Chapitre 48
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Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 3, ch. 6 : Un doux conte de fées
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Après avoir pris congé de Gertrude et de Beryl, Theo glissa Lenny dans sa poche et se dirigea vers la salle de détente.
Les étagères croulaient sous les livres apportés par des générations de Chevaliers gris, entassés sans ordre. Theo songea à y déposer le livret que Gertrude lui avait donné.
Il avait quelques réserves sur l’autrice de Écologie des Termea : demandez au docteur Termea !, mais le contenu était d’une précision remarquable. Il regorgeait d’informations que les Chevaliers gris devraient partager.
À une table de la salle de détente, Carla, la jeune fille aux cheveux blancs et aux yeux rouges, était assise bien droite devant un carnet ouvert.
Dernièrement, Carla ne portait plus son masque à l’intérieur de la Maison Cinder. Son visage blanc, enfantin, suivait avec sérieux les lignes de la page.
D’ordinaire, elle affichait un air absent, comme perdue dans ses souvenirs ; cette concentration avait donc quelque chose d’inhabituel.
« Carla. »
À l’appel de Theo, Carla releva brusquement la tête.
Ses cheveux blancs en bataille s’ébouriffèrent avant de retomber en place. Les yeux rouges, ronds de surprise, se posèrent sur Theo.
« Désolé. Je te dérange pendant que tu étudies ? »
« Pas étudier… Revoir… souvenirs… »
Tout en marmonnant, Carla rapprocha la chaise voisine.
Après l’avoir placée juste à côté de la sienne, elle leva les yeux vers Theo, l’air grave. Voulait-elle qu’il s’assoie là ?
« Excuse-moi », souffla Theo avant de prendre place près de Carla.
Leurs bras et leurs épaules étaient si proches qu’ils auraient pu se toucher, et Theo se sentit un peu tendu. Pour masquer son trouble, il baissa les yeux vers le carnet posé sur la table.
L’encre pâlie couvrait les pages du vieux carnet. Il avait été écrit il y a fort longtemps.
(Carla est donc frappée par la malédiction d’Immortalité…)
Carla ne se souvenait apparemment pas de son âge, mais elle avait sans doute vécu plus longtemps que quiconque à la Maison Cinder.
Ce carnet devait être très ancien, lui aussi.
Carla tourna le carnet ouvert vers Theo pour qu’il puisse mieux le lire.
« Un jour, un renard rusé, affamé et malin, découvrit un pommier devant lui. De nombreuses pommes rouge vif, luisantes, pendaient aux branches de l’arbre imposant et majestueux, au tronc épais et robuste. »
Carla avait-elle tracé ces lettres tremblantes ? Theo reconnut l’histoire.
« C’est… le conte de fées “Le Renard et les pommes” ? »
« Oui. »
C’était l’un des vieux contes de fées.
Le renard rusé trompait les petits lapins et gardait toutes les pommes pour lui. Ensuite, il dévorait les lapins. Une fois repu et si ballonné qu’il ne pouvait plus bouger, il se faisait avaler tout rond par un ours.
Mais le récit du carnet prenait une autre tournure en cours de route.
« Le renard rusé eut pitié des petits lapins et partagea les pommes avec eux. Puis un ours arriva, alors le renard partagea aussi ses pommes avec lui. Le renard, les lapins et l’ours mangèrent les pommes ensemble, heureux. »
Theo tourna doucement les pages du vieux carnet. Puis encore une fois.
Tous les récits étaient des contes célèbres, mais leur histoire différait légèrement.
Des voisins bienveillants sauvaient le berger naïf du loup. Le berger construisait une clôture et survivait.
La grande sœur, qui aurait dû se montrer cruelle envers la cadette, finissait par l’adorer et lui offrait son ruban préféré.
Le roi terrifiant changeait de conduite et devenait bon envers son peuple.
Un doux miracle venait en aide à la princesse tragique, qui finissait heureuse.
C’étaient de tendres histoires, modifiées peu à peu pour leur épargner une fin triste.
« Il y a longtemps, sauf quand je combattais les Termea, on m’enfermait dans une pièce sombre… Là, j’ai rencontré un livre… C’est lui qui m’a appris ces histoires. »
Carla lui avait dit un jour qu’elle cherchait un livre en particulier.
Elle n’avait besoin de rien d’autre que de le retrouver. Elle ne vivait que pour cela.
C’était sûrement de ce livre qu’elle parlait.
« Ce n’est qu’en lisant ces histoires que mon cœur devenait léger et tout doux… C’était mon moment de bonheur. »
Theo sentit la prière de quelqu’un dans les histoires consignées sur les pages du carnet.
