Chapitre 33
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Tome 2, chap. 14 : La malédiction de Carla, la proposition de Hugo
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Presque au même moment, Theo et Hugo regagnèrent la salle de réunion de la salle des assemblées, et l’un des Chevaliers sacrés revint à son tour.
C’était Matthew, un jeune homme aux cheveux blond terne, l’un des Chevaliers sacrés chargés d’examiner les victimes maudites.
« J’ai un rapport. Sur les sept victimes de cette fois, cinq ne sont apparemment pas originaires de ce village. Les villageois pensent qu’elles viennent peut-être du village voisin. »
Theo compara cette information aux endroits où ils avaient rencontré des Maudits jusqu’alors. En un instant, la pire éventualité lui traversa l’esprit.
« … C’est grave ! »
Un instant plus tard, Oswald sembla parvenir à la même conclusion que Theo.
Il se souleva à moitié de sa chaise et murmura : « Ne me dites pas que… »
Hugo, qui ne comprenait pas ce qui se passait, fronça les sourcils en regardant tour à tour Theo et Oswald.
« Qu’est-ce qui vous prend, avec vos airs si graves, tout à coup ? Enfin, la situation était déjà grave, mais nous avons cinq Chevaliers sacrés ici. »
C’est alors qu’un courant d’air fit entrer quelque chose par la fenêtre ouverte. Des cheveux blancs, un masque couvrant le haut du visage, des ailes noires. C’était Carla, partie en reconnaissance.
Theo la contempla, stupéfait. L’uniforme de Carla était déchiré autour du bras gauche, et du sang transparaissait à travers le tissu.
« Carla, tu dois te faire soigner tout de suite… ! »
Un médecin se trouvait actuellement dans la salle des assemblées pour examiner les victimes maudites. Il pourrait sûrement aussi s’occuper de Carla.
Mais avant que Theo ait pu appeler le médecin, Carla prit la parole.
« … Rapport. Une grande quantité de Maudits encerclent le village. »
« Hein ? »
Hugo gémit, le visage déformé par le désespoir. Son expression semblait dire : Pourvu que ce soit une mauvaise blague.
(Ah… C’est bien ce que je pensais.)
Accablé, Theo regarda par la fenêtre.
Tous les endroits où l’on avait découvert des Maudits se trouvaient à la périphérie du village. Theo avait eu l’impression que, plutôt que d’être attaqués par des Termea puis transformés en marionnettes à l’intérieur du village, les Maudits marionnettisés venaient de l’extérieur pour attaquer.
Très probablement, avant l’arrivée du groupe de Theo, les Termea avaient attaqué le village voisin et rassemblé une troupe de marionnettes.
Puis, après avoir recruté davantage de pions, ils avaient commencé à envahir ce village plus peuplé.
Oswald grimaça et demanda à Carla :
« … Combien ? »
« Environ cent cinquante. Plus de la moitié sont armés. Certains avaient des arcs ou des fusils de chasse. »
Tout en parlant, Carla se pencha sur la carte et marqua d’une croix les endroits où elle avait aperçu les Maudits marionnettisés.
Ils se trouvaient aux abords de la forêt et de la rivière, au nord-est du village, là où commençaient les terres cultivées. Cela signifiait aussi que des ennemis pouvaient être embusqués dans la forêt.
Les forces ennemies comptaient cent cinquante Maudits marionnettisés et un nombre inconnu de Termea. Il pouvait même y en avoir plusieurs.
De leur côté, ils n’étaient que huit : cinq Chevaliers sacrés et trois Chevaliers gris.
Leur infériorité numérique était écrasante.
(Les routes principales du village se concentrent au nord-est. C’est précisément de là que l’ennemi attaque. Au sud-ouest, le terrain est très accidenté, ce qui complique l’évacuation… Bon sang, nous sommes complètement acculés.)
Même s’ils évacuaient les villageois vers les montagnes du sud-ouest, ceux qui auraient fui finiraient par être rattrapés si le village tombait aux mains de l’ennemi.
(Nous barricader dans le village et attendre des renforts ? Non. Si nous ne vainquons pas les Termea au plus vite, environ cent cinquante personnes se transformeront en Termea… !)
