Chapitre 10
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Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 1, chap. 10 : Le secret de Theo, le secret du héros
──────
Theo dévala la colline en titubant et se dirigea vers le terril de la mine.
Il s’assit sur une bûche dont les mineurs se servaient habituellement pour leurs pauses et leva les yeux vers le monticule.
Lors du creusement des galeries et du tri du charbon, les mines produisaient d’énormes quantités de déchets, appelés stériles.
À force d’y déverser ces déchets, un terril s’était formé. Ce n’était pas seulement comme une montagne : c’en était une. Voilà quelle quantité de déchets produisait une mine de charbon.
Theo contempla sans un mot cette montagne de terre, de pierres et de charbon rouge de piètre qualité.
(C’est exactement comme moi.)
Une montagne de choses inutiles, jetées au rebut. Elle lui ressemblait comme deux gouttes d’eau, et Theo eut un rire sans joie.
Le vent était un peu froid et les nuages rougeâtres et gris s’étaient assombris. Il allait probablement bientôt pleuvoir.
(Comme je suis pitoyable…)
Mais, plus que tout, Theo ne se pardonnait pas d’avoir nourri de telles pensées puériles au sujet d’Allen.
Il avait égoïstement espéré qu’Allen perdrait volontairement pour lui éviter la honte. Au lieu de cela, il avait affronté un Allen sérieux et avait perdu sans pouvoir rien faire. Il n’y avait pas de limite à son immaturité.
(Ça fait mal. Je suis tellement frustré.)
Les larmes lui coulèrent sur le visage. Son visage, son corps et ses mains le brûlaient et le lançaient.
Il voulait pleurer et hurler, mais Theo rassembla le peu de fierté qu’il lui restait et ravala ses sanglots.
(Espèce d’idiot, Allen ! … Non. Ce n’est pas ça. Je le sais. Allen n’a rien fait de mal. C’est ma faute, je suis trop faible !)
S’il avait été assez fort pour vaincre Allen, il aurait pu devenir l’écuyer d’Elbert.
Mais Theo était plus faible qu’Allen. Il n’y avait rien d’autre à ajouter. Il le comprenait avec sa tête, mais son cœur n’arrivait pas à suivre. La frustration et le désespoir lui donnaient l’impression que sa tête allait exploser.
Tandis qu’il retenait ses sanglots et respirait péniblement, « hngh, hngh », il entendit des pas légers.
Theo leva brusquement les yeux. Elbert se tenait tout près, un jeune homme aux cheveux blond pâle et aux yeux violets.
La honte d’être surpris dans un état aussi pitoyable l’emporta sur la joie de voir le héros qu’il admirait. Theo s’essuya précipitamment le visage avec sa manche.
« Ne frotte pas si fort. J’ai apporté un linge humide. Essuie-toi d’abord le visage avec ça. »
Le linge, posé contre sa joue gonflée, était propre, frais et apaisant.
Elbert lui essuya délicatement le visage, puis posa une main sur ses blessures. En voyant une faible lueur en émaner, Theo paniqua.
« Non, seigneur Elbert ! Je ne mérite pas votre bénédiction… ! »
« Pourquoi le crois-tu ? »
La question était posée d’une voix douce et calme, bien loin d’un interrogatoire.
Theo renifla et regarda Elbert.
« Parce que si je voulais devenir chevalier, c’était… »
C’était un aveu.
Theo révéla les sentiments qu’il n’avait jamais confiés à personne.
« C’était parce que je voulais que les gens me remarquent. »
* * *
Theo détestait jouer à cache-cache.
Parce que personne, à part Allen, ne le retrouvait jamais. Tout le monde oubliait qu’il était encore caché et lançait une autre partie.
« Depuis que je suis petit, on ne me remarque pas facilement… Personne ne me trouve jamais. Personne ne se souvient de mon visage ni de mon nom. »
C’était pour cela qu’il essayait d’être gentil avec les autres. Il pensait que s’il se rendait utile, ils se souviendraient de lui.
Quand il faisait quelque chose qui méritait leur gratitude, ils se souvenaient bien de lui, mais seulement sur le moment. Dès le lendemain, ils l’avaient oublié. Pour Theo, c’était une forme de terreur silencieuse.
