Chapitre 34
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 2, ch. 15 : La jeune fille cherche un livre
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Le ciel se teintait de magnifiques nuances d’orange crépusculaire et de bleu nocturne. Loin de la ville, les nuages gris rougeâtre se faisaient plus rares et le ciel semblait dégagé.
Le soleil avait déjà disparu à moitié sous l’horizon. La nuit tomberait bientôt.
L’obscurité nocturne favorisait les Termea. Leur corps tout entier leur servait d’organe sensoriel, ce qui les rendait très habiles à se déplacer dans les endroits sombres ; la nuit dissimulait aussi leurs corps de couleur sombre.
Oswald Gregory avait expliqué la situation aux villageois et leur avait demandé d’allumer tous les feux possibles autour des habitations.
Grâce à cela, le village et ses champs de blé étaient désormais illuminés comme par une nuit de fête.
« Capitaine Gregory, tout le monde est en position. On dirait que les trois Chevaliers gris ont également rejoint les emplacements qui leur ont été assignés. »
Oswald acquiesça aux paroles de son subordonné, Matthew, un jeune Chevalier sacré aux cheveux blond terne.
Les subordonnés d’Oswald étaient tous des soldats d’élite. Matthew était encore jeune, mais il était Béni de la 〈Destruction〉 et doté d’un sens aigu de l’observation.
Ceux qui recevaient la grâce de l’Ange de la Destruction voyaient leurs capacités physiques s’améliorer. Le plus souvent, cette amélioration se manifestait par une force physique accrue, et Oswald faisait partie de cette catégorie.
Matthew, en revanche, était un cas atypique : il avait une force convenable, mais sa vue et son ouïe étaient particulièrement développées.
Une vue et une ouïe supérieures à celles des gens ordinaires pouvaient compliquer le quotidien, mais elles se révélaient utiles lors d’opérations exigeant ce genre de coordination.
« C’est inhabituel, capitaine. »
« … ? »
Matthew n’était pas du genre à bavarder pendant une mission. C’était un homme réservé qui observait généralement ses compagnons d’un peu en retrait, les paupières mi-closes.
Aussi, quand il déclara qu’une chose lui paraissait inhabituelle avant une opération qui pouvait leur coûter la vie, Oswald ne put s’empêcher de vouloir en savoir davantage.
« Qu’est-ce qui l’est ? »
À la question d’Oswald, Matthew tourna les yeux vers la salle communale du village. De petites silhouettes s’y tenaient.
Matthew les distinguait sans doute mieux qu’Oswald. Les trois Chevaliers gris.
« Vous, capitaine. Vous qui êtes prudent, vous confiez votre vie à des Chevaliers gris. Franchement, je ne m’y attendais pas. »
« … Tu as raison. Ce n’est pas quelque chose que j’aurais voulu faire. »
Les Chevaliers gris étaient des êtres dangereux, susceptibles de se changer en Termea à tout moment.
Se reposer sur eux allait à l’encontre de la conviction d’Oswald, selon laquelle il fallait toujours se montrer prudent.
« Mais c’est aussi vrai que nous n’avons pas d’autre plan. »
« Ce petit blond… Theo, c’est ça ? Il se débrouille comment au combat ? Je ne l’ai pas vu manifester son armement maudit. »
Oswald pinça les lèvres en repensant au combat qui venait d’avoir lieu. Ses sourcils se froncèrent d’eux-mêmes.
« Ses techniques à l’épée étaient celles d’un Chevalier sacré. »
« Theo ? »
La surprise de Matthew était compréhensible.
L’épée d’un Chevalier sacré était faite pour vaincre les Termea, pas les hommes. Puisque ses adversaires n’étaient pas humains, ses techniques différaient radicalement des écoles d’escrime conçues pour combattre des gens.
Un enfant ordinaire n’aurait pas pu apprendre cela dans une école d’escrime en ville.
Theo n’était probablement pas encore habitué à manifester son armement maudit. Ses mouvements semblaient mal accordés à ses capacités physiques, soudainement accrues.
Malgré tout, Oswald avait été secrètement impressionné par la concentration de Theo, qui lui avait permis de trancher avec une telle précision le double d’un Termea.
Une fois habitué à manifester son armement maudit, Theo atteindrait probablement le niveau d’Oswald. Celui-ci comptait parmi les meilleurs épéistes de l’Ordre des chevaliers sacrés.
Bien sûr, Oswald n’avait pas l’intention de se laisser dépasser.
« Il paraît qu’il s’entraîne actuellement à la Deuxième base de l’armée d’Erington… Pourquoi personne ne parle de lui ? »
« Hein ? Il est vraiment si remarquable que ça ? »
Oswald hésita sur la réponse à donner.
