Chapitre 206
« Cœurs ! »
À peine les mots eurent-ils franchi les lèvres d’Audrey que les quatre hollow ones chancelèrent, frappés soudainement par une force invisible au plus profond de la cavité de leur poitrine.
Peu importait qu’ils soient tournés dans la direction opposée ou qu’ils errent distraitement au loin. Ils ressentirent tous l’impact au même instant. Les expressions vacantes sur leurs visages déformés se muèrent en un mélange discordant de confusion, d’agonie et de choc primal.
Ceux qui arpentaient la place s’arrêtèrent net et vacillèrent en se tournant légèrement vers le temple. Même les sentinelles montant la garde à l’entrée se retournèrent vers la source de cette magie.
Dans ce battement de cœur fait d’hésitation et de douleur, Audrey décocha ses flèches physiques sur les monstres stupéfaits. Quatre traits d’acier sifflèrent dans l’air, jaillissant des ombres du temple pour venir se ficher profondément dans le cœur des quatre créatures.
Tout se déroula en quelques secondes, ne laissant aucun répit aux créatures pour comprendre ou réagir. Et c’est ainsi que les quatre monstres s’effondrèrent au sol, les uns après les autres.
À l’intérieur du temple, Audrey abaissa son arc et se laissa tomber au sol.
Les autres, impressionnés, la fixaient avec admiration. Cependant, ils ne s’attardèrent pas, car la voix d’Aurora retentit soudain : « Allons-y ! »
Elle fut la première à s’élancer, suivie de près par Xavier. Le reste du groupe emboîta rapidement le pas, leurs bottes frappant la pierre alors qu’ils se hâtaient prudemment devant les créatures abattues.
En traversant la place pour se diriger vers la basilique, les cadets restaient aux aguets, scrutant les toits des bâtiments par crainte d’éventuels archers.
Une fois arrivés en sécurité contre le mur de la basilique, ils reprirent leur souffle. Bien que tous connaissent le plan d’évasion, Aurora le répéta à voix basse.
« Écoutez-moi. Conformément au plan, nous devons quitter la ville avec prudence et nous diriger vers les marais brumeux où nous retrouverons le reste des cadets survivants. »
Tous hochèrent la tête en signe d’accord. Puis, Aurora se tourna vers Cedric et demanda poliment : « Comment est la voie de sortie ? »
Cedric, les yeux rivés sur son écran, répondit rapidement : « C’est dégagé. On dirait que la plupart des créatures se sont enfoncées plus profondément dans la ville, y compris celles qui étaient sur les remparts. Si nous empruntons le même itinéraire qu’à l’aller, nous devrions pouvoir sortir sans encombre. »
Aurora hocha la tête, puis, après avoir repris son souffle, elle regarda les autres et murmura : « Que les dieux soient avec nous. »
Tous répondirent d’un ton solennel : « Que les dieux soient avec nous. »
Sur ce, elle fit signe au groupe de la suivre. Ils restèrent accroupis, collés aux ombres des bâtiments, retraçant leurs pas sous la direction de Cedric.
À ce stade, la ville était bruyante ; l’air était empli du fracas lointain des armes et des voix de certains hollow ones qui psalmodiaient dans leur langue étrangère. Les cadets pouvaient même entendre des bruits sourds, comme si des statues géantes marchaient quelque part au loin.
Ignorant ces sons, les cadets avancèrent précipitamment tandis que les minutes s’égrenaient.
Après avoir progressé en silence pendant un moment, Cedric commença à sentir que la fin était proche. Alors même que son cœur martelait sa poitrine, un sentiment de soulagement commença à l’envahir. Non seulement ils avaient réussi à infiltrer la demeure des hollow ones, mais ils avaient détruit le pont rouge et étaient désormais en route vers la sortie. Plus que tout, contre toute attente, il était en vie et n’était pas mort !
« J’espère... »
Il commença à adresser une courte prière à aucun dieu en particulier. Cependant, à cet instant précis, la voix paniquée d’Aika attira son attention.
« C’est quoi ce... »
Il se tourna vers Aika, qui le suivait de près. Elle s’était arrêtée net et fixait un écran devant elle.
« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Cedric en se rapprochant pour jeter un coup d’œil à l’affichage.
Ses yeux s’écarquillèrent alors d’horreur.
« Quoi ? Qu’est-ce que tu as vu ? Dis-le-moi », demanda Aurora désespérément en s’arrêtant à son tour pour se rapprocher de Cedric.
À ce moment-là, tout le monde s’était arrêté et le fixait avec des yeux grands ouverts, emplis d’interrogation.
Ino soupira et jura, sachant pertinemment que chaque fois que Cedric prenait cette expression, cela signifiait qu’une catastrophe était sur le point de se produire.
« Les gars... » commença Cedric en tapant frénétiquement du pied tout en faisant des gestes de la main. « Je crois qu’on va devoir courir. »
« Qu’est-ce que... qu’est-ce que tu... » commença Audrey, mais Cedric la coupa en hurlant de terreur.
« Courez, maintenant ! »
Tout le monde devint livide. Cedric ne les attendit pas. Il attrapa la main d’Aika et se mit à courir aussi vite qu’il le pouvait.
Les autres se regardèrent et, sans perdre une seconde, ils se redressèrent et se mirent à courir à perdre haleine.
