Chapitre 46
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Traducteur/éditeur : Chen
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◈ Le Chevalier de Génie d’une race déchue ◈
Chapitre 46 : Je ne souhaite pas poursuivre cette conversation
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Comme la princesse Serin l’avait prévu, Conrad et Elvin tentèrent d’éviter d’envoyer des chevaliers compétents, même dans une situation pareille.
Résultat : la cour était chaque jour le théâtre de disputes à grands cris, et il arrivait même que les épées soient tirées.
Leur conflit avait atteint de tels extrêmes que Roden n’avait même pas besoin de recueillir des informations auprès de la Fraternité du Peuple Alto. Tout le monde dans les rues était au courant.
Heureusement, la famille royale ne s’était pas entièrement désintéressée de l’affaire.
Dès que les ordres écrits au nom du roi parvinrent aux seigneurs des environs de la capitale, les chevaliers commencèrent à affluer.
Les chevaliers errants, relativement pauvres, n’amenèrent que leurs écuyers et quelques mercenaires engagés, mais certains seigneurs arrivèrent avec des dizaines d’hommes de leur maison, formant presque une véritable armée.
Les auberges de la Ville de Hasra ne pouvaient évidemment pas les accueillir tous. Les nobles et les chevaliers logèrent dans les domaines de leurs connaissances, tandis que les simples soldats dressèrent leurs tentes hors des murs.
Une semaine après que la nouvelle de l’offensive massive des monstres se fut répandue, Shan reçut une invitation de la famille royale et se rendit au palais.
« Sir Shan de la maison Barendil et son écuyer Roden. Vos identités ont été vérifiées. »
Un fonctionnaire royal de rang inférieur s’inclina poliment et laissa entrer Shan.
En pénétrant pour la première fois dans le palais, Shan comprit que les lumières qui l’éclairaient n’étaient pas de simples bougies, mais des dispositifs magiques.
On aurait dit qu’on y avait rassemblé tous les dispositifs magiques exhumés du Royaume des Démons au cours des derniers siècles. Les couloirs du palais en étaient remplis, et leur éclat illuminait vivement les alentours.
Leur étrange lumière blanche, si différente de la lueur jaune pâle des bougies, se répandait sur les couloirs de marbre bleuté et offrait un spectacle somptueux.
À côté, même la véritable salle de réception du comte Sedil ne faisait pas le poids.
La splendeur atteignait son apogée dans la salle de banquet, au cœur du palais.
Haute de trois étages, elle était ouverte en son centre, si bien que les personnes aux deuxième et troisième étages pouvaient regarder en bas, vers le premier.
Des dispositifs magiques lumineux étaient suspendus au plafond peint en noir, tels la lune et les étoiles dans le ciel nocturne. Des lampes ornées de joyaux finement sculptés diffusaient leur lumière, donnant l’illusion que des étoiles filantes de toutes les couleurs tombaient du ciel.
Des bannières frappées de l’emblème du bouclier de la Famille royale de Hasra pendaient aux murs, sous lesquelles se dressaient plusieurs armures d’apparat.
Au premier étage de cette opulente salle de banquet, nobles et chevaliers échangeaient des salutations et tissaient des liens.
Ce banquet marquait le départ de tous ceux qui, parmi les membres de l’expédition contre l’ogre, avaient le rang de chevalier ou un rang supérieur.
« C’est lui ? Le chevalier aux yeux verts ? »
« C’est bien lui. »
« Ils ont fait chevalier un Alto ? Mais à quoi pensait cette sorcière… ? »
Naturellement, les nobles ne voyaient pas Shan d’un bon œil.
Il avait ouvertement défié la vieille règle non écrite de Pendia, qui interdisait d’adouber les Altos. Les nobles de l’Ouest, dont beaucoup suivaient l’Ancienne Foi, réagirent avec un mécontentement particulier.
Pourtant, tous ne lui étaient pas hostiles.
« Oh, regardez qui voilà ! Sir Shan ! »
« Ça fait un moment, sir Asel. »
« Qui aurait cru qu’on se retrouverait ici ! Enfin, un guerrier comme vous ne fuirait jamais devant un ogre ! »
Contrairement aux nobles qui le dévisageaient avec mépris, les chevaliers accueillirent Shan sans hésiter, surtout ceux qui s’étaient rapprochés de lui grâce à Kalion.
Quelques-uns entraînèrent même les nobles qu’ils servaient pour leur présenter Shan.
