Chapitre 45
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Chen
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le Chevalier de Génie d’une race déchue ◈
Chapitre 45 : L’ombre d’un géant venu du lointain Est
──────
Une fois la hiérarchie rétablie, le Masque du Lion réattribua leurs postes à plusieurs responsables.
Tout d’abord, plusieurs cadres intermédiaires reprirent les fonctions jusque-là assurées par les hauts responsables. Les plus perspicaces comprirent que leurs nouveaux supérieurs n’avaient été que des membres de second plan dans l’ancienne organisation.
Certains n’apprécièrent pas la décision, mais personne n’osa le montrer ouvertement.
Le Masque du Cheval se tenait toujours juste à côté d’eux, une épée dégoulinante de sang à la main.
Le Masque du Lion leur porta alors un nouveau coup.
S’appuyant sur les résultats d’une récente « inspection », il dévoila les malversations de plusieurs responsables.
Ceux qui avaient détourné en secret l’argent destiné aux échelons supérieurs pâlirent. D’une voix solennelle, il les avertit :
« Si vous le restituez de vous-mêmes, je fermerai les yeux pour cette fois. Mais n’oubliez pas : vous n’aurez pas droit à une deuxième chance. »
Après avoir été ébranlés une première fois par la force, puis par le réseau d’information du Masque du Lion, ils n’avaient plus le courage de résister.
Enfin, après avoir annoncé que les opérations à venir se poursuivraient comme avant, au moyen d’instructions transmises séparément, les deux hommes masqués quittèrent le théâtre d’un pas décidé.
* * *
En sortant du Théâtre Doré, le Masque du Lion et le Masque du Cheval traversèrent plusieurs ruelles désertes pour ne pas attirer l’attention, puis retirèrent leurs masques dans un endroit isolé.
« À la prospérité éternelle du peuple Alto ! »
— Hé, ne répète pas ça. C’était déjà assez gênant comme ça…
Shan le taquina en retirant le Masque du Cheval. À côté de lui, Roden ôta le Masque du Lion et grommela entre ses dents.
« Non, ton jeu était vraiment excellent. On aurait dit que tu étais envoyé par le chef de la Fraternité. »
— J’aurais dû devenir acteur dans une troupe de théâtre.
Roden se dépréciait, mais son jeu était réellement impressionnant pour quelqu’un qui n’avait jamais appris à jouer correctement. Même Shan n’avait jamais douté que Roden était un puissant chevalier, jusqu’à ce que celui-ci tombe tout seul.
Les masques qu’ils portaient étaient de simples objets magiques que la princesse Serin avait fabriqués à la hâte, malgré son emploi du temps chargé. Chacun contenait un minuscule fragment de pierre magique qui modifiait leur voix. Le masque de Shan comportait aussi une améthyste enchantée qui absorbait la lumière autour des ouvertures pour les yeux, empêchant l’éclat de ses yeux de filtrer.
Après avoir retiré son manteau et l’avoir roulé avec son masque, Shan enleva son pantalon ample et ramassa les deux perches de bois qu’il avait gardées sous ses pieds.
Roden le dévisagea, incrédule.
« Non, ça, c’est encore plus incroyable que ton jeu ! Comment tu fais pour courir avec ces trucs attachés aux pieds ? »
Si Roden devait marcher avec des perches de bois de plus de vingt centimètres sous les pieds, il réussirait probablement à faire quelques pas chancelants avant de tomber.
Pourtant, Shan s’en était servi pour paraître plus grand et avait bondi d’un siège à l’autre dans le théâtre en abattant les gangsters.
Sa démarche en était plutôt étrange, mais ce n’était pas la question.
Même avec un œil très aiguisé, personne ne devinerait jamais que le Masque du Cheval était Shan. À première vue, ils avaient plus de vingt centimètres d’écart. Difficile de croire qu’il s’agissait de la même personne.
