Chapitre 37
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Traducteur/éditeur : Chen
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◈ Le Chevalier de Génie d’une race déchue ◈
Chapitre 37 : L’homme contre le cheval
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Personne ne savait depuis quand les habitants de Horais s’étaient pris de passion pour l’élevage de chevaux toujours plus performants.
Peut-être remontait-elle à l’époque lointaine où l’Empire Arman existait encore, quand la puissante nation magique de l’Empire Alto était florissante, voire à une époque plus reculée encore.
Les gens des plaines avaient toujours cherché à rendre plus forts leurs compagnons à quatre pattes.
Leurs efforts, entrepris avant même l’invention de l’écriture, finirent par dépasser le cadre des chevaux ordinaires.
Licornes, bicornes, kelpies, pégases…
Pendant des centaines d’années, ils croisèrent leurs chevaux avec toutes les créatures qui ressemblaient, de près ou de loin, à des équidés, dans l’espoir de s’approprier leurs pouvoirs.
Leurs efforts portèrent enfin leurs fruits il y a cinq cents ans, lorsqu’ils obtinrent une aide magique en échange de leur soutien à la Nouvelle Foi lors de sa rupture avec l’Ancienne Foi.
Le Cheval de guerre de Horais.
Ils en étaient si fiers qu’ils lui avaient donné le nom de leur nation, sans rien y changer. Ces magnifiques chevaux étaient plus forts, plus rapides, plus intelligents et plus résistants que toutes les autres races du monde.
Et comme si cela ne suffisait pas, ils étaient assez féroces pour piétiner et mordre à mort la plupart des monstres.
Naturellement, une créature aussi redoutable devait bien avoir au moins un défaut.
Les Chevaux de guerre de Horais étaient réputés pour refuser d’obéir aux ordres de leurs maîtres.
Non, en général, ils ne reconnaissaient même personne comme leur maître.
À leurs yeux, les humains n’étaient que des serviteurs chargés de leur apporter du fourrage savoureux.
Le cheval qui se tenait devant Shan ne faisait pas exception.
Il le dévisagea d’un air hautain, comme s’il se demandait : Qu’est-ce que ce morveux peut bien être ?
« Désormais, tu t’appelleras Awin. »
Sans se soucier de son attitude, Shan baptisa un cheval pour la première fois et l’étreignit fermement par le cou.
Celui-ci jouait dans une toute autre catégorie que les chevaux qu’on pouvait simplement acheter et vendre.
Il se sentit un peu coupable de n’avoir jamais donné de nom au cheval noir qu’il avait monté pendant près d’un an, mais…
« Oh là ! »
Crac !
Shan recula brusquement la tête juste à temps. Awin mordit dans le vide, à l’endroit même où elle se trouvait un instant plus tôt.
Le cheval renâcla, comme déçu, puis détourna la tête en faisant mine de n’avoir rien fait.
Vu la puissance de morsure d’un cheval, le crâne de Shan aurait probablement été broyé s’il n’avait pas esquivé.
« … C’est quoi ce bordel ? »
« Eh bien, la cérémonie est terminée. Je vais donc vous laisser. »
Le marquis s’éloigna précipitamment après avoir vu la scène, et Roden s’empressa de prendre les rênes des mains du serviteur du marquis.
Heureusement, Awin ne semblait pas particulièrement attachée à son ancien maître. Elle se laissa confier à Roden sans résister.
« Elle a essayé de me bouffer la tête dès notre rencontre ! Et c’est censé être le meilleur cheval de guerre du monde !? »
« Savoir dompter un cheval difficile fait aussi partie des compétences d’un chevalier de premier ordre. Enfin, peut-être que vous finirez par vous rapprocher… »
Roden tenta maladroitement de réconforter Shan, qui avait l’air d’un garçon rejeté par son premier amour.
Après avoir salué plusieurs autres chevaliers, parmi lesquels Lugh se montra le plus bavard, les deux hommes regagnèrent le domaine avec Awin et le cheval noir que Shan avait monté au tournoi.
L’ancien cheval de Shan avait assez de courage pour ne pas se laisser intimider par la plupart des monstres, mais même lui fut facilement impressionné par le Cheval de guerre de Horais.
« Je vais être occupé à la dompter pendant un moment. »
« Vous avez un peu de temps avant de répondre à la demande de la princesse. Mais je ne sais pas si ce sera suffisant. Vous pensez y arriver ? »
« J’ai l’impression que ça ne va pas être simple. »
Shan répondit à Roden dans un léger soupir.
À peine de retour, il comprit à quel point il s’était trompé dans ses estimations.