« Venez par ici, monseigneur. Cet homme est vraiment remarquable… »
« D’accord, d’accord ! Arrête de me traîner partout ! »
Après avoir bavardé un moment et pris congé des autres, Shan se pencha vers Roden et lui souffla :
« Franchement, je ne comprends pas pourquoi nous devons faire ça. »
Même s’ils ne pouvaient pas rassembler leurs forces et se lancer aussitôt à l’attaque, un ogre ravageait toujours l’est à la tête d’une armée de monstres ; pourtant, ils organisaient un banquet où l’on avait disposé toutes sortes de mets.
Si l’ogre avait agi seul au lieu de mener une horde de monstres, Shan serait parti le combattre lui-même plutôt que de perdre son temps ici.
Roden acquiesça avec un sourire amer, comme s’il partageait son avis.
« Je pense comme toi, mais vu le moment, on n’y peut rien. »
Le roi étant en mauvaise santé, les deux princes devaient soigner leur image comme ils le pouvaient.
Ce banquet n’était qu’un moyen de plus d’y parvenir.
Même quand le peuple souffrait, les puissants faisaient toujours passer leur propre survie avant tout.
À peine Roden eut-il fini son explication qu’un gong retentit en haut de l’escalier, sur l’un des côtés de la salle.
C’était le signal annonçant l’arrivée d’invités de marque.
« Les héritiers de la Famille royale de Hasra, boucliers qui protègent le Royaume de Pendia et l’humanité au nom de la déesse, font leur entrée ! »
« Montrez-leur le respect qui convient ! »
Bientôt, quatre enfants royaux apparurent sur l’escalier central, accompagnés de chevaliers gardes du corps.
C’étaient les quatre enfants du roi Gizelle, nés de trois épouses différentes.
Le regard de Shan croisa celui de Serin, qui fermait la marche.
Contrairement à son allure habituelle, les cheveux tirés en arrière et des lunettes couleur améthyste posées sur le nez, elle portait une robe violet sombre et des bijoux étincelants. Elle était d’une élégance irréelle.
Le blanc de ses yeux était si pâle qu’il en paraissait presque bleuté, et ses iris brun rouge semblaient rouge sang au premier regard.
Devant Serin se tenait une belle femme à la silhouette élancée, aux yeux bleu lac et aux boucles blond platine.
Kasia Gizelle Lana Hasra.
Sa demi-sœur Serin, dont les fiançailles avec un prince du Royaume d’Ajun avaient été rompues à cause de ce que Shan avait fait dans le Royaume des Démons quelques mois plus tôt.
Elle portait une robe blanche comme neige. Serin vêtue de sombre juste derrière elle, le contraste entre le noir et le blanc ressortait d’autant plus.
Ses yeux doux, légèrement tombants, et son sourire délicat contrastaient en tout point avec ceux de Serin.
« Ha, dame Kasia est toujours aussi belle. »
« On comprend pourquoi on l’appelle le joyau de Pendia. »
« Avec cette sorcière derrière elle, dame Kasia paraît encore plus belle en comparaison. »
Quand Shan tourna les yeux vers eux, le noble qui venait de se moquer se racla la gorge et détourna le regard, comme s’il venait de recevoir une piqûre.
À vrai dire, Shan était en partie responsable du mépris des nobles envers Serin.
Sa décision de faire chevalier un Alto avait déplu même à ceux qui n’avaient rien eu contre elle auparavant.
Shan reporta son attention sur la famille royale.
Devant les princesses, les deux demi-frères qui se disputaient âprement le trône marchaient côte à côte.
Rien qu’à voir qu’aucun ne laissait l’autre prendre de l’avance ou se retrouver à la traîne, leur rivalité était évidente.
Conrad n’avait pas encore atteint la trentaine, mais ses cheveux qui commençaient à s’éclaircir lui donnaient cinq ou six ans de plus.
Son grand nez et ses yeux étroits lui conféraient un air sévère et digne. Il n’était pas particulièrement grand, mais sa carrure robuste et ses larges épaules ne passaient pas inaperçues.
Hormis sa chevelure blond platine, il ne ressemblait en rien à Kasia, sa seule sœur germaine. Dans une famille royale où les enfants tenaient fortement du côté maternel, on disait qu’il était celui qui ressemblait le plus au roi.
Elvin, de deux ans le cadet de Conrad, était un bel homme, grand et mince, aux traits réguliers.
