Chapitre 64
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Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 4 Ch. 3 : Les circonstances de la Chanteuse Lily
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« Pourquoi cette femme est-elle ici ? »
En marmonnant, Hugo sortit de la ruelle et se dirigea vers la place.
Theo se hâta de le suivre.
« Hugo, tu la connais ? »
« La connaître, enfin… Tu l’as rencontrée, toi aussi. »
« … Quoi ? »
À cet instant, la Chanteuse Lily tourna les yeux vers eux et les écarquilla. Elle interrompit son chant et lança au groupe : « Désolée, je dois m’absenter un instant », avant de se frayer un chemin dans la foule.
« Theo, on la suit ! »
« Hein ? Ah, d’accord… ? »
Ils étaient en mission et devaient attendre Hulk. Theo savait qu’ils ne devraient pas quitter cet endroit, mais il ne pouvait pas laisser une jeune femme partir seule après le coucher du soleil.
De plus, la Chanteuse Lily s’était engouffrée dans une ruelle étroite qui n’inspirait vraiment pas confiance.
Theo ne connaissait pas bien le quartier, mais il sentait d’instinct où s’arrêtait la zone sûre. Worg, où il avait grandi, avait elle aussi ses frontières de ce genre.
À voir le chemin où Lily avait disparu, son instinct le mettait en garde : c’était un endroit « dangereux ».
Je vais ramener Lily tout de suite, puis retourner chez le courtier en renseignements !
Sa décision prise, Theo suivit Hugo dans le passage étroit.
On ne pouvait pas vraiment appeler ça une route. C’était plutôt une minuscule brèche entre des bâtiments, qui n’avait jamais été prévue pour laisser passer des gens. Les lampes à gaz ne l’éclairaient pas, et de grandes caisses en bois ainsi que des ordures jonchaient le sol, empêchant de voir loin devant soi.
Où est Lily… ?
Lily était introuvable dans son champ de vision.
Hugo grommela, visiblement très mécontent.
« Bon sang. J’ai pas envie de bosser… “Manifestation de l’armement maudit : Servir l’Hymne sacré.” »
Du Sceau de malédiction sous le tour de cou d’Hugo s’écoula une malédiction rouge sombre, goutte après goutte, qui forma une robe de choriste.
Après avoir plaqué la dernière touffe sur sa tête et lui avoir donné la forme d’une coiffe, Hugo ferma les yeux.
« Hugo, qu’est-ce que tu comptes faire ? »
« Tu parles trop fort, alors tais-toi un instant… Il y a une voix de femme dans cette direction. Elle dit : “Lâchez-moi.” On a un problème. »
La Manifestation de l’armement maudit augmentait les capacités physiques, mais, chez Hugo, elle semblait surtout aiguiser l’ouïe.
La direction qu’il indiquait menait à une porte dans le bâtiment voisin.
« Allons l’aider. »
Quand Theo déclara cela d’un ton ferme, Hugo le dévisagea, stupéfait, puis prit des airs de vétéran pour lui donner ses ordres.
« Alors, je les immobilise. Toi, tu sors la chanteuse de là. »
« Compris. »
« Ne va pas t’imaginer que tu peux leur donner une leçon. Si ça tourne au scandale et qu’on se fait interroger, ça va nous faire chier ! »
Un interrogatoire était nécessaire. Theo aurait voulu protester contre le fait de qualifier ça de corvée, mais il était vrai qu’ils ne pourraient pas mener leur mission à bien s’ils se faisaient questionner maintenant.
« Raaah… Bon, d’accord… »
Réprimant son mécontentement, Theo tendit la main vers la porte.
Il fit signe à Hugo qu’il était prêt. Celui-ci se mit à chanter d’une voix légèrement plus basse.
« “Dieu envoie ses anges. Ils nourrissent le peuple, guérissent les souffrants et chassent le mal par leur tonnerre.” »
À peine le verset achevé, quelque chose s’écrasa à l’intérieur.
Les personnes prises dans la Domination avaient probablement cessé de bouger.
Theo ouvrit la porte. Dans la pièce crasseuse, deux hommes d’âge mûr se tenaient immobiles, l’air absent, tandis que la Chanteuse Lily, aux cheveux noirs, gisait à leurs pieds. Une corde solide était tombée à côté d’elle. Les hommes avaient probablement ligoté Lily et s’apprêtaient à l’attacher.
Réprimant son envie de frapper les hommes, Theo hissa la Chanteuse Lily sur son dos. Une personne sous l’emprise de la Domination était un peu plus facile à porter qu’une personne inconsciente.
Theo sortit en courant, Lily sur le dos. Hugo le suivit en continuant de chanter.
« “Les anges guident le peuple en tenant le Livre de la guidance. Les bienfaits de l’abondance, la guérison miséricordieuse, le tonnerre du gardien et la mer des bénédictions, tout est sous la protection de Dieu.” »
Sa voix était belle et solennelle, rien à voir avec celle du garçon qui la reluquait un instant plus tôt.
Si les circonstances avaient été différentes, Theo aurait voulu s’asseoir pour en profiter comme il se devait.
Après avoir terminé le verset, Hugo dissipa sa Manifestation de l’armement maudit.
