Chapitre 31
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Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 2, chap. 12 : Oubli désigné
──────
(C’est… le frère aîné de Mylene !)
Simon, le frère de Mylene, tituba dans leur direction.
La moitié gauche de son visage était maculée de rouge et de noir. Il avait les traits vides et le regard trouble. La bouche grande ouverte, il laissait pendre sa langue tandis que la salive lui coulait le long du menton.
« Aaaaaah ! »
Simon secoua violemment la tête et tendit la main vers Mylene en hurlant d’une voix qui semblait cracher du sang.
Mylene poussa un petit cri et s’effondra sur place.
Theo se précipita devant elle et posa une main sur son cœur. Il se concentra.
« Manifestation de l’armement maudit, “Sois un chevalier.” »
Son cœur s’embrasa. Le pouvoir maudit en jaillit comme du sang et prit la forme que Theo lui imposait : une épée à une main, un bouclier, une cape et des bottes.
Theo frappa de la tranche de son épée la main que Simon tendait vers lui.
Simon ne broncha pas et ne poussa pas un cri. Il continua d’avancer vers Mylene.
(C’est mauvais.)
Theo ne pouvait pas abattre Simon. Pourtant, celui-ci attaquait sans hésiter, comme s’il ne ressentait aucune douleur.
Oswald contourna alors Simon par-derrière, dégaina l’épée à sa taille et l’abattit en travers de son dos.
« Ngh ! »
« Capitaine Gregory !? »
Simon fut secoué de spasmes, puis s’écroula au sol.
Theo le contempla, sous le choc. Il venait d’abattre le frère de Mylene juste sous ses yeux… !
Theo lui lança un regard accusateur, mais Oswald répondit calmement :
« Regarde bien. »
À côté du corps de Simon gisait une masse rouge et noire. C’était une sphère, peut-être un peu plus petite qu’une tête humaine. Des tubes semblables à des veines saillaient à sa surface.
« Cette sphère était fixée à son dos. Je l’ai donc tranchée. »
La sphère avait déjà commencé à durcir. S’agissait-il d’un Termea sphérique ?
(… Non.)
Les Marques de malédiction qui couvraient le corps de Simon n’avaient pas disparu. Le Termea qui l’avait maudit était toujours en vie.
(Simon bougeait alors qu’il était maudit… Comme un Marcheur fou.)
Mais Simon n’était sans doute pas un Marcheur fou. Les Marques de malédiction qui couvraient son corps différaient nettement d’un Sceau de malédiction et, depuis que la sphère avait été tranchée, il gisait inerte et immobile.
Oswald prit le pouls de Simon tout en parlant.
« Ce jeune homme n’est pas un Marcheur fou. C’est un Maudit ordinaire. En fixant cette sphère à leur dos, quelqu’un pourrait peut-être contrôler les Maudits. »
Un cri retentit derrière Theo. Mylene sanglotait à chaudes larmes.
Theo se tourna vers elle pour la rassurer.
« Mylene, tout va bien. Ton frère est toujours… »
« Ne t’approche pas de moi ! Le monsieur tout noir me fait peur ! J’ai peur ! J’ai peur ! »
Le monsieur tout noir.
Theo ne comprit pas tout de suite ce qu’elle voulait dire.
Mais elle le regardait, lui.
Une épée noire, un bouclier, une cape et des bottes. Un chevalier monstrueux drapé dans le pouvoir d’une malédiction.
« Le monsieur tout noir a frappé mon grand frère ! »
Ce ne fut qu’à cet instant que Theo s’en souvint. Un Chevalier gris revêtu d’un Armement maudit était une créature inconnue et effrayante. Il était normal qu’elle ait peur.
Theo ne sut que dire à la fillette, qui pleurait comme si elle avait pris feu.
(Bon, je vais dissiper mon armement…)
« Non. »
Comme si elle avait lu dans ses pensées, Carla murmura :
Des ailes rouge et noir jaillirent de son dos. Une grande faux de la même couleur reposait dans ses petites mains. C’était son Armement maudit.