On aurait dit un prince sorti tout droit d’un conte de fées.
Ses cheveux, peignés vers l’arrière, étaient brun rouge, héritage du sang luman de sa mère. Les légères taches de rousseur qui parsemaient son nez lui donnaient l’air d’un garçon espiègle.
Et…
Le regard de Shan se posa sur le chevalier qui escortait Conrad.
Le marquis Abel, Protecteur Suprême et commandant de la Garde royale.
Dans sa jeunesse, le marquis Abel avait remporté tous les tournois martiaux organisés par la famille royale. Lors de plusieurs rébellions passées, il avait lui-même abattu plus d’une douzaine de chevaliers.
C’est pourquoi les colporteurs de ragots de Pendia répétaient souvent :
« Le plus puissant chevalier de l’Alliance d’Arman, c’est le marquis Abel. »
En observant le marquis marcher, Shan pouvait en partie le croire.
Comme prévu…
Depuis qu’il avait été en âge de penser par lui-même, Shan avait eu l’impression que tout le monde se déplaçait de façon inefficace et ridicule.
Comme des marionnettes mues par des fils attachés aux articulations des bras et des jambes.
Les pas du marquis Abel, contrairement à ceux du commun des mortels, témoignaient d’une économie de mouvement remarquable.
La force s’écoulait avec fluidité des orteils aux talons, passait par les chevilles, les genoux et les hanches, puis remontait jusqu’à la taille et aux épaules.
Le marquis n’égalait pas Shan, mais celui-ci n’avait jamais vu quelqu’un accomplir avec autant de précision un geste aussi banal que marcher.
Comment cet homme se battait-il ? Quelle vision du monde avait-il ?
Tandis que Shan restait là, perdu dans ses pensées, le marquis Abel sembla sentir son regard et se retourna vers lui.
Alors que les deux guerriers soutenaient le regard l’un de l’autre, les princes se tournèrent vers les nobles réunis pour le banquet.
Après un bref duel de regards, Conrad, l’aîné, prit la parole le premier.
« Guerriers qui avez répondu à l’appel royal ! Moi, Conrad, je vous témoigne, au nom de mon royal père, ma reconnaissance pour votre dévouement ! »
Les nobles du camp de Conrad éclatèrent en acclamations, tandis que les partisans du prince Elvin affichaient des mines renfrognées.
En laissant entendre qu’il parlait à la place du roi, Conrad les avait mis mal à l’aise.
Elvin lança alors :
« Cette fois, la famille royale prendra en charge toutes les dépenses liées aux combats contre les monstres ! »
« Ouais ! »
« Vive Sa Majesté le roi ! »
Curieusement, on acclama le roi, qui n’avait même pas pu se présenter en personne.
Puisque les récompenses seraient toutes payées par le trésor royal, ces acclamations n’étaient pas complètement déplacées.
Les deux princes continuèrent à rivaliser, insistant sur l’importance de l’expédition et sur l’immensité des récompenses en cas de succès.
* * *
Après les déclarations rivales des princes, le banquet prit un tour plus détendu et informel.
Pendant que les nobles trinquinaient avec leur vin coûteux et bavardaient, les chevaliers dévoraient les plats avec avidité.
Shan, qui respectait à la lettre les règles de savoir-vivre à table enseignées par Roden, détonnait parmi eux.
Les autres pouvaient se le permettre parce qu’ils étaient de vaillants chevaliers, mais pas Shan.
On dirait à coup sûr que cet Alto inculte et de basse naissance avait aussi de mauvaises manières à table.
Shan venait d’enfourner un morceau tout en fusillant du regard le marquis Abel, debout près du prince Conrad, lorsqu’il se tourna vers Roden.
« Je ne devrais pas parler à la princesse pour le moment, pas vrai ? »
« Bien sûr que non. Même si tu la salues, contente-toi de la remercier de t’avoir fait chevalier. Rien de plus. »
Shan hocha la tête, mais laissa échapper un petit soupir.
Ces jeux politiques étaient épuisants au point d’en devenir agaçants.
Une immense ombre s’abattit soudain sur lui.
Elle appartenait à l’homme le plus grand de toute la salle de banquet : sir Lugh, véritable géant.
« Quel plaisir de vous revoir, sir Shan ! Puis-je me joindre à vous ? »
« Oui. Mais vous avez le droit d’être ici ? Je croyais que vous étiez venu pour garder le prince… »
Lugh était entré avec le prince Elvin quand les quatre membres de la famille royale avaient fait leur apparition, en tant que chevalier de celui-ci.
