Chapitre 9
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 1, chap. 9 : Duel
──────
Theo et Allen se faisaient face sur la colline où ils s’entraînaient d’ordinaire, une épée de bois à la main.
À quelque distance, Olivia, Elbert et Beryl les observaient.
Olivia avait l’air perplexe, comme si elle ne comprenait pas les intentions d’Allen.
Beryl, elle, semblait ravie. Le visage illuminé d’un sourire, elle les encouragea : « Donnez tout, tous les deux ! »
Elbert, quant à lui, examinait attentivement leur posture. Theo sentait son regard posé sur lui, et ses paumes se couvrirent de sueur. Il avait plutôt tendance à être nerveux.
(… À quoi pense Allen ?)
Theo n’avait cessé de s’interroger sur la véritable raison pour laquelle Allen avait proposé ce duel.
Allen s’entraînait à l’épée avec lui, mais il n’était pas censé vouloir devenir Chevalier sacré.
Quand Theo lui avait annoncé qu’Elbert envisageait de faire du fils de Duncan son écuyer, Allen lui avait même répondu qu’il n’avait qu’à se faire appeler Allen.
Il n’avait alors aucune raison de mentir.
Alors pourquoi avait-il soudain proposé un duel ?
(Aurait-il organisé ce duel pour moi… ?)
Elbert avait dit qu’il ferait d’Allen et de Theo ses écuyers.
Mais qu’arriverait-il si Allen, le fils biologique de Duncan, refusait ?
Ne serait-il pas difficile de faire de Theo un écuyer, lui qui n’était qu’un pensionnaire, et même pas un enfant adopté ? Allen était celui qui devait légitimement le devenir ; Theo, lui, n’était qu’un supplément ajouté à ses côtés.
Mais si Theo remportait le duel et prouvait sa valeur, il pourrait devenir écuyer sans difficulté, quelle que soit sa naissance. Et si c’était ce qu’Allen avait en tête ?
(A-t-il l’intention de me laisser gagner… ?)
Si c’était le cas, comment Theo était-il censé se sentir en combattant Allen ?
Alors que Theo hésitait, Allen prit la parole à voix basse, en face de lui.
« Theo. »
Cette voix lui fit courir un frisson le long de l’échine.
Theo était si facile à oublier que les gens ne se souvenaient jamais de son nom. Alors, chaque fois qu’Allen l’appelait par son prénom, il en éprouvait toujours un soulagement.
Et pourtant…
Pour la première fois, entendre Allen prononcer son nom lui fit peur.
Le sourire doux qu’Allen arborait d’habitude avait disparu. L’air qui l’entourait était aussi tranchant qu’une lame nue.
« Je vais y aller à fond. Si tu ne veux pas être blessé, abandonne tant que tu le peux encore. »
Ces mots ne recelaient aucune intention meurtrière. Aucune hostilité non plus. Seulement la résolution de vaincre Theo.
Theo savait qu’Allen était incroyable quand il s’y mettait sérieusement. Mais il ne l’avait jamais vu comme ça.
Le sang qui lui battait dans les veines résonnait étrangement fort à ses oreilles. La main qui serrait son épée lui semblait même monter et descendre au rythme de son pouls.
L’esprit combatif d’Allen l’avait intimidé, le forçant à se replier entièrement sur lui-même.
Sans parvenir à dissimuler son trouble, Theo leva son épée.
Beryl s’avança et leva une main.
« Alors, jusqu’à ce que l’un de vous perde connaissance ou dise “j’abandonne”… que le duel commence ! »
Beryl abaissa sa main presque au même instant où Allen passa à l’attaque.
Il frappa l’épaule gauche de Theo sans faire de geste particulièrement ample.
Theo para le coup avec prudence.
Le choc était lourd.
Au moment où il chancela légèrement, Allen le frappa sans pitié au flanc.
« Aïe… Ngh… »
Theo recula et reprit sa garde.
À l’entraînement, Allen s’arrêtait juste avant de le toucher. Cette fois, il frappait sans merci.
Theo avait mal au flanc. Il allait sans aucun doute avoir un bleu.
Avant même que Theo ait pu attaquer, Allen revint à la charge.
(Je suis trop près.)
Les attaques de Theo pouvaient l’atteindre, mais à cette distance, elles ne portaient aucune force.
Les bras et les jambes plus longs d’Allen lui donnaient naturellement une plus grande portée. Ses coups avaient aussi davantage d’élan. Pour l’emporter, Theo devait s’approcher.
Mais l’escrime d’Allen ne lui en laissait pas la possibilité.