Bien sûr, intimider la Fraternité ne signifiait pas qu’ils en avaient pris pleinement le contrôle. Il leur fallait encore trouver le moyen de transmettre des ordres anonymes aux nouveaux hauts responsables et d’améliorer la structure interne de l’organisation.
Serin les aida pour la première tâche.
Grâce à ses relations, Roden mit en place un système d’échange de lettres avec les hauts responsables, par l’intermédiaire de mages de la Société de Magie.
Cela indiquait certes que le Masque du Lion, le représentant du chef, était lié à la Société de Magie. Mais, en dehors de cela, il était presque impossible de remonter jusqu’à lui. Les mages étaient peut-être quelque peu rejetés, mais ils restaient des spécialistes soutenus par la famille royale. De simples criminels n’oseraient pas s’en prendre à eux.
Ensuite, ils abolirent toutes les anciennes méthodes de communication et ordonnèrent que tout message reçu par ces moyens leur soit immédiatement signalé.
Officiellement, il s’agissait d’éviter toute confusion causée par les traîtres encore en vie. En réalité, ils voulaient empêcher l’ancien chef de tenter de reprendre le contrôle de l’organisation.
La dernière tâche consistait à réformer le système qui exploitait les Altos tout en bas de l’échelle sociale, tandis que les membres des rangs intermédiaires et supérieurs vivaient dans l’opulence.
C’était le problème le plus difficile.
Personne au monde ne voulait renoncer aux privilèges dont il jouissait déjà.
Ils ne pouvaient tenter cette réforme que pour deux raisons : d’abord, les hommes que Roden avait promus étaient parmi les rares membres de la Fraternité à avoir encore quelque chose qui ressemblait à une conscience. Ensuite, ils avaient trouvé un moyen de compenser une partie des revenus perdus.
« Et ça vient d’où ? »
— Des richesses cachées laissées par les responsables que nous avons tués auparavant.
En tant que membres les plus haut placés de la Fraternité, ils avaient géré une grande partie des avoirs de l’organisation à leurs noms conjoints. Naturellement, tout leur appartenait désormais, à Shan et à Roden.
Roden utilisa ces richesses pour combler le déficit provoqué par la fin de l’exploitation des Altos par la Fraternité.
« Bien sûr, nous ne pourrons pas couvrir le déficit avec cet argent éternellement. À long terme, l’organisation devra faire des bénéfices par elle-même. »
— Comment ?
— En travaillant honnêtement.
Roden voulait faire de la Fraternité une organisation qui protégerait les Altos opprimés, comme elle aurait dû le faire à l’origine. Elle subviendrait à ses besoins grâce aux dons de ceux qu’elle protégeait et qui pouvaient se permettre de contribuer.
Autrement dit, il voulait bâtir une communauté autosuffisante.
Tous les responsables de la Fraternité n’adhéraient pas à cet objectif.
S’ils pouvaient être payés sans faire de mauvaises actions, alors en faire tout en touchant leur salaire leur rapporterait le double.
Pour écraser ceux qui raisonnaient ainsi, Roden passa ses journées à comparer les registres aux informations recueillies en divers endroits, afin de débusquer la corruption. Au besoin, il demandait même l’aide de Serin.
Et chaque fois qu’ils découvraient une affaire, le « bourreau » de la Fraternité, aux jambes anormalement longues, enfilait le Masque du Cheval et se mettait à l’œuvre.
« P-pardon ! Je vous en prie, pardonnez-moi juste cette fois… »
Crac.
La tête de l’homme Alto s’envola tandis qu’il suppliait désespérément.
C’en était fini de cette ordure qui avait attiré des femmes venues dans la capitale pour gagner leur vie, dans l’intention de les vendre à des maisons closes.
Shan jeta un regard silencieux aux femmes Alto recroquevillées au fond, terrifiées, puis leur lança une cape pour qu’elles puissent se couvrir avant de s’en aller.
Il avait fait un exemple. Si ses subordonnés ne voulaient pas mourir, ils s’occuperaient correctement de la suite.
