Chapitre 51
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 3, ch. 9 : (J’étais en fait assez inquiet)
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« Allen Lawrence ! Affronte-moi ! »
Allen sourit malgré lui. À cette vue, Oswald fronça davantage les sourcils. Il avait l’air d’assister à quelque chose de troublant.
Allen n’avait jamais rencontré le garçon aux cheveux noirs. Pourtant, celui-ci avait manifestement quelque chose à lui dire.
Le garçon avait des traits d’une finesse exceptionnelle. S’il gardait le silence, il aurait pu sembler délicat et beau. Mais à présent, le visage rouge de colère, il fixait Allen d’un regard furieux.
« Si je gagne, la place d’écuyer du Commandant Randolph sera à moi ! »
« Ah, je vois. C’est donc de ça qu’il s’agit… »
Ce garçon semblait convoiter la place d’écuyer du héros Elbert Randolph.
Allen ne tenait pas particulièrement à devenir écuyer. Contrairement à Theo, il n’admirait pas spécialement le héros Elbert.
À vrai dire, Theo ne ratait jamais une occasion de faire l’éloge d’Elbert, ce qui agaçait un peu Allen, en grand frère qu’il était. Theo ne le complimentait pas autant, lui.
La place d’écuyer m’est égale, mais… m’en servir comme appât pour trouver un partenaire d’entraînement, ça pourrait marcher.
Tandis qu’Allen pesait discrètement le pour et le contre, Oswald grimaça et s’adressa au garçon.
« Keith, Allen Lawrence possède une Double Bénédiction. Avec ton niveau… »
« Capitaine Gregory, vous le savez, non ? Moi aussi, j’ai une Double Bénédiction, alors nous sommes à égalité ! »
Tiens ? Allen ouvrit de grands yeux.
Ce garçon nommé Keith possédait donc lui aussi deux grâces.
Les Bénis reçoivent la Grâce d’un ange parmi ceux de la 〈Destruction〉, de la 〈Régénération〉 ou de la 〈Création〉, et acquièrent des pouvoirs propres à cet ange.
La 〈Destruction〉 confère une amélioration des capacités physiques et des techniques de combat.
La 〈Régénération〉 confère des pouvoirs de guérison.
La 〈Création〉 permet de créer quelque chose à partir de rien.
Quelle que soit leur grâce, les Bénis disposent de capacités physiques accrues, ce qui suffit déjà à les rendre redoutables.
C’est pourquoi on estime souhaitable que les Chevaliers sacrés soient des Bénis. Mais ceux-ci sont extrêmement rares. Et les personnes dotées de deux grâces, qu’on appelle Double Bénédiction, ne sont qu’une dizaine.
Ce garçon, Keith, était l’une d’elles.
« Je vais te le dire tout de suite : j’ai deux grâces ! La 〈Création〉 de rang moyen et la 〈Régénération〉 de rang moyen ! »
« Je vois. C’est impressionnant. »
À vrai dire, Allen ne s’intéressait guère à ses propres grâces.
On lui avait dit qu’il possédait la 〈Destruction〉 et la 〈Régénération〉, mais il n’avait jamais eu envie d’en examiner les rangs.
Toutefois, après avoir rejoint l’Ordre des chevaliers sacrés, il avait passé un examen des grâces, en présence du Comité d’étude des grâces et des Trois Saintes Vierges. Il avait ainsi appris leur nature et leur puissance.
« Ma 〈Destruction〉 est de rang moyen et ma 〈Régénération〉 de rang inférieur, je crois. »
« Alors je suis meilleur que toi, puisque mes deux grâces sont de rang moyen ! »
Keith gonfla les narines, le visage empreint d’une confiance inébranlable.
Ce trait de caractère rappela Theo à Allen. Mais jusqu’où ce garçon pouvait-il aller ?
« D’accord. Battons-nous. Tu peux aussi utiliser la 〈Création〉. »
* * *
Aux paroles d’Allen Lawrence, Keith afficha un large sourire.
Ce type me prend de haut parce que je suis plus jeune… !
Il n’y avait rien de plus grisant que d’écraser par sa seule compétence quelqu’un qui vous sous-estimait.
