Chapitre 19
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Traductrice : Dawn
Révision : Dawn
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◈ Le Chevalier de Génie d’une race déchue
Chapitre 19
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Le plus dangereux et le plus puissant
« N’en fais pas toute une histoire ! »
Alors que Shan se réjouissait enfin de pouvoir manier l’Esprit, une remarque cinglante lui parvint aux oreilles.
« Comme je te l’ai déjà dit, l’Esprit s’enracine naturellement quand on pousse le corps au-delà de ses limites ! Vu le nombre de fois où tu as pris des potions que les autres maisons de chevaliers hésiteraient à utiliser ne serait-ce qu’une fois par mois, tu as même tardé ! J’aurais entraîné un singe qu’il maîtriserait déjà l’Esprit ! »
Tandis que sir Darkal le réprimandait sèchement, Shan baissa la tête d’un air contrit et hocha docilement la tête. Il n’avait peut-être pas vraiment le sens de l’argent, mais il savait à quel point les produits chimiques qu’il avait absorbés et ceux dans lesquels il avait baigné coûtaient cher.
« Quoi qu’il en soit, l’entraînement avec les potions fortifiantes s’arrête là ! »
« … Vraiment ? »
« Oui ! Tu l’as senti, toi aussi, non ? Ces derniers temps, tu as cessé de grandir. »
Comme il l’avait dit, Shan n’avait presque pas grandi depuis plusieurs semaines, malgré la brutalité de son entraînement. C’était comme si la force, la résistance et l’endurance que son corps pouvait développer avaient atteint leur limite. Voilà pourquoi les séances des dernières semaines lui avaient paru encore plus pénibles. Sans la récompense de grandir, elles n’étaient plus qu’un supplice aussi inutile que gratuit.
S’il avait dû continuer ainsi quelques mois de plus, voire quelques semaines, il aurait sûrement fini par devenir fou. Ou il se serait enfui en pleine nuit, incapable de tenir davantage.
« À partir de maintenant, contente-toi de garder ton corps en forme pour qu’il ne rouille pas. Le corps humain a toujours cette fâcheuse tendance à s’affaiblir dès qu’on se relâche… »
« Oui ! » Fou de joie, Shan coupa la leçon de sir Darkal et poussa un cri de victoire.
Enfin débarrassé de cet entraînement infernal !
« Ne t’emballe pas, imbécile ! »
Le vieux chevalier, qui venait de crier à pleins poumons, se mit à tousser. L’air froid de l’hiver commençait à lui transpercer les poumons usés. Après avoir repris son souffle, il reprit d’une voix un peu faiblarde :
« Enfin, tu as bien travaillé. Aujourd’hui, c’est jour de repos, alors ne me fais pas perdre mon temps et va-t’en ! »
Son ton bourru n’avait pas changé d’un iota depuis six mois. Shan hocha vivement la tête et fila sans même ranger l’épouvantail qu’il avait tailladé. Il voulait annoncer à Roden et aux autres qu’il savait désormais manier l’Esprit. Le jardin retomba dans le silence après son départ. Sir Darkal tendit sa main ridée et suivit lentement du doigt la surface tranchée de l’épouvantail.
« Ha… »
Il laissa échapper un petit rire, puis éclata soudain d’un rire irrépressible, venu du fond de lui-même. Même lorsque la toux le reprit, il continua de rire.
« Il l’a vraiment fait… Il y est vraiment arrivé ! Ce petit bâtard complètement cinglé… »
Au départ, il n’avait cherché qu’à briser son orgueil. Un génie comme on n’en voyait qu’une fois par génération et un adolescent : tous deux avaient un ego démesuré. Et un garçon qui réunissait ces deux qualités ? La suite était évidente. Pour établir fermement une hiérarchie pendant l’entraînement, il lui avait donc imposé des conditions déraisonnables.
Contrairement aux apprentis chevaliers ordinaires, Shan le surpassait déjà au combat. S’il n’y prenait pas garde, il perdrait son autorité. Un entraînement de chevalier aussi rigoureux ne pouvait se faire sans un maître qui poussait son élève sans ménagement.