Dompter Awin n’était pas seulement difficile. C’était affreusement compliqué, presque impossible.
Dès son arrivée, elle se mit à tout saccager, comme si tout lui déplaisait, des écuries jusqu’au fourrage.
Chaque fois qu’elle levait l’un de ses énormes sabots pour l’abattre, une mangeoire était réduite en miettes. Quand elle fonçait tête baissée contre une cloison, celle-ci s’effondrait dans un craquement sonore.
Même le mur extérieur en briques ne résista pas à son coup de sabot arrière : elle y perça un trou.
Les autres chevaux de l’écurie hennissaient de terreur et se pissaient dessus.
« Mais qu’est-ce que… ? »
« C’est quoi, ce cheval de malade !? »
Le palefrenier et les serviteurs venus prêter main-forte contemplaient la scène, stupéfaits.
À ce stade, était-ce vraiment un cheval, ou une espèce de monstre ?
Et le pire, c’était qu’elle n’était pas folle d’excitation.
Au contraire, elle semblait si calme qu’elle en paraissait glaciale. Elle ravageait les lieux comme si elle voulait simplement montrer son mauvais caractère, tout en les observant d’un regard moqueur.
« M-Mes écuries ! »
Même Kalion, dont le visage s’était illuminé de joie à l’annonce de la victoire de Shan, se couvrit le visage, désespéré.
« Je comprends mieux pourquoi ils ont offert un Cheval de guerre de Horais comme prix du tournoi de joute. C’était une plaie qu’ils ne pouvaient pas maîtriser depuis le début… »
Roden, qui observait la scène à quelque distance, marmonna avec amertume.
À bien y réfléchir, le marquis avait eu l’air contrarié, mais aussi soulagé de se débarrasser d’un fardeau.
Ils avaient manifestement prévu dès le départ d’offrir ce cheval incontrôlable en guise de prix généreux.
Si le cheval avait été remporté par un chevalier que les princes souhaitaient recruter plutôt que par un Alto, ils auraient sans doute chargé un expert de s’en occuper.
Les serviteurs qui observaient la scène depuis l’arrière chuchotèrent entre eux.
« Qu’est-ce qu’on va faire ? Sans même parler du fait qu’il faudra plus d’un ou deux jours pour la dompter, où est-ce que les autres chevaux vont dormir, ce soir ? »
« Au moins, c’est l’été. En hiver, ça aurait été vraiment terrible… »
Tandis que tous les autres restaient là, désemparés, Shan observa tranquillement les ravages d’Awin, puis donna un ordre au palefrenier à côté de lui.
« Préparez une selle. »
« Une selle… ? »
« Oui. »
Le palefrenier ne comprenait pas ce que Shan comptait faire d’une selle dans une telle situation, mais il obéit sans discuter.
Depuis que Roden l’avait amené ici, le garçon alto avait pratiquement été traité comme le petit frère de la maisonnée. À présent, il était même bien plus que cela.
Awin semait le chaos partout, mais quand Shan s’approcha avec une selle, elle s’arrêta et le regarda.
Sa posture semblait dire : Tu vois ? Je ne suis pas facile à dompter. Tu as compris, maintenant ?
Shan soutint son regard et lui parla calmement.
« Oui, tu es impressionnante. Et si on sortait ? L’endroit est trop étroit pour toi, non ? »
Un cheval ne pouvait pas comprendre le langage humain, mais Shan murmura ces mots tout en posant la selle sur son dos et en saisissant les rênes.
À la surprise générale, Awin se laissa faire et se mit à le suivre.
Tous les autres ne purent que les regarder, ahuris, tandis que le garçon et le cheval avançaient côte à côte vers la porte principale.
Roden se précipita derrière Shan.
« Comment as-tu fait pour dompter cette bête sauvage d’un seul coup !? »
« Je ne l’ai pas domptée. Elle a juste accepté ma proposition. »
« Une proposition ? Quelle proposition ? »
« Un défi ? C’est difficile à expliquer… Tu sais, le maître avait dit quelque chose, quand il nous avait appris à nous occuper des chevaux. »
Parmi les choses que sir Darkal leur enseignait pendant leur formation au combat, il y avait les soins à apporter à un cheval.
Un bon cheval de guerre était comme un compagnon pour un chevalier. Darkal leur avait donc appris toutes sortes de façons de bien s’en occuper. Bien sûr, depuis qu’il avait pris sa retraite, Darkal se contentait d’acheter le premier cheval disponible lorsqu’il en avait besoin.
