Chapitre 41
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Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 2, ch. 22 : Je veux ×× avec toi
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Dans une calèche qui roulait de Grandrium vers le District sacré de Reyel, Matthew, subordonné du Chevalier sacré Oswald Gregory, regardait par la fenêtre.
« C’était un Chevalier gris, à l’instant, non ? Theo, et… l’autre, c’était Carla ? »
Oswald plissa les yeux, mais ne parvint pas à distinguer Theo et les autres dans la foule. Matthew ne les avait remarqués que grâce à son excellente vue.
« Ils peuvent se promener dans Grandrium sans qu’un Chevalier sacré les surveille… Quel luxe pour des Marcheurs fous. »
« Ça a commencé après l’introduction des colliers, pas vrai ? La Sainte Vierge de la Création y était pour quelque chose… »
« Oui. »
Oswald répondit d’un air sombre et croisa les bras.
Le commandant actuel des Chevaliers gris avait réussi, Dieu sait comment, à obtenir la coopération de la Sainte Vierge. Même les hauts responsables du District sacré de Reyel n’auraient pas pu y parvenir facilement.
« Le commandant actuel des Chevaliers gris n’est pas quelqu’un d’ordinaire. Il doit être terriblement rusé, et disposer à la fois de talent et d’influence… Une chose est sûre, il a le soutien du Prince héritier Richard. »
Le commandant des Chevaliers gris gardait toute son identité secrète. Apparemment, seuls quelques hauts dignitaires du District sacré de Reyel savaient qui il était.
De plus, les Chevaliers gris appartenaient à l’Armée d’Erington, où le Prince héritier Richard, fils aîné du roi, exerçait le véritable pouvoir. Autrement dit, ces Marcheurs fous étaient eux aussi le fer de lance du prince.
Le District sacré de Reyel détenait presque le monopole des Bénis capables de combattre les Termea.
C’était sans doute pour cette raison que le prince voulait des forces capables de lutter contre les Termea en dehors des Bénis.
Finalement, la calèche arriva au District sacré de Reyel.
L’enquête sur le Termea apparu à Rejilna et dans le village voisin se poursuivait.
Il y avait eu un Termea de Quatrième catégorie capable de contrôler des marionnettes, ainsi que cinq victimes qu’il avait maudites et transformées en Termea.
L’essentiel était de recenser les disparus et de les comparer aux personnes devenues des Termea. Si une seule personne passait entre les mailles du filet, un Termea resterait en liberté.
Le nombre de Termea vaincus par le groupe d’Oswald correspondait au nombre total de victimes, mais, par précaution, des Chevaliers sacrés patrouilleraient encore quelque temps dans les environs.
Oswald était rentré au quartier général de l’Ordre des chevaliers sacrés, dans le District sacré de Reyel, pour faire son rapport.
« Il y a plus d’agitation que d’habitude, non ? »
En entrant au quartier général, Oswald regarda autour de lui. On n’aurait pas dit que son retour avait provoqué tout ce remue-ménage.
Matthew, qui avait l’ouïe fine, baissa la voix.
« … On dirait qu’ils font tout un foin à propos d’une nouvelle recrue. »
Homme prudent, Oswald Gregory avait naturellement consulté la liste des nouvelles recrues.
« Y avait-il quelqu’un qui méritait tout ce tapage ? »
« Je n’ai entendu que des bribes, mais apparemment quelqu’un a obtenu une faveur spéciale et va devenir l’écuyer du commandant Randolph… »
« Quoi !? »
Oswald ouvrit de grands yeux. Elbert Randolph, commandant de la Première division des chevaliers, était le seul héros au monde à posséder trois bénédictions. C’était aussi son supérieur.
(Personne ne m’a prévenu… De quel fils de noble s’agit-il ?)
Personne ne pouvait devenir l’écuyer de ce héros sans suivre la procédure, à moins qu’une famille noble ne l’y ait imposé.
Tandis que sa colère face à cette injustice montait, quelqu’un s’adressa à Oswald.
« Hé, cette cicatrice sur votre visage… Vous seriez monsieur Oz ? »
Oswald tressaillit. Il n’avait pas remarqué l’arrivée de son interlocuteur.
Devant lui se tenait un jeune homme aux cheveux bruns et aux traits doux. Au moment où Oswald se demanda qui il était, la vieille cicatrice qui lui barrait le visage en diagonale se mit à le brûler.
Huit ans plus tôt, lors de l’entraînement des apprentis Chevaliers sacrés, un garçon de neuf ans avait attiré l’attention.