Et surtout, ce type était la pire des ordures. Personne ne lui reprocherait de le rouer de coups. Et si quelqu’un s’en mêlait, Keith le frapperait aussi.
« J’arrive ! »
Une épée apparut dans la main de Keith, créée grâce au pouvoir de la 〈Création〉.
Avec une 〈Création〉 de rang inférieur, les armes produites étaient petites ou fragiles. Mais l’épée de Keith, créée grâce à une 〈Création〉 de rang moyen, était bien plus solide qu’une épée ordinaire en Acier rouge.
Allen était Béni de la 〈Destruction〉, qui lui conférait des capacités physiques supérieures.
Keith ne possédait pas la 〈Destruction〉, mais la 〈Régénération〉 et la 〈Création〉 suffisaient à accroître ses capacités physiques. Leurs conditions ne devaient pas être si différentes.
Keith abattit sur Allen l’épée qu’il venait de créer.
Mais avant qu’il ait pu achever son mouvement, le poids disparut de sa main.
… Quoi ?
L’épée de Keith tourbillonna dans les airs et se planta dans le sol.
Quelques secondes plus tard, elle disparut.
« Ah. Donc les épées créées avec la 〈Création〉 disparaissent après un certain temps si on les lâche. Seuls les utilisateurs de rang supérieur peuvent les donner à quelqu’un d’autre, c’est ça ? J’ai bon, Oz ? »
« C’est ça. »
Keith sursauta.
Allen, qui se tenait devant lui, se trouvait maintenant derrière lui, sans qu’il comprenne comment.
Qu’est-il arrivé à mon épée ? Elle m’a échappé des mains ?
Keith créa précipitamment une autre épée et la leva.
Allen laissa pendre son bras armé le long du corps. Il avait l’air détendu, mais pas sans défense. Keith avait l’impression que, peu importe d’où il attaquerait, ce type saurait parer le coup.
Allen inclina légèrement la tête et esquissa un sourire.
« Tu as une Double Bénédiction, alors ton acuité visuelle dynamique doit être bonne, non ? Je vais recommencer, regarde bien. »
Allen bougea. Keith prit aussitôt une posture défensive.
L’épée d’Allen disparut de sa vue. À cet instant, Keith sentit quelque chose d’anormal dans sa main.
Une vibration parcourut la poignée de son épée. Puis celle-ci lui échappa des mains et disparut !
Il… a frappé la poignée !
Il avait frappé à toute vitesse l’épée que Keith tenait, du côté de la poignée. Dit comme ça, cela paraissait simple. Mais combien de personnes étaient capables d’un tel geste au corps à corps ? Une seule erreur, et l’épée de l’adversaire les aurait tranchées net.
Alors, et ça… ?
Keith créa trois épées à la fois et les lança sur Allen.
Contrôler leur trajectoire et les maintenir en existence pour qu’elles ne disparaissent pas une fois lâchées exigeaient toutes deux de la concentration. C’était l’atout secret de Keith.
« Seulement trois ? »
Allen inclina la tête et dévia vers le haut les épées qui fonçaient sur lui. Une, deux, trois. Elles se plantèrent toutes dans le sol, au loin, et disparurent.
Keith tenta précipitamment de créer une autre épée. Mais Allen fut plus rapide et lui enfonça la poignée dans le ventre.
« Joli petit numéro de cirque. »
Vlan ! Un choc violent le frappa, puis des vibrations se propagèrent dans tout son corps.
C’est absurde… C’est quoi, ça… ?! Et dire que c’est une telle ordure !
Ce n’était pas seulement une question de vitesse ou de force. Keith sentait la technique derrière ses mouvements.
Tandis que Keith tombait à genoux, Allen prit la parole comme s’il se parlait à lui-même.
« Il y a longtemps, j’ai voulu faire comprendre à quelqu’un la différence de force entre nous, alors j’ai brisé son épée. Mais les éclats lui ont blessé le visage… »
Allen ne regardait pas Keith, devant lui, mais Oswald.
« Alors j’ai changé de méthode. »
* * *
Oswald Gregory, homme prudent, fronça les sourcils ; son visage marqué d’une cicatrice se crispa.
Il se rappela huit ans plus tôt.
