Chapitre 262
L'atmosphère lugubre de la cité engloutie restait la même, même au lendemain. Cependant, une chose changeait constamment : la tension, qui ne cessait de croître à chaque jour qui passait.
À seulement deux jours de la bataille, l'ambiance devenait vraiment étouffante.
...À présent, la majorité des cadets ne s'entraînaient plus à leurs techniques physiques, mais passaient leur temps à puiser dans le mana pour agrandir leurs cœurs.
Ceux de l'élément feu passaient leur temps autour de gigantesques feux de camp communs, tandis que ceux de l'élément eau restaient près de la petite rivière à la périphérie de la ville.
Les éléments vent et terre ne peinaient pas trop, car ils étaient presque toujours dans leur élément, et les Dominants de l'élément ténèbres étaient encore mieux lotis, la nuit éternelle de la cité agissant comme une source constante de puissance pour eux.
Quant aux Dominants de l'élément lumière, c'était eux qui s'en sortaient le moins bien. Ils devaient faire preuve d'ingéniosité ne serait-ce que pour remplir leurs cœurs de mana. Certains rejoignaient les Dominants du feu autour des flammes, mais contrairement à ces derniers qui puisaient le mana de la chaleur, ils puisaient le leur de la luminosité.
Le problème était que la lumière émise par les flammes ne fournissait que de minuscules parcelles de mana... même pas dix pour cent de la capacité de leur cœur.
Ils pouvaient seulement espérer remplir leurs cœurs et les maintenir à niveau. Ils ne pouvaient même pas envisager de développer leurs cœurs de mana comme leurs pairs, car cela relevait de l'impossible.
Il y avait cependant quelques riches Dominants de la lumière qui possédaient ce qu'on appelait de la « Lumière solaire en bouteille ». Il s'agissait de petits cristaux en forme de flacons qui, lorsqu'on les secouait, produisaient assez de lumière pour éclairer une pièce. Seuls les plus fortunés parmi les Dominants en possédaient, car la lumière solaire en bouteille coûtait une fortune en or dans les Empires.
De plus, ces lumières solaires perdaient lentement leur efficacité à mesure que l'énergie stockée était consommée. Avec le temps, beaucoup se retrouvaient à devoir en utiliser plus d'une.
Quoi qu'il en soit, la cité engloutie était étrangement silencieuse. Sans les échos des forgerons au travail, on aurait pu croire la ville complètement déserte.
Par ailleurs, de nombreux cadets ne s'entraînaient plus à la magie, devant préserver leur mana. Pour cette raison, la palestre n'accueillait que quelques Dominants à l'heure du duel entre les invocations.
***
Parmi les personnes présentes à la Palestre se trouvaient la princesse Aurora et quelques membres de son groupe qui s'entraînaient encore à leurs compétences physiques. Tout le groupe de Cedric était là aussi.
Enfin, à l'exception de Cedric, qui était toujours en train de puiser du mana dans sa chambre et avait complètement perdu la notion du temps.
« Tu crois qu'il se dégonfle ? » demanda Alicia, assise sur un banc de pierre à côté de Leon. Elle venait de terminer un entraînement au combat avec Leon et s'essuyait le front avec un petit chiffon.
« Cedric ? » ricana Leon. « Non. Il a sûrement quelque chose qui le retient. »
Il tendit la main vers le sol, là où reposait son sac. Après l'avoir ramassé, il y plongea la main et en sortit une plume. Il la fit tournoyer entre ses doigts, puis prononça son nom : « Bale. »
La plume se transforma en un corbeau qui le fixa d'un air irrité, exactement comme Cedric l'aurait fait. Puis, il expira un petit souffle d'air et détourna le regard de Leon.
Leon gloussa devant le comportement de l'oiseau. « Où est ton patron ? »
Le corbeau ne répondit pas, mais il commença à appeler mentalement Cedric.
Peu après, l'oiseau battit des ailes vers l'arrière et, lorsqu'il s'envola des doigts de Leon, il se métamorphosa en Cedric, debout devant eux avec une plume à la main. Il portait une longue robe sombre et légère qui pendait négligemment sur ses épaules, laissant encore son torse nu, car c'était tout ce qu'il avait pu enfiler après avoir été tiré de sa méditation profonde.
« Je savais que tu ne te dégonflerais pas », dit Leon en se levant et en tendant la main pour récupérer la plume dans celle de Cedric.
Cedric sourit, regarda Alicia et lui fit un signe de tête en guise de salutation. Lorsqu'elle répondit par un signe, il se tourna vers Leon et ajouta : « Pourquoi raterais-je l'occasion de gagner deux cent cinquante pièces d'or ? »
Leon éclata de rire, et ils commencèrent à marcher côte à côte, s'arrêtant finalement à quelques mètres du bord de l'arène.
