Chapitre 52
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Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 3, ch. 10 : Culpabilité, dégoût de soi et réflexion
──────
Theo, Hugo et Archibald arrivèrent au quartier général de l’Ordre des chevaliers sacrés, dans le District sacré de Reyel. Un homme barbu d’une quarantaine d’années, aux cheveux noirs, et une femme d’une vingtaine d’années, aux longs cheveux châtains lisses, les accueillirent.
Tous deux portaient l’uniforme de l’Ordre des chevaliers sacrés et une épée à la ceinture.
La femme aux cheveux châtains, au visage sévère, prit la parole d’un ton raide.
« Merci d’avoir fait le déplacement. Je suis Stella Garnett, capitaine de la quatrième division des chevaliers. »
« Diego Falke, capitaine de la cinquième division des chevaliers. Ah, désolé pour tout ça. »
Diego avait l’air plutôt épuisé.
Sur ce point, il n’était pas sans rappeler JJ, mais cet homme avait assez de muscles pour se déplacer avec agilité dès que le combat s’engageait. Contrairement à JJ, c’était un homme d’âge mûr qui savait se battre.
Diego regarda Archibald et lui adressa un sourire affable, presque obséquieux.
« Stella va faire visiter les lieux à nos invités, et je vais emmener l’administrateur Archibald dans une autre pièce. »
Diego avait qualifié Theo et Hugo d’« invités ». Autrement dit, il laissait entendre qu’Archibald, lui, n’en était pas un.
Diego affichait un sourire poli, mais son regard posé sur Archibald portait un léger défi.
Une tension s’installa entre eux.
« … Je suis chargé de surveiller ces deux-là. Je dois les accompagner. »
« Ah, désolé. Le Régiment d’infanterie de la Garde royale des Plumes est le bras armé personnel du prince héritier, n’est-ce pas ? Il y a des choses, au quartier général, que nous préférerions vous éviter de voir. »
Diego savait qu’Archibald n’était pas un Chevalier gris ordinaire, mais un homme détaché provisoirement du Régiment d’infanterie de la Garde royale des Plumes.
Les Chevaliers gris comme le Régiment d’infanterie de la Garde royale des Plumes relevaient de l’autorité du prince héritier.
Mais les Chevaliers gris n’étaient que des pions sacrifiables. Le Régiment d’infanterie de la Garde royale des Plumes, lui, ne comptait que des membres d’élite, profondément loyaux envers le prince héritier.
Diego se méfiait du prince héritier Richard, qui se tenait derrière le Régiment d’infanterie de la Garde royale des Plumes.
Archibald répondit d’une voix mesurée.
« … Très bien. Je m’y conformerai. »
« Bien, encore désolé. Stella, ma chère, montre donc les lieux à nos invités. »
Stella, la femme aux cheveux châtains, hocha légèrement la tête et invita Theo et Hugo à la suivre.
Theo dut accélérer le pas pour ne pas perdre Stella. Elle marchait d’un pas vif et assuré ; le petit Theo aurait été distancé s’il ne s’était pas dépêché.
Stella jeta un coup d’œil en arrière, puis parut soudain surprise.
Elle ralentit un peu.
« … Quel âge avez-vous, tous les deux ? »
« J’ai quatorze ans. »
« Quinze ans, madame. »
« Je vois. Vous êtes encore mineurs… Je ne comprends pas qu’on envoie des gens aussi inexpérimentés sur un champ de bataille. »
À ces paroles amères, Hugo prit un air qui semblait dire : « Pff… »
Theo se composa un visage sérieux et répondit :
« Je ferai de mon mieux pour ne pas gêner les Chevaliers sacrés. »
« Ah, non, ce n’est pas… »
Pour une raison quelconque, Stella se troubla et continua de marmonner.
« Je ne voulais pas dire que vous étiez immatures… Enfin, vous êtes des enfants, et c’est dangereux d’envoyer des enfants sur un champ de bataille… »
Theo et Hugo la regardèrent en silence.
Stella se racla la gorge et leur demanda d’un ton sévère :
« Si quelqu’un de la quatrième division des chevaliers vous a maltraités, dites-le-moi. Je le réprimanderai sévèrement. »
« Merci de vous en préoccuper. »
Quand Theo la remercia, Stella se retourna brusquement et reprit son allure vive… Puis, après quelques pas, elle sembla se souvenir de quelque chose et ralentit de nouveau.
C’était quelqu’un de bien.
Après avoir parcouru un peu plus de chemin, elle se remit à leur jeter des coups d’œil en arrière.
Elle semblait hésiter à leur parler. Theo prit donc les devants et lui demanda délibérément :
« Excusez-moi. Ai-je fait quelque chose d’impoli ? »
« Ah, non, pas du tout. Euh… Beryl va bien ? »
La question surprit Theo. Hugo afficha la même expression.