« M-merci ! »
L’une des femmes s’inclina devant Shan qui s’éloignait.
Après plusieurs incidents de ce genre, l’épéiste au Masque du Cheval devint pour les Altos pauvres un symbole, tel un gardien les protégeant de leurs compatriotes cruels.
Finalement, vingt hommes qui avaient déclaré ne plus pouvoir le supporter et tenté une rébellion furent massacrés.
Les anciens exploiteurs s’adaptèrent ou s’enfuirent pendant la nuit.
Quoi qu’il en soit, la Fraternité avait réussi à changer de nature.
Naturellement, ces changements attirèrent l’attention du Conseil.
La Fraternité était, du moins en théorie, l’une des organisations criminelles membres du Conseil.
Au lieu de se présenter en personne à la convocation du Conseil, Roden envoya l’un des nouveaux hauts responsables qu’il avait nommés.
« Une affaire interne ? »
— C’est exact.
Quand le représentant du Conseil fronça les sourcils, Mung, le nouveau haut responsable de la Fraternité chargé des relations avec le Conseil, déglutit avec difficulté.
À l’origine, Mung n’était qu’un responsable de rang intermédiaire qui gérait les pickpockets. Il était difficile de ne pas être nerveux face à une figure importante de la pègre.
« Eh bien, si c’est le cas… Le Conseil veut seulement obtenir une confirmation. La Fraternité est-elle toujours membre du Conseil ? »
— Bien sûr.
Cette réponse sembla satisfaire le représentant. Un sourire ravi éclaira son visage, jusque-là renfrogné.
Après quelques autres questions mineures, les négociations touchaient à leur fin quand Mung transmit l’ordre reçu du chef.
« Vous voulez que nous laissions Shan Barendil tranquille ? »
— En tant que membres du même peuple Alto, nous menons une opération à long terme pour le recruter dans la Fraternité. Ce serait fâcheux que des membres du même Conseil se mettent en travers les uns des autres et en viennent aux mains.
« Les Moustiques vont faire des histoires. Ils veulent sa peau depuis qu’il a tué l’un des leurs. »
Le représentant du Conseil marmonna comme si cette affaire lui donnait mal à la tête.
Mung se força à se raidir et répondit :
« Franchement, est-ce un crime pour un chevalier de tuer quelques salauds de Moustiques ? Nous sommes tous des humains, ici. Si la Fraternité devient plus forte, l’influence du Conseil grandira aussi. Ce n’est pas une mauvaise chose, si ? »
Tout en parlant, Mung glissa discrètement un pot-de-vin dans la manche du représentant du Conseil, avec l’agilité d’un pickpocket.
Le représentant remarqua qu’il s’agissait d’un collier orné d’une pierre précieuse assez imposante. Un soupçon de sourire effleura ses lèvres minces.
« Eh bien, je transmettrai le message à mes supérieurs. »
Mung poussa un soupir de soulagement en comprenant que le pot-de-vin avait fait son effet.
Puis le représentant ajouta d’un ton désinvolte :
« Ah, si votre recrutement échoue, il faudra l’éliminer. Le Conseil pourrait confier cette tâche à votre bourreau, alors gardez-le en tête. »
Le représentant expliqua que le bourreau était déjà bien connu au sein du Conseil, l’air intrigué.
Un épéiste aux caractéristiques physiques d’un Alto, dont les jambes avaient des articulations anormalement longues et pliées à plusieurs endroits.
Il était assez habile pour abattre à lui seul plus d’une dizaine de combattants aguerris.
Même dans la pègre, où l’on trouvait bon nombre de maîtres cachés, un tel niveau était rare. Si quelqu’un était vraiment aussi doué, les nobles l’engageaient discrètement, à moins qu’il n’ait commis un acte de trahison.
« J’entends dire que beaucoup de gens attendent avec impatience de voir qui l’emporterait si le Chevalier aux Yeux Verts affrontait le bourreau de la Fraternité. »
Le représentant eut un petit rire en ajoutant qu’il faisait partie de ces gens.