Pourtant, dès le premier jour, Shan avait poussé son corps à bout, épuisant jusqu’à la dernière parcelle de sa force musculaire. Ce que la plupart n’auraient pas supporté, même sous la menace d’une lame, lui l’avait accompli par la seule force de sa volonté.
Sir Darkal avait été une deuxième fois stupéfait trois jours plus tard, lorsque Shan avait déjà complètement récupéré et repris l’entraînement physique. Normalement, même avec des miracles de guérison ou des produits réparateurs, le corps humain ne pouvait pas retrouver son état initial en seulement trois jours. Sans compter la fatigue mentale.
Pourtant, non seulement Shan avait parfaitement récupéré en trois jours, mais il avait de nouveau poussé son corps à ses limites pendant une deuxième séance censée être légère. Son contrôle corporel, son endurance et sa capacité de récupération étaient anormaux. Après avoir constaté tout cela, sir Darkal avait aussitôt abandonné le programme initial pour en rédiger un nouveau.
C’est ainsi qu’avait commencé ce programme atroce : pousser le corps jusqu’à devoir recourir à des produits réparateurs tous les trois jours. Il avait même interdit à ceux qui avaient suivi un entraînement de chevalier d’expliquer à Shan à quoi ressemblait un entraînement normal. S’il apprenait qu’en général, un tel effort n’était fourni qu’une fois par mois, il risquait de comprendre à quel point on le traitait injustement.
À partir de là, ce fut une véritable période de souffrance. Chaque jour, sir Darkal regardait Shan s’épuiser davantage et, même s’il n’en laissait rien paraître, son inquiétude grandissait. Avec un programme ordinaire, cinq ou six personnes sur dix auraient abandonné, incapables de tenir. Les chances d’échec étaient énormes. Peut-être était-ce cela, s’acharner à aiguiser une lame toujours plus fine et fragile.
Ne casse pas. Encore un peu plus aiguisé…
Il n’avait cessé de se répéter ces mots en poussant ce petit corps à ses limites. Plus d’une fois, il avait été tenté d’assouplir un peu le programme. Après tout, il était humain. Voir souffrir ainsi un disciple qu’il formait depuis six mois l’avait fait douter. Si le supplice avait duré un peu plus longtemps, il aurait peut-être cédé. Mais aujourd’hui, enfin, il avait obtenu un résultat. Après une endurance et une persévérance sans fin, le pari était gagné.
« L’Esprit dépend énormément de l’état d’esprit… »
Au fil des années passées à former des apprentis chevaliers, sir Darkal avait découvert un secret remarquable : ceux qui éveillaient l’Esprit plus vite, dans des conditions plus dures, avaient en moyenne un Esprit plus puissant. Ce secret était peu connu, car la puissance de l’Esprit était difficile à mesurer et variait énormément d’une personne à l’autre. Peut-être seules quelques maisons de chevaliers établies depuis longtemps en avaient-elles connaissance.
En vérité, la puissance de l’Esprit comptait assez peu lors d’un combat physique. Pour faire passer cette force dans le monde matériel, il fallait une endurance ancrée dans le corps. Manquer d’Esprit posait problème, mais même un chevalier capable de fendre une montagne d’un seul coup s’effondrerait d’épuisement avant d’avoir pu s’en servir.
En revanche, cette puissance spirituelle était formidable dans les domaines de l’esprit et du mystique. Un chevalier doté d’un Esprit puissant résistait très bien aux pouvoirs magiques. C’était pour cette raison que les chevaliers pouvaient chasser des monstres comme les basilics, capables de pétrifier les êtres vivants d’un simple regard.
« Un Esprit forgé en réduisant son corps en miettes tous les trois jours pendant six mois… À moins que ses dispositions spirituelles soient catastrophiques, il comptera parmi les meilleurs chevaliers de toute l’histoire. »
Le garçon alto qu’il avait élevé était, au sens propre, une arme de combat façonnée par la déesse elle-même. Il possédait une agilité qui semblait défier les limites humaines, un contrôle plus précis que celui des machines les plus perfectionnées, la capacité de lire les pensées de son adversaire et une intelligence exceptionnelle au combat. Une fois son corps pleinement développé, il pourrait vaincre n’importe qui.