En maintenant la distance qui lui convenait, Allen abattait son épée avec précision. La pointe frappait sans pitié les bras et le torse de Theo.
Ça faisait mal. Si mal. Si mal.
Il ne pouvait pas gagner ainsi. Non. Il ne voulait pas perdre.
(Je deviendrai chevalier.)
Sa main était devenue rouge vif et avait enflé sous la violence du coup reçu un peu plus tôt. Malgré tout, Theo serra fermement son épée et observa les mouvements d’Allen.
Un coup descendant, venu du haut à gauche.
Theo le dévia fermement avec son épée. Ses doigts le lançaient douloureusement, mais il ne lâcherait pas son arme. Jamais.
« Yaah… Aaahhh… ! »
Il réduisit la distance et s’élança en avant.
Au moment où il crut tenir sa chance, l’épée d’Allen pivota avec adresse et son pommeau le frappa au menton par-dessous.
« Guh ! »
Theo roula sur le sol.
Il avait mal. Il s’était peut-être mordu l’intérieur de la bouche. Il sentait le goût du sang.
Allen le regarda de haut et demanda :
« Tu abandonnes ? »
« Comme… si… j’allais… le dire… ! »
Theo rassembla toutes ses forces pour se remettre debout, puis fonça sur Allen dans son élan.
Mais Allen lui balaya les jambes, et Theo s’écrasa face contre terre.
Le goût de la terre se mêla à celui du sang dans sa bouche. C’était un désastre complet.
Theo cracha un mélange de salive, de sang et de terre, puis se releva en titubant.
À peine debout, il reçut un coup en plein visage.
Sa tête résonna.
« Tu abandonnes ? »
« … »
Theo enfonça ses ongles dans le sol et se força à se relever.
Il ne lâcherait pas son épée. Sûrement pas.
(Pourquoi, Allen ?)
Theo balaya l’air d’un coup horizontal.
Allen le para sans peine.
Puis, tandis que Theo trébuchait, Allen le frappa dans le dos.
L’épée de bois le heurta violemment, et Theo éclata en sanglots. Il pleurait, mais continuait de brandir son arme.
Comme si l’attaque de Theo ne méritait même pas d’être parée, Allen se déporta et lui frappa durement le dos de la main.
Enfin, Theo perdit sa prise et son épée lui échappa.
« Allen ! Arrête, Allen ! » cria Olivia.
Beryl retint Olivia, qui s’apprêtait à se précipiter vers eux.
Allen ne semblait pas entendre sa mère.
« Theo, tu ne peux pas devenir Chevalier sacré. Il serait temps que tu renonces. »
Face à cette déclaration cruelle, Theo ne put que ravaler ses sanglots.
(J’ai mal. J’ai mal, Allen. Pourquoi ? Tu avais dit que tu ne voulais pas devenir Chevalier sacré.)
En gémissant, Theo avança.
Allen leva son épée.
(Tu savais que je voulais devenir chevalier !!)
Theo s’approcha et lança son poing rouge et gonflé contre Allen.
Dans un pitoyable pouf, le poing de Theo heurta le corps d’Allen.
Allen enfonça le pommeau de son épée dans le creux de l’estomac de Theo.
Le corps de Theo s’effondra au sol.
Il n’avait pas encore perdu connaissance.
Mais l’issue du duel était évidente pour tous.
« Ça suffit ! Allen l’emporte ! »
Beryl, qui avait arbitré le duel, en proclama le résultat.
Olivia accourut, sa jupe flottant autour d’elle.
« Theo ! Theo ! »
Olivia avait l’air sur le point de fondre en larmes.
Elle s’inquiétait pour Theo. Pour Theo, qui n’était même pas son fils biologique.
« Ugh… Ngh… Ugh… »
En gémissant, Theo se redressa, força ses jambes emmêlées à bouger et tourna le dos à Allen et Olivia.
Partout où il avait été frappé, il ressentait une douleur brûlante. Il avait cru ne plus pouvoir bouger, mais son corps obéissait mieux qu’il ne l’aurait pensé.
Allen ne s’en était pas beaucoup pris à ses jambes.
« Theo, ça va ? Je vais tout de suite soigner tes blessures… »
Olivia l’appela.
Elle l’avait appelé par son prénom.
(… Même dans un moment pareil, ça me rend heureux.)
Pourtant, Theo ne se retourna pas. Il se mit à courir.
Comme s’il dévalait la colline en roulant.
Son visage n’était plus qu’un mélange de boue, de sang, de larmes et de morve.
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