Chapitre 5
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 1, chap. 5 : rétracté en trois secondes
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On disait que les trois anges au service de Dieu possédaient chacun les pouvoirs de 〈Destruction〉, de 〈Régénération〉 et de 〈Création〉.
Afin de guider l’humanité sur le droit chemin, les anges apparaissaient très rarement devant les hommes. Ils leur accordaient des révélations et leur grâce pour qu’ils puissent tenir tête aux Termea.
On appelait Maudits ceux en qui un Termea avait implanté une malédiction, et Bénis ceux qui avaient reçu la grâce d’un ange.
On disait que les Bénis acquéraient des pouvoirs différents selon la nature de la grâce qu’ils possédaient.
Ceux que bénissait l’Ange de 〈Destruction〉 obtenaient le pouvoir de détruire les Termea.
Ceux que bénissait l’Ange de 〈Régénération〉 obtenaient le pouvoir de soigner les blessures et de contenir les malédictions.
Ceux que bénissait l’Ange de 〈Création〉 obtenaient le pouvoir de créer et de matérialiser des armes et des armures.
Parmi les proches de Theo, Allen était Béni par l’Ange de 〈Destruction〉, tandis qu’Olivia était Bénie par l’Ange de 〈Régénération〉.
Quant à Elbert Randolph, le héros de l’Ordre des chevaliers sacrés, il était le seul homme au monde à avoir reçu la bénédiction des trois anges. On le tenait véritablement pour l’enfant chéri de Dieu.
* * *
On avait conduit Theo dans ce qui était sans doute la plus belle chambre de la meilleure auberge du coin. Il était assis, mal à l’aise, sur un canapé moelleux.
Avant de s’asseoir, il avait brossé son pantalon pour en retirer autant de poussière que possible. Malgré tout, il ne cessait de craindre de salir le canapé.
Devant Theo, Elbert et Beryl préparaient des linges propres et une bassine d’eau. Theo avait proposé de les aider, mais ils avaient gentiment décliné son offre.
« Hé, gamin. On va d’abord nettoyer tes blessures. Montre-moi tes mains. »
Beryl, une femme à la peau sombre et aux cheveux couleur sable, posa la bassine devant Theo.
« Euh… Je peux le faire moi-même… »
« Mais oui, mais oui. »
Theo tendit timidement ses deux mains, et Beryl nettoya délicatement ses blessures.
Elle avait l’air avenante et facile d’approche. Mais quel rôle occupait-elle au juste ? Puisqu’elle accompagnait Elbert, il était logique de supposer qu’elle appartenait à l’Ordre des chevaliers sacrés ou à un ordre religieux. Pourtant, elle ne ressemblait à aucune des deux.
« Dis, gamin, tu serais pas épéiste, par hasard ? Si c’est le cas, tu devrais mieux prendre soin de tes paumes. »
« Hein ? »
Beryl appuya sur les zones de peau épaissie des mains de Theo et les massa du bout des doigts.
« Ces callosités, c’est à cause d’une épée, pas d’une pioche, hein ? Ta grande sœur s’y connaît. »
Aux paroles de Beryl, le visage d’Elbert s’illumina aussitôt.
« Je vois. Toi aussi, tu manies l’épée ? Me dirais-tu ton nom ? »
« Je m’appelle Theo. »
« Theo. C’est un beau nom. »
Elbert, le héros qu’il admirait, venait de lui demander son nom et de le complimenter.
Rien que cela suffisait à lui faire bouillir la tête.
(Qu’est-ce que je fais ? Mon Chevalier sacré préféré… Le héros Elbert est juste devant moi… !)
Il devait avoir tant de choses à demander à un Chevalier sacré. Mais son cœur battait si fort qu’il n’arrivait pas à trouver la moindre question.
Tout ce qui lui venait à l’esprit, c’était : Ouah, c’est incroyable, il a l’air fort, qu’est-ce qu’il est classe ! Rien d’autre.
« Bon, voilà qui devrait suffire. Beryl, laisse-moi prendre ta place. »
« Pas de problème. »
Beryl eut fini de nettoyer les blessures et Elbert prit sa place.
Les paumes ouvertes de Theo laissaient encore lentement perler le sang. Elbert soutint l’une de ses mains par-dessous, s’agenouilla devant lui, près du canapé, et ferma les yeux.