« Il y en a encore. »
Sur ces mots, Carla bondit et s’envola vers le fond des bois.
Une silhouette en émergea. Comme Simon, c’était un humain dont le corps entier était marbré de rouge et de noir par des Marques de malédiction.
Carla contourna habilement l’homme et lui trancha la sphère dans le dos avec sa faux. Comme Simon, il s’écroula au sol.
« Il en reste trois. »
Comme Carla l’avait dit, des silhouettes qui semblaient être celles de villageois sortirent en titubant d’entre les arbres. Tous portaient des Marques de malédiction et une sphère était fixée à leur dos.
Oswald brandit son épée et cria :
« Hugo, espèce de bon à rien, protège les civils non maudits ! Nicola, protège les Maudits ! Les autres, tranchez les sphères ! »
Un civil non maudit était une personne ordinaire qui n’avait pas été frappée par une malédiction. En l’occurrence, il s’agissait de Mylene.
Hugo, qui ne prenait pas part au combat, appela Mylene :
« Allez, on s’en va. Emmène aussi Boule de poils, d’accord ? »
« Nooon ! Je veux mon grand frère ! »
Mylene tenta de courir vers Simon, qui gisait au sol. Hugo la retint précipitamment.
Pendant ce temps, Nicola, le Chevalier sacré, resta près de Simon, le frère de Mylene étendu au sol et l’un des Maudits, pour vérifier son état.
Theo et Carla rejoignirent Oswald pour affronter les villageois qui les attaquaient.
Theo fit face au villageois le plus proche. C’était un homme d’âge mûr, bien bâti, qui serrait une houe dans ses mains.
Comme lorsqu’il avait manifesté son Armement maudit pour la première fois et affronté un Termea, Theo pouvait recourir à la malédiction d’〈Oubli de soi〉 pour faire oublier temporairement à quelqu’un qui il était.
Mais l’activation prenait plusieurs secondes, ce qui ne convenait pas à la situation. Trancher la sphère serait plus rapide.
« Yah ! »
Theo leva son épée et bondit en prenant appui sur le sol avec ses bottes noires.
La Manifestation de l’armement maudit décuplait sa vitesse. Au début, il n’avait pas l’habitude de se déplacer aussi vite et était tombé à plusieurs reprises. Mais l’entraînement de Beryl l’avait suffisamment aguerri pour qu’il puisse s’en servir au combat.
(Je devrais me dire que ce ne sont pas mes jambes qui vont vite, mais que je porte des bottes qui courent incroyablement vite.)
Il prit appui sur le sol, accordant sa perception au rythme des bottes, et contourna l’homme.
(Ne te trompe pas sur la distance.)
Allen le lui avait répété d’innombrables fois pendant leurs entraînements à l’épée. « Tu as les bras courts, Theo. »
Se rappelant les paroles sévères d’Allen, Theo abattit avec précaution son épée entre le dos de l’homme et la sphère.
Tranché !
La lame lui transmit une légère sensation. La sphère tomba au sol et commença à durcir.
Au même instant, le villageois s’effondra. Il aurait été terrible qu’il tombe et que sa houe lui transperce la tête. Theo rattrapa vivement son corps.
(Les deux autres…)
Quand Theo se retourna, Oswald en avait déjà maîtrisé un. Carla maîtrisa l’autre un instant plus tard.
Après s’en être assuré, Oswald donna un ordre à Carla.
« Nous en avons terminé ici. Être ailé, cherche le Termea depuis les airs. Si tu repères d’autres Chevaliers sacrés, appelle-les. »
« … Compris. »
Carla hocha brièvement la tête et jeta un rapide regard à Theo. Puis elle prit silencieusement appui sur le sol et s’envola.
Oswald s’approcha de Theo et examina l’homme à ses pieds.
