Chapitre 12
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Traductrice : Dawn
Révision : Dawn
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◈ Le Chevalier de Génie d’une race déchue
Chapitre 12
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C’est le moment idéal pour investir
Traverser la Forteresse Solrod, qui marquait la frontière entre Libert et Pendia, ne nécessitait aucune formalité particulière. Les relations entre les deux royaumes n’étaient pas spécialement hostiles, et la forteresse avait surtout pour rôle de contrôler les monstres qui franchissaient la frontière, plutôt que de repousser une invasion.
Au lieu de se diriger directement vers la porte, Roden entra dans la forteresse et loua une chambre dans une auberge. Shan observa les lieux avec des yeux ébahis, comme un garçon de la campagne qui découvrait un tel établissement pour la première fois.
« C’est immense… »
Il y avait pas mal de clients, pour la plupart des mercenaires en armes. Sans doute des gens venus de Pendia après avoir entendu parler de la guerre à Libert. Après avoir pris un dîner précoce dans la taverne du rez-de-chaussée, Shan et Roden se rendirent aux boutiques de la forteresse avant le coucher du soleil pour faire quelques achats. La forteresse faisant office de ville marchande entre les deux royaumes, les magasins ne manquaient pas.
« Qu’est-ce que tu achètes ? »
« Dans les petits villages où nous étions coincés, je n’ai pas pu me préparer comme il faut. Je pensais m’acheter une armure. Au moins, il me faut des vêtements convenables. »
Shan portait les vêtements que la troupe des Altos lui avait donnés. Les siens avaient été déchirés par la lance de Fional et imbibés de sang ; ils étaient inutilisables. Bien sûr, comme personne dans la troupe n’avait sa taille et que les habits du nain Boldot étaient beaucoup trop petits, ceux qu’il portait à présent étaient trop grands et flottaient sur lui. Il était temps de trouver quelque chose à sa mesure. Ce serait aussi une bonne idée d’acheter des vêtements de rechange, au cas où les siens seraient de nouveau déchirés ou tachés de sang.
De toute façon, plusieurs jours de voyage les séparaient encore d’une grande ville de Pendia. Ils devaient donc se préparer sans tarder. Après avoir fait le tour de plusieurs boutiques, Shan trouva des vêtements qui lui allaient à peu près, ainsi que des gants et des chaussures en cuir de qualité, et un chapeau pour se protéger du soleil. Il acheta aussi des flèches et une lance à sa taille.
Enfin, de retour à l’auberge, Roden fit venir un barbier. Pour la première fois de sa vie, Shan se fit couper les cheveux. Sa tignasse en désordre, qui lui tombait jusqu’aux omoplates, fut soigneusement raccourcie et s’arrêtait désormais juste sous la nuque. Après l’avoir lavée au savon et enduite d’huile, le barbier la peigna vers l’arrière.
Le résultat était étonnamment réussi. Avant, il avait eu l’air d’un vagabond suivant un chevalier digne de ce nom ; maintenant, il ressemblait au moins à un jeune écuyer. Shan contempla sa nouvelle apparence dans le miroir légèrement trouble et apprécia le changement. Debout derrière lui, Roden hocha la tête en souriant.
« Tu as bien meilleure allure comme ça. »
Shan n’était pas d’une beauté renversante, mais, malgré la rudesse de sa vie, ses traits étaient assez harmonieux et ses dents bien alignées. Ses grands yeux légèrement tombants lui donnaient l’air d’un gentil chiot. Ce n’était peut-être pas l’idéal pour un guerrier, mais ses aptitudes compensaient largement.
« Ça fait vraiment bizarre de laisser quelqu’un d’autre me couper les cheveux. »
« Comment tu faisais avant ? »
« Je les coupais à la va-vite avec le premier couteau qui me tombait sous la main. »
Voilà qui expliquait le résultat chaotique. Chaque fois que Roden entendait Shan parler de son passé, il avait le cœur serré et poussait un discret soupir.