Alors, le tatouage sur la peau de Leon commença à briller d'un éclat doré. Tandis que la silhouette d'une femme commençait à se manifester dans la lumière, Leon déclara avec fierté : « Uriel sera le juge de ce duel. »
À cet instant, la forme d'Uriel se matérialisa complètement, puis elle adressa un léger signe de tête à Cedric.
Cedric lui rendit son salut, mais Leon lui donna une tape sur l'épaule. « Prêt ? »
« Ouais », répondit Cedric en retirant la main de Leon et en la repoussant.
Leon eut un sourire en coin et lui donna une nouvelle tape sur l'épaule, ce qui fit soupirer Cedric, exaspéré, tandis qu'il levait les yeux au ciel. Ignorant son irritation, Leon tendit la main gauche, écartant les doigts dans les airs.
À ce moment-là, un anneau doré commença à apparaître sur le doigt de Leon. L'anneau était gravé de mots que Cedric ne pouvait pas lire, mais il n'en avait pas besoin. Il savait déjà ce qu'ils disaient :
[Seigneur des Architectes Rétributifs]
Leon referma ses doigts, ne laissant que son index pointé vers l'espace vide à quelques mètres de lui. Puis, ses yeux passèrent du vert à l'or et, soudain, l'espace se fractura et une faille dorée commença à apparaître devant eux.
En regardant la faille pulsante prendre forme, pour une raison inconnue, Cedric se souvint soudain des ponts rouge et bleu. Cette faille ressemblait étrangement aux ponts, à la seule différence qu'elle était plus petite et dorée.
Se pourrait-il que les ponts et leurs failles d'invocation soient de nature similaire ?
Il réfléchissait encore à cette possibilité lorsque Leon parla d'un ton autoritaire : « Viens, Goldie ! »
« Goldie ? » Cedric haussa un sourcil. « Est-ce moi, ou tous les protagonistes ont-ils vraiment un don pour les noms ridicules ? »
À cet instant, le pied d'une créature émergea de la faille dorée, suivi du reste de son corps.
« C'est encore plus beau en vrai », pensa Cedric en observant la forme de la créature.
C'était une créature humanoïde qui ressemblait à un magnifique ange blanc. Elle avait deux grandes ailes plumeuses dans le dos et une expression calme et détachée sur le visage. Ses cheveux étaient blancs, ses cils blancs, et même ses yeux étaient blancs. Elle était vêtue d'une robe dorée fluide avec des manches transparentes, semblables à de la soie.
Deux cornes semblables à celles d'un cerf jaillissaient de ses tempes, se courbant élégamment vers le ciel, et elle avait également des oreilles pointues qui rappelaient celles d'un cerf.
Lorsque la créature fut entièrement sortie, la faille disparut comme si elle n'avait jamais existé.
Goldie fit un pas en avant, puis s'inclina profondément devant son seigneur.
Leon sourit et commença à donner un ordre à la créature dans la langue maternelle de son sanctuaire. Une fois terminé, Goldie se redressa et commença à marcher vers le centre de l'arène.
À ce moment-là, Cedric expira et des volutes de fumée verte et noire commencèrent à s'enrouler avidement autour de son doigt, après quoi un lourd anneau d'obsidienne apparut.
Il pointa ensuite l'espace devant eux et, comme précédemment, l'air se fractura et une faille commença à se former.
La faille noire pulsa en s'étendant jusqu'à la hauteur d'un homme, déversant des ombres sombres sur le sol de pierre. Puis Cedric appela calmement : « Viens, Athena. »
En réponse, la magnifique haute elfe sortit de la faille dans toute sa splendeur royale. Elle scruta l'arène d'un regard perçant, puis fit un pas vers son seigneur avant de s'agenouiller gracieusement.
La voix de Cedric devint alors autoritaire lorsqu'il parla dans la langue maternelle de son sanctuaire intérieur : « Je crois que ta haute maîtresse a dû t'informer de ce que ce combat représente pour moi. »
Évitant toujours son regard, elle répondit d'une voix douce comme la soie : « Oui, mon seigneur. » Elle finit par lever la tête, ses yeux brûlant d'une loyauté féroce et inébranlable. « Je jure sur la vie que vous m'avez donnée. Je ne vous décevrai pas. »
Cedric sourit. Puis, en pointant le centre de l'arène, il dit : « Ton adversaire sera cette créature ailée là-bas. »
Athena tourna la tête, puis plissa les yeux en jaugeant l'ange. Un sourire froid et tranchant étira ses lèvres alors qu'elle se relevait, puis elle serra plus fort la garde de sa lame.
Elle commença alors à marcher vers la créature, s'arrêtant finalement en face d'elle. Puis, lentement, elle tira sa lame de son fourreau et la pointa vers la créature.
Il n'y avait aucune peur dans ses yeux, seulement une détermination qui ne visait rien de moins que la victoire absolue.