« Ça fait des années que la famille Lawrence m’a recueilli… mais les gens autour de moi ne me considèrent toujours pas comme l’un de ses enfants. »
Quoi qu’en pensent les autres, Allen et Olivia s’en moqueraient sans doute. Mais Theo, lui, s’en souciait.
Il ne supportait pas l’idée de porter le nom Lawrence sans vergogne alors que les autres ne le reconnaissaient pas comme un membre de la famille.
« C’est pour ça que j’ai décidé de devenir chevalier. »
Dans l’idéal, il aurait voulu devenir Chevalier sacré comme Duncan, mais les conditions pour le devenir étaient strictes. Il s’était donc dit qu’il lui suffirait de servir un seigneur comme chevalier. Il voulait simplement devenir chevalier.
« Si je devenais un chevalier remarquable, tout le monde se souviendrait de moi. Alors, je pourrais appeler fièrement la famille Lawrence la mienne… »
Les mineurs n’avaient pas besoin de nom de famille, mais les chevaliers, si. Theo avait donc prévu de n’en parler à Olivia qu’une fois sa nomination comme chevalier décidée.
Faites de moi votre fils. Faites de moi un membre de la famille Lawrence.
Même s’il ne devenait jamais chevalier, Olivia le traiterait comme un fils de la famille Lawrence. Pourtant, il détestait que les autres ne le reconnaissent pas comme l’un des leurs.
S’il devenait chevalier, les gens le remarqueraient forcément. Ils se souviendraient forcément de lui. Il savait que c’était superficiel.
Pourtant, parce que personne ne se souvenait de lui, Theo s’accrochait à la gloire de la chevalerie.
« C’est pour ça que… je… »
Sa voix, d’abord brûlante d’émotion, s’éteignit peu à peu.
Le dire à voix haute lui fit comprendre à quel point ses motivations étaient vaines. Il avait tellement honte qu’il aurait voulu mourir.
« Au fond, je ne voulais devenir chevalier que par vanité et par désir égoïste. »
Ce n’était pas parce qu’il nourrissait le noble souhait de protéger les autres ou de servir Dieu.
Et même sa gentillesse envers les autres n’avait eu pour seul but que de les pousser à se souvenir de lui.
Il n’était pas comme Allen, capable de partager sa joie en souhaitant que chacun soit un peu plus heureux. Lui, il voulait seulement se faire remarquer.
« Allen a dû remarquer ce côté égoïste chez moi. C’est pour ça qu’il m’a proposé un duel… »
En repensant à Allen qui avait abattu son épée d’un regard froid, Theo sentit de nouveau ses yeux le brûler.
Tandis que Theo ravalait ses sanglots, Elbert, qui s’était accroupi devant lui, s’assit à ses côtés.
Le noble héros Elbert était assis sur une bûche, devant un terril. La scène semblait irréelle.
Theo contempla Elbert sans rien dire, tandis que celui-ci prenait la parole à voix basse.
« Tu dis que tu voulais devenir chevalier pour te faire remarquer. Mais, à m’entendre, on dirait plutôt que tu voulais devenir fièrement un membre de la famille Lawrence. »
« Même ainsi, c’est vrai que c’était par vanité… »
Olivia et Allen accepteraient sûrement Theo comme l’un des leurs, même s’il n’était pas quelqu’un d’admirable. Mais Theo ne voulait pas être un membre de la famille qui ne faisait que dépendre de leur bonté.
Il voulait devenir quelqu’un que tous jugeraient digne de la famille Lawrence. Tel était le souhait égoïste de Theo.
« Tu t’en veux parce que tu penses que les raisons qui t’ont poussé à aspirer à la chevalerie ne sont pas pures. »
« … Oui. »
« Alors, laisse-moi te dire pourquoi j’ai aspiré à devenir Paladin. »
Theo fut plus nerveux qu’il ne l’avait jamais été.
Pourquoi le héros Elbert avait-il voulu devenir Paladin ? Il désirait désespérément le savoir. Était-il vraiment digne d’entendre une telle histoire ?
« Si j’ai voulu devenir Paladin, c’est parce que… »
Theo déglutit.
Pourquoi un héros avait-il voulu devenir Paladin ? Quelle résolution et quelle détermination se cachaient derrière ce choix ?
Elbert prit la parole, le visage grave.