L’une de ces méthodes consistait à soutenir silencieusement le regard du cheval.
On disait qu’un bon chevalier pouvait comprendre instinctivement ce que désirait sa monture et partager ses sentiments par ce seul moyen.
Awin n’était pas encore vraiment son cheval, mais Shan sentit qu’ils se comprenaient en plongeant les yeux dans les siens.
Elle en avait assez d’être déplacée comme un objet et forcée de se soumettre à ces humains petits et faibles.
Si elle se laissait emmener où bon leur semblait, c’était uniquement parce qu’elle n’était pas sûre de pouvoir s’échapper de l’immense ville bâtie par les humains.
Dans ces circonstances, Shan l’avait défiée sans se montrer ni servile ni insolent, et elle avait accepté.
Deux créatures incapables de se parler avaient communiqué par de simples gestes et des regards. On pouvait sans exagérer parler d’une nouvelle ère dans les échanges entre espèces.
« Quoi… Même si c’est un Cheval de guerre de Horais, tu veux dire qu’un cheval réfléchit autant ? »
« Pas exactement comme ça. C’est plutôt une impression. Une impression. »
Tandis qu’ils marchaient en discutant, les habitants de la capitale les aperçurent et ouvrirent de grands yeux, stupéfaits.
Un cheval de guerre au corps entier brillant comme du métal venait d’apparaître au milieu de la grande rue. Il y avait de quoi être surpris.
« C’est… ? »
« C’est sir Shan ! Le vainqueur du tournoi de joute ! »
« Ce cheval, c’est le prix qu’il a gagné ? Il vient de Horais ? Alors, ce n’était pas exagéré quand on disait que c’était le plus beau cheval du monde. »
« Mais où vont-ils tous les deux ? »
Après avoir enfin franchi la porte de la ville, Shan contempla la large route devant lui, puis se tourna vers Roden et les autres qui le suivaient.
« Ça risque de prendre quelques jours. Rentrez vous reposer, d’abord. »
« Quelques jours ? Qu’est-ce que tu comptes faire ? »
« Ce n’est pas à moi d’en décider. C’est elle qui choisira. »
Dès que Shan bondit sur son dos, Awin s’élança avec une force incroyable dans les jambes, comme si elle avait attendu cet instant.
Plutôt qu’une créature vivante lancée à toute allure, elle ressemblait à une flèche décochée après avoir été bandée à l’extrême.
Tous restèrent bouche bée tandis que Shan disparaissait au loin en un instant.
* * *
Rapide !
Ce fut la seule pensée qui traversa l’esprit de Shan quand Awin se mit à courir.
Elle était incroyablement rapide.
Il avait l’impression que le monde entier était aspiré vers l’arrière par cette vitesse écrasante.
Le vent qui lui fouettait le visage lui brûlait les yeux, et il distinguait à peine ce qui l’entourait.
Comparé à son sprint, le galop d’un cheval ordinaire n’était qu’une promenade tranquille.
Le cheval que Fional avait monté autrefois n’avait certainement pas pu être un Cheval de guerre de Horais.
Si je tombe d’ici, je suis presque certainement mort.
Comme s’il avait deviné cette pensée, Awin sembla comprendre que courir ne suffirait pas à éjecter Shan. Elle bondit soudain dans les airs.
Son champ de vision changea d’un coup et son corps flotta comme s’il avait échappé à la gravité.
« Argh ! »
Puis vint une chute vertigineuse.
Flop !
Un choc lui traversa les reins lorsqu’il retomba sur la selle. S’il n’avait pas amorti l’impact autant que possible, il se serait peut-être froissé quelque chose.
Elle est féroce, en plus…
Awin continua de galoper sur les routes au-delà des remparts de Hasra, puis quitta le chemin et se mit à foncer à travers les champs, les montagnes et les forêts.
Elle ne se souciait pas que des branches éraflent sa belle robe ou lui entaillent la peau.
Sans tenir compte de Shan agrippé à son dos, elle semblait vouloir découvrir elle-même le moindre recoin du paysage et le parcourir au galop.
Shan crut comprendre ce qu’elle ressentait.
Il avait été pareil, la première fois qu’il avait quitté le Village des Saules et couru librement à travers les montagnes et les champs.
Le bonheur de pouvoir profiter à sa guise d’un monde immense, sans fin, et d’être tout simplement libre.
Cette créature, née et élevée à Pendia, à des milliers de kilomètres de chez Shan, n’avait probablement jamais connu pareille liberté.
Il ne savait rien de son passé, mais il le devinait instinctivement.
Peut-être s’étaient-ils compris au premier regard parce qu’ils se ressemblaient.
