Chapitre 146
Les six membres du groupe de Xavier, ainsi que son lien, s'immobilisèrent dès qu'Uriel prit la parole. Ils échangèrent des regards, mais aucun n'osa bouger. Ils savaient tous qu'ils ne feraient pas le poids face à elle, et cela se lisait sur leurs visages.
« Allez, Leon », grommela Xavier, frustré. « Arrête ça. Ce sont eux qui ont commencé. Toi et moi avons le même statut. En tant que cousin, tu es censé me soutenir, pas prendre le parti de nobles de bas rang. »
Alors que la poigne de Leon sur son épaule se resserrait, Xavier ajouta : « Tu vas vraiment continuer à m'humilier comme ça ? »
« Tu fais toujours la même chose », finit par répondre Leon. « Tu franchis toujours la ligne. Je t'avais déjà fait part de ma décision, et tu étais censé la respecter. Pourtant, tu viens en pleine nuit pour chercher des ennuis ? »
« Attends une minute. Je ne suis pas venu ici pour chercher des ennuis. »
« Alors qu'est-ce que tu fous là, putain ? »
Xavier fixa la main qui le maintenait en place, puis répondit : « Lâche-moi déjà, pour commencer. » Il tapota la main de Leon avant de le regarder à nouveau. « Allez... »
Leon le fixa intensément pendant quelques secondes, puis soupira : « Excuse-toi. »
« Quoi ? » Xavier cligna des yeux, incrédule. « Tu veux que je m'excuse ? »
Il pointa du doigt les membres de mon groupe. « Ces types m'ont manqué de respect ! » Puis il pointa un doigt tremblant vers moi. « Ce bâtard m'a giflé ! »
Il tourna le visage pour montrer sa joue, sur laquelle l'empreinte de mes cinq doigts était encore visible. « Regarde. Regarde ça ! Et tu veux que je m'excuse ? »
« Je te connais très bien. Je sais donc que tu le mérites. Maintenant, excuse-toi si tu ne veux pas que la princesse Aurora apprenne ce qui s'est passé ici ce soir. »
Xavier serra les dents en entendant la menace de Leon. Il ferma le poing et son regard se perdit dans le vide un instant. Finalement, il fixa à nouveau Leon, la fureur dans la voix : « Très bien ! Merde ! Très bien ! »
Ses yeux se braquèrent sur moi. « Je suis désolé, ça te va ?! »
Il marqua une pause et ajouta : « Mais tu m'as frappé aussi, alors on est quittes. J'oublierai le manque de respect de ce soir ! »
En entendant cela, je soupirai et secouai la tête en me massant l'arête du nez. Toute cette mascarade pathétique m'avait épuisé. À tel point que je m'approchai d'une caisse, m'assis et commençai à me masser les tempes.
Parfois, on oublie facilement que ces types ne sont, littéralement, que des gamins.
Leon soupira à son tour et finit par lâcher Xavier, qui se redressa immédiatement pour remettre ses vêtements en ordre.
« Si tu n'es pas venu ici pour chercher des ennuis, qu'est-ce qui t'amène ? » demanda Leon.
Xavier était trop embarrassé pour parler, alors son lien prit les devants.
La jeune femme s'éclaircit la gorge et parla d'une voix calme et mélodieuse : « Puisque tu as rejeté l'offre pour rejoindre ce groupe, la princesse Aurora nous a envoyés pour inviter Cedric et tout son groupe à rejoindre le nôtre. Bien qu'elle n'accepte habituellement que des dominants issus de la famille royale ou des lignées les plus nobles, elle a décidé de faire une exception. »
Leon expira bruyamment et se passa une main sur le visage, tandis que tous les autres se tournaient vers moi, attendant ma réaction.
Je restai silencieux un moment.
« Alors elle veut absorber notre groupe dans le sien ? »
En réalité, je m'y attendais depuis que j'avais intégré Leon. À vrai dire, j'attendais justement le moment où ils finiraient par nous approcher.
« On dirait que les choses tournent exactement comme je le voulais. »
Je levai les yeux vers le lien, dont l'expression était parfaitement neutre, puis vers Xavier, qui semblait toujours vouloir être n'importe où ailleurs.
Puis, je souris et répondis : « J'aimerais parler à la chef de votre groupe, en privé. »
« Quoi ?! » lâcha Xavier en me lançant un regard d'une indignation totale. « Tu veux parler à la princesse, en privé ? Pour qui te prends-tu ?! »
Tout le monde me regardait avec la même expression interrogative, y compris les membres de mon groupe.
Leon semblait le plus surpris, les yeux plissés sur moi. Il pensait probablement que j'allais simplement les renvoyer. Si je pouvais lire dans ses pensées, je suis sûr qu'il se demandait ce que je manigançais.
Je poursuivis sur un ton factuel : « Vous êtes venus nous inviter de la part de la princesse, mais je préférerais lui parler moi-même. »
Je me levai. « Et j'aimerais lui parler demain. Je ne serai pas libre plus tard. »
« Toi... » Xavier voulut répliquer avec agressivité, mais son lien posa soudain une main ferme sur son épaule, le faisant taire.