Personne ne se souciait plus de rester discret ; ils couraient aveuglément vers l’avant.
« C’est quoi ça ? Pourquoi ? » marmonna Cedric, incrédule, en regardant son écran.
La raison de sa panique était qu’une multitude de points rouges, plus qu’il ne pouvait en compter, se déplaçaient rapidement dans leur direction.
Ce qui le troublait encore plus, c’est qu’au loin, vers l’est, un grand groupe de points bleus en mouvement signalait que d’autres cadets s’échappaient d’un vaste bâtiment ressemblant à une palestre. À quelques mètres de ce groupe, des hollow ones se dirigeaient vers eux. Pourtant, soudainement, ils s’arrêtèrent, firent demi-tour et se joignirent aux autres hollow ones qui fonçaient droit vers sa position.
« Pourquoi viennent-ils par ici ? » pensa-t-il en contournant l’imposant extérieur incurvé d’un amphithéâtre en ruine tout en continuant de courir.
Il ne fallut pas longtemps aux cadets pour atteindre les décombres de la brèche dans le mur d’enceinte.
Alors qu’ils s’en approchaient précipitamment, Xavier ne put contenir son anxiété et demanda d’une voix rauque : « Tu vas devoir nous le dire, Cedric. Qu’est-ce que tu as vu, bon sang ? »
À peine eut-il parlé que le son de chevaux au galop résonna au loin dans les rues étroites.
Certains cadets se retournèrent en courant, se demandant probablement ce qui se passait.
Cedric ne s’arrêta pas et commença à escalader les décombres du mur brisé. Il finit par quitter l’écran des yeux et répondit : « Ils arrivent par ici ! Ils sont tellement nombreux ! Ils arrivent tous par ici ! »
« Quoi ?! » beugla Xavier, manquant de trébucher sur une pierre instable.
« Pourquoi ?! » demanda Aurora en franchissant rapidement les décombres.
« Je ne sais pas ! » répondit Cedric en commençant à gravir la colline. Ce faisant, trois plumes apparurent et se transformèrent en corbeaux, qui s’envolèrent vers le sommet.
Juste derrière lui, Uriel réprima sa panique et plissa les yeux. « Je vais vérifier ce qui se passe, moi aussi. »
Leon, qui courait à ses côtés, la regarda et secoua la tête. « Ne sois pas imprudente ! Tu vas devenir complètement aveugle, Uriel. Tu n’as qu’un seul œil valide pour le moment. »
« Je pourrai assumer ma forme dormante après, Leon. »
« Mais... »
Il parlait encore lorsqu’un œil massif apparut dans le ciel, l’obligeant à lever les yeux, et un froncement de sourcils marqua son visage. L’iris de l’œil géant, visible uniquement par eux deux, pulsait d’une lueur maladive au-dessus de la ville, qu’il scrutait tout entière.
***
Un grand cheval gris sombre et menaçant galopait à travers les rues de la ville. Chaque martèlement lourd de ses sabots soulevait d’épais nuages de suie, et ses yeux rouges brillaient d’une faim féroce et surnaturelle. Sur ce cheval terrifiant siégeait une créature qui ressemblait à la fois à un homme et à une statue forgée dans les entrailles d’une forge antique.
Il était vêtu de robes fluides à col haut qui ondulaient comme des linceuls funéraires, et sur sa poitrine figurait l’emblème d’un soleil en pleurs.
La créature renifla l’air à deux reprises, ses yeux se plissèrent légèrement, puis il tira brusquement sur les rênes et le cheval accéléra.
À sa gauche et à sa droite, des créatures similaires, vêtues des mêmes robes, l’escortaient. L’une était une femme élancée à l’allure royale et froide, portant une grande épée claymore dans le dos.
L’autre ressemblait à une brute épaisse, et une masse massive hérissée de pointes pendait à sa selle. Sa peau métallique était d’obsidienne pure et il arborait un large sourire permanent et déchiqueté qui révélait des dents blanches acérées, ainsi que deux incisives en or qui brillaient à travers la suie. Ses yeux étaient grands ouverts, ne révélant que deux trous blancs.
Derrière ces trois créatures de tête, plus d’une centaine de hollow ones suivaient, certains à cheval, d’autres à pied. Le son collectif de leur approche était une symphonie discordante d’os qui s’entrechoquent, de mailles rouillées et du halètement frénétique des bêtes.
Là-haut, l’œil qui les observait et les étudiait s’effaça soudainement. À cet instant, Uriel eut un hoquet et son visage devint d’une pâleur spectrale, presque cendrée.
À présent, les cadets avaient atteint le sommet de la colline et descendaient rapidement de l’autre côté. Le gravier instable glissait sous leurs bottes, mais aucun ne ralentit le pas malgré le terrain périlleux. Ils regardaient tous Uriel avec le même mélange d’horreur et de confusion.
Soudain, Uriel commença à parler avec fièvre, comme si elle répétait les paroles de quelqu’un d’autre. « Nous avons échoué à protéger le pont rouge. Il ne sera pas content. De plus, il sera encore plus courroucé si nous perdons également la trace de la décomposition. »
Uriel tourna son regard vers Cedric, et alors que sa vision commençait à se brouiller, elle ajouta d’une voix tremblante : « Ils... ils suivent l’odeur de la décomposition, Cedric ! »