« À partir de maintenant, va chez le barbier. Ce sera plus simple. »
« Au fait, et toi ? Tu ne peux pas utiliser de lames, pas vrai ? »
« J’ai ma propre façon de m’en occuper. Ne t’inquiète pas. »
Après que Shan eut insisté, Roden lui montra comment il se servait de ciseaux à bouts ronds pour se tailler les cheveux et la barbe. Le voir couper proprement même les endroits qu’il ne pouvait pas regarder était impressionnant. Peut-être parce qu’ils étaient arrivés tôt et avaient bien dormi dans une bonne auberge, ils se sentirent reposés le lendemain matin. Une fois la porte entièrement franchie, Roden parut visiblement soulagé.
« Ah… enfin Pendia. L’odeur du pays m’avait manqué. »
Shan ne prit pas la peine de demander comment le fait de franchir une seule porte pouvait changer l’odeur du pays. À force de côtoyer Roden, il avait fini par acquérir un peu de tact. Pourtant, cet après-midi-là, tandis que le soleil déclinait et que leur prochaine étape approchait, Shan comprit enfin à quel point cette contrée différait de Libert.
« Roden. »
« Quoi ? »
« Il y a quelque chose devant. »
La chose avait tenté de s’approcher en silence, mais elle ne pouvait dissimuler le bruissement des buissons, le bruit de ses pas ni son odeur fétide et poissonneuse. Shan dégaina son épée et la pointa dans sa direction. Les créatures comprirent qu’elles avaient été repérées et bondirent hors des fourrés en poussant des cris stridents.
« Des goules d’eau ! » s’écria Roden, alarmé, en saisissant le fléau attaché à sa selle.
Les créatures ressemblaient à des singes difformes, avec leurs cheveux vert mousse, leur peau pâle et leurs dents et griffes acérées. Elles avaient sans doute rampé hors d’un marais voisin. Shan sauta de cheval et décapita aussitôt l’une d’elles qui lui fonçait dessus, puis en transperça une autre à la poitrine.
Leur peau épaisse et ridée résistait aux lames ordinaires, mais l’épée de Shan les tranchait comme du fromage. Leur sang était d’un bleu pâle contre nature. Après en avoir tué deux en un instant, Shan jeta un coup d’œil sur le côté juste à temps pour voir une autre créature se faire écraser et projeter au loin dans un craquement sonore. Roden l’avait frappée vers le haut avec son fléau.
« Même pas en rêve ! »
C’était la première fois que Shan voyait Roden se battre pour de bon. Contrairement à Shan, Roden resta à cheval. D’une main, il guidait sa monture tout en poursuivant une créature en fuite et lui fracassa le crâne avec son arme. Il en tua quatre en quelques instants, puis les survivantes s’enfuirent dans les buissons. Après être restés sur leurs gardes une minute, les deux hommes se détendirent enfin.
« … Je n’avais pas envie de me sentir de nouveau chez moi de cette façon. »
« Il y a vraiment beaucoup de monstres ici. Comment les gens font-ils pour vivre dans un endroit pareil ? »
Pour Shan, il semblait impossible que des gens ordinaires puissent survivre face à de telles créatures.
Roden répondit simplement :
« C’est pour ça que ceux qui ne savent pas se battre ne s’aventurent pas dehors. Mais, à vrai dire, c’est pareil à Libert, non ? Il suffit de remplacer les monstres par des bandits ou des bêtes sauvages. »
Roden montra ensuite à Shan comment extraire les dents des créatures. Contrairement à celles des bêtes ordinaires, leurs dents étaient reliées à la racine. Il suffisait donc d’ouvrir la mâchoire et de tirer sur le côté pour les retirer facilement.
« Les dents et les griffes, ça ne te fait pas peur aussi ? C’est aussi tranchant qu’une lame. »
« Tant que ce n’est pas du métal, ça va. Je ne sais pas pourquoi… Bref, ne jette pas ces dents. Ce sont des ingrédients d’alchimie précieux, et les porter prouve quelque chose. »
« Ça prouve quoi ? »
« Qu’on n’est pas juste des idiots qui se promènent avec des armes. »
Pendia avait autrefois été la frontière orientale de l’Empire Arman, un rempart contre les monstres déferlant du Royaume des Démons. Voilà pourquoi, même à l’époque actuelle, les habitants accordaient de l’importance à la force martiale de chacun et à la chasse aux monstres. Pas seulement pour l’honneur, mais aussi pour survivre.
