Chapitre 38
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Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 2, ch. 19 : Des choses choquantes et délicates
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Après avoir abattu le Termea qui lui barrait la route, Oswald ordonna à son subordonné Matthew de vérifier l’état des Maudits transformés en marionnettes. Puis il courut rejoindre Theo et les autres.
Un peu plus tôt, les ramifications accrochées aux marionnettes s’étaient toutes envolées d’un seul coup en direction de la forêt. Il était probable qu’il fût arrivé quelque chose au corps principal du Termea.
Les ramifications avaient pris la direction des Chevaliers gris. Il y avait de fortes chances qu’ils fussent encore aux prises avec le Termea. Oswald était un homme prudent. Lanterne à la main, il courut sans baisser sa garde.
La forêt se trouvait à sa gauche et un champ de blé, à sa droite. Un Termea pouvait surgir de l’un comme de l’autre.
Bientôt, il aperçut quelqu’un devant lui. C’était Theo, le petit Chevalier gris blond. Pour une raison ou une autre, il avait retiré sa veste et se tenait devant un fourré qui donnait sur la forêt. Plusieurs masses rouge sombre étaient éparpillées autour de lui.
C’étaient les restes durcis du Termea.
Tout en surveillant les alentours, Oswald interpella Theo.
« C’est le Termea qui contrôlait les marionnettes ? Tu l’as vaincu ? »
« Oui. Carla et moi l’avons vaincu. »
À en juger par la taille des débris éparpillés, le Termea avait été assez imposant. Avec ses ramifications, l’épuiser avait dû être une tâche ardue.
En voyant plus loin des fragments qui semblaient provenir de ces ramifications, Oswald comprit la stratégie de Theo et Carla.
L’un d’eux avait sans doute attiré les ramifications pendant que l’autre s’attaquait au corps principal.
(… Pas mal.)
Il n’avait pas voulu inclure dans son plan des forces dont il ne pouvait être certain, mais les Chevaliers gris s’étaient bien débrouillés cette fois-ci. Hugo aussi méritait d’être félicité pour avoir contenu les marionnettes.
Oswald remarqua alors quelque chose : Carla était introuvable.
« Où est l’Être ailé ? »
« Eh bien… »
Theo jeta un regard au fourré derrière lui.
Quand Oswald voulut regarder à l’intérieur, Theo étendit brusquement les bras pour lui barrer le passage.
« Vous ne pouvez pas regarder ! Pas maintenant ! »
Oswald s’était sans doute trop habitué à côtoyer les Chevaliers gris.
Le bon sens des Chevaliers sacrés ne s’appliquait pas aux Marcheurs fous. Se répétant cela, Oswald baissa la voix.
« Qu’est-ce que tu caches ? »
« La dignité d’une femme, et des choses choquantes et délicates ! »
« … »
Oswald comprit que Theo faisait tout son possible pour éviter de le dire franchement.
Mais Oswald Gregory était responsable de cette opération. Pour la mener à bien avec prudence, il avait le devoir de comprendre la situation sur le terrain.
« Écarte-toi. »
« Non ! Vous ne pouvez pas ! »
Oswald posa la main sur la garde de son épée et s’approcha prudemment du fourré. Theo s’agrippa à sa taille, mais il était si léger qu’il ne le ralentit pas du tout.
Oswald écarta le fourré dans un bruissement. De l’autre côté, quelque chose de blanc gisait au sol.
Oswald leva sa lanterne et regarda.
… C’était le cadavre décapité d’une jeune fille.
« Ouah !? »
En tant que Chevalier sacré, Oswald avait déjà vu maintes scènes qui lui avaient donné envie de détourner les yeux. Malgré tout, n’importe qui aurait sursauté en tombant soudain sur un cadavre décapité.
Les vêtements du cadavre avaient été retirés. Qui avait pu commettre un acte aussi cruel ? Tandis qu’une juste colère bouillonnait en lui, Carla passa devant Oswald à petits pas.
Carla tendit à Theo la veste qu’elle tenait.
« J’ai fini de me changer. Merci pour la veste. »
« Euh, pardon… Je n’ai pas réussi à préserver ta dignité… »
Theo avait l’air affligé, mais Carla semblait ne pas bien comprendre.
Même avec son masque, on percevait la perplexité de Carla, qui restait impassible.
« Ma dignité ? »
« Ton… ton corps était exposé aux regards… »
Oswald comprit à peu près la situation. Il savait que Carla possédait l’Immortalité. Il avait entendu dire que des membres arrachés au combat avaient parfois repoussé. Le corps étendu là était probablement le sien.
Pourtant, l’attitude de Carla lui échappait complètement.
(Elle considère son propre cadavre décapité comme des rognures d’ongles, ou quoi… ?)
On aurait dit qu’elle s’en souciait aussi peu que cela.
Les larmes aux yeux, Theo s’adressa à Carla.
« Il faut vite enterrer ton corps… Non, pardon, ce n’est pas approprié puisque tu es vivante. Mais parler de s’en débarrasser, ce serait grossier aussi… Ugh, qu’est-ce qu’on devrait en faire… ? »
Oswald partageait entièrement son avis. Qu’étaient-ils censés faire de ce corps ?
Carla proposa une solution sans hésiter.
« Récupérez-le et donnez-le à quelqu’un pour des expériences sur les humains. »
« Des expériences sur les humains !? »
Theo s’écria en entendant cette suggestion extravagante. Oswald aussi avait envie de se prendre la tête entre les mains et de pousser un cri.
(Et qui est-ce qu’elle croit qui va le récupérer… ?)
Inutile de le préciser : ce serait Oswald Gregory, le responsable sur place.