Shan se plaqua contre le dos d’Awin et enserra son cou de ses deux bras.
Sans cela, il aurait été projeté au loin depuis longtemps, chaque fois qu’elle bondissait.
Après avoir galopé comme une folle pendant plusieurs minutes, puis des dizaines de minutes, Awin plongea soudain dans une rivière proche.
Elle se trouvait en aval de la rivière qui traversait Hasra.
Hup !
Juste avant de passer sous l’eau, Shan inspira aussi profondément que possible et serra les lèvres.
Même sans respirer, l’eau qui s’engouffrait dans son nez dégageait une odeur bizarrement infecte.
Elle provenait sans doute des déchets rejetés par la Société de Magie et les autres mages lorsqu’ils préparaient toutes sortes de potions.
Ou peut-être était-ce la puanteur des immondices évacuées par les égouts de la capitale.
Plusieurs minutes s’écoulèrent sous l’eau, et les poumons de Shan se mirent à le brûler.
Il avait désespérément envie de respirer, mais s’il le faisait, il ne tiendrait plus.
Shan se couvrit fermement la bouche de la main qui ne tenait pas la selle et résista.
Encore un peu… Je t’en prie…
Heureusement, juste au moment où il crut ne plus pouvoir tenir, sa tête perça la surface de l’eau.
Awin avait refait surface la première, incapable de retenir son souffle plus longtemps.
Son grand corps lui donnait de grands poumons, mais il lui fallait aussi d’autant plus d’air.
« Hum ! Ha ! Hum ! »
Tandis que Shan aspirait avidement l’air avant de l’expirer, il remarqua qu’Awin haletait elle aussi, remplissant et vidant ses poumons à plusieurs reprises.
Même à bout de souffle, il se mit à rire.
Peut-être crut-elle qu’il se moquait d’elle. Awin se hérissa et repartit au galop sur la terre ferme.
Naturellement, Pendia restait Pendia, même aux abords de sa capitale.
De petits monstres surgissaient souvent pour leur barrer la route, mais Shan n’avait même pas besoin d’intervenir. Les attaques d’Awin les réduisaient en bouillie sanglante.
C’était un spectacle saisissant que de voir des Goules d’Eau, cauchemar des riverains et des habitants du littoral, se faire mordre à mort ou piétiner par un cheval alors qu’elles tentaient de fuir.
Leur obstinant concours d’endurance se poursuivit jusque tard dans la nuit, jusqu’à ce que l’aube se lève.
Quand Awin fut trop épuisée pour continuer ses ravages, Shan était presque à bout lui aussi.
Tous deux avaient l’air ridicules, blanchis par la sueur mousseuse du corps d’Awin.
J’ai sommeil…
Avant de sombrer, Shan retira Mille Formes, qu’il portait au poignet comme un bracelet, l’étira, puis l’enroula en corde et s’attacha solidement à la selle.
C’était une corde métallique en argent véritable ; en temps normal, elle ne pouvait pas se briser.
« Dors bien. »
Awin le regarda comme s’il était ridicule, puis baissa la tête et s’endormit debout.
Shan se réveilla lorsqu’Awin, qui s’était éveillée la première, secoua le corps pour le faire tomber.
Son corps sans défense fut projeté au loin, mais la corde en argent véritable qui le reliait à la selle le retint heureusement.
Après s’être hissé sur son dos, Shan rendit à Mille Formes sa forme de bracelet.
Il n’y pouvait rien pendant qu’il dormait, mais s’en servir une fois éveillé aurait été de la triche.
Désormais, Awin ne se contentait plus de bondir pour le désarçonner. Parfois, elle se roulait par terre ou se jetait contre des murs pour l’attaquer directement.
Chaque fois, Shan mettait son agilité naturelle à profit pour se déplacer sur tout le corps d’Awin ou s’agripper au côté opposé au point d’impact.
Naturellement, il n’avait pas le temps de se soulager pendant tout ce temps.
Il pouvait se retenir pour la grosse commission, mais pas pour la petite. Toujours agrippé à son dos, Shan urina.
Quand une chaleur humide se répandit sous la selle, il sentit qu’Awin reculait, dégoûtée.
« Si ça te dégoûte, rends-toi ! »
À sa menace, Awin renâcla et bondit, comme si c’était hors de question.
Elle se déchaîna dans tous les sens, plongea sous l’eau et massacra les monstres qu’elle croisait à coups de sabots ou à coups de dents. Même lorsqu’elle se roulait sur le dos pour tenter de l’écraser, Shan ne céda pas.