Il lui fallait toutefois résister aux attaques immatérielles : une âme si puissante qu’aucune magie maléfique, malédiction ou force monstrueuse ne puisse la transpercer. Pouvoir surmonter même les attaques impossibles à esquiver avec un regard perçant ou des mouvements rapides, voilà ce qui faisait un chevalier véritablement suprême. Comme un artiste qui venait d’achever son chef-d’œuvre, sir Darkal sourit de toutes ses dents, le visage ridé rayonnant de satisfaction.
***
Quand Shan annonça qu’il savait désormais manier l’Esprit, le manoir des Weavers fut en émoi. Roden fut le premier à accourir ; il souleva Shan et le fit tournoyer.
« Tu y es enfin arrivé ! Félicitations ! »
Shan se plaignit d’avoir la tête qui tournait, mais ne put retenir le sourire qui lui venait aux lèvres. Bien sûr, acquérir l’Esprit était formidable, mais ce qui le rendait encore plus heureux, c’était de ne plus avoir à subir cet entraînement épouvantable. Après avoir raconté qu’il maîtrisait l’Esprit aux domestiques dont il était proche, Shan alla en informer son mécène, Kalion Weavers.
« Six mois, hein… C’est vraiment rapide. »
Le vieux marchand se contenta de hocher la tête, mais ne put dissimuler le sourire qui étirait ses lèvres. En tant que mécène, il avait déjà appris quelques détails sur la brutalité de l’entraînement auprès de sir Darkal. Le lendemain, après avoir semé le remue-ménage dans le manoir, Shan retrouva sir Darkal dans le jardin, comme d’habitude. Ce jour-là, la leçon portait enfin sur l’Esprit qu’il désirait tant maîtriser.
« Pour toi, qu’est-ce que l’Esprit ? »
« La capacité de frapper plus fort, de mieux transpercer et de parer plus efficacement. »
« Quelle réponse d’une ignorance éhontée. Parfait. Tout simplement parfait ! »
Malgré son ton bourru, sir Darkal affichait une mine réjouie. Étrangement exalté, il avait presque l’air ivre.
« Pour faire simple, l’Esprit, c’est le pouvoir d’obtenir le résultat voulu en dépensant ses forces mentales et physiques ! Tu n’as pas besoin d’en savoir plus. En fait, mieux vaut ne pas en savoir davantage ! Il ne faut pas t’imposer de limites ! »
En criant, sir Darkal enfonça dans le sol le bâton de bois qu’il tenait. Celui-ci aurait dû se briser contre la terre gelée, mais il s’y enfonça sans résistance.
« Fais pareil ! Frappe avec toute la détermination dont tu es capable ! Frappe avec la volonté de le transpercer, même s’il était en acier ! »
Laissant les cris de son maître lui entrer par une oreille et ressortir par l’autre, Shan examina tranquillement son bâton, puis le sol.
Je vais le transpercer. Même si le sol est en acier…
Il se répéta ces mots, puis abattit son bâton de toutes ses forces. Comme celui de sir Darkal, il s’enfonça dans le sol. Au même instant, une vague d’épuisement vertigineuse le submergea. Il avait l’impression d’avoir couru pendant des heures. Ses forces le quittèrent d’un coup et il s’effondra à genoux. Cette soudaine perte d’endurance lui souleva le cœur. Il avait ressenti quelque chose de semblable la première fois qu’il avait utilisé l’Esprit, mais la sensation était cette fois bien plus intense.
« Alors ? Épuisant, pas vrai ? »
Le vieux chevalier rit comme s’il s’y était attendu.
« À partir de maintenant, tu vas t’entraîner à contrôler l’Esprit. Tu peux voir ça comme un exercice pour affiner ton esprit ! Tu apprendras à insuffler l’Esprit dans tes gestes. Et, quand tu y arriveras, tu devras savoir en doser la quantité ! C’est indispensable pour devenir un chevalier accompli ! »
L’Esprit étant une force mentale, il se renforçait à mesure que l’on désirait quelque chose avec plus d’ardeur. Mais une grande puissance entraînait toujours une grande dépense. Employer assez d’Esprit pour couper de l’acier alors qu’on ne tranchait que de la paille ne ferait que gaspiller ses forces. Un chevalier devait donc garder son calme et n’utiliser que la quantité nécessaire.
