Chapitre 8
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Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 1, chap. 8 : Le fils d’Olivia Lawrence
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« Nous qui errons aux frontières. Chiens gris avant d’être souillés et de devenir noirs. Nous sommes les Chevaliers gris, des chiens gris autorisés à sortir avec un collier. Les Chevaliers gris traquent les Termea aux côtés des Chevaliers sacrés pour tuer ceux qui les ont maudits. »
Les paroles chantonnées de Beryl donnèrent des frissons à Theo.
« … Des colliers ? »
murmura Theo en fixant le collier ras-du-cou. Beryl eut un sourire narquois.
« Ça permet de localiser la personne qui le porte. Les Chevaliers gris doivent en mettre un quand ils sortent… Tu devines sûrement pourquoi. »
Comprenant la raison de cette précaution, Theo sentit son estomac se nouer.
Les Chevaliers gris étaient des chevaliers maudits. Des individus dangereux, susceptibles de se transformer en Termea à tout moment, à mesure que leur malédiction progressait. C’était probablement pour cela que leurs déplacements étaient limités.
« Ne fais pas cette tête. Bien sûr, il y a pas mal de restrictions, mais on s’en sort plutôt bien. Bref, revenons à nos moutons. »
Theo se mordit la lèvre, le visage sombre, et Beryl reprit d’un ton particulièrement enjoué :
« Une de nos camarades, une Chevalière grise, est tombée à la mer sur le front de West End et a été emportée par les flots. Je ne pense pas qu’elle soit morte, mais nous ne pouvons pas la contacter. »
Les Termea étaient des envahisseurs venus d’au-delà du continent. Ces monstres noirs traversaient la Mer de l’Oubli pour les atteindre.
Leurs assauts étaient particulièrement violents à l’ouest, faisant du littoral de West End un véritable champ de bataille.
La Chevalière grise en question avait été envoyée là-bas avec les troupes, mais elle était tombée à la mer pendant un combat et avait été emportée par les flots.
(Si elle a dérivé vers le sud en longeant la côte depuis West End, il ne serait pas étonnant qu’elle se retrouve dans les eaux à l’ouest de cette ville…)
Alors que Theo en arrivait à cette pensée, une question lui vint soudain à l’esprit.
Beryl ne venait-elle pas de dire que le collier permettait de localiser la personne qui le portait ?
« Vous ne savez pas exactement où se trouve cette Chevalière grise ? »
« Eh bien, il y a toutes sortes de raisons d’adultes à cela. Pour l’instant, tout ce que nous savons, c’est qu’elle se trouve quelque part dans les environs. Elle s’appelle Carla, c’est une fille aux cheveux blancs qui porte des vêtements gris comme les miens. Elle a un Sceau de malédiction dans le dos. »
Le fonctionnement du collier semblait être confidentiel.
Elbert prit le relais de Beryl.
« Nous recherchons actuellement cette Chevalière grise, Carla. Nous aimerions que vous nous aidiez tous les deux, puisque vous connaissez bien cette ville. »
Il n’y avait aucune raison de refuser une demande du héros Elbert. Theo répondit aussitôt, avec fermeté :
« Bien sûr ! N’hésitez pas à nous demander si nous pouvons faire quoi que ce soit ! »
« Merci, Theo. »
Elbert le remercia avec un sourire, et Theo se laissa de nouveau emporter par son enthousiasme.
Après tout, le héros qu’il admirait, Elbert, venait de le remercier. Et par son nom, en plus.
(Il s’est souvenu de mon nom. Seigneur Elbert s’en est souvenu… !)
Malgré sa joie, Theo sentit que quelque chose clochait. Allen était anormalement silencieux depuis un moment.
Theo jeta un coup d’œil à Allen. Celui-ci affichait une expression impénétrable et semblait plongé dans ses pensées.
Tandis que Theo s’inquiétait pour lui, Elbert poursuivit :
« À vrai dire, je viens justement d’en parler avec madame Lawrence… Une fois que nous aurons terminé les recherches de Carla et que nous serons rentrés au District sacré de Reyel, j’aimerais faire de vous deux mes écuyers. Qu’en pensez-vous ? »
Theo retint son souffle.
Elbert avait une dette envers Duncan. C’était pour cela qu’il avait dit vouloir aider son fils, Allen, si celui-ci souhaitait devenir un Chevalier sacré.
(Seigneur Elbert a dû apprendre ma situation auprès de mère Olivia…)
C’était pour cette raison qu’il leur avait proposé de devenir écuyers tous les deux.
C’était une offre incroyablement généreuse. Pourtant, Theo hésitait à l’accepter.
(Parce que j’ai menti à seigneur Elbert tout à l’heure…)
Dans un moment de faiblesse, il avait lâché qu’il était le fils de Duncan, puis s’était aussitôt rétracté avant de s’enfuir. Quelle conduite éhontée ! Rien que d’y repenser, il en avait le visage en feu.