Ainsi, la seconde identité de Shan se répandit peu à peu dans des lieux hors de portée des regards.
Peu après la fin des négociations, le Conseil envoya la réponse attendue.
Si le recrutement échouait, ils tenteraient d’éliminer Shan ; la Fraternité devait donc les en informer.
Roden hocha la tête avec satisfaction en recevant le rapport.
C’était à lui, le nouveau chef de la Fraternité, de décider si ce « recrutement » durerait des années ou des décennies.
Obtenir ne serait-ce qu’une mesure de protection rendait tous ces efforts utiles.
* * *
Deux mois passèrent tandis qu’ils s’activaient sans relâche dans la pègre pour tenter de la placer sous leur contrôle.
La chaleur accablante de l’été s’estompa et les feuilles mortes couvrirent le sol à perte de vue.
Avec la fraîcheur du vent d’automne, Shan et Roden, constamment débordés jusque-là, retrouvèrent un peu de temps libre. La Fraternité s’adaptait peu à peu à ses changements, et la surveillance permanente ainsi que les punitions sévères devenaient moins nécessaires.
Depuis sa création, l’organisation fonctionnait par cellules, sous les ordres de son chef, qui ne lui transmettait qu’une poignée de lettres. Une fois le système en place, il n’était pas difficile de la gérer.
Levant les yeux vers le ciel bleu profond de l’automne, Shan prit soudain la parole.
« On devrait bientôt partir pour le Royaume des Démons ? »
— Pour récupérer la relique ?
— Ouais.
Il avait toujours prévu de la laisser là-bas environ six mois avant de la vendre. Le moment lui semblait donc bien choisi.
Il l’avait bien cachée, mais commençait à craindre que quelqu’un ne l’ait trouvée.
« La Fraternité se débrouillera si on s’absente un moment ? »
— Bien sûr. L’ancien chef ne les contactait pas si souvent. L’organisation est conçue pour fonctionner toute seule.
Sinon, ils l’auraient simplement détruite au lieu d’en prendre le contrôle par une méthode aussi fastidieuse.
Roden répondit d’un ton désinvolte en se grattant la barbe du pouce.
« La princesse m’inquiète, tout de même. J’entends dire que l’atmosphère dans la famille royale est exécrable ces derniers temps. »
— Ouais. Elle a l’air vraiment occupée.
Au début de leur prise de contrôle de la Fraternité, la princesse Serin les avait activement aidés. Dernièrement, toutefois, il était devenu difficile de la contacter, ne serait-ce que pour prendre de ses nouvelles.
La situation était si tendue ces derniers temps que même ceux qui n’avaient ni yeux ni oreilles à la cour pouvaient deviner que quelque chose n’allait pas.
Peu de temps auparavant, des chevaliers fidèles à Conrad et au prince Elvin s’étaient battus après s’être provoqués mutuellement, se tranchant les bras et se poignardant au ventre.
Même les gens ordinaires qui passaient dans les rues affichaient des mines inquiètes.
« Si quelque chose arrive, la princesse pourrait avoir besoin de nous. Mieux vaudrait rester dans la capitale si possible, mais on ne peut pas rester là à ne rien faire éternellement. »
Shan était sans conteste leur meilleur combattant. À présent, ils pouvaient également compter, en cas d’urgence, sur les forces armées de la Fraternité.
Quelques Altos qu’ils avaient secrètement formés comme chevaliers, ainsi qu’une cinquantaine de jeunes hommes qu’ils pourraient armer au besoin, ne suffiraient pas à vaincre l’un ou l’autre des princes. Mais ils pourraient faire pencher la balance d’un côté.
Alors qu’ils surveillaient de près les mouvements de la famille royale, une agitation surgit de façon inattendue à l’extrême est.
« La Ville de Sedil est en danger ! »
— Des monstres avancent vers l’ouest en hordes !