« Garder son calme… ? »
Cette idée semblait bien éloignée de sir Darkal, qui ne cessait de crier. Tandis que Shan s’interrogeait, le vieux chevalier poursuivit ses explications de son ton bourru habituel.
« En plein combat, surtout, les gens ont tendance à gaspiller leur Esprit quand ils s’excitent ! Quel que soit leur niveau, ils finissent par s’effondrer d’épuisement ! Un type pareil vaut moins qu’un mercenaire médiocre ! »
En l’entendant, Shan se souvint du champ de bataille qu’il avait vu six mois plus tôt. Il revit le chevalier qui avait abattu ses ennemis en un instant, avant de s’effondrer d’épuisement et d’être traîné dans un filet. Pour éviter de finir comme lui, il devait apprendre à bien doser son Esprit.
Shan grava dans sa mémoire la méthode d’entraînement de sir Darkal. Heureusement, comparé à la préparation physique qu’il avait subie jusque-là, cet entraînement mental lui semblait presque facile. Il lui suffisait de trancher des objets comme des bâtons de bois, du cuir, du tissu ou des bottes de paille. Quel que soit l’objet, il devait le couper exactement en deux. L’objectif était de comprendre instinctivement quel effet produisait une certaine quantité d’Esprit.
Il y avait toutefois une chose qu’il ne comprenait pas : la notion d’« épuisement mental ». On lui avait dit que l’endurance mentale se régénérait plus lentement que l’endurance physique, mais il ne se sentait jamais vidé mentalement, alors que son corps, lui, était souvent épuisé le premier. Quand il en parla, sir Darkal lui répondit simplement d’arrêter de s’inquiéter pour des sottises et de se concentrer sur l’entraînement.
Heureusement, la précision innée de Shan semblait s’appliquer autant au mental qu’au physique. Au début, cette sensation nouvelle le dérouta, mais au bout de trois jours, il parvenait à peu près à maîtriser sa dépense d’énergie. Après une semaine, il savait adapter son Esprit selon qu’il utilisait du bois, des tiges de métal, des armes contondantes ou des lames tranchantes.
Il apprit ensuite diverses applications. Au lieu de trancher ou de transpercer, il pouvait frapper comme avec un marteau pour repousser ses adversaires, ou prendre appui au sol pour se propulser en avant. Il s’entraîna également à sentir l’Esprit insufflé dans les attaques de son adversaire et à les contrer. Au bout d’un mois, une fois Shan maître de toutes ces techniques, sir Darkal déclara enfin son entraînement de chevalier terminé.
« Tu es encore un imbécile qui a beaucoup à apprendre, mais je n’ai plus rien à t’enseigner pour le moment ! Tiens, prends ça ! »
Rédigé en cursive sur du beau papier, le document était difficile à déchiffrer, mais Shan pouvait le lire grâce aux leçons qu’il avait suivies.
« Le présent document certifie que Shan, un Alto, possède les aptitudes martiales et le raffinement dignes d’un chevalier, comme l’atteste Darkal de la famille Cordo, son instructeur… »
Grâce aux six derniers mois, Shan comprit la portée de ce document. S’il devenait un jour un criminel, son existence suffirait à déshonorer sir Darkal. Même s’ils avaient eu peu d’occasions de s’attacher l’un à l’autre, à force de rudesse, Shan se trouva incapable de regarder le vieux chauve et baissa la tête.
« … Merci, maître. »
« Ne prends pas cette voix geignarde de fillette ! Ça me dégoûte ! »
Jusqu’au bout, il était resté fidèle à lui-même.
***
Quelques jours après le départ de sir Darkal, Kalion invita Shan à dîner. Ils devaient discuter de la suite. Les domestiques ayant été congédiés, ils ne furent que trois à s’asseoir ensemble tandis que Kalion prenait la parole à voix basse.