Même à présent, les chevaliers de Conrad et d’Elvin gardaient leurs seigneurs respectifs. Pourquoi Lugh était-il le seul à rejoindre les chevaliers errants ?
Lugh gloussa à la question de Shan.
« Je pars aussi ! »
« Pour chasser l’ogre ? »
« Oui ! »
C’était vraiment inattendu.
Vu les capacités de Lugh, Shan avait pensé qu’on le garderait naturellement dans la capitale. Pourquoi Elvin l’avait-il autorisé à partir ?
Quand Shan jeta un coup d’œil à Roden, celui-ci haussa simplement les épaules, comme s’il n’en savait rien non plus.
Quoi qu’il en soit, c’était une bonne nouvelle pour Shan.
Plus ils auraient de compagnons capables pour la chasse à venir, mieux ce serait.
Tout excité, Lugh se mit à parler de la façon dont ils pourraient s’organiser pour affronter l’ogre.
Il s’emballa tant qu’il agita ses longs bras et renversa du vin. Un chevalier à proximité fronça les sourcils et se leva de table.
« Donc, si vous prenez appui sur ma main, sir Shan, et que vous y mettez plus de force… »
« Voilà une conversation intéressante. Je peux me joindre à vous ? »
Celui qui venait de parler était le prince Elvin, qui, quelques instants plus tôt, s’exprimait avec passion aux côtés de son demi-frère.
Surpris de voir son seigneur arriver, Lugh se leva précipitamment et posa un genou à terre.
« Monseigneur ! »
Bien qu’il servît Elvin comme chevalier depuis déjà plusieurs mois, il restait raide comme un bleu qui venait d’intégrer une compagnie de mercenaires.
Elvin le regarda avec gêne et agita la main.
« Je t’ai dit de ne pas faire ça. Relève-toi. Ah, vous êtes sir Shan Barendil, n’est-ce pas ? »
« Oui, Votre Altesse. Je prête allégeance à la famille royale. »
Shan se leva et s’inclina légèrement, sans s’agenouiller comme Lugh.
« Oui, parfait. J’avais envie de vous rencontrer en personne depuis quelque temps. »
Malgré ses paroles, le prince Elvin n’avait pas cherché à revoir Shan depuis qu’il avait envoyé quelqu’un lui demander s’il accepterait de devenir son chevalier.
Shan se contenta de lui répondre comme il se devait, en s’excusant de ne pas être venu lui présenter ses hommages plus tôt.
« Non, non. Je ne vous demandais pas de vous excuser. Vous n’avez toujours pas changé d’avis ? »
« Non. »
Elvin plissa les yeux devant le refus catégorique de Shan.
L’espace d’un instant, le visage du joyeux jeune prince laissa entrevoir une pointe de cruauté et de méchanceté.
Amusant : il ressemblait beaucoup à Serin, sa demi-sœur.
« Vous autres, chevaliers, rien ne vous arrête quand vous partez en quête de gloire ! Repensez-y après cette expédition contre l’ogre. Mon affection ne va pas qu’aux jolies jeunes femmes. »
Sa façon de parler était frivole et manquait de dignité pour un prince, mais Elvin savait la rendre sympathique.
C’était l’un des domaines où il surpassait le prince Conrad.
Contrairement à Conrad, que l’on jugeait obstiné et inflexible, Elvin charmait souvent les jeunes nobles et les chevaliers grâce à son aisance naturelle.
Le problème, c’était qu’il employait ce talent aussi bien pour s’introduire dans les chambres des filles de nobles célibataires que dans celles des femmes mariées.
« Votre Altesse a déjà un homme compétent comme sir Lugh à vos côtés. »
« Hum ? Ah, c’est vrai. À bien y penser, vous vous êtes disputé la première place du tournoi de joute, tous les deux, n’est-ce pas ? »
« Oui. »
« La deuxième place, c’est bien, mais la première, c’est mieux. Enfin, si sir Lugh peut encore apprendre quelque chose cette fois-ci, ce sera toujours ça de pris. »
Shan perçut quelque chose d’étrange dans le ton d’Elvin.
Il n’était pas très perspicace dans ce genre de situation et ne pouvait en être certain…
Peut-être Elvin n’accordait-il pas autant de valeur à Lugh que Shan l’avait cru.
