Chapitre 239
Moins d'une minute plus tard, Celeste sortit, vêtue d'une chemise et d'un pantalon verts. La chemise était fermement rentrée dans son pantalon, maintenue par une ceinture en cuir qui épousait parfaitement sa silhouette élancée. À ses pieds, elle portait des bottes robustes montant jusqu'au mollet qu'elle avait pris quelques secondes de plus pour lacer serré. Quant à ses cheveux, elle les avait attachés en un chignon, bien que quelques mèches rebelles et vibrantes encadrent encore son beau visage.
Dans son dos pendait sa besace brune, et son furet se reposait confortablement sur son épaule.
Cedric, qui était appuyé contre le mur, l'observa brièvement. Il était vêtu d'une chemise noire rentrée dans un pantalon anthracite et de bottes hautes, le tout surmonté d'un grand manteau noir et d'une casquette gavroche sombre. Dans sa main, il tenait une longue pipe en bois brun dont il tirait régulièrement une bouffée.
Il leva les yeux lorsqu'elle s'approcha, le bord de sa casquette projetant une légère ombre sur son regard. Il la vit secouer la tête de manière erratique, tout en marmonnant quelque chose dans sa barbe alors qu'elle fermait la porte de sa chambre.
Elle affichait une expression agacée, mais celle-ci disparut lorsqu'elle se tourna vers Cedric. Elle plaça ses deux mains derrière son dos, fit un pas en avant en se penchant vers lui et déclara : « Je suis prête. »
Cedric hocha lentement la tête, puis se décolla du mur.
Alors qu'ils commençaient à marcher, il put voir du coin de l'œil que Celeste le regardait avec interrogation. Il expulsa un nuage de fumée et lança froidement : « Accouche. »
Celeste fronça les sourcils en agitant la main pour dissiper l'air. « Depuis quand as-tu commencé à fumer ? »
Cedric retira lentement la pipe de sa bouche. Il fixa le vide un instant, ses yeux se voilant comme s'il revivait une horreur profondément ancrée.
« Depuis que les cauchemars ont commencé », répondit-il solennellement. « Ceux où je sprinte à travers tout l'empire, poursuivi par une centaine de femmes plus hideuses et terrifiantes les unes que les autres. Elles n'essayaient pas de me tuer, Celeste. Elles essayaient de... m'épouser. »
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« Hein ? » Celeste haussa un sourcil, la bouche légèrement entrouverte. Elle semblait avoir une douzaine de questions à poser, mais l'absurdité totale de sa réponse semblait avoir court-circuité son cerveau.
Cedric secoua la tête, puis claqua la langue comme un homme vaincu. Il prit une nouvelle bouffée lente et mélancolique, ressemblant trait pour trait à quelqu'un qui en avait trop vu. « Les voiles de dentelle... Je peux encore entendre le bruissement de la dentelle. » Ses yeux s'agrandirent légèrement. « Et les cloches de l'église. »
Il posa une main sur son cœur et, tout en écartant lentement les doigts comme pour repousser un fantôme, il ajouta avec un désespoir encore plus théâtral : « Oh... l'horreur. Peux-tu imaginer le... »
« D'accord, ça suffit. » Celeste saisit sa main, interrompant son geste dramatique. À ce stade, elle en avait vraiment assez de ses cauchemars.
La dernière fois, c'étaient des hommes obèses ailés qui tombaient du ciel.
« S'il te plaît. Ça suffit », ajouta-t-elle, sa voix mêlant épuisement et appel à la raison.
« Tsk. » Cedric détourna le regard et tira une longue bouffée de sa pipe.
« Seulement cinq points de Karma », pensa-t-il avec une expression amèrement déçue.
Voyant son visage sombre, Celeste tenta de le réconforter en lui tapotant le bras, puis elle dit : « Je prierai pour toi. Je pense qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez toi. Alors je prierai les dieux de t'aider. »
En entendant cela, Cedric manqua de se brûler la langue en s'étouffant avec une bouffée de fumée.
« Hé ! Il n'y a rien qui ne va pas chez moi. Je te dis qu'il doit y avoir une raison derrière tous mes rêves ! Je suis un prophète, tu sais. »
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À ce stade, Celeste ne dit plus rien et se contenta de le regarder avec une expression inquiète.
Un instant plus tard, les deux frères et sœurs arrivèrent à l'une des écuries du château. C'était un long hall voûté soutenu par d'épais piliers de pierre. Devant, un hollow dominant était agenouillé près d'un abreuvoir en pierre, aiguisant une longue lame de pansage sur une pierre à aiguiser. Le shrrp-shrrp rythmé du métal était le seul son dans la pièce caverneuse jusqu'à ce que les ombres des deux jeunes gens tombent sur l'entrée.