Theo serra les poings sur ses genoux et baissa la tête.
« Seigneur Elbert, je suis désolé. Je… ne fais pas partie de la famille Lawrence. Je n’ai donc pas le droit d’accepter votre bonté. »
Le silence envahit la pièce. Theo ne parvenait pas à relever la tête. Il venait encore de repousser la bienveillance d’Elbert.
« Theo. »
Olivia prononça doucement son nom. Theo releva prudemment le visage.
Olivia se tenait assise, le dos droit, et le regardait directement. Son regard était sévère, mais bienveillant, comme celui d’une ancienne religieuse.
« Si tu ne souhaites pas faire partie de la famille Lawrence, je ne t’y forcerai pas. Mais si tu dis cela uniquement parce que tu te retiens… alors je vais te le dire clairement. »
Le visage d’Olivia s’adoucit tandis qu’elle souriait avec tendresse. Ses paroles suivantes étaient pleines de l’affection d’une étreinte chaleureuse.
« Quoi qu’en disent les autres, tu es l’enfant de cette maison, élevé par Duncan Lawrence et Olivia Lawrence. »
« Mère Olivia… »
« Alors, je te recommanderai en toute confiance. Parce que tu es mon fils, et que je suis fière de toi. »
Theo était un enfant effacé, de ceux qu’on oubliait vite. Et pourtant, Olivia l’avait appelé son fils dont elle était fière.
Theo renifla. Il ne laisserait pas ses larmes couler. S’il se mettait à pleurer, il savait qu’il ne pourrait plus s’arrêter.
Elbert et Beryl observaient cet échange entre la mère et son fils avec un doux sourire.
Alors que Theo s’apprêtait à répondre, les lèvres tremblantes, Allen prit la parole.
« J’ai une proposition à faire. »
Theo sursauta.
C’est vrai. Elbert avait proposé de faire d’eux deux ses écuyers, mais Allen n’avait jamais eu l’intention de devenir un Chevalier sacré.
« Un seul écuyer devrait suffire, non ? Alors… »
Theo était persuadé qu’Allen allait décliner l’invitation d’Elbert.
Mais Allen fit une proposition tout à fait différente.
« Theo et moi allons nous battre en duel. Faites de celui qui l’emportera votre écuyer. »
Les paroles d’Allen stupéfièrent tout le monde.
À la surprise générale, Beryl fut la première à approuver.
« Ça me plaît. »
Beryl croisa les jambes sous sa jupe portefeuille et se lécha lentement les lèvres.
Ses yeux plissés luisaient comme s’ils étaient humides. Son sourire était séduisant et provocateur.
Beryl avait le tempérament d’une grande sœur pleine d’entrain, mais il lui arrivait de révéler un côté sensuel qui faisait battre le cœur de Theo plus vite.
« Gagnez votre place par votre propre force. Ça, je ne déteste pas. Alors, où allez-vous vous battre ? »
« Sur la colline à l’ouest. »
« Hein. La vue doit être belle, là-haut. On commence quand ? »
« Tout de suite. »
Allen ne s’embarrassa pas de longs discours. Comme si cela l’amusait aussi, Beryl se leva en riant.
« Parfait, droit au but. Très bien, allons-y sans tarder. »
« Oui. »
« Allen ! » s’écria Olivia.
Mais Allen n’avait pas l’intention de l’écouter.
Ne comprenant plus ce qui se passait, Theo regarda Allen, la bouche entrouverte. Allen ne tourna pas les yeux vers lui. Son dos silencieux ne disait rien.
Elbert lança à Beryl un regard réprobateur.
« Beryl, il s’agit de mes écuyers. »
« Désolée de m’en mêler. Mais je pense que c’est mieux comme ça : personne ne gardera de rancœur. Et puis… »
Beryl passa un bras autour des épaules d’Elbert, toujours assis, et approcha ses lèvres de son oreille.
« Quand un homme a ce regard-là, tu n’as pas envie de l’encourager, toi ? »
« … Franchement, toi… »
Elbert ravala la suite et laissa échapper un léger soupir.
Après avoir réduit le héros au silence, Beryl afficha un large sourire et se tourna vers Theo.
« Alors ? Tu ne vas pas te battre, Theo ? Pourtant, tu veux devenir un Chevalier sacré, non ? »
Son ton était plutôt provocateur. Mais Theo ne le prit pas mal.
Il voulait vraiment devenir un Chevalier sacré. Si cette épreuve servait son objectif, il la surmonterait.
Il ne se contenterait pas d’accepter la main qu’Elbert lui tendait. Il prouverait sa force, montrerait qu’il méritait de devenir écuyer, puis deviendrait un Chevalier sacré.
Même si Allen se dressait sur son chemin.
« … Je vais me battre. Je veux prouver ma force et devenir un Chevalier sacré. »
Les lèvres de Beryl s’étirèrent en un large sourire.
« Bien. Grande sœur adore les garçons qui se battent. »
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