Il connaissait des prodiges que l’on pouvait qualifier de transcendants, à commencer par le héros Elbert Randolph. Aussi ne faisait-il pas souvent l’éloge des autres en matière d’escrime.
Ce garçon n’a pas l’épée d’un génie. Mais…
L’épée de Theo était celle d’un homme qui avait perdu encore et encore, qui n’avait cessé de perdre, qui avait vu son orgueil piétiné et s’était fait battre à plates coutures, mais qui n’avait jamais laissé son cœur se briser et avait continué de brandir son épée.
Oswald le savait parce qu’il avait été pareil autrefois.
Du bout des doigts, il effleura la vieille cicatrice sur son visage.
« … Pour quelqu’un de son âge, il est exceptionnellement doué. »
Oswald était Béni, aussi la Malédiction de l’Oubli de Theo n’avait-elle aucun effet sur lui. Il pouvait reconnaître Theo sans difficulté.
C’est pourquoi il n’avait pas remarqué une chose.
Quoi que Theo fasse, les gens ordinaires ne voyaient en lui qu’un garçon blond qu’on oubliait facilement.
C’est pourquoi, même s’il s’entraînait avec l’armée d’Erington et battait des adultes, personne ne parlait de Theo, le Chevalier gris.
* * *
« Oh, les voilà. Il y en a tout un tas. »
Comme Hugo l’avait annoncé, une longue file de marionnettes émergeait de la forêt. Celles qui se trouvaient en tête avaient déjà commencé à pénétrer dans les champs. Elles atteindraient bientôt les habitations.
Theo les observait depuis le toit de la salle communale, avec Hugo et Carla.
Les villageois avaient déjà été évacués vers l’ouest du village. Le Chevalier sacré Nicola veillait sur eux. Theo avait donc confié Lenny, son compagnon tout blanc et duveteux, à Nicola lui aussi. Il se disait que Lenny pourrait réconforter Mylene si elle se sentait anxieuse.
Les quatre autres Chevaliers sacrés, Oswald compris, avaient emprunté des chevaux aux villageois et étaient partis contourner le village par les deux côtés, dans l’attente du début de l’opération.
Seuls les trois Chevaliers gris — Theo, Carla et Hugo — attendaient sur le toit.
Theo observait attentivement les mouvements des marionnettes. Il ne voulait pas laisser échapper la moindre information que l’ennemi pouvait leur fournir.
Les marionnettes sont étonnamment lentes… Elles ne sont pas près d’arriver à destination.
Pendant qu’ils échafaudaient leur plan, Theo s’était inquiété du peu de temps dont ils disposaient. Pourtant, maintenant qu’ils attiraient ainsi l’ennemi, le temps semblait soudain s’étirer.
Hugo prit la parole d’une voix tremblante.
« H-Hé, on peut y aller, maintenant ? »
« … Non. Il faut les attirer jusqu’au dernier moment, sinon le Termea ne sortira pas. »
Carla secoua la tête et Hugo claqua la langue. Tss, tss, tss. Le claquement se répétait à intervalles réguliers, signe évident de son impatience.
Mais Theo pensa à autre chose.
« Hugo, tu as le sens du rythme. »
« … Sérieusement ? Pourquoi tu dis un truc aussi démoralisant, dans un moment pareil ? »
« Désolé. Tu claquais la langue avec une telle régularité. »
Theo n’avait pas voulu détendre Hugo. Il l’avait simplement pensé et l’avait dit sans arrière-pensée.
Hugo ricana et se tut.
Peut-être s’était-il concentré avant de manifester son armement maudit, et Theo l’avait interrompu. Alors que Theo se reprochait d’avoir manqué de tact, Hugo reprit la parole.
« Hé, t’as rien d’autre à dire ? »
« D’autre ? »
« Allez, dis-moi un truc sympa. Complimente-moi, histoire de me motiver. »
« Euh… »
Quel homme pénible. Theo répondit à Hugo avec le plus grand sérieux.
« Si tu fais de l’approbation des autres ta source de motivation, tu ne pourras pas être constant. Tu ne crois pas qu’il vaudrait mieux commencer par t’encourager toi-même, pour donner le meilleur de toi-même en toutes circonstances ? »
« T’es un génie pour démotiver les gens, ou quoi ? »
« On ne doit pas être à la hauteur de la situation, motivés ou non ? »
« Je veux pas la bonne réponse. Je te dis de me flatter pour me faire plaisir. »
Theo ne savait pas quoi répondre. Si Hugo savait qu’il s’agissait de flatterie, est-ce que ça lui ferait vraiment plaisir ?