« J’ai appris quelque chose au sujet de ton ennemi. »
Comme toujours, sans personne d’autre autour de lui, il en imposait énormément.
« Mon ennemi… à moi ? »
« Oui. C’est la Légion du Lion d’Acier qui a détruit ton village, n’est-ce pas ? »
D’après Kob, le mercenaire alto qui s’était joint à la chasse aux trolls, c’était bien le cas. Après que Roden lui eut raconté cela, Kalion avait fait jouer son réseau de marchands pour découvrir qui les avait engagés récemment.
« Selon les dernières informations, leur employeur est le comte Barlic. »
Roden, assis à côté de lui, eut l’air stupéfait.
« Attends, ce ne serait pas… ? »
« Si. Le territoire à l’origine de la guerre civile de Libert appartient à sa faction. »
Les terres proches du village des Saules étaient sous l’autorité du baron Mahosel, un vassal du comte Barlic. Autrement dit, Barlic avait envoyé des mercenaires massacrer des gens sur ses propres terres. Tout ça pour fabriquer un prétexte et prétendre qu’on l’avait attaqué le premier.
« Aveuglé par le pouvoir, il a tué ceux qu’il était censé protéger… Les nobles… »
Roden poussa un soupir devant cette vérité accablante. Kalion jeta un regard à son fils, puis se tourna vers Shan.
« Si tu veux te venger, je te conseille de rejoindre la faction du duc Moraen comme mercenaire. Il n’y a pas de meilleur endroit qu’un champ de bataille pour se faire rapidement un nom. »
Si Shan entrait dans la guerre comme mercenaire, il pourrait facilement se forger une réputation. Sir Darkal avait déjà affirmé que Shan pouvait tuer plusieurs chevaliers à la fois. Même si personne à Libert ne lui accorderait la chevalerie parce qu’il était alto, quelqu’un finirait sûrement par s’intéresser à ce jeune mercenaire, qui reviendrait à Pendia après de grands exploits avec les têtes de chevaliers à son actif. Mais Shan secoua la tête et refusa.
« Pour être honnête… Je n’ai plus vraiment envie de me venger. J’ai déjà eu ma dose. »
Ces mercenaires avaient tué le prêtre Ador, et sans doute Celina aussi. Mais en les tuant, Shan avait déjà réglé ses comptes avec eux. Il n’avait aucune envie de partir en guerre pour se venger de celui qui avait donné l’ordre. Ce n’était pas qu’il n’aimait pas se battre ; il avait simplement un autre projet.
« Je pense plutôt à explorer le Royaume des Démons. »
« … C’est trop dangereux. »
« Un champ de bataille, c’est pareil. Si je veux me faire un nom, je dois prendre des risques de toute façon. »
À l’est de Pendia, le Royaume des Démons était à la fois dangereux et riche en possibilités. Chasser des monstres puissants et récupérer leurs dépouilles pouvait rapporter fortune et gloire, et la valeur des reliques de l’ancien Empire Alto était inestimable. C’était plus dangereux que la guerre, mais les récompenses étaient plus grandes. Shan désigna Roden, assis à côté de lui.
« Et surtout, Roden ne peut pas m’accompagner sur un champ de bataille. »
« … Moi ? » Roden cligna des yeux en mâchant. « Je me prépare à reprendre les affaires de mon père, tu sais. »
« Mais tu n’as pas encore renoncé aux armes. J’ai besoin de toi. Tu es mon premier écuyer. »
Shan donna une tape sur le bras musclé de son ami. Au cours des six derniers mois, Roden s’était assez entraîné pour conserver sa force malgré ses études commerciales. Sans cela, Shan n’aurait pas essayé de l’emmener avec lui. Inutile d’entraîner dans l’aventure quelqu’un qui avait perdu sa passion pour la voie du guerrier. Entendant ses propres paroles lui être renvoyées, Roden resta bouche bée, puis secoua la tête.
« Bon sang… Présenté comme ça, je ne peux pas vraiment refuser, hein ? »
Tous deux éclatèrent de rire.