« Theo, que la bénédiction soit avec toi. »
À ces mots, une pâle lueur enveloppa la main de Theo.
La douleur dans sa paume s’atténua et une douce chaleur s’y répandit peu à peu.
(C’est… la bénédiction de l’Ange de 〈Régénération〉.)
On disait que ceux qui recevaient la grâce de l’Ange de 〈Régénération〉 pouvaient accélérer la guérison de leurs propres blessures. Olivia lui avait expliqué que les siennes cicatrisaient elles aussi un peu plus vite.
Mais seuls quelques rares élus pouvaient transmettre ce pouvoir à autrui sous la forme d’une bénédiction. Ce n’était pas à la portée de n’importe qui.
« Remercie la miséricorde de l’Ange de 〈Régénération〉, qui prend ta douleur sur lui. »
Tandis qu’Elbert murmurait ces mots, Theo prit naturellement la parole.
« Oui. Je vous remercie du fond du cœur pour cette miséricorde. »
Comme cette lueur qui guérissait ses paumes était douce et chaleureuse !
Peu après avoir été recueilli par la famille Lawrence, Theo était tombé malade. Un soir, il s’était senti terriblement seul, en proie à la fièvre. Il avait pleuré, et Olivia lui avait tenu la main jusqu’à ce qu’il s’endorme.
… Cette chaleur lui rappelait celle de cette main. Et, avec elle, Allen, qui lui avait préparé un repas ridiculement énorme en disant : « Si tu as attrapé un rhume, il faut manger beaucoup. »
« C’est terminé. »
Perdu dans le réconfort de cette chaleur, Theo revint à lui.
La douleur avait disparu de ses paumes. Il en gratta le sang séché du bout des doigts : les blessures s’étaient évanouies sans laisser la moindre trace.
« C’est incroyable… »
Theo laissa échapper un souffle émerveillé devant ce miracle : Elbert avait partagé sa grâce avec lui.
Rencontrer le héros qu’il admirait, Elbert, était déjà incroyable en soi. Et voilà qu’Elbert l’avait béni.
« M-merci, Seigneur Elbert ! »
« Je t’en prie. Que l’avenir réserve beaucoup de bonheur à ce jeune épéiste. »
Tout cela était plus que Theo ne le méritait.
Il porta instinctivement une main à sa poitrine. La joie qui l’emplissait menaçait d’en déborder en mille morceaux.
« Euh, Seigneur Elbert, pourquoi êtes-vous venu dans cette ville ? »
À peine eut-il posé la question que Theo se figea. Emporté par l’excitation, il avait laissé échapper ce qui lui trottait dans la tête sans réfléchir.
Si Elbert était venu pour une mission, il ne pouvait sûrement pas en révéler les détails. Et si c’était pour une affaire personnelle, il était impoli de se montrer indiscret.
« J-Je suis désolé. Je n’aurais pas dû vous poser cette question sans réfléchir. Pardonnez mon impolitesse. »
Alors que Theo regrettait amèrement ses paroles, Elbert lui répondit avec un sourire légèrement ironique.
« Non, ne t’en fais pas tant. Je suis venu dans cette ville pour revoir une vieille connaissance. »
« Si vous venez de cette ville, vous le connaissez peut-être. Il s’appelle Duncan Lawrence, un ancien Chevalier sacré. »
À ces mots de Beryl, Theo releva vivement la tête.
Bien sûr qu’il connaissait Duncan Lawrence. C’était le père d’Allen.
« Duncan Lawrence est mort il y a un an. Son rhume a empiré… »
Elbert et Beryl écarquillèrent les yeux de surprise.
Beryl marmonna avant de pouvoir se retenir :
« Ce vieux n’avait que sa robustesse pour lui, et il est mort d’un rhume… »
« Beryl. »
Au ton réprobateur d’Elbert, Beryl se gratta les cheveux courts, couleur sable.
Puis elle regarda Theo avec l’air d’un chien qu’on venait de gronder.
« … Désolée, gamin. Tu connaissais le vieux Duncan, pas vrai ? “Nous rendons grâce aux pas d’un grand guerrier. Que son âme repose en paix.” »
Beryl joignit l’index et le majeur et dessina une Croix ailée du bout des doigts.