Que plus d’une centaine de personnes se transforment en Termea d’un seul coup serait une catastrophe. Ils devaient arrêter ça ici.
Theo fixa la carte et prit la parole.
« Si Carla n’a pas réussi à le repérer, même depuis le ciel, je pense que le Termea lui-même se cache probablement dans la forêt. Y a-t-il un moyen de l’attirer à découvert ? »
« Hmm. »
Oswald réfléchit à la proposition de Theo. Il suivit du doigt la partie sud-ouest de la carte, plus profondément à l’intérieur du village.
« Nous pourrions nous retrancher dans les quartiers les plus éloignés du village. Si les marionnettes s’enfoncent jusque-là, le Termea qui les contrôle n’aura pas d’autre choix que de quitter lui aussi la forêt… Mais… »
Un Termea ne pouvait pas s’éloigner beaucoup des corps secondaires attachés à ses marionnettes. Ce n’était pas un mauvais plan, mais Oswald ne semblait pas convaincu.
Il poursuivit, le visage grave.
« Le problème, c’est de savoir comment nous serons huit à neutraliser cent cinquante Maudits marionnettisés et à atteindre le Termea. Même si nous trouvons où il se cache, cela ne servira à rien si nous ne pouvons pas nous y rendre. »
Tout dépendait de la position du Termea, des Maudits marionnettisés et du groupe de Theo.
Avec un peu de chance, ils pourraient éviter les marionnettes et les contourner, mais c’était loin d’être un plan fiable.
Carla prit alors la parole.
« … Alors, je volerai jusqu’au Termea. »
« Non ! »
Theo éleva la voix sans réfléchir.
Carla pouvait voler. Mais l’ennemi disposait d’armes à distance, comme des arcs et des fusils de chasse.
« L’ennemi sait déjà que l’un de nous peut voler. Si Carla s’élance dans les airs, ils concentreront forcément toutes leurs attaques sur elle. »
Carla contempla Theo à travers son masque tandis qu’il parlait d’un ton ferme.
Il ne pouvait pas voir ses yeux à cause du masque. Pourtant, il devinait malgré tout qu’elle ne faisait ni semblant d’être courageuse ni preuve de peur.
« Ça ira. »
« Ça n’ira pas… »
« Je ne mourrai pas. »
Sans lui laisser le temps de répondre, Carla frotta rudement de la main la tache de sang sur son bras gauche. Cela ne ferait qu’aggraver sa blessure. Theo allait l’en empêcher lorsqu’il remarqua quelque chose.
Il n’y avait aucune blessure sous le sang.
Carla avait parlé d’une voix calme, comme si ce fait n’avait plus aucune importance à ses yeux.
« Ma Malédiction, c’est l’Immortalité. Même si des flèches et des balles transpercent tout mon corps, même si on me coupe la tête, même si l’on brûle mon corps tout entier, je ne mourrai pas. Voilà ma Malédiction. »
Il eut l’impression de recevoir un violent coup sur la tête. Pourquoi avait-il cru être le seul à porter une Malédiction déraisonnable ?
Il se souvint de la première fois qu’il avait rencontré Carla.
Blessée sur le front occidental, elle était tombée à la mer avant d’échouer à Worg. À l’époque, ses vêtements avaient à peine conservé leur forme d’origine.
Et pourtant, elle n’avait pas la moindre blessure, car si ses vêtements étaient restés déchirés, seul son corps avait été régénéré.
(Elle a dû traverser des épreuves terribles.)
Cette fois encore, la flèche lui avait certainement infligé une blessure profonde.
Carla se contentait d’énoncer les faits d’une voix neutre, comme si cela ne signifiait rien pour elle.
Elle avait dû se battre ainsi si longtemps que son cœur s’était usé.
(Malgré tout…)
Même si ses blessures se refermaient rapidement, Theo ne voulait pas fermer les yeux sur celles de Carla.
« Même si Carla ne peut pas mourir… nous devons trouver un autre plan ! »
Au-delà de son masque, ses yeux rouges semblaient demander : Pourquoi ?
Il détestait ne pas pouvoir donner de réponse logique et raisonnable. Malgré tout, il sentait qu’il devait le dire.
