Chapitre 30
Debout devant le grand miroir de ma chambre, j'ajustai mon blazer et ma chemise, puis j'admirai mon reflet, étonnamment séduisant. Avec mon long manteau noir à col en fourrure par-dessus un costume sombre ajusté, j'avais vraiment l'air d'un authentique aristocrate.
Souriant bêtement devant mon propre reflet, je me tournai vers Aika, qui se prélassait nonchalamment sur le canapé, et je lui demandai : « Comment je suis ? »
Aika afficha une expression parfaitement neutre, dénuée de la moindre impression, puis répondit : « Tu ressembles à une poule de Cornouailles. »
Soudain, ma confiance s'effondra. Je grimaçai, puis fis volte-face. « Eh bien, cette poule de Cornouailles s'en va. Tu viens ? »
Aika secoua la tête. « Sûrement pas. Je n'aime pas ce genre de rassemblements avec trop de monde. »
Elle s'enfonça davantage dans le canapé et reprit la lecture du roman à l'eau de rose qu'elle tenait en main, un livre qu'elle avait dérobé à la bibliothèque.
Je me pinçai l'arête du nez, soupirai, puis me retournai. « On se voit plus tard. »
Je sortis de la chambre et me dirigeai vers le hall où la fête battait son plein.
Il me fallut un certain temps pour atteindre le vaste lieu de réception, situé à la périphérie de l'académie, au milieu d'un groupe de villas.
Dès que j'atteignis l'entrée, un homme aux cheveux noirs impeccables, faisant office de majordome, m'accueillit et me guida jusqu'à la grande salle, après quoi une annonce retentit immédiatement :
« Le premier fils de la Baronnie des Martini et cadet de première année : Cedric Anele Martini ! »
Je n'eus pas le temps d'observer la salle, car juste après cette annonce, de nombreuses personnes se tournèrent pour me regarder.
« Passez une agréable soirée. »
Je me tournai vers le majordome qui venait de parler, puis, tandis qu'il s'éloignait, je fis face à la foule qui m'observait.
Tous les cadets de toutes les classes étaient présents, et je pouvais même apercevoir la plupart des instructeurs dans leurs tenues de nobles.
Ignorant les regards, je commençai à me frayer un chemin à travers la foule vers une section plus isolée. Même par-dessus la musique, je pouvais clairement entendre les murmures discrets et spéculatifs des cadets plus âgés à mon passage :
« C'est lui, le cadet de première année qui est sans Lien ? »
« Tu n'as pas entendu ? La rumeur dit qu'il a un Lien. Certains de ses camarades disent qu'il s'est manifesté tard, d'autres qu'il l'a toujours eu. »
« J'ai entendu dire qu'il n'avait pas toute sa tête. Il paraît qu'il a tranché le bras d'un camarade lors d'un duel. »
« Purée, c'est trop stylé. »
« Je sais. Et il est beau. C'est tout à fait mon genre. »
Il me fallut une sacrée volonté pour réprimer l'envie de sourire et garder mon calme après ce dernier commentaire.
Je jetai un coup d'œil du coin de l'œil pour voir la beauté qui avait lâché cette remarque, mais en constatant qu'elle n'était pas si impressionnante visuellement, je détournai rapidement le regard, déçu, et haussai les épaules intérieurement.
En atteignant le coin de la salle, un serveur s'approcha avec une coupe de champagne que je pris poliment avant de commencer à boire.
Maintenant que j'étais bien installé, je scrutai la salle. Certains dansaient sous les grands lustres en cristal, qui projetaient une lueur élégante sur le sol en marbre poli et le plafond voûté orné. D'autres restaient en groupes, discutant avec leurs pairs nobles, tandis que quelques-uns, comme moi, se tenaient à l'écart dans les coins, observant le reste de l'assemblée.
Mon regard se posa sur une belle dame qui discutait avec un autre noble, à une certaine distance de moi. C'était la Doyenne, vêtue d'une robe noire fluide, tenant une grosse sucette à la main.
En la regardant, je ne pus m'empêcher de frissonner.
La dernière fois que nous nous étions rencontrés, son Lien avait réussi, je ne sais comment, à découvrir que j'essayais de lire ses informations en utilisant mes Privilèges de Joueur.
Je me demandais comment c'était possible, car je savais pertinemment qu'à part mon Lien, personne ne pouvait voir mon écran d'interface.
Avait-elle une intuition ?
Possédait-elle une capacité unique à détecter mes tentatives d'analyse ?
Ou était-ce quelque chose que les gens remarquaient simplement lorsqu'ils atteignaient un palier de puissance supérieur ?
Je n'en étais pas sûr...
Mais alors que j'étais perdu dans mes pensées, une main fine se tendit vers moi, accompagnée d'une voix timide.
« Voulez-vous danser avec moi ? »
Je levai les yeux pour voir Audrey dans une magnifique robe verte.
« Elle veut danser avec moi ? Pourquoi ? Je ne sais pas danser. »
Non, c'est plutôt que je suis juste maladroit avec ce genre de choses.
J'hésitai un instant, mais elle ajouta d'une voix douce et suppliante : « C'est notre première danse. Mais ce pourrait aussi être la dernière. Alors j'aimerais au moins profiter de ce moment. »
En la regardant, je voyais qu'elle faisait de gros efforts pour paraître confiante. Je finis par tendre la main pour prendre la sienne, et nous nous dirigeâmes vers la piste.
Elle posa sa main sur mon épaule, tandis que je plaçais précautionneusement la mienne sur le bas de son dos. En quelques secondes, nous nous balancions maladroitement au rythme de la douce valse, tentant de trouver une cadence.
Durant tout ce temps, ses yeux ne croisèrent pas les miens une seule fois, et je remarquai qu'elle était tendue, comme quelqu'un qui a beaucoup de soucis en tête.
« Dois-je lui demander ? Serait-ce inapproprié ? »
Après un bref silence, je soupirai et décidai de me lancer.
« Ça va ? Tu as l'air d'avoir beaucoup de choses en tête. »
Audrey finit par me regarder et répondit d'une voix basse : « J'ai peur. »
« Hein ? »
Elle déglutit avec difficulté. « Et si nous ne revenions pas ? Et si... » Son regard retomba. « Et si nous finissions morts ? »
« Oh... c'est donc ça qui la tourmente ? »
Eh bien, à vrai dire, j'avais peur moi aussi.
Allais-je revenir ?
Allions-nous revenir ?
Je n'en savais rien.
Alors, je décidai simplement de la réconforter en mentant pour gagner des points de Karma.
« Ne t'en fais pas trop pour ça », dis-je en croisant son regard avec une assurance que je ne ressentais pas. « Nous ne mourrons pas. Nous reviendrons tous... vivants. »
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[Points de Karma disponibles : 2 345]