« C’est pareil pour celui-ci. Les Marques de malédiction sont toujours là, même après qu’on a tranché la sphère. Le corps principal du Termea qui a lancé la malédiction doit se trouver quelque part. »
« … Oui. »
« Certains Termea de troisième catégorie ou plus peuvent produire des fragments d’eux-mêmes. Ces espèces ne peuvent généralement pas éloigner leurs fragments de leur corps principal. On peut supposer que celui-ci se trouve dans les environs. »
Oswald scruta soigneusement les alentours avant de rengainer son épée.
« Nous l’achèverons avant qu’il ne puisse s’éloigner. Quoi qu’il arrive. »
Simon et les autres étant devenus des Maudits, il ne leur restait que peu de temps. À moins de vaincre le corps principal du Termea au plus vite, Simon et les autres deviendraient des Termea.
S’ils étaient sur le point de devenir des Termea… ils n’auraient d’autre choix que de les tuer d’abord.
Comme pour aviver encore leur impatience, les pleurs de Mylene résonnèrent dans la forêt.
« Grand frère ! Grand frère ! Nooon ! Bouhouhou ! »
Hugo retenait Mylene par-derrière tandis que Nicola tentait de la calmer en répétant : « Tu ne peux pas t’approcher de lui », mais la fillette agitait violemment les bras et les jambes.
Lenny tomba à leurs pieds et roula, impuissant, en émettant un petit « Meu ».
« Hé, Theo ! »
Hugo appela Theo tout en retenant Mylene.
Il voulait sans doute que Theo l’aide à la calmer. Theo dissipa son Armement maudit et se hâta de les rejoindre.
« Tu peux faire oublier des choses, pas vrai ? »
« … »
« Alors fais-lui oublier ce qu’elle vient de voir. Être attaquée par son frère transformé suffirait à traumatiser n’importe qui. »
Une personne qu’on connaît, le corps à moitié maculé de rouge et de noir, dépouillée de sa raison et de sa lucidité, qui vous attaque.
C’était indéniablement une vision capable de déchirer le cœur d’une jeune fille.
La suggestion d’Hugo était d’une bonté toute naturelle, celle que n’importe qui aurait dû témoigner à une fillette.
« … Tu as raison. »
La bouche de Theo se tordit en un sourire amer.
Mylene sanglotait à chaudes larmes. Une fillette ne devrait pas avoir à subir un spectacle aussi atroce. Theo le savait.
(Je le sais, mais…)
Il refoula le cri égoïste qui montait en lui et posa le bout des doigts sur le front de Mylene.
〈Oubli désigné〉, c’était comme arracher une page du journal intime du cœur de quelqu’un. Mais ce journal comptait un nombre immense de pages, ce qui rendait difficile la recherche d’un souvenir précis. Il fallait donc d’abord que la personne pense à ce souvenir.
Dans le cas de Mylene, inutile de lui demander : « Pense à ton souvenir le plus douloureux. » Ce souvenir emplissait déjà son esprit.
Theo repéra le souvenir qu’il voulait effacer et effleura du bout des doigts la page correspondante du journal. Une brume blanche s’écoula de ses doigts contre le front de Mylene.
« Oubli, sois. »
Il s’imagina arracher la page du journal. Celle-ci se désagrégea dans la main de Theo et disparut.
(Ce souvenir n’existe plus nulle part.)
Mylene, qui criait et pleurait, fixa le vide d’un air absent. Puis elle bascula en avant.
Theo la rattrapa.
« … Quand elle se réveillera, je pense qu’elle aura oublié ce souvenir terrifiant. »
« Hein. C’est vraiment pratique. »
Theo ravala la réplique qu’il voulait lancer à Hugo.
S’il pouvait sauver quelqu’un grâce à sa maudite malédiction, alors c’était sûrement une bonne chose.
(Mais cette fillette…)
Refoulant le cri égoïste qui montait en lui, Theo hissa Mylene sur son dos.
Son visage endormi était paisible, et cela suffisait à le réconforter.
Notes de bas de page :
Dans l’original, « bon à rien » est écrit avec « Hugo » comme lecture, transformant l’insulte en un surnom bien senti.
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