Chapitre 240
« Princesse ? »
Celeste laissa échapper une exclamation de surprise alors qu’elle et Cedric ralentissaient leurs chevaux, s’arrêtant devant la magnifique princesse.
La princesse, vêtue d’une cape noire, parut tout aussi surprise de les voir. Elle leva la main pour rabattre sa capuche et s’écria : « Celeste ? » Ses yeux se posèrent sur Cedric. « Cedric ? Que faites-vous ici ? »
Au début, les deux jeunes filles se dévisagèrent, les yeux écarquillés par l’incrédulité. Mais contrairement à elles, Cedric n’était pas vraiment surpris de voir la princesse. Il l’avait vue quitter la ville un peu plus tôt grâce aux yeux de l’un de ses nombreux corbeaux. Alors, plutôt que de s’étonner, il était curieux.
Que pouvait bien chercher la princesse dans un endroit pareil ?
Au lieu de répondre à sa question, il profita de leur stupeur pour demander : « Ah... que faites-vous toute seule si loin d’ici, Princesse ? »
Il jeta un coup d’œil autour de lui tout en parlant, comme pour vérifier si l’un de ses chevaliers l’accompagnait pour la protéger.
La princesse Aurora sortit de sa torpeur initiale et parut un peu penaude après sa question.
« Euh... ça... » Elle sembla peser le pour et le contre, mais après quelques secondes, elle soupira et son expression assurée revint. Elle se redressa et déclara : « Je suis sur le point de remplir les conditions pour mon évolution, alors je suis sortie pour voir si je pouvais y parvenir en tuant quelques-uns de ces monstres à trois visages au nord. »
« Quoi ? Toute seule ? » Celeste parut encore plus choquée.
Aurora ajusta l’ourlet de sa cape, puis hocha la tête avec grâce. « Oui. Je ne voulais mettre aucun de mes hommes en danger, alors je suis venue seule. » Elle fit alterner son regard entre les deux frères et sœurs. « Et vous ? Que faites-vous ici ? »
« Il semble que nous ayons le même objectif, Princesse », répondit Cedric avec un sourire. « En réalité, nous sommes venus voir si nous pouvions également remplir cette condition. »
« Vraiment ? » Le masque de sang-froid d’Aurora sembla se fissurer une seconde et un sourire radieux menaça d’apparaître, mais elle le réprima rapidement.
Elle changea alors d’appui, passant d’un pied sur l’autre. Elle joua avec l’agrafe de sa cape, jetant un coup d’œil vers eux sous ses longs cils avant de détourner rapidement le regard.
Voyant la princesse s’agiter de cette manière maladroite, Cedric l’invita en connaissance de cause : « Si vous voulez, nous pouvons faire équipe, Princesse. Trois valent mieux que deux, après tout. »
La princesse laissa échapper un petit souffle de soulagement qu’elle tenta de faire passer pour un soupir décontracté. Elle hocha alors la tête : « Je veux bien. »
Cedric fit un geste vers sa sœur. « Au fait, ce cheval était pour vous », dit-il en désignant la monture de Celeste.
Aurora sourit : « Merci. J’accepte avec plaisir. »
Elle s’apprêtait à faire un pas quand elle réfléchit soudain à la façon dont il avait formulé sa phrase. Son regard, qui s’élargit, remonta lentement vers le ciel, et lorsqu’elle aperçut un corbeau haut perché, elle expira et se dirigea vers le cheval en marmonnant dans sa barbe : « C’est donc pour ça que j’avais l’impression d’être observée. »
Celeste tendit la main pour l’aider à monter en selle derrière elle. Puis, avec Cedric en tête, ils s’enfoncèrent tous les trois plus profondément dans les marécages humides. Cependant, les chevaux ne galopaient plus, ils avançaient à un rythme lent.
Pendant un long moment, un silence gêné s’installa, puis Aurora décida de le rompre.