Ce garçon avait reçu deux bénédictions, mais c’était un petit con insupportable qui méprisait tous ceux qui l’entouraient. Il n’en était pas moins fort comme un démon, et Oswald, qui avait quinze ans, n’avait pas fait le poids face à lui. C’est alors qu’il avait reçu sa cicatrice. Voilà pourquoi il était devenu si méfiant.
« Vous êtes… sûrement… »
Le garçon qui avait jadis regardé les autres avec froideur lui adressa un sourire chaleureux.
« Oui. À partir d’aujourd’hui, je suis apprenti chevalier. Allen Lawrence. »
Oswald se retint de toutes ses forces de hurler : « Démon ! »
Allen Lawrence était un démon. Doté d’un talent écrasant, c’était un enfant à problèmes incapable de comprendre les sentiments d’autrui et qui piétinait les cœurs sans y penser.
Le garçon qui avait brisé la fierté d’Oswald avant de quitter le District sacré de Reyel sans jamais devenir Chevalier sacré avait grandi et se tenait maintenant devant lui. Qu’est-ce que cela pouvait être, sinon un cauchemar ?
(Mais est-ce vraiment la même personne… ?)
L’Allen dont Oswald se souvenait était un enfant qui arborait un rictus travaillé. À l’époque, il méprisait tous ceux qui l’entouraient et traitait Oswald avec un mépris absolu, bien que celui-ci ait six ans de plus que lui.
Le voir sourire si joyeusement et avec tant d’affabilité lui donnait franchement la nausée.
« Maintenant que j’y pense, je ne vous ai pas vu à la réception de bienvenue, monsieur Oz. »
« … La réception de bienvenue ? »
« Oui. Ils m’ont réservé un accueil un peu musclé, mais j’ai fini par envoyer tout le monde à l’infirmerie, sans le vouloir. »
« … »
Les Chevaliers sacrés étaient censés être de nobles chevaliers au service de Dieu, mais certains avaient des manières déplorables.
Il semblerait que ces énergumènes, jaloux qu’Allen soit devenu l’écuyer d’Elbert, aient voulu lui faire subir une initiation violente et se soient fait battre à la place.
Allen sourit timidement.
« Je ne suis pas très doué pour parler, alors j’ai été soulagé qu’ils en viennent à la violence. »
C’était bien lui, ça. Aussi agréable que fût son apparence, il n’avait pas beaucoup changé au fond.
Oswald détourna le visage. Ce sourire était une véritable agression visuelle.
« Nous revenons tout juste de Rejilna. Désolé, mais nous sommes pressés. Gardons les vieilles histoires pour plus tard. »
À la réponse sèche d’Oswald, Allen s’anima.
« Rejilna ! … Alors c’était vous, monsieur Oz. Celui qui a combattu les Termea aux côtés de mon petit frère. »
« Votre… petit frère ? »
De quoi parlait-il tout à coup ? Tandis qu’Oswald restait interdit, Allen poursuivit avec un sourire :
« Theo. L’un des Chevaliers gris. »
« … »
« Racontez-moi tout sur Theo plus tard, d’accord ? »
Un cauchemar. Les Frères Cauchemar, pensa Oswald, hébété.
* * *
Grandrium était une ville au relief inégal. Après avoir gravi un escalier de pierre, on arrivait à un endroit d’où l’on voyait parfaitement le Château de Gordreil.
En haut des marches, Lenny roula hors de la poche de Theo avec un petit plop. Cette boule de poils rusée avait laissé son maître faire tout l’effort de la montée.
Mais Theo était si émerveillé par la vue qu’il ne s’offusqua même pas de la paresse de son compagnon.
« Waouh… C’est tellement beau… »
Le Château de Gordreil était une imposante forteresse, l’une des plus anciennes d’Erington. À l’origine, il avait été bâti comme une place forte, mais les agrandissements et rénovations successifs avaient mêlé styles anciens et nouveaux pour lui donner son apparence actuelle.
Ancienne résidence royale et centre du pouvoir politique, il appartenait toujours à la famille royale même après le transfert du cœur politique au Palais de Valgan. Apparemment, le Prince héritier Richard, prince de Rukeion, y séjournait.
En contemplant le Château de Gordreil, Theo sentit sa poitrine se serrer, sans savoir pourquoi.
(Qu’est-ce que c’est ? Ça m’est tellement familier, mais… ce n’est pas comme celui que je connais…)
« Meu. »
Lenny sautillait à ses pieds. Theo le ramassa et le serra contre sa poitrine.