Après un nouveau jour et une nouvelle nuit de lutte, Awin, à bout de forces, finit par plier les genoux et s’effondrer sur la terre.
Il fallut plusieurs minutes à Shan pour comprendre ce qui venait de se passer.
Il avait passé près de trois jours sans manger, à cheval sur une monture qui s’était déchaînée sans relâche. Lui aussi avait l’esprit à moitié embrouillé.
« … Tu te couches ? »
Le cheval répondit par un faible renâclement, comme s’il n’avait même plus la force de répondre.
Ce n’était ni le renâclement moqueur ni le hennissement furieux de tout à l’heure. N’importe qui aurait compris la résignation dans ce son.
« Ha, hahaha… »
La joie jaillit de la poitrine de Shan et il éclata de rire avant de tomber de la selle et de rouler par terre.
Même si elle avait enfin réussi à faire tomber Shan, Awin ne s’enfuit pas. Elle se contenta de le regarder de haut.
Dans ses yeux bleu-gris, l’arrogance avait cédé la place au respect.
« J’ai gagné, pas vrai ? Tu abandonnes, d’homme à homme. »
Puis une idée lui traversa l’esprit. Shan se leva, souleva la queue d’Awin et regarda entre ses pattes arrière.
« Tu es une fille, en fait. Bon, tu abandonnes, d’homme à femme ! »
Il lui donna une claque sèche sur la croupe.
Awin répondit par un renâclement et une expression qui semblait dire que Shan était pitoyable.
* * *
Après avoir soumis Awin, Shan la monta dans les environs jusqu’à ce qu’ils trouvent un village voisin, où il acheta du pain et du lait.
La sensation de nourriture qui pénétrait son corps après trois jours était indescriptible.
« Ahhh… ! »
Les villageois échangèrent des regards perplexes, se demandant qui pouvait bien être cet étrange étranger.
Ses vêtements lui donnaient l’air d’un parfait mendiant, mais leur tissu n’était pas seulement de bonne qualité : il était coûteux.
Et son cheval avait l’air extraordinaire au premier coup d’œil.
Serait-ce l’enfant d’un noble en fuite ?
Dans un village rural ordinaire, il n’aurait pas été étonnant qu’on tente de le tuer pour lui voler ses biens.
Mais il s’agissait d’un village civilisé, non loin de la capitale, Hasra.
Ses habitants avaient assez de sagesse et de conscience pour comprendre qu’ils ne devaient pas s’en prendre à un garçon qui n’avait manifestement pas un statut ordinaire.
C’était une chance.
Pour le village, pas pour Shan.
« Merci pour le repas. Tenez. »
Après avoir fini son festin, Shan se caressa le ventre bien rempli et tendit quelques pièces d’or au chef du village.
Cette somme couvrait non seulement le repas de Shan, mais aussi l’énorme quantité de fourrage qu’Awin avait avalée.
C’était sans doute plus que le prix juste, mais qu’importait que Shan paie un peu plus, puisqu’elle avait si bien mangé ?
Malgré son air renfrogné, Awin engloutit avec appétit un repas composé de bon foin mêlé de haricots, d’avoine et de seigle.
Le ventre plein, l’homme et le cheval quittèrent le village et partirent au galop vers le nord-est.
Pour la première fois, Shan ne s’agrippait pas à elle comme si sa vie en dépendait. En courant en harmonie avec Awin, chacun tenant compte de l’autre, il fut une nouvelle fois émerveillé.
C’est incroyablement confortable…
Bien qu’ils avancent bien plus vite qu’un cheval ordinaire, la selle sur le dos d’Awin était incroyablement confortable.
C’était peut-être dû à son allure particulière. Tant qu’il suivait correctement son rythme, son dos et ses cuisses étaient moins sollicités que lors d’une promenade tranquille.
C’était absurde, quand il songeait aux derniers jours passés à s’agripper à elle dans des conditions atroces.
Ils alternèrent entre des périodes de course jusqu’à l’épuisement et des moments de marche pour se reposer. Finalement, Shan et Awin parcoururent en seulement deux heures la distance qu’ils avaient sillonnée pendant les trois jours précédents et regagnèrent Hasra.
Il aurait fallu deux jours pour faire ce trajet à pied ; sa vitesse de déplacement était donc absurde.
« Hé, toi… »
« Je suis de retour, Roden. Désolé d’avoir mis si longtemps. »
Roden, qui avait passé trois nuits blanches au Domaine des Weavers, ne put que rester bouche bée devant Shan et Awin, qui revenaient ensemble en parfaite harmonie.
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