Beryl, avec ses cheveux couleur sable, sa peau brune et sa jolie jupe portefeuille.
« Oui ! Mademoiselle Beryl prend toujours bien soin de nous. »
Stella connaissait donc Beryl. Les Chevaliers gris travaillaient souvent avec les Chevaliers sacrés ; elles avaient probablement fait connaissance au cours d’une mission.
Quand Theo acquiesça avec enthousiasme, Stella fronça les sourcils, pour une raison qui lui échappa.
Elle regarda nerveusement autour d’elle, vérifia qu’il n’y avait personne à proximité, puis demanda à voix basse :
« Beryl… Elle ne se mêle pas sans discernement aux hommes, ou ne vous cause pas des ennuis, à vous deux ? »
Theo resta sans voix.
Beryl était assurément une femme séduisante. Parfois, son charme lui faisait manquer un battement de cœur, mais, en tout cas, elle ne faisait rien de ce que Stella suggérait.
Et surtout, Theo n’aimait pas que Stella lui demande si Beryl leur causait des ennuis. Depuis qu’il était devenu Chevalier gris, Beryl l’avait toujours aidé.
Il protesta donc avec fermeté :
« Mademoiselle Beryl n’est pas ce genre de personne ! »
Sa voix lui avait paru plus forte qu’il ne l’aurait cru.
« Imbécile, ne lui tiens pas tête ! » Hugo se servit de Theo comme d’un bouclier et se glissa derrière lui.
Stella ne se fâcha pas de l’attitude de Theo. Au contraire, elle se figea, la bouche entrouverte, comme si ses paroles l’avaient choquée.
Finalement, Stella se mit à parler dans un flot précipité et confus, difficile à suivre.
« N-non, ce n’est pas ça. Je ne cherchais pas à l’insulter… Enfin, oui, formulé comme ça, c’est insultant… Pff… Tant qu’elle va bien, c’est l’essentiel. Je suis désolée. Oubliez ce que j’ai dit. »
Son air embarrassé lui donnait celui d’une amie qui s’inquiétait maladroitement pour une autre, ce qui laissa Theo perplexe.
Alors Hugo passa prudemment la tête derrière Theo et demanda :
« Euh, il s’est passé quelque chose entre vous et Grande Sœur Beryl pendant une mission ? »
« … Rien du tout. En tant que capitaine des Chevaliers sacrés, je voulais seulement m’assurer qu’une ancienne Chevalière sacrée ne se comportait pas de manière honteuse. »
Le « Quoi ? » stupéfait de Theo et celui de Hugo se chevauchèrent.
Stella réagit elle aussi d’un « Quoi ? » surpris.
Après un silence gêné, Stella demanda d’une petite voix :
« … Vous ne le saviez pas ? Beryl était une ancienne Chevalière sacrée… »
« C’est la première fois que je l’apprends. »
Quand Theo hocha la tête, les yeux de Stella s’écarquillèrent et elle se raidit.
Elle avait l’air de quelqu’un qui venait de comprendre : « J’ai fait une gaffe ! »
Elle avait révélé par inadvertance quelque chose que Beryl avait tenu secret, en son absence. La culpabilité se lisait sur son visage tandis que Stella s’efforçait de prononcer ces mots :
« Je suis désolée. Oubliez ça… »
Jusqu’à leur arrivée, Stella garda les lèvres serrées et ne dit plus un mot.
Pourtant, les mots « Culpabilité, dégoût de soi et réflexion » semblaient inscrits sur son dos digne.
Theo se sentit secrètement soulagé.
(Elle ne déteste probablement pas mademoiselle Beryl.)
(Mais mademoiselle Beryl était une ancienne Chevalière sacrée…)
La nouvelle l’avait surpris, mais, à présent qu’il le savait, cela lui paraissait logique.
Beryl semblait avoir connu Duncan Lawrence, le père d’Allen que Theo appelait « père », et ancien Chevalier sacré. Elle appelait aussi le héros Elbert « El » et se montrait familière avec lui.
Elle avait peut-être paru trop libre d’esprit pour être une Chevalière sacrée, mais si elle l’avait été autrefois, il était logique qu’elle ait déjà su combattre les Termea à un si jeune âge.
Même si des gens ordinaires devenaient soudainement des Marcheurs fous, cela ne signifiait pas qu’ils pouvaient aussitôt combattre les Termea. En fait, il était plus naturel de détester le combat, comme Hugo.
Beryl savait probablement déjà se battre contre les Termea quand elle était devenue Chevalière grise.
(Si je demande à mademoiselle Beryl ce qu’elle sait de père Duncan… me le dira-t-elle ?)
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