« Regarde, Lenny. On dit que c’est le Château de Gordreil. »
« … Au-delà du pont d’Acier rouge, près du Château de Gordreil, se trouve le District sacré de Reyel… et ce toit bleu, c’est la Grande Cathédrale. Derrière, il y a le quartier général de l’Ordre des chevaliers sacrés et le Saint-Siège. »
À ces explications de Carla, le cœur de Theo bondit.
« Seigneur Elbert est là-bas ! »
Si Allen était au District sacré de Reyel, il devait peut-être être arrivé, lui aussi.
(Je me demande si Allen va bien. J’espère qu’il n’a pas tant mangé que tout le monde autour de lui en soit exaspéré… Enfin, il se débrouillera. C’est Allen.)
Allen était un véritable génie de l’épée, un homme extraordinaire qui avait l’étoffe d’un héros. L’Ordre des chevaliers sacrés avait sûrement déjà accueilli chaleureusement le jeune prodige.
Bienvenue, Allen. Tu es un héros de la prochaine génération !
Après avoir admiré la vue à satiété, Theo remercia Carla.
« Carla, merci pour aujourd’hui. Je me suis beaucoup amusé. »
Ils avaient parcouru les étals, mangé des pâtisseries fourrées à la confiture, regardé des artistes de rue et trouvé une librairie où Theo avait failli perdre la notion du temps. Il avait vraiment passé un merveilleux moment.
Carla n’avait pas vraiment exprimé l’envie de faire ceci ou cela, mais s’était-elle amusée, elle aussi ?
(Et si j’étais le seul à m’être amusé ?)
Tandis que Theo s’en inquiétait, Carla le regarda fixement.
Quand Theo avait rencontré Carla pour la première fois, elle affichait toujours une expression vague et absente.
Elle avait vécu si longtemps qu’elle repassait sans cesse ses souvenirs les plus précieux dans son esprit, de peur de les oublier. En dehors des missions où elle combattait les Termea, elle avait sans doute passé tout son temps à se perdre dans ses souvenirs.
Mais, désormais, elle semblait davantage tournée vers le présent que vers le passé. Theo se faisait-il des idées en le pensant ?
Carla baissa légèrement les yeux. Elle ne semblait pas se perdre dans ses souvenirs, mais plutôt faire face à quelque chose en elle.
« Avant, je ne pensais qu’à ne pas oublier mes précieux souvenirs, mais… »
« Oui. »
« Je me suis dit que j’allais essayer de… créer de nouveaux souvenirs. »
Theo ferait sûrement partie de ces nouveaux souvenirs que Carla se créerait. Quelle belle pensée.
Alors que le cœur de Theo s’emballait, Carla sauta légèrement sur la rambarde.
« Carla, ne monte pas là-dessus. C’est dangereux. »
« Je… »
Tandis que Theo s’approchait, Carla lui tendit la main, comme si elle le regardait d’en haut. Pour une raison quelconque, cette distance entre eux lui semblait familière.
La jeune fille baissa les yeux vers Theo et murmura doucement :
« Je veux… avec toi. »
À cet instant, une cloche annonçant quinze heures sonna, couvrant la voix de Carla.
« Désolé, Carla. Qu’est-ce que tu as dit… ? »
Carla sauta de la rambarde et regarda Theo.
« Y a-t-il un autre endroit où tu aimerais aller ? »
Theo eut l’impression qu’elle avait esquivé sa question. Mais si Carla ne voulait pas qu’il insiste, il lui semblait déplacé de demander davantage.
Carla n’avait pas l’air très douée pour mentir ou éluder les questions. Insister ainsi aurait été méchant.
« J’ai vu tout ce que je voulais voir. On pourrait rentrer un peu plus tôt ? »
Ils avaient déjà acheté les articles demandés, des condiments assez rares et quelques petits luxes comme des grains de café.
Theo était un garçon sage par nature et ne comptait pas s’amuser jusqu’à la dernière minute. Dans ce genre de situation, mieux valait garder une bonne marge dans l’emploi du temps.
Mais Carla paniqua visiblement.
« N-non ! »
Pour Carla, d’ordinaire si calme, c’était une réaction étonnamment vive.
Comme Theo la regardait, perplexe, Carla promena son regard autour d’elle.
« Euh, rentrer en avance… ce n’est pas bien… »
Elle avait donc une raison qu’elle ne pouvait pas lui révéler.
Des invités, ou peut-être quelqu’un d’important, allaient passer à la Maison Cinder.
« D’accord. Alors organisons-nous pour rentrer cinq minutes avant l’heure prévue. »
Theo avait le sens de l’organisation d’un secrétaire et savait ajuster les horaires de cette façon.
À sa proposition, Carla parut profondément soulagée.
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