« Parce que je voulais que la personne que j’aimais partage mes sentiments. »
« … Quoi ? »
« Malheureusement, je n’ai pas réussi à attirer son attention. »
Ajouta Elbert d’un air impassible, tandis que Theo le regardait, stupéfait.
« Au fait, cette personne était une femme mariée. »
« Pff ! »
Après avoir laissé échapper un rire, Theo s’essuya précipitamment la bouche.
Comment avait-il pu se comporter ainsi devant le héros Elbert ?
Tandis que Theo paniquait, Elbert baissa légèrement les sourcils.
« Tu es déçu par moi ? »
« Non ! Enfin, je veux dire, je suis juste surpris… »
Agitant les mains au hasard dans son trouble, Theo s’interrogea.
Était-il déçu par le héros Elbert ?
Non. Il était surpris, mais pas déçu. Son admiration était toujours là, au fond de son cœur.
Theo colla son index et son majeur l’un contre l’autre, puis traça une ligne horizontale dans l’air. C’était un poignard. Il fit mine de le saisir et de le poser contre sa poitrine, puis regarda droit dans les yeux d’Elbert, assis à ses côtés.
« Quelle qu’ait été votre raison, vous avez bel et bien sauvé de nombreuses personnes. Même après avoir obtenu le titre de Paladin, vous n’êtes pas devenu arrogant. Vous combattez toujours les Termea en première ligne. Le respect que j’ai pour vous n’a pas changé. »
« Le serment de vérité ? Tu connais cette ancienne coutume. »
Elbert sourit avec douceur et posa une main sur le poing de Theo.
« Tu es capable de respecter les autres. Alors, tu devrais aussi te témoigner du respect. L’humilité est une vertu, mais si tu continues à te rabaisser, ton cœur s’aigrira et finira par se dessécher. »
Ses mystérieux yeux violets reflétaient Theo.
Ils étaient comme le miroir de Dieu : ils ne laissaient passer aucun mensonge et révélaient la vérité telle qu’elle était.
« Si tu n’avais voulu que de l’attention, il y avait d’autres moyens d’en obtenir. Pourtant, tu as choisi la chevalerie. C’est donc que tu voulais vraiment devenir chevalier. »
Quand avait-il voulu devenir chevalier pour la première fois ? Il ne s’en souvenait plus. Mais ce sentiment, cette envie de devenir chevalier, était bien réel.
« Tu n’as pas négligé les efforts nécessaires pour devenir chevalier. N’est-ce pas ? »
« Oui. »
Theo hocha la tête et se fit une promesse.
Pour que ces paroles ne deviennent pas mensongères, il travaillerait encore plus dur.
Chaque fois qu’il se comparerait à Allen et que l’autodénigrement pointerait le bout de son nez, avec cette pensée — De toute façon, je n’en suis pas capable… —, il se rappellerait les paroles d’Elbert.
Respecter les autres, mais aussi se respecter soi-même.
« Je défierai Allen à nouveau. Et quand je l’aurai vaincu… accepterez-vous de faire de moi votre écuyer ? »
« Bien sûr. »
Une lumière chaleureuse jaillit de la main d’Elbert, effleura la peau de Theo et guérit ses blessures.
Il avait encore quelques égratignures, mais le gonflement de ses ecchymoses avait complètement disparu. C’était une bénédiction de l’Ange de la Régénération.
« Quand une ombre assombrira ton cœur, répète-toi ceci : “Sois chevalier.” »
« Oui ! »
Sois chevalier. Quand Theo répéta ces mots en son for intérieur, ils trouvèrent naturellement leur place dans son cœur.
Theo bondit sur ses pieds. Sa force, c’était de se remettre vite d’un coup au moral. Allen le lui avait déjà dit.
« Seigneur Elbert, merci pour vos paroles et votre bénédiction. Je ferai de mon mieux. »
« Si tu rentres chez toi, je t’accompagnerai. Madame Lawrence s’inquiète pour toi. »
« Non, je me sens beaucoup mieux, alors je vais m’entraîner un peu avant de rentrer. »
Theo serra le poing pour montrer qu’il avait retrouvé toute son énergie. Les épaules d’Elbert frémirent de rire.
« Hé hé, vraiment ? Alors, donne tout ce que tu as. »
« Oui ! »
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