes, Shan, qui avait passé le temps à jouer comme d’habitude, releva soudain la tête en entendant un bruit étrange au loin. Il ne l’avait jamais entendu auparavant : du métal qui s’entrechoquait en un rythme régulier.
En sortant, il comprit de quoi il s’agissait. Un homme se tenait là, vêtu d’une armure de métal de la tête aux pieds, le corps tendu. C’était clairement un chevalier, comme ceux dont il avait entendu parler. L’homme resta immobile, les yeux baissés vers Shan, puis parla d’une voix calme.
« Alors, c’est toi le jeune Alto qui terrorise les gens et les dépouille. »
« Non », répondit Shan sans attendre.
Non pas parce qu’il se sentait coupable, mais parce qu’il ne se considérait sincèrement pas comme quelqu’un qui avait dépouillé les autres.
« Pour être honnête, j’ai bien pensé à devenir bandit si je n’avais aucun moyen de survivre. Mais heureusement, le village voisin m’apporte à manger, alors je m’en sors. »
« Prendre des provisions sans payer, ça s’appelle du banditisme. »
« Alors, l’Église aussi, c’est une bande de bandits ? »
« Ce sont des dons, donc c’est différent… »
Le chevalier, qui avait poursuivi la conversation, poussa un bref soupir.
« Inutile d’essayer de gagner du temps avec des absurdités. Je ne crois pas au prétendu pouvoir démoniaque des Altos. Rends tes armes et suis-moi sans faire d’histoires, et je me montrerai clément. Si les villageois tentent de te faire du mal, je te protégerai. Je peux même te trouver un travail convenable. »
« Ça ne marchera pas. »
Pour Shan, rendre ses armes signifiait retourner à son ancienne vie : faible, privé de dignité et de liberté, condamné à subir toutes sortes d’humiliations et de violences. Si quelqu’un tentait de le rejeter dans ce trou, il le tuerait sans hésiter, même s’il s’agissait de ses propres parents. Shan tira l’épée à sa ceinture. Le visage farouche du chevalier se durcit et il saisit à deux mains la hampe attachée dans son dos.
« Tu as donc fait ton choix… C’est ton dernier avertissement. Une fois mon fléau lancé, impossible de l’arrêter en plein mouvement. »
L’arme du chevalier ressemblait à un fléau agricole. Au bout d’un long manche se trouvait une chaîne, à l’extrémité de laquelle pendait une courte barre de métal. C’était apparemment une arme que l’on faisait tournoyer pour attaquer.
Shan venait d’en apprendre le nom, mais il pouvait déjà voir qu’elle serait fort utile dans un duel. À tout le moins, sa portée dépassait largement celle de son épée ou de sa hache et, vu le physique de son porteur, le moindre coup pouvait briser des os.
Je commence à stresser…
C’était la première fois qu’il affrontait un chevalier. Shan était à la fois tendu et impatient de découvrir la véritable force des guerriers au service des rois et des nobles.
Ma technique fonctionnerait-elle contre un chevalier ?
Il aiguisait sa concentration, et ses sens exacerbés captaient jusqu’au moindre changement physique chez son adversaire. Un léger tremblement remonta du sol, des pieds du chevalier jusqu’à son corps. Peut-être était-ce le prélude à une technique secrète que seuls les chevaliers connaissaient.
Après s’être tendu, Shan observa discrètement l’expression du chevalier. Celui-ci ne regardait pas Shan, mais la pointe de son épée. Pour vérifier, Shan bougea légèrement sa lame, et le regard du chevalier vacilla avec elle. Son regard acéré, un instant plus tôt, ressemblait maintenant à celui d’un lapin face à un prédateur.
Attends, ce ne serait pas… ?
Un pas. Deux pas.
Il se rapprocha lentement, s’arrêta juste à portée du fléau, puis frappa soudain le sol du pied et lança son épée vers l’avant.
Clac…
Le chevalier lâcha son fléau et s’écroula sur les fesses.