Libérée de la Domination d’Hugo, la Chanteuse Lily s’écria sur le dos de Theo :
« Où suis-je… ? Ah, vous deux… ! »
Lily remua, et Theo paniqua. Si elle se débattait, il risquait de la laisser tomber.
Sa panique était pourtant bien naturelle. Ils auraient dû commencer par se présenter.
« Mademoiselle Lily, je vous en prie, calmez-vous. Nous ne sommes absolument pas des gens suspects… »
« Pas besoin de te présenter. On s’est rencontrés dans la journée. »
Theo écarquilla les yeux en entendant Hugo.
Hugo regarda la Chanteuse Lily d’un air sarcastique.
« Tu es la sœur cadette qui était avec Holy Maiden of Creation Cheryl, pas vrai ? Comment tu t’appelais déjà… Cecily ? »
La chanteuse se tut sur le dos de Theo.
Enfin, elle répondit d’une voix très, très faible.
« … C’est exact. »
* * *
Cecily Wolford était née deuxième fille de la famille Wolford, qui avait donné de nombreux membres talentueux au Saint-Siège.
Ses parents, sa sœur aînée Cheryl et son frère cadet Keith étaient tous Bénis. Cecily, elle, n’avait reçu aucune Bénédiction.
En outre, comparée à sa sœur, Cecily était quelconque et sans éclat. Elle n’avait aucun talent particulier.
Elle s’entendait bien avec ses frères et sœurs, mais il était évident que ses parents ne s’intéressaient pas à elle.
Parmi les enfants de la famille, Cecily était la seule à n’avoir rien de spécial. On pouvait la remplacer ; sa présence ou son absence ne changeait rien.
Elle voulait devenir quelqu’un de spécial. Elle voulait que les gens la trouvent spéciale. Elle savait qu’un tel désir était indigne de quelqu’un qui servait Dieu, mais il n’avait jamais quitté son cœur.
Si seulement j’étais plus mignonne, peut-être que tout le monde ferait attention à moi.
Quand elle se regardait dans le miroir avec cette pensée en tête, le reflet lui renvoyait une expression si servile que Cecily se trouvait affreusement laide.
Un jour, Cecily trouva une petite peluche en ville. C’était un lapin assez petit pour tenir dans sa paume.
« Oh, c’est à moi ! Tu l’as ramassé pour me le rendre ? Merci ! »
La fille qui accourut en disant cela semblait avoir à peu près le même âge que Cecily.
Elle portait ses cheveux noirs en deux hautes couettes et une jupe courte. Cecily n’aurait jamais porté une telle tenue, pourtant le visage de la fille était exactement le même que le sien.
Elles se dévisageaient, stupéfaites, quand un homme d’âge mûr, qui semblait accompagner la fille, l’interpella : « Qu’est-ce qu’il y a, Lily ? » En voyant le visage de Cecily, il ouvrit lui aussi de grands yeux.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? Vous vous ressemblez comme deux gouttes d’eau. On vous prendrait pour des jumelles. »
C’est ainsi qu’elle rencontra Lily.
Lily semblait faire partie d’une troupe de spectacle qui se produisait en ville. Elle dansait bien et savait écrire des chansons et composer des chorégraphies, mais elle chantait assez mal.
Cecily, elle, chantait bien. Elle avait répété des hymnes quotidiennement depuis aussi longtemps qu’elle s’en souvenait, et était certaine de mieux chanter que les filles de son âge.
Les chansons écrites par Lily n’avaient rien à voir avec les hymnes. Leurs mélodies et leurs paroles étaient exactement le genre de choses qui feraient froncer les sourcils aux adultes de l’entourage de Cecily.
Mais Lily avait l’air si heureuse et pleine de vie en les composant que Cecily en chanta une, juste une fois.
Lily et les adultes de la troupe furent stupéfaits par sa voix, puis l’applaudirent à tout rompre.
Des applaudissements. Oui, des applaudissements. Cecily Wolford avait probablement reçu pour la première fois de sa vie des applaudissements pour son propre talent.
« C’est incroyable… Tu es formidable, Cecily ! Tu chantes super bien ! Dis, dis, tu pourrais monter sur scène à ma place, juste une fois ? Juste une fois ! Une seule fois ! »
Cecily ignorait qu’il était si agréable de recevoir des compliments qui lui étaient destinés. Elle ne savait pas que cela pouvait faire bondir son cœur ainsi.
Aussi prit-elle « juste une fois » pour prétexte et décida de monter sur scène.
En Chanteuse Lily, les cheveux noirs attachés haut et vêtue d’une jupe courte.
Lily attacha les cheveux de Cecily, la maquilla, puis accrocha la peluche en forme de lapin à la taille de son costume. Avec un large sourire, elle s’exclama :
« On se ressemble trop, pas vrai ? Regarde, regarde ! On est identiques ! »
Une dame ne devait pas porter une coiffure pareille. Ni une jupe courte. À l’âge de Cecily, si elle en portait une, on se moquerait d’elle en la prenant pour une pauvre qui n’avait pas les moyens d’acheter assez de tissu ou pour une prostituée.
Et pourtant, pour la première fois de sa vie, Cecily trouva jolie la personne que lui renvoyait le miroir.
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