C’était peut-être pour cela qu’il l’avait autorisé à participer à l’expédition contre l’ogre.
À peine Shan eut-il cette pensée qu’Elvin afficha soudain un sourire narquois.
« Mais surtout, soyez honnête. Vous avez des sentiments pour ma sœur ? »
« Pardon ? »
Shan posa la question avant de pouvoir se retenir, puis ajouta doucement : « Veuillez m’excuser. »
La question était si soudaine et absurde.
« Que voulez-vous dire par “des sentiments” ? »
« L’affection naturelle entre un jeune homme et une jeune femme. Sinon, pourquoi aurait-elle soudain fait chevalier un garçon Alto qu’elle n’avait même jamais rencontré ? »
Des rumeurs de ce genre commençaient déjà à circuler en secret.
La raison pour laquelle la princesse Serin avait fait chevalier Shan était tout simplement si obscure.
Naturellement, la rumeur n’avait guère pris, puisque Shan n’avait pas prêté allégeance à la princesse et n’avait aucun lien public avec elle.
Elvin avait appris par quelque moyen que Shan et Roden s’étaient rendus un soir à la villa où séjournait la princesse. Il sondait donc Shan de cette manière.
Bien sûr, aborder ce sujet à voix haute devant tout le monde n’avait rien de normal.
Après un bref instant de confusion, Shan récita mécaniquement la réponse que Roden lui avait fait répéter.
« J’ai reçu mon titre de chevalier par hasard, et je n’oserais jamais nourrir de tels sentiments personnels. »
« Pas même un tout petit peu ? »
« Non. »
« Vraiment ? »
« Vraiment. »
Elvin fixa Shan, qui ne démordait pas de sa réponse, émit un petit son pensif et fronça les sourcils.
« C’est étrange. Mon instinct me trompe rarement. Serin n’est pas mal, vous savez ? Elle a l’air un peu dévergondée, mais je trouve sa silhouette plus belle que celle de Kasia. Elle est aussi mieux pourvue aux bons endroits. »
Devant ces paroles d’une indécence et d’une vulgarité stupéfiantes sur ses deux demi-sœurs, Roden faillit perdre son sang-froid.
Les nobles et les chevaliers à proximité, qui avaient tourné leur attention vers Elvin à son arrivée, se raclèrent eux aussi la gorge à plusieurs reprises.
Pendia était relativement plus permissive sur le plan sexuel que les pays de l’Ancienne Foi, comme Libert et Ajun, mais une conversation de ce genre restait jugée indécente.
Seul le Royaume de Luman, où l’on critiquait les banquets nobles en les comparant à de vulgaires bordels, aurait vu les gens glousser en discutant d’un tel sujet.
« Je suis désolé, mais je ne souhaite pas poursuivre cette conversation. »
Shan parla avec une colère contenue.
Il était un peu lent à saisir ce genre de choses et ne comprenait pas tout à fait ce qu’Elvin voulait dire, mais il devinait au moins, à l’ambiance, que le prince cherchait à insulter Serin.
Même si Shan l’avait formulé de façon détournée, un simple chevalier venait en substance de dire à un prince de se taire.
Le silence s’abattit sur les tables voisines.
Un instant plus tard, Elvin applaudit en riant de façon théâtrale.
« Ahahaha ! C’était une plaisanterie, une plaisanterie ! Vous voilà en colère, on croirait presque que c’est vrai. Détendez-vous, mon ami ! »
Il parlait comme si la situation l’amusait, mais son expression crispée trahissait son agacement.
Après avoir marmonné encore quelques mots, Elvin se leva.
Les chevaliers qui accompagnaient Elvin lancèrent un regard noir à Shan avant de repartir avec leur prince.
Shan regarda Lugh, resté sur place.
« Vous ne devriez pas le suivre, sir Lugh ? »
« Hein ? Ah, eh bien… Il ne m’a pas demandé de venir. »
Même Shan, qui manquait plutôt de finesse en société, pouvait le deviner avec une certaine certitude à l’air abattu de Lugh.
Lugh était un étranger parmi les chevaliers du prince Elvin.
Shan devait-il le réconforter ou faire semblant de n’avoir rien remarqué ?
Pour Shan, si peu habitué aux relations humaines, c’était une question difficile.
Tandis qu’il y réfléchissait un instant, une autre agitation éclata derrière lui.
Shan se retourna et vit Serin s’approcher d’eux.
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