« Très bien, je transmettrai ton message. »
Elle se tourna vers Xavier, qui serrait les poings.
« Allez, on y va. »
Xavier marmonna quelque chose d'inaudible entre ses dents alors qu'il s'éloignait, suivi de près par elle.
Les autres membres de son groupe leur emboîtèrent le pas, et lentement, l'atmosphère pesante qu'ils avaient apportée avec eux se dissipa.
***
Le lendemain matin...
Les membres de mon groupe étaient tous réunis dans l'espace commun pour un long petit-déjeuner.
J'en profitai pour exposer le plan concernant la quête de montée de niveau et la nécessité pour les autres membres d'obtenir une regalia.
Sans surprise, tous les membres de mon groupe furent partants. Il semblait qu'ils avaient une réelle confiance en moi, car ils ne discutèrent même pas et commencèrent immédiatement à planifier les préparatifs.
Peu après, les autres se séparèrent pour rassembler le nécessaire, comme remplir nos gourdes au ruisseau voisin, car nous ne serions pas de retour avant un bon moment.
À midi, un jeune garçon aux cheveux verts ébouriffés s'approcha de notre abri. Il s'appelait Richard, il faisait partie du groupe de la princesse Aurora et était venu me chercher pour la rencontrer. Accompagné d'Aika, je suivis le garçon vers les casernes.
Les casernes étaient totalement différentes du reste du bosquet. Pour commencer, une grande clôture circulaire en délimitait le périmètre. Elle était faite d'un mélange de petits et de gros morceaux de bois. Elle n'avait pas été construite pour servir de véritable défense, mais plutôt pour marquer une frontière et dissimuler les abris situés derrière au reste du bosquet.
Les quelques garçons postés devant l'entrée nous laissèrent passer sans poser de questions après avoir vu Richard.
À l'intérieur des casernes, les abris, qui se comptaient par centaines, étaient tous grands et bien entretenus. Il y avait même des abris appartenant à des cadets marchands.
En fait, une fois à l'intérieur, on aurait pu croire que nous étions tombés sur un petit village.
Tous les groupes influents vivaient ici, alors nous continuâmes jusqu'à la section où commençaient les abris du groupe de la princesse Aurora. Nous poursuivîmes jusqu'à atteindre son abri, situé à quelques mètres seulement des racines de l'arbre à l'aspect étrange.
Nous entrâmes dans le grand abri et, en arrivant dans l'espace principal, nous vîmes la princesse Aurora assise sur une chaise de fortune derrière une grande table.
Baignée dans la lumière douce filtrant par l'entrée, elle était éblouissante. Sa seule présence semblait commander la pièce, même si elle était assise nonchalamment avec un petit renard blanc endormi sur la table devant elle.
Il se réveilla en entendant nos pas, et Aurora sourit en nous voyant avant de se lever lentement.
Malgré ses efforts évidents pour paraître mature, une trace de malice enfantine persistait dans son expression.
Nous nous arrêtâmes tous les trois à quelques mètres d'elle. Richard et moi fîmes un léger signe de tête en guise de salutation, tandis qu'Aika s'approcha nonchalamment d'une chaise pour s'y laisser tomber.
Le renard sur la table la fixa avec hostilité, et elle lui rendit un regard de la même intensité.
Aurora gloussa joyeusement en les voyant.
Pendant ce temps, Richard fit demi-tour et partit, tandis que je prenais la parole : « Bonjour, Princesse. »
Elle répondit : « Ravi de te rencontrer enfin, Cedric. »
Elle pencha la tête et eut un sourire timide. « J'ai entendu beaucoup de bien de toi. »
Alors que je haussais un sourcil, elle me désigna la chaise à côté d'Aika. « Je t'en prie, assieds-toi. »
Je tirai la chaise et m'assis.
Il y avait une petite boîte brune sur la table, juste à côté du renard. Le blason de la famille royale était gravé sur le couvercle.
Aurora déplaça la boîte, l'ouvrit et demanda poliment : « Euh... ça te dérange un verre de jus frais ? Il fait assez chaud aujourd'hui. »
C'était une offre polie, je ne pouvais pas refuser. De plus, il faisait vraiment très chaud. J'ouvris la bouche pour dire oui, s'il vous plaît, quand Aika, qui s'éventait, me coupa la parole : « Oui, bien sûr. Je suis en train de mourir ici. »
Aurora sourit, fouilla dans la boîte et en sortit trois verres. Puis elle prit une carafe et y versa le liquide.
Elle prit deux verres et, alors qu'elle nous les tendait, des glaçons apparurent comme par magie à l'intérieur.
« Merci », dis-je en prenant le verre, sentant le froid immédiat contre ma paume.
Je pris une gorgée, Aurora en fit de même, tandis qu'Aika prit le sien et l'engloutit d'un trait avant de reposer le verre sur la table.
Un silence s'installa un bref instant, pendant lequel je fixai mon verre de jus. Puis je tournai mon regard vers Aurora et allai droit au but.
« Nous ne rejoindrons pas votre groupe. »