Shan le comprit vraiment lorsqu’ils arrivèrent dans un petit village d’environ deux cents habitants, entouré d’une palissade en bois. En voyant les dents fièrement accrochées à la selle de Shan, les villageois ouvrirent de grands yeux.
« C-ce sont… ? »
« Des dents de goule d’eau. On en a croisé près du village. Des sales bêtes. »
« L’un de nos jeunes a été emporté par elles il n’y a pas longtemps… Comment pourrions-nous jamais vous remercier ? »
Le chef du village leur témoigna sa gratitude à plusieurs reprises et leur proposa de loger chez lui. Même leurs chevaux furent nourris de haricots plutôt que d’herbe, ce qui sembla leur plaire. Shan n’aimait toujours pas voir les villageois chuchoter en remarquant l’éclat discret de ses yeux. Ce n’était pas si différent de Libert.
Lorsqu’il en parla, Roden lui répondit avec gêne :
« On n’y peut rien. Comme je te l’ai déjà dit, l’Ancienne Foi est très présente dans l’ouest de Pendia. Mais au moins, ils ne te persécuteront pas ouvertement, puisque c’est illégal. »
En effet, les villageois semblaient seulement mal à l’aise. Ils ne l’insultaient pas ouvertement. Son épée à la ceinture et les dents des monstres y étaient peut-être pour quelque chose.
Après une nuit sur place, ils reprirent la route vers l’est. Pendia méritait bel et bien sa réputation de terre des monstres. Tout comme différentes bêtes peuplaient les montagnes de Libert, différents monstres habitaient celles de Pendia. Il y avait des goules d’eau, de maigres vampires inférieurs, et des goules contrôlées par des insectes qui dévoraient leur cerveau…
Heureusement, les monstres n’attaquaient pas tous à vue. Certains les ignoraient complètement et, dans ces cas-là, Shan et Roden ne prenaient pas la peine de les affronter. Même les gobelins, pourtant très répandus, fuyaient souvent à la vue de la silhouette imposante de Roden. Si Shan avait été seul, il aurait dû se battre sans arrêt.
Le quatrième jour après leur départ de la Forteresse Solrod, ils atteignirent une grande ville de plusieurs milliers d’habitants. Comme la plupart des agglomérations de Pendia, elle était entourée de murailles, en pierre à la base et en bois dans la partie supérieure.
« Voici Ovilos. Nous avons déjà parcouru plus de la moitié du chemin jusqu’à la capitale. »
« Déjà ? »
« La capitale se trouve dans l’ouest de Pendia. »
C’était logique, puisque le Royaume des Démons se trouvait à l’est. Si la capitale avait été plus proche, elle aurait été à la merci des monstres les plus puissants. Après avoir payé une pièce d’argent au garde, ils franchirent la porte. Shan remarqua alors quelque chose d’étrange : un motif singulier était gravé sur la face intérieure de la porte et, en son centre, brillait une pierre précieuse.
« Roden, Roden. »
« Oui ? »
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Ça… Ah, un cercle magique et une pierre de mana. »
Comme Shan n’en avait probablement jamais vu, marmonna Roden, il lui expliqua aussitôt :
« J’ai entendu dire que les mages s’en servent pour enchanter des objets. Je n’en connais pas les détails, mais comme c’est sur la porte, ça doit la rendre plus solide. Dans toutes les forteresses de Pendia d’une certaine importance, il y en a un sur chaque porte. »
On obtenait surtout les pierres de mana en chassant les monstres près du Royaume des Démons. C’est pourquoi Pendia recourait aux enchantements magiques pour fortifier ses défenses, tandis que les autres pays, où les mages étaient méprisés et les pierres de mana rares, préféraient les bénédictions des prêtres.
« Sans ça, un gros monstre pourrait simplement défoncer la porte. Ou un chevalier expérimenté pourrait la briser en chargeant à cheval. »
« Ah. »
À bien y réfléchir, c’était parfaitement logique. La force brute dont Shan avait été témoin suffisait à déchirer la chair et à projeter des dizaines de soldats comme des morceaux de viande. Un tel choc pouvait aisément détruire une simple porte en bois. Comme il avançait à pied, menant son cheval — les montures étaient interdites dans la ville —, Shan remarqua autre chose.