« Une stratégie qui laisse Carla en lambeaux est mauvaise. Ce n’est pas juste. Un chevalier ne peut pas accepter ça ! »
C’était une opinion si émotive, si puérile. Pourtant, Theo ne pouvait pas supporter l’idée que cette fille soit transpercée de flèches et de balles.
Il s’attendait à ce que tout le monde s’exaspère, mais, à sa grande surprise, Oswald se rangea à son avis.
« Je suis d’accord. Même avec l’Immortalité, ses blessures doivent mettre un certain temps à guérir. Si elle est de nouveau la cible de toutes les attaques, elle risque de ne plus pouvoir bouger. »
Si la Manifestation de l’armement maudit de Carla prenait fin alors qu’elle était en plein vol et qu’elle tombait au milieu des rangs ennemis…
Cette seule idée fit frissonner Theo.
« Elle pourrait s’écraser et être capturée. Compte tenu de ce risque, on ne peut pas appeler ça un plan prudent. Il nous faut un moyen plus sûr de les retenir, ou de gagner du temps. »
Theo fut soulagé par les paroles d’Oswald.
Voilà quelqu’un en qui il pouvait avoir confiance. À tout le moins, Oswald ne songeait pas à traiter les Chevaliers gris comme de simples pions sacrifiables.
Theo devait donc proposer autant d’idées que possible. Il fixa la carte.
« Est-ce que les villageois pourraient nous aider à poser des pièges, comme des fosses ? Si nous parvenons à les ralentir ne serait-ce qu’un peu, nous pourrons les contourner à cheval, par les deux côtés… »
Tandis que Theo exposait maladroitement son idée, les autres Chevaliers sacrés se mirent à donner leur avis, l’un après l’autre.
« Nous n’avons pas assez de temps pour poser des pièges. À la place, les villageois pourraient-ils nous aider à immobiliser les marionnettes ? »
« C’est vrai, les corps secondaires attachés aux marionnettes n’ont pas de Queue de sang, ils sont donc moins dangereux. Peut-être pourrions-nous leur confier cette tâche ? »
« Non, nous n’en savons rien. La nuit va bientôt tomber. Les Termea pourraient attaquer à la faveur de l’obscurité. Surtout, nous, les Chevaliers sacrés, ne pouvons pas proposer un plan qui mettrait les villageois en danger… »
L’ennemi comptait cent cinquante Maudits marionnettisés, auxquels s’ajoutait un nombre inconnu de Termea.
Il leur fallait d’abord contenir ces cent cinquante marionnettes. Comment y parvenir avec les moyens dont ils disposaient ?
(Réfléchis. Trouve un moyen de combattre sans utiliser Carla comme bouclier… !)
Theo vit alors Carla s’approcher discrètement de la fenêtre.
Elle n’avait pas encore dissipé les ailes de sa Manifestation de l’armement maudit.
« Carla, ne fais pas ça ! »
Carla avait l’intention de s’envoler par la fenêtre pour traquer le Termea seule. Il devait l’arrêter.
Presque au même moment où Theo se précipitait pour retenir Carla, Hugo prit la parole.
« Hé. »
Theo et Carla se figèrent tous deux à cette voix inattendue.
Hugo, resté silencieux jusque-là, gardait la tête baissée et fixait ses pieds en marmonnant à voix basse.
« … Ces salauds de Maudits marionnettisés sont assez intelligents pour se servir d’arcs et de fusils de chasse, pas vrai ? »
Carla acquiesça à la question de Hugo et toucha son bras taché de sang.
« Oui. Cette blessure vient aussi d’une flèche. »
Même s’ils n’étaient que des marionnettes, ils ne se contentaient pas d’agiter leurs armes au hasard.
Si leur corps se souvenait des gestes à accomplir, ils pouvaient encocher des flèches ou charger des balles dans des fusils de chasse.
C’était précisément ce qui les rendait si redoutables, mais Hugo retroussa le coin des lèvres en un sourire.
« … Dix minutes. »
Avec un sourire forcé, bien plus pâle et crispé que brave, Hugo déclara :
« Je les retiendrai pendant dix minutes. »
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