Elle traça d’abord les ailes de chaque côté, puis une ligne verticale de haut en bas. C’était la prière pour les morts : on dessinait ainsi le symbole de la foi de la Croix ailée, qui représentait, disait-on, la forme d’un ange.
Le recueillement des deux adultes fit comprendre à Theo toute l’affection et le chagrin qu’ils éprouvaient pour le défunt Duncan. Il demanda avec précaution :
« … Vous étiez proches ? »
« Oui. »
Ce fut Elbert qui hocha la tête avec tristesse.
Duncan Lawrence avait quitté l’Ordre des chevaliers sacrés environ sept ans plus tôt. Elbert devait donc avoir une vingtaine d’années à l’époque, avant d’être connu comme un héros.
« Sir Lawrence avait pris sa retraite à cause de sa blessure à la jambe, n’est-ce pas ? Cette blessure… il l’a reçue en me protégeant. »
La jambe droite de Duncan était une prothèse. Theo avait entendu dire qu’un Termea l’avait frappé d’une malédiction et qu’on avait dû lui amputer la jambe sous le genou.
(Cette blessure… il l’a reçue en protégeant Seigneur Elbert.)
Duncan n’avait jamais dit qu’il avait protégé le jeune Elbert. Theo pouvait vaguement comprendre pourquoi.
Dans le récit des exploits d’un héros, il n’était pas nécessaire de mentionner qu’un Chevalier sacré avait perdu une jambe pour sauver Elbert. Duncan ne voulait pas que sa propre blessure nuise à la réputation d’Elbert.
Chaque fois qu’il entendait parler des exploits du héros Elbert, Duncan s’en réjouissait. Il disait fièrement : « Ce type est incroyable. Un vrai héros. »
(Voilà pourquoi j’en suis venu à tant aimer le héros Elbert.)
Elbert devait lui aussi éprouver une profonde gratitude envers Duncan. C’était sans doute pour cela qu’il semblait si accablé par sa mort.
« Quand Sir Lawrence a quitté l’Ordre, il m’a demandé une chose. Il m’a dit : “Si mon fils grandit et rejoint l’Ordre des chevaliers sacrés, je compte sur toi.” »
Elbert posa son poing serré contre sa poitrine et murmura, comme s’il savourait ces paroles.
« Si le fils de Sir Lawrence envisage de devenir Chevalier sacré, je suis venu ici dans l’espoir de le prendre comme écuyer. »
Le fils de Duncan Lawrence. Autrement dit, Allen.
(Allen… l’écuyer de Seigneur Elbert…)
À cet instant, Theo ne réfléchissait sans doute pas très clairement.
La frustration de se faire oublier si facilement que les habitants de la ville ne se souvenaient pas de lui.
L’excitation d’avoir rencontré le héros qu’il admirait, Elbert, et reçu sa bénédiction.
La jalousie de voir Allen choisi comme potentiel écuyer du héros Elbert.
Toutes ces émotions se mêlèrent en un tel chaos que, sans même s’en rendre compte, il ouvrit la bouche.
« Je… »
Dire que son cœur était trop bouleversé pour laisser la raison faire son travail n’aurait été qu’une excuse.
« Je suis le fils de Duncan Lawrence. »
C’était probablement le premier mensonge que Theo ait jamais prononcé.
Ce premier mensonge lui laissa un goût amer sur la langue. Il ne fit qu’accroître son désarroi, le laissant avec un vide au creux de la poitrine.
Le sang quitta son visage pour affluer vers ses pieds. Sa vision se brouilla.
« … C’était un mensonge ! »
Trois secondes après avoir prononcé le premier mensonge de sa vie, Theo se rétracta et s’inclina profondément.
« J’ai menti. Je suis désolé ! »
Quand il releva la tête, Elbert et Beryl le fixaient, médusés.
Ah, qu’est-ce qu’il avait fait là…
De ses propres mains, il avait souillé la joie d’avoir rencontré un héros et la chance d’avoir reçu une bénédiction partagée.
« Excusez-moi ! »
Theo se précipita hors de la chambre sans se retourner.
La honte et le dégoût de lui-même lui tordaient les entrailles. Il voulait se frapper aussi fort qu’il le pouvait.
(… Je suis le pire ! Je suis le plus lamentable des idiots !)
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