Une prière bienveillante, pour que les enfants qui liraient ces histoires ne soient pas tristes.
Il espéra que cette prière avait été adressée à Carla.
« Quand ce livre a disparu, j’étais très triste. Je ne voulais pas oublier. Alors… je les ai recopiées. Pour ne pas oublier, même un peu. »
Carla suivit du doigt les lettres tracées à l’encre.
Son profil, d’ordinaire si absent, semblait à présent empreint d’une certaine tristesse.
« Mais il m’a fallu très longtemps avant de pouvoir utiliser du papier et un crayon… Je suis sûre que j’ai oublié beaucoup d’histoires. Ça me rend très triste. »
« Alors, cherchons-les ensemble. »
Les mots lui vinrent tout naturellement.
Ses cheveux blancs ondulèrent, et ses yeux rouges se tournèrent vers Theo.
« Toutes les histoires écrites ici s’inspirent de vieux contes de fées. Alors, si on en lisait des recueils, tu pourrais peut-être t’en souvenir. »
Il n’y avait aucun recueil de contes dans les étagères de la salle de détente.
La prochaine fois qu’ils sortiraient, ils pourraient donc passer dans une librairie pour en chercher. Ou demander à Noah et à Mme Moran, les employés subalternes, d’en emprunter à la bibliothèque.
« Quand tu te souviendras de quelque chose en les lisant, tu pourras l’écrire sur ces pages vierges… Hein ? »
Les notes du carnet s’arrêtaient alors qu’il ne restait que quelques pages.
Et, glissé dans la dernière page, se trouvait un petit mémo.
Un seul mot y était inscrit : « Theo. »
Pourquoi avait-elle glissé cela à l’intérieur ? Theo posa la question du regard, et Carla répondit avec calme.
« Parce que je ne veux pas oublier, alors je l’ai écrit. »
Le cœur de Theo se mit à battre à tout rompre.
Ce carnet renfermait des souvenirs précieux que Carla ne voulait pas oublier, et son nom y était glissé.
Ces quelques mots, « je ne veux pas oublier », le rendaient si heureux qu’il en avait presque le vertige.
Il baissa la tête pour que Carla ne voie pas son sourire, mais Lenny sortit le museau de sa poche.
« Meufuu. »
« Désolé, Lenny. Je ne peux pas relever la tête tout de suite. »
Il raffermit son visage pour en effacer le sourire. Un chevalier ne pouvait pas se laisser aller à sourire si facilement.
Theo releva son visage impassible et regarda Carla. Sa peau blanche était pâle et exsangue. Ses yeux rouges, d’ordinaire vagues, avaient cessé de dériver dans leur torpeur et le fixaient avec intensité.
La lumière du soleil qui filtrait par la fenêtre traversait ses cheveux blancs et soyeux, les faisant scintiller.
Sa poitrine se serra, sans qu’il sût pourquoi. Gardant cette émotion au fond de lui, Theo prit la parole.
« Merci d’essayer de te souvenir de moi. »
Carla semblait ne pas comprendre pourquoi il la remerciait. Ce n’était pas grave.
À l’époque où il vivait à Worg, Theo avait désespérément élevé la voix, cherché à se faire connaître et multiplié les efforts pour que les gens retiennent son visage et son nom.
Même après avoir travaillé plus dur que n’importe qui, les gens le reconnaissaient tout juste comme « le petit blond à la tresse ».
Être simplement considéré comme l’un des leurs, comme si cela allait de soi, rendait Theo si heureux qu’il aurait pu pleurer.
« Theo. »
Carla tendit la main. Ses doigts blancs effleurèrent la petite tresse de Theo.
« Je me souviens de toi. »
À peine la jeune fille eut-elle prononcé ces mots que la porte de la salle s’ouvrit à la volée.
Celui qui fit irruption était Hugo, le garçon aux cheveux orange et au visage couvert de taches de rousseur.
« Hé, Theo ! C’est grave, vraiment grave ! On nous a convoqués ! »
Carla baissa la main qu’elle avait tendue.
Theo calma les battements précipités de son cœur et regarda Hugo.
« Convoqués… pour une mission ? »
S’ils avaient été convoqués, c’était la seule possibilité qui lui venait à l’esprit.
Mais Hugo lui annonça une nouvelle à laquelle il ne s’attendait pas.
« Pas du tout. Le Prince de Rukeion, Son Altesse le Prince héritier Richard, est ici ! Il dit qu’il a affaire à nous ! Un prince nous a convoqués ! »
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