Carla vacilla soudain vers l’avant. Theo la rattrapa en hâte.
Carla posa la tête sur l’épaule de Theo et murmura :
« Bonne nuit. »
« Carla !? A-attends, qu’est-ce qu’on fait de ton corps ?! »
Theo paniqua, tandis qu’Oswald se demandait avec angoisse ce qu’il fallait faire du corps.
Sans se soucier de l’inquiétude des hommes, Carla respirait paisiblement dans son sommeil.
* * *
Carla s’était endormie comme si elle s’était évanouie. Theo la porta sur son dos et regagna la salle de réunion.
Oswald avait apparemment remis à plus tard la question du cadavre décapité et était parti patrouiller avec ses subordonnés pour vérifier qu’aucun autre Termea ne rôdait. Il leur avait simplement ordonné de se reposer dans la salle de réunion avant de repartir aussitôt.
Devant la salle de réunion, les Chevaliers sacrés Nicola et Matthew parlaient aux villageois et accueillaient les habitants transformés en marionnettes.
Le doux Nicola remarqua Theo et l’interpella.
« Theo, ça va ? »
« Oui, tout va bien. Je vais coucher Carla, puis je viendrai vous aider. »
Il n’était pas blessé, mais la Manifestation de l’armement maudit l’avait tellement épuisé qu’il mourait de sommeil. Theo se força à garder les yeux ouverts pour ne pas s’endormir.
Les Maudits transformés en marionnettes avaient déjà été libérés de leur malédiction, et leurs Marques de malédiction avaient disparu.
Certains avaient repris connaissance immédiatement, tandis que d’autres ne s’étaient pas encore réveillés. Il y avait forcément beaucoup à faire : transporter ces personnes, surveiller les environs…
Theo était tout à fait prêt à aider, mais Nicola agita les mains.
« Ça va, ça va. Va te reposer à l’intérieur. Ce serait embêtant que tu forces et que ta malédiction progresse. Le Capitaine Gregory t’a dit de te reposer, lui aussi, non ? »
C’était tout à fait vrai.
Pourtant, quand Theo tenta d’insister, quelqu’un lui tapota l’épaule.
« Alors, profitons-en pour aller nous reposer. »
C’était Hugo. Lorsqu’il avait chanté les hymnes, il avait pris un air sacré et digne ; à présent, il avait retrouvé son expression habituelle de sale gosse.
Marchant aux côtés de Hugo, Carla sur le dos, Theo lui dit :
« Hugo, ton chant était vraiment incroyable. »
« Pas vrai ? »
« Même dehors, ta voix portait aussi loin. Comment tu fais ? C’est étrange. »
« Eh bien, c’est du talent, tu vois ? La récompense d’efforts incessants ? »
Hugo gonfla les narines et ouvrit la porte de la salle de repos.
Une fois à l’intérieur, Theo allongea Carla sur le canapé. Après avoir hésité un instant, il lui retira son masque et le posa à côté d’elle. Il se dit qu’il risquait de la gêner si elle se retournait dans son sommeil.
Le visage endormi de la jeune fille, désormais découvert, était encadré de longs cils et ses joues semblaient douces. Le cœur de Theo fit un bond.
Estimant qu’il serait impoli de la dévisager de trop près, Theo s’assit à côté du canapé.
Il tombait de sommeil. Mais avant de s’endormir, il voulait exprimer clairement ce qu’il avait ressenti.
« Le chant de Hugo… La mélodie et les paroles s’accordaient parfaitement, et j’avais l’impression qu’elles pénétraient au plus profond de mon cœur… Comment dire ? Oui, c’était très riche. Ta voix était riche. »
« Quoi d’autre ? »
Hugo s’accroupit près de lui et lui demanda. Theo, somnolent, vacillait en parlant.
« J’avais l’impression que Dieu m’avait pardonné. Que ce pardon me donnait envie d’être juste. Rien qu’en l’écoutant, j’avais envie de me tenir droit… J’ai encore du mal à croire que ça venait de la gorge de Hugo. »
« … Hein ? »
« Je suis vraiment désolé d’avoir pensé que Hugo, qui s’emballe si facilement, exagérait sans doute un peu quand il vantait ses talents de chanteur… Mais je pense quand même que tu devrais améliorer ton mode de vie de paresseux. »
« Pourquoi tu te mets à me faire la morale comme si de rien n’était, bon sang ? »
« Je ne pense pas non plus que ce genre de langage grossier soit une bonne chose… »
« Je te demande de me complimenter. »
Même les jurons de Hugo manquaient de vigueur. Il devait être fatigué, lui aussi.
En discutant, Theo finit par céder au sommeil et ferma les yeux.
« Tu sais… »
Il entendit la voix de Hugo. À moitié endormi, Theo lui répondit d’un vague murmure qui ne voulait dire ni oui ni non.
« … Tu as écrasé la peur qui hantait les souvenirs de cette fille, Mylene, et celle du Termea qui existait dans la réalité. Tu as tout écrasé, pas vrai ? »
Ce n’était pas le genre de choses que Hugo disait d’habitude. Theo ignorait s’il rêvait ou s’il parlait dans son sommeil, mais ça lui faisait quand même plaisir de l’entendre.
« C’est bien… ce que ferait un chevalier digne de ce nom, non ? »
Je l’espère. Je veux continuer à être comme ça.
Sur cette pensée, Theo s’endormit.
La jeune fille dormait sur le canapé, tandis que les deux garçons s’étaient endormis par terre, adossés à celui-ci.
Quand Oswald Gregory rentra de patrouille, il baissa les yeux sur les jeunes Chevaliers gris avec exaspération et ordonna à un subordonné de les emmener dans une chambre.
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