Le hollow dominant s'arrêta et inclina la tête selon un angle contre-nature pour les regarder. Puis, il dit d'une voix grinçante : « Cedric. Tu veux un cheval ? »
Cedric se tourna pour regarder vaguement en direction de la sortie de la ville, puis il se tourna vers le hollow dominant et ajusta sa casquette avant de répondre : « J'en ai besoin de deux, en fait. »
Le hollow dominant tourna ses yeux sombres et enfoncés vers Celeste pendant un moment, l'étudiant d'un regard persistant et vide. Puis, il se leva dans un mouvement rigide et saccadé et, sans rien dire de plus, les guida plus profondément dans l'écurie voûtée.
Cedric regarda les rangées de stalles en pierre. Chaque cheval dans la file était une vision menaçante, possédant des yeux rouges luisants et une peau qui scintillait comme de l'argent poli.
En les étudiant, il ne put s'empêcher de se demander si tous les animaux de cette ville avaient également été ramenés sous forme de créatures métalliques par la déesse. Jusqu'à présent, il n'avait vu que des chevaux. Qu'en était-il des autres ?
Le hollow dominant s'arrêta devant deux grandes stalles aux barreaux de fer. Puis il regarda les deux chevaux et dit : « Sages. »
En réponse, les chevaux sifflèrent en reculant dans l'ombre de leurs stalles.
Il se tourna ensuite vers Cedric et Celeste, fit un signe de tête imperceptible, puis s'éloigna pour reprendre son aiguisage rythmé de la lame de pansage sur l'abreuvoir.
Cedric rangea sa pipe, se tourna vers Celeste, puis fit un geste vers les stalles. « Viens. »
« Tu es sûr que c'est sans danger ? » demanda-t-elle avec une expression dubitative.
Cedric sourit et s'avança vers la première stalle, apparemment nullement dérangé par la réaction hostile du cheval. Il tendit la main, tapota l'animal, puis la regarda et dit : « Ouais. »
En voyant cela, Celeste s'avança vers la seconde stalle. Bien que le cheval garde ses yeux rouges fixés sur elle, il ne bougea pas et ne chercha pas à mordre sa main.
Les deux frères et sœurs montèrent sur les chevaux. Puis Cedric fit avancer sa monture vers la sortie, suivi de près par Celeste qui serrait fermement ses rênes.
Alors que les chevaux se mettaient à trotter régulièrement à travers la ville, Cedric murmura doucement dans le vent de la nuit : « Viens, Aika. »
...Au-dessus du toit du donjon, Aika, qui était toujours en train d'absorber du mana les yeux fermés, les ouvrit. Elle expulsa un filet de fumée verte, puis se leva et, alors qu'elle commençait à marcher, sa forme se transforma en un corbeau qui s'envola dans le ciel.
Pendant ce temps, les deux frères et sœurs chevauchaient dans un silence tendu jusqu'à ce qu'ils sortent finalement de la ville. Un peu plus tard, ils purent apercevoir l'une des statues de pierre massives qui gardaient le territoire.
Ils ne ralentirent pas, car étant désormais résidents de la cité engloutie, les statues obèses ne leur étaient plus hostiles. Du moins, c'est ce qu'Argentos lui avait dit lorsqu'il avait demandé s'ils risquaient d'être écrasés en essayant de partir.
Pourtant, Cedric aurait menti s'il avait dit ne pas ressentir une pointe de peur à l'approche de la statue. Même Celeste restait très proche de lui, son cheval frôlant presque le sien.
« Tu es sûr qu'elle ne va pas nous attaquer ? » demanda-t-elle, le visage pâle.
Cedric prit un air courageux et répondit : « Elle ne devrait pas. »
Puis, dans ses pensées, il ajouta : « Pas vrai ? »
Lorsqu'ils furent proches, la statue bougea la tête et les verrouilla du regard.
Cedric déglutit et pâlit un peu.
Heureusement, la statue ne bougea pas pour attaquer. Au lieu de cela, elle continua de tourner la tête alors qu'ils passaient sous son ombre massive et arrondie.
Une fois à une distance de sécurité, Cedric expira un souffle qu'il ne savait pas retenir. Il ajusta sa casquette, l'abaissant davantage.
« Tu vois ? » sourit-il. « Je t'avais dit que tout irait bien. »
Celeste jeta un coup d'œil en arrière vers le géant, qui avait maintenant repris sa position stoïque initiale pour garder la frontière. Elle se tourna ensuite vers le chemin devant eux après quelques secondes.
Les minutes passèrent dans le silence alors qu'ils chevauchaient sur le sol pavé jonché de squelettes et de cadavres de créatures.
Lentement, la brume commença à les engloutir à mesure qu'ils s'enfonçaient vers les marais brumeux. L'air devint humide et lourd, portant le léger parfum d'eau stagnante et de pourriture.
Soudain, Celeste ralentit, ce qui força Cedric à faire de même.
« Est-ce que c'est... ? » demanda Celeste en se penchant en avant et en plissant les yeux.
Comme la brume n'était pas encore trop épaisse, ils purent distinguer la silhouette d'une femme qui s'éloignait dans la direction opposée.
Elle était vêtue d'une cape à capuche qui traînait derrière elle, et lorsqu'elle entendit le bruit des chevaux, elle se retourna et les observa à présent.