Un Alto ?
Une femme aux cornes recourbées, semblables à celles d’une chèvre, marchait tranquillement dans la rue. Plus étonnant encore, personne ne lui prêtait la moindre attention. Ni peur, ni mépris. Les passants se contentaient de poursuivre leur chemin, comme si elle était pareille à tout le monde.
En regardant plus attentivement autour de lui, Shan se rendit compte que les Altos étaient partout dans la ville. Certains travaillaient comme ouvriers, d’autres vendaient des marchandises et quelques-uns étaient même forgerons. Voir les siens vivre au milieu des autres comme des gens ordinaires le bouleversa autant que la première fois qu’il avait découvert la troupe des Altos.
« Il y a vraiment beaucoup d’Altos, ici. »
« Comparé aux autres pays, oui. Et nous sommes encore dans la région occidentale. Il y en a encore plus à l’est. Là-bas, peut-être qu’une personne sur vingt est un Alto. »
Et pourtant, malgré leur nombre, il n’y avait aucun chevalier alto. Cela signifiait que la barrière pour accéder aux hautes sphères était bien plus difficile à franchir qu’il n’y paraissait. En chemin, Shan remarqua une chose étrange : Roden avait dépassé plusieurs auberges qui avaient pourtant l’air correctes. Finalement, il s’arrêta devant une demeure située dans la ville.
« Où sommes-nous ? »
Shan contempla les hautes murailles et les statues, les yeux écarquillés.
« C’est la demeure d’une de mes connaissances. C’est plus confortable qu’une auberge, et je pourrai me renseigner sur ce qui s’est passé pendant mon absence. »
Après qu’ils eurent frappé au portail, un domestique jeta un regard prudent dehors. À la vue de l’imposante silhouette de Roden, il sursauta.
« Qui êtes-vous ? »
« Dites à monsieur Poirve que Roden Weavers est arrivé. »
« Weavers… ? V-Veuillez patienter un instant ! »
Le domestique se précipita à l’intérieur, stupéfait. Une minute plus tard, un homme d’âge mûr accourut, à peine vêtu correctement. Et il s’adressa à Roden d’une façon à laquelle Shan ne s’attendait pas du tout.
« Jeune maître ! Où étiez-vous passé tout ce temps ?! »
« Partir à l’aventure, c’est le propre des jeunes, mon oncle. »
Roden répondit avec un sourire espiègle, bien de son âge. L’homme soupira, incrédule, avant de rire.
« Savez-vous à quel point votre père s’est inquiété ? Tous les trois jours, je reçois une lettre me demandant de le prévenir immédiatement si vous réapparaissez. »
« Dites aux autres que je suis désolé aussi. »
« Mais non, mais non ! Nous devons trop à votre père pour nous plaindre. Au fait… »
Ce n’est qu’à cet instant que l’homme remarqua Shan, qui se tenait derrière Roden.
« Au fait, je ne vous ai pas présentés. Shan, voici monsieur Poirve Cologia. Il contrôle le commerce des bijoux à Ovilos », expliqua Roden en haussant les épaules.
« Vous me flattez. Je ne fais que tenir une petite boutique grâce à la générosité de votre père. »
Poirve observa Shan avec curiosité.
« Et voici Shan, celui qui m’a fait renoncer à mon rêve de devenir chevalier. »
« …Renoncer à votre rêve ? »
En tant qu’homme le plus proche de Kalion, Poirve savait à quel point Roden avait longtemps aspiré à devenir chevalier. Il était même parti de chez lui en cachette pour réaliser son rêve. Pourtant, étrangement, Roden ne semblait pas en vouloir à Shan. Perplexe, Poirve les invita à entrer. Dès qu’il pénétra dans la demeure, Shan en resta bouche bée.
« Waouh… »
L’extérieur à lui seul était splendide. Il y avait des dizaines de fenêtres vitrées, alors que la plupart des maisons les remplaçaient par du bois. Les murs étaient faits de pierre et de poutres finement polies. Shan comprit alors pourquoi Roden avait préféré cet endroit à une auberge.
À l’intérieur, le salon de réception était tout aussi luxueux. Une servante à la tenue impeccable leur servit du thé ; on se serait cru dans la demeure d’un noble. Shan souffla prudemment sur le liquide brûlant et en prit une gorgée, avant de grimacer.