Ceux qui apportèrent la nouvelle étaient les soldats que les deux princes avaient envoyés dans le Royaume des Démons plusieurs mois plus tôt pour sauver leur père — ou plutôt, qu’ils avaient envoyés dans le seul but de le faire croire.
La troupe comptait au départ plus d’une douzaine de chevaliers, trente écuyers chargés de les assister, deux cents mercenaires et quarante prêtres.
À présent, il n’en restait même pas le tiers.
La plupart des survivants avaient été grièvement blessés. Ils avaient tout l’air de soldats vaincus.
La nouvelle, qui avait frappé la Ville de Hasra et ne tarderait probablement pas à se répandre dans toute la Pendia, parvint bientôt aussi au Domaine des Weavers.
« Une armée de monstres ? »
— C’est ce qu’on raconte. J’imagine que l’armée qui s’est aventurée là-bas a réveillé quelque chose…
Roden, qui avait appris la nouvelle par plusieurs de ses contacts, s’exprima d’un air préoccupé.
Quelques mois plus tôt, les armées des deux princes étaient entrées dans le Royaume des Démons et avaient avancé vers l’est, chacune cherchant à surpasser l’autre.
On avait promis le titre de comte et des terres à celui qui trouverait un objet magique capable de rendre la santé au roi. Tous les hommes étaient pleins d’ardeur.
Quand l’enthousiasme dépassait les connaissances et les compétences, les accidents étaient inévitables.
Les armées des deux princes s’étaient précipitées dans le Royaume des Démons et avaient rapidement été usées par les hordes de monstres qui les assaillaient de toutes parts, ainsi que par les changements environnementaux particulièrement féroces du royaume.
Elles ne savaient pas conduire une grande troupe à travers le Royaume des Démons, contrairement à l’Ordre des Croisés du Royaume d’Ajun. De plus, elles s’étaient divisées en deux groupes sans même disposer d’un commandant compétent.
Si les explorateurs de la Ville de Sedil ne formaient pas d’expéditions massives et se déplaçaient par groupes de douze tout au plus, ce n’était pas pour rien. Ils n’étaient pas stupides.
En quelques semaines, les armées s’étaient complètement effondrées au cœur du Royaume des Démons. Seule une partie d’entre elles avait survécu et regagné la Ville de Sedil.
C’était exactement ce que les deux princes avaient prévu en les utilisant comme des pions sacrifiables. En temps normal, l’affaire aurait dû s’arrêter là.
Le problème, c’était que peu après leur retour, une immense armée de monstres avait quitté le Royaume des Démons et s’était mise à avancer vers l’ouest à leur poursuite.
Certains des survivants dispersés avaient forcément provoqué les monstres dans les profondeurs du Royaume des Démons et les avaient ramenés sur le continent.
« Apparemment, ils ne se déchaînent pas au hasard. Quelqu’un les contrôle, au moins en partie, bien qu’il y ait toutes sortes de monstres parmi eux. »
— Un seigneur de meute…
— Exactement.
Shan murmura en se rappelant une chose apprise lors d’un ancien cours de culture générale.
En temps normal, les monstres ne se mêlaient pas à ceux d’autres espèces et les traitaient parfois même comme des ennemis.
Pourtant, il leur arrivait de surmonter cet instinct. Un monstre doté d’un charisme écrasant pouvait être reconnu comme un protecteur et attirer d’autres monstres sous ses ordres.
On appelait une telle créature un seigneur de meute.
Même la chute de l’Empire Arman, jadis, avait été provoquée par une invasion menée par l’un d’eux.
Lagritsa aux Ailes Écarlates, un puissant dragon démoniaque, avait rassemblé des monstres sous son commandement et écrasé le gros de l’armée impériale.
Des seigneurs de meute avaient continué à apparaître et à lancer des invasions de temps à autre, chaque fois que les hommes commençaient à les oublier.
Cette fois, comme une grande armée avait remué le Royaume des Démons, les forces menées par le seigneur de meute étaient encore plus importantes.
