Chapitre 120
J'étais encore profondément endormi quand la voix d'Aika résonna soudain dans mon esprit :
« Hé, le punk ? »~~
Je grognai et me retournai dans mon sac de couchage. Mais sa voix revint à la charge.
« Tu comptes dormir combien de temps encore ? »~~
Je marmonnai quelques absurdités sans vraiment répondre. Étonnamment, elle me laissa tranquille cette fois et ne m'embêta plus.
Quelques minutes... ou heures, je ne saurais dire... passèrent, et mes yeux finirent par s'ouvrir.
Je m'assis lentement, la tête lourde. Mes longs cheveux étaient un nid de nœuds et semblaient ternes. J'avais même des cernes sous les yeux, comme si je n'avais pas dormi depuis des jours.
« Pourquoi je me sens toujours comme ça après avoir utilisé Chrysalis sur quelqu'un ? » pensai-je en me massant les tempes, comme si cela pouvait soulager le léger mal de crâne qui me taraudait. Je me frottai le visage un instant avant de lisser mes cheveux et de les attacher.
À cet instant, j'entendis la voix moqueuse d'Aika à mes côtés : « Tu as une sale tête. »
Je me tournai vers le corbeau qui venait de se poser sur mon épaule et répondis platement : « C'est exactement comme ça que je me sens. »
Je m'étirai, et à ce mouvement, je sentis des courbatures partout. Surtout dans la nuque, le bas du dos et les épaules.
« J'ai besoin d'un massage complet... » murmurai-je en me frottant la nuque.
...Puis, une pensée coquine me traversa l'esprit et je braquai mon regard sur Aika. Le coin de mes lèvres se retroussa alors que je demandais : « Dis, ça te dirait de me faire un massage compl— »
Je n'eus même pas le temps de finir qu'elle croassa, battit des ailes et s'envola immédiatement dans le ciel.
« Mince alors. » marmonnai-je en détournant les yeux du corbeau qui planait au-dessus. Je me mis aussitôt à ramper vers les braises mourantes du feu de camp. « Bon sang, il me faut une boisson chaude. »
« ...Peut-être une tasse de café ? »
Je me penchai et commençai à souffler doucement sur les cendres grises, essayant de ranimer une flamme parmi les quelques braises orangées restantes au fond.
Les autres membres du groupe discutaient et faisaient connaissance avec Audrey à quelques mètres de là, près du ruisseau.
C'est alors que la voix de Dion attira mon attention : « Oh, tu es enfin réveillé. »
Je levai lentement mon visage maculé de cendres vers Dion et les autres.
Il reprit : « Ça va ? Tu as vraiment une tête de déterré. On a tous essayé de te réveiller, mais tu ne bougeais pas d'un pouce. Il doit déjà être passé midi. »
La seule chose que je retins fut « passé midi », et en entendant cela, je fronçai les sourcils, confus.
« Passé midi ? »
À ce moment-là, un petit écran apparut dans mon champ de vision, affichant l'heure :
[14:37]
Je poussai un soupir de surprise, les yeux écarquillés.
Merde !
Nous avions prévu d'atteindre le Bosquet du Marionnettiste aujourd'hui.
Mon regard se porta sur une carte qui apparut à côté du petit écran sur commande. Après l'avoir étudiée quelques secondes, je me tournai vers le groupe.
« On devrait pouvoir atteindre le Bosquet du Marionnettiste si on part maintenant. »
Ino hocha la tête en signe de confirmation, mais son expression vira immédiatement à l'inquiétude. « On peut, mais... tu es sûr que tu es en état pour le voyage ? On dirait que tu es passé dans un hachoir à viande. »
Je secouai la cendre de mes mains et me levai. « Ouais, ça va. »
Ino me lança un regard sceptique et soupira. « Très bien. On partira après que tu aies mangé quelque chose. On a tous déjà mangé, alors je vais te préparer un truc rapidement. »
Elle fit un signe aux autres, puis retourna au bord du feu de camp, l'installa rapidement et commença à cuisiner le reste du lapin qu'elle avait mis de côté plus tôt, pendant que je dormais encore.
Pendant qu'elle s'affairait à la préparation du repas, les autres poursuivirent leur conversation avec Audrey.
Je me dirigeai vers le ruisseau pour me laver le visage.
En contemplant mon reflet dans l'eau, je ne pus m'empêcher d'entendre Dion continuer ses histoires, faisant de son mieux pour se donner le beau rôle devant Audrey :
« ...et c'est comme ça qu'on a finalement atteint le sommet de ces montagnes là-bas », dit-il en faisant un geste vague vers le désert. « Dès qu'on est arrivés, ces créatures ressemblant à des lapins nous ont soudainement assaillis de toutes parts. Mais on n'a pas paniqué, surtout parce que j'étais là. J'ai juste balancé ma lance. Swoosh, swoosh, swoosh... et j'ai coupé les deux lapins en deux, mais ils se sont immédiatement divisés en quatre ! Tout le monde était terrifié, mais j'ai rapidement frappé à nouveau. Je vous le dis, c'était un vrai bain de sang. »
Il mimait les mouvements de sa lance avec ses mains tout en parlant.
Audrey hochait la tête timidement, tripotant l'ourlet de sa manche en murmurant : « C'est vrai ? »
« Évidemment », répondit Dion en bombant le torse. « C'est littéralement moi qui porte tout ce groupe sur mes épaules, tu sais. Qu'est-ce que ces abrutis feraient sans moi ? »
Je gloussai en m'aspergeant le visage d'eau froide, essayant d'ignorer ses vantardises. Il continua de lui raconter le reste de notre périple, y compris l'épreuve avec Yami, bien qu'il ne mentionnât rien à propos de son frère.
Pendant qu'il parlait encore, je les quittai au bord de l'eau et retournai au feu de camp pour manger, Ino ayant fini de cuisiner le lapin.
C'était un lapin entier et mon appétit était énorme, alors je ne perdis pas de temps à m'y attaquer.
Pendant que je mangeais, je remarquai qu'Aika avait repris sa forme humaine et commençait à faire bouillir quelque chose sur le feu. Je ne fis pas trop attention à elle, trop affamé, et continuai à m'empiffrer comme un enfant affamé.
Je me sentais un peu mieux après ce repas copieux, même si un léger mal de crâne persistait derrière mes yeux. À cet instant, une main se tendit vers moi avec une tasse de café.
« J'ai remarqué que tu avais besoin d'un café », dit Aika d'une voix un peu plus douce que d'habitude.
Son visage gardait cette expression impassible qui la rendait difficile à cerner.
« Merci... » Je souris et tendis la main pour prendre la tasse, après quoi Aika ramena ses cheveux derrière son oreille, se tourna et s'éloigna sans rien dire.
Je la regardai s'éloigner une seconde avant de baisser les yeux sur la tasse. La vapeur qui s'en dégageait me caressa le visage, et ce parfum amer et familier était exactement ce dont j'avais besoin.