« C’est amer. »
« Tu devrais t’habituer à ce genre de choses. On attend des chevaliers qu’ils aient un peu de raffinement. Pas autant que les nobles, mais quand même. »
En voyant Roden traiter Shan presque comme un petit frère, Poirve devint encore plus curieux. Roden lui raconta tout : sa peur des lames, sa frustration, sa fuite irréfléchie et, pour finir, le garçon monstrueux qu’il avait rencontré dans un village reculé.
Poirve en resta bouche bée en apprenant que le garçon avait massacré plus d’une douzaine de mercenaires d’élite sans avoir reçu le moindre entraînement digne de ce nom. Lorsque Roden évoqua la survie de Shan à son affrontement contre Fional, la Lance Noire, Poirve en perdit momentanément toute contenance.
« G-Grande Déesse… C’est… »
« Difficile à croire tant qu’on ne l’a pas vu de ses propres yeux, pas vrai ? J’ai ressenti la même chose. Mais je l’ai assez vu à l’œuvre pour savoir que ce monde regorge de talents qui défient la raison », affirma Roden avec conviction.
Roden exprima son opinion sans la moindre hésitation. Selon lui, lorsque Shan serait adulte, même le marquis Abel, le chevalier le plus fort de Pendia, ne ferait pas le poids face à lui. Il insista : c’était l’occasion de soutenir le plus grand chevalier de l’histoire alors qu’il était encore jeune. Poirve l’écouta, partagé.
« Si quelqu’un d’autre me racontait ça, je le prendrais pour un fou… mais venant de vous, jeune maître, je ne peux pas balayer cette histoire d’un revers de main. »
« Je compte le présenter à mon père quand nous arriverons dans la capitale. Je ne peux pas le soutenir correctement tout seul. »
Un chevalier avait besoin d’une armure, d’armes et d’un beau cheval de guerre. Un équipement enchanté ou béni dépassait de loin les moyens de Roden. Et surtout, Shan devait recevoir un véritable entraînement auprès d’un maître, apprendre le combat comme les bonnes manières des nobles.
Il devait aussi nouer des liens avec de jeunes nobles et de futurs chevaliers prometteurs. Pour qu’un Alto devienne chevalier, un talent écrasant était certes indispensable, mais d’autres conditions devaient aussi être réunies. Poirve, qui avait écouté en silence, poussa un grognement sourd.
« Je vous crois, mais je ne sais pas comment votre père réagira. Comme vous le savez, il ne se fie qu’à ce qu’il voit de ses propres yeux », dit Poirve en hochant lentement la tête.
« Oui… Il disait toujours : “Juge tout par toi-même. Ne te fie pas à l’opinion des autres.” » Roden fronça légèrement les sourcils en répétant la devise préférée de son père.
Il avait quelques idées pour convaincre son père, mais n’avait pas encore arrêté son choix. À cet instant, Shan, qui sirotait tranquillement son thé, prit la parole.
« Il y a un monstre puissant dans les environs ? »
« …Un monstre puissant, tu dis ? »
« Oui. Quelque chose qui ferait dire à ton père : “C’est incroyable ! Je dois soutenir ce garçon.” »
« Shan, c’est… »
« C’est toi qui l’as dit, Roden. À Pendia, les gens respectent ceux qui terrassent des monstres puissants. Je ne veux pas de la charité de ton père. Je veux son respect. »
Shan regarda Roden droit dans les yeux, le regard limpide et vert. À cette vue, Poirve éclata de rire.
« Il n’a pas que du talent. Ce garçon a des convictions. Il est vraiment remarquable. »
D’après ce que Roden venait de lui raconter, le garçon avait dû vivre dans des conditions très difficiles. Pourtant, malgré une enfance sans véritable éducation, Shan faisait preuve d’une indépendance remarquable. La plupart des enfants se seraient entièrement reposés sur quelqu’un comme Roden. Shan, lui, avait choisi sa propre voie. Et justement, un problème idéal se trouvait dans les environs. Après un instant de réflexion, Poirve prit la parole :
« Il y a effectivement un monstre redoutable près de la ville… Connais-tu les trolls ? »