Pensant qu’il allait apprendre à Allen, devenu arrogant à force d’être qualifié de prodige, la dure réalité de la vie de Chevalier sacré, Oswald avait essuyé une défaite écrasante.
Oswald avait alors quinze ans. Allen en avait environ neuf.
À cette époque, Allen avait le regard bien plus désolé, et « Quelle galère » était son expression favorite.
Quand Allen disait « Quelle galère », il ne voulait pas dire : « J’ai la flemme. » Il voulait dire : « C’est pénible. »
Le poids des attentes des adultes envers son talent et l’amertume des garçons de son âge, jaloux de lui, avaient dû écraser Allen. Tout lui paraissait pénible.
« Oz, quelle galère. »
Même aujourd’hui, les doigts d’Oswald se souvenaient du poids et de la force incroyables de l’épée qu’Allen avait maniée en marmonnant ces mots. S’il n’avait pas été Béni, les os de ses doigts auraient pu voler en éclats.
Pourtant, comme il refusait obstinément de perdre, Allen avait brisé son épée en deux.
Quand ces éclats avaient entaillé le visage d’Oswald, quelle expression Allen avait-il affichée, au-delà du sang frais ? Oswald ne s’en souvenait pas.
« Tu abandonnes déjà ? Mon petit frère Theo, lui, riposte même après s’être fait réduire en bouillie. »
Perdu dans ses souvenirs amers, Oswald revint brusquement à lui et reporta son attention sur la scène devant lui.
Le pauvre Keith avait complètement perdu l’envie de se battre. Après avoir vu une telle différence de force, c’était bien naturel.
Keith marmonna un bref « Bon sang », tourna le dos à Allen et s’enfuit.
Oswald éprouvait de la compassion pour lui, mais cette expérience lui serait également utile.
Allen semblait déjà avoir perdu tout intérêt pour Keith et affichait une expression comme si rien ne s’était passé.
« Oz, j’ai faim. »
Sans un mot, Oswald passa un doigt sur l’ancienne cicatrice de son visage.
Allen eut l’air un peu gêné. Oswald en fut surpris.
Il semblait qu’il s’était fait une image trop figée d’Allen Lawrence, toujours ramené au gamin qu’il était huit ans plus tôt.
« Alors, tu avais bien un cœur capable d’éprouver des remords. »
« Hé, c’est dur… Je m’en suis fait, tu sais ? Je me suis dit : “J’ai fait d’Oz un bel homme…” »
Il couvrit ses paroles d’une plaisanterie, mais les coups d’œil qu’il lançait sans cesse à Oswald pour guetter sa réaction étaient ceux d’un garçon de dix-sept ans.
C’est vrai. Malgré son talent, Allen venait tout juste d’atteindre l’âge adulte et manquait encore de maturité. Oswald, lui, était un adulte de vingt-trois ans.
Ce type…
Un peu plus tôt, Allen avait demandé : « Se pourrait-il que… tout le monde me déteste ? »
… On ne te déteste pas. On t’envie et on te craint.
Oswald aussi éprouvait cette envie et cette crainte. Mais il les ravala et répondit avec le calme d’un adulte.
« Cette cicatrice m’a rendu prudent. Ne t’en préoccupe pas. Cependant… »
L’enfant dont le seul mérite avait été le talent et qui avait méprisé les autres avait grandi. Il était devenu un peu… oui, un peu meilleur. Au moins laissait-il entrevoir une part d’humanité, contrairement à avant.
Mais Oswald devait le lui dire.
« Je comprends parfaitement pourquoi Theo est si fort. »
« Parce que je l’ai entraîné. »
« Le fait que Theo n’ait pas craqué malgré les entraînements acharnés que lui a imposés un grand frère irresponsable dont le seul mérite est le talent est vraiment admirable. »
« … Je suis content que tu fasses l’éloge de Theo, mais tu ne me descends pas un peu trop, là ? »
Allen avait du talent et, à cause de cela, il avait été ballotté par les attentes et la jalousie de son entourage.
Theo, lui, n’avait aucun talent et, parce que les gens l’oubliaient, il avait continué à se dépasser.
Oswald se surprit à s’intéresser quelque peu à la façon dont ces deux frères vivaient.
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