« Merci, Cedric. »
Cedric se tourna vers elle et lui lança un regard interrogateur, un sourcil levé. Elle ne le regarda pas, gardant les yeux fixés sur la brume mouvante devant eux. « Je viens de réaliser que je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de te remercier correctement. Tu as donné une seconde chance à beaucoup de cadets. Je ne connais pas le prix que tu as dû payer pour cela, mais j’imagine qu’il doit être assez élevé... »
Elle fit une pause, pensive. Le bruit des chevaux éclaboussant la boue était la seule chose qui remplissait le silence. Puis, après quelques secondes, elle reprit : « De plus, je ne sais pas comment tu as réussi à conclure un marché avec les hollow dominants. Mais... » elle finit par le regarder, « grâce à toi, nous avons enfin une chance de défier les Seigneurs. Alors... merci, Cedric. Je te dois une dette de reconnaissance. »
’Ah... une dette de reconnaissance. Eh bien, sache que je collectionne toutes mes dettes’, pensa Cedric en la fixant sans rien dire. Il imaginait déjà l’or et le statut qu’il pourrait tirer d’une dette de reconnaissance royale.
’Je peux pratiquement goûter l’or... beaucoup de bel, bel... or brillant.’
Finalement, il détourna le regard et dit solennellement : « N’en parlons plus. Mon seul souhait est que nous rentrions tous sains et saufs dans l’Empire. »
Les yeux d’Aurora s’adoucirent, paraissant sincèrement touchée par ses paroles apparemment désintéressées. Elle le regarda avec encore plus de respect, l’imaginant probablement comme un héros tragique qui ne se souciait que du bien-être des siens.
En réalité, Cedric se frottait mentalement les mains et n’en avait pas grand-chose à faire de tout ce qui n’était pas lié à son propre bien-être.
***
Les chevaux reprirent leur galop effréné à travers le marécage brumeux aux reflets verdâtres, et leurs sabots soulevèrent des gerbes d’eau boueuse.
Comme les chevaux ne semblaient pas se fatiguer, ils gardèrent la même allure toute la nuit, et au matin, la brume s’éclaircit et la teinte verdâtre de l’atmosphère commença à s’estomper pour laisser place à un gris froid et pâle.
À mesure qu’ils avançaient, les rayons du soleil commencèrent à percer le ciel lourdement couvert et le sol marécageux céda progressivement la place à une terre rocheuse et dure.
Puis, après quelque temps, les trois cadets sortirent du marécage brumeux pour déboucher sur un paysage rocheux brun. Presque aussitôt, Cedric fit un signe et, avec Celeste, ils stoppèrent leurs chevaux. Cedric fut le premier à mettre pied à terre, suivi par Celeste et Aurora. Ils se regardèrent brièvement, puis Cedric prit la parole : « Les Terres désolées de Stone-Crag sont à quelques kilomètres d’ici. Nous allons nous arrêter un moment pour nous reposer et nous préparer. Ensuite, nous finirons le trajet à pied. »
Celeste hocha la tête, imitée quelques secondes plus tard par Aurora. Cette dernière retira sa lourde cape maculée de boue, révélant les vêtements de voyage simples et résistants qu’elle portait en dessous. Sa tenue se composait d’une tunique à manches longues et col haut en lin gris épais, ainsi que d’un pantalon robuste.
Elle drapa sa cape sur la selle et prit une longue inspiration de l’air froid et sec, sentant la fatigue de la nuit s’installer enfin dans ses muscles.
Pendant ce temps, Cedric scrutait les environs. De petites parcelles d’herbe clairsemée luttaient pour trouver une place dans les fissures de la pierre blanchie par le soleil qui jonchait ce vaste paysage.
Au loin, il pouvait voir le début d’un labyrinthe vertical de hautes roches. Les flèches rocheuses jaillissaient du sol comme des dents tordues, marquant la frontière accidentée où le paysage ouvert prenait fin et où commençaient les Terres désolées de Stone-Crag.