« Apparemment, le seigneur de meute actuel est un ogre. Parmi les monstres sous ses ordres, on compte plus d’une douzaine de grands monstres et des centaines de taille moyenne. Rien ne survivra sur leur passage. »
Les ogres comptaient parmi les grands monstres les plus puissants.
Leur force variait d’un individu à l’autre, ce qui rendait difficile toute comparaison précise. Mais ils étaient à peu près aussi puissants que la cocatrix affrontée par Shan autrefois, voire un peu plus.
Si un tel monstre était accompagné d’une escorte complète, une alliance formée par les forces de quelques nobles ordinaires n’aurait aucune chance.
Il s’agissait d’une guerre contre les monstres qui exigeait une réponse nationale.
Peu après que la nouvelle se fut répandue, la famille royale commença à recruter des guerriers pour faire face à l’offensive des monstres.
À peu près à cette période, un visiteur se présenta au Domaine des Weavers.
Contre toute attente, ce n’était pas la princesse Serin en personne, mais Aran, sa chevalière garde du corps.
« La princesse est dans une situation qui l’empêche de s’absenter facilement. »
Aran s’exprima d’un ton raide.
D’après elle, la tension à la cour avait atteint son paroxysme ces derniers temps, et Serin ne pouvait plus entrer et sortir du palais aussi librement qu’avant.
Au moindre geste suspect, même léger, les deux princes réagissaient presque hystériquement, l’accusant de soutenir l’autre et de comploter quelque chose.
« Les deux princes refuseront probablement d’envoyer leurs chevaliers d’élite. Si l’un des camps envoie des chevaliers affronter l’ogre, l’autre en tirera un avantage trop important. »
Aucun des deux camps ne faisait assez confiance à l’autre pour accepter d’envoyer ensemble la plupart de ses chevaliers au loin.
Par conséquent, ceux qui seraient recrutés pour la campagne contre l’ogre formeraient probablement une troupe hétéroclite.
Naturellement, participer à une campagne qui avait de fortes chances d’échouer revenait à risquer sa vie.
« Ce serait difficile de rester à l’écart de la campagne contre l’ogre, pas vrai ? »
— Oui.
Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis que Shan avait vaincu le vampire au Château de Kastaman.
Un chevalier qui s’était illustré en abattant une cocatrix s’était suffisamment reposé. S’il évitait maintenant la campagne contre l’ogre, les critiques seraient impitoyables.
Contrairement aux autres chevaliers, qui pouvaient invoquer les ordres de leur seigneur comme excuse, Shan était un chevalier errant.
Bien sûr, Shan voulait participer à la bataille, que sa réputation durement acquise en pâtisse ou non.
S’il affrontait un ogre, ne ressentirait-il pas de nouveau l’ivresse qu’il avait éprouvée en combattant la cocatrix ?
Une sensation qu’il ne pouvait pas éprouver face à de simples humains. L’excitation de combattre un ennemi capable de le broyer à l’instant même où il baisserait sa garde…
Le plaisir qui l’envahissait, comme si les substances libérées dans son cerveau lui liquéfiaient toute la tête, était franchement addictif.
« Oui, la princesse s’attendait à ce que vous répondiez cela… Tenez. »
Aran répondit d’un ton résigné, puis sortit quelque chose de ses vêtements et le lui tendit.
Shan fixa la fiole de verre remplie d’un liquide rouge comme le sang. Aran lui expliqua :
« C’est un cadeau de la princesse, ainsi que votre paiement pour cette mission. Un élixir capable de maintenir quelqu’un en vie même après de terribles blessures. Elle a dit que son prix était que vous reveniez sain et sauf. »
Shan contempla en silence le remède qu’Aran lui tendait, puis l’accepta poliment à deux mains en inclinant la tête.
Cette révérence ne s’adressait pas à Aran, mais à la personne qui l’avait préparé.
« Je vous prie de lui dire que je l’accepte avec gratitude et que je reviendrai vivant. »
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>