Un chevalier devait être sincère. Flatter un allié pour le motiver n’était pas une conduite digne d’un chevalier.
Theo lui répondit donc avec franchise et sincérité.
« Désolé. Je ne suis pas doué pour les compliments en l’air. Si je vois ce dont tu es capable et que je trouve ça impressionnant, je te le dirai du fond du cœur. J’espère que tu me pardonneras d’ici là. »
« Toi… »
« Hugo, tu as tout donné pour ce talent, pas vrai ? »
Peut-être se rappelait-il leur dispute du matin ; Hugo grimaça avec amertume.
Quand Theo lui avait dit qu’il aurait aimé exceller dans au moins une chose, Hugo lui avait répondu sans cacher son irritation.
« Tu crois qu’il suffit de faire un petit effort de plus pour trouver ce dans quoi tu excelles ? Ceux qui ont un talent particulier renoncent aux autres choses, font des sacrifices et consacrent leur temps à cette seule chose. »
Hugo, lui, l’avait eue. Cette chose dont il pouvait être fier devant les autres.
C’était sa nature, son propre armement maudit.
« … Ce n’est pas un talent. Maintenant, ce n’est plus qu’une malédiction. »
Hugo cracha ces mots avec autodérision, puis jeta un coup d’œil à Carla.
« Je n’ai jamais entendu dire que ta malédiction était l’Immortalité. Tu ne peux vraiment pas mourir ? »
« C’est exact. »
« Ça fait combien d’années que tu vis ? »
« Je ne sais pas. Je n’ai pas compté. »
Hugo ne voulait probablement pas parler de sa propre malédiction et avait donc détourné la conversation vers Carla.
Carla ne parut pas vexée. Elle répondit de son calme habituel.
Theo comprit alors soudain quelque chose.
« Est-ce que tu portes un masque… pour cacher ton Immortalité ? »
« C’est exact. Pour ceux qui ignorent l’existence des Marcheurs fous, je suis une anomalie. »
Les Chevaliers gris et les Chevaliers sacrés qui connaissaient l’existence des Marcheurs fous pouvaient accepter qu’on leur dise que c’était sa malédiction. Mais aux yeux des gens ordinaires, qui ne connaissaient pas les circonstances, Carla, dont l’apparence ne changeait jamais, aurait paru inquiétante.
C’est pourquoi elle cachait son visage : pour que les citoyens ne craignent ni ne soupçonnent les Chevaliers gris.
Les Chevaliers sacrés qui voyageaient avec les Chevaliers gris ne voulaient sans doute pas non plus que les citoyens leur témoignent de l’hostilité.
Carla effleura du bout des doigts le masque qui couvrait la moitié supérieure de son visage. Ses doigts fins et délicats parurent étrangement beaux à Theo.
Assis en tailleur sur le toit, Hugo leva les yeux vers Carla.
« Si tu es immortelle, tu pourrais quitter les Chevaliers gris si tu le voulais vraiment, non ? Tu n’as jamais envie d’être libre ? »
« Les Chevaliers gris me gardent depuis si longtemps que je ne sais pas vivre autrement. Mais… »
Était-ce l’imagination de Theo, ou ces derniers mots avaient-ils laissé transparaître un peu d’émotion ?
Sans quitter l’horizon des yeux, Carla murmura doucement :
« Je cherche quelque chose depuis longtemps. »
Sa voix avait quelque chose de solitaire. Sans même s’en rendre compte, Theo lui demanda :
« Quoi donc ? »
« … Un livre. »
Ses cheveux d’un blanc pur frémirent dans le vent nocturne.
Theo se surprit à suivre des yeux la jeune fille, qui retenait ses cheveux de ses doigts pâles.
« Si je le retrouve, je n’aurai besoin de rien d’autre. C’est la seule raison pour laquelle je suis en vie. »
Sur ces mots, Carla déploya dans son dos des ailes rouge et noir.
Elle n’avait pas besoin de prononcer les mots de sa manifestation de l’armement maudit. Theo comprit maintenant pourquoi.
Elle maîtrisait si parfaitement ce pouvoir qu’elle n’avait pas besoin d’en prononcer les paroles à voix haute.
Depuis combien de temps continuait-elle à combattre comme Chevalier gris ?
« … Les voilà. »
Les marionnettes étaient arrivées aux épouvantails dans le champ de blé, là où Carla regardait. L’opération commençait.
Hugo, qui avait d’ordinaire l’air de traîner les pieds, se redressa et éleva la voix.
« Manifestation de l’armement maudit : Servir l’Hymne sacré. »
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