Chapitre 29
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 2, ch. 10 : Pemucho, Pomepome, Popera-pe, Poo !
──────
« Je suis plutôt de votre côté, moi. »
Sur ces mots, Nicola regarda Carla.
« Nous, les Chevaliers sacrés, avons souvent reçu l’aide des Chevaliers gris sur le front occidental. Je leur en suis reconnaissant, et je ne veux pas que l’un de vous se transforme en Termea. »
Carla avait combattu au bord de la mer de l’Oubli, à l’extrémité ouest du continent, pour protéger celui-ci de l’invasion des Termea. Nicola devait le savoir.
Ce n’était pas lui qu’on félicitait, pourtant Theo en ressentit une certaine joie.
(Je vois… Il y a aussi des gens qui reconnaissent à leur juste valeur les Chevaliers gris.)
Cette constatation l’encouragea. Il deviendrait un Chevalier gris apprécié des Chevaliers sacrés, tout comme Carla.
Tandis qu’il prenait cette résolution, on frappa à la porte. Le capitaine dont ils parlaient, Oswald Gregory, venait de rentrer. À ses côtés se tenait une enfant qui semblait venir du village.
C’était une fillette d’environ sept ou huit ans, aux cheveux châtains et raides, coupés aux épaules. Elle agrippait sa jupe des deux mains et retenait ses sanglots.
Nicola s’adressa à Oswald.
« Bon retour, capitaine Gregory. Que s’est-il passé ? »
« Cette fillette dit que son frère a été enlevé par un Termea, mais… »
Oswald s’interrompit et regarda la fillette. Elle trembla sous son regard, comme si elle avait peur de lui. Ses larmes tombèrent sans discontinuer sur le sol, où elles laissèrent des taches sombres.
Nicola prit un air compréhensif.
« C’est parce que vous avez une tête si effrayante, capitaine. »
« … Ngh. »
La présence intimidante d’Oswald avait visiblement fait reculer la fillette.
Les Chevaliers sacrés étaient des figures sur lesquelles les habitants pouvaient compter, mais Oswald avait un visage sévère, marqué par une cicatrice. Et, s’il restait là sans même esquisser un sourire, en dégageant une telle aura intimidante, il n’était pas étonnant que les gens aient peur de lui.
Oswald se gratta la tête, mal à l’aise.
« Nicola, tu pourrais l’interroger ? »
« Compris. Les Chevaliers gris peuvent rester aussi, non ? Elle parlera sans doute plus facilement si des enfants de son âge sont près d’elle. »
À la suggestion de Nicola, Oswald fronça les sourcils. Son air devint encore plus intimidant, et la fillette se mit à trembler de plus belle.
S’en rendant compte, Oswald se couvrit le visage d’une main et soupira.
« … Très bien. Je serai dans le couloir. Appelez-moi s’il se passe quelque chose. »
Sur ces mots, Oswald quitta la pièce et referma la porte.
Après s’être assuré que la porte était bien fermée, Hugo éleva ostensiblement la voix.
« Quel minable. Il nous dit d’attendre, mais il n’est même pas fichu d’interroger quelqu’un correctement. »
« Hugo, nous n’avons encore rien fait pour aider. Tu ne devrais pas parler avec autant d’arrogance. »
Quand Theo le réprimanda, Hugo renifla avec dédain.
« Oui, oui. Monsieur le petit saint veut à tout prix se rendre utile, hein ? »
« Oui. »
« … »
Theo voulait être quelqu’un de bien et contribuer à la paix ; il acquiesça donc sans détour. Hugo se tut, décontenancé.
Pendant ce temps, Nicola tira une chaise pour la fillette et l’invita à s’asseoir. Elle s’installa lentement, se couvrit le visage des deux mains et se mit à pleurer doucement.
« Ça va ? Tu peux me dire comment tu t’appelles ? » demanda Nicola avec douceur, mais la fillette ne fit que sangloter tristement. Ses pleurs déchirants serrèrent le cœur de Theo.
(Comment faire pour qu’elle se sente en sécurité ?)
Nicola avait dit que la présence d’enfants de son âge la mettrait plus à l’aise et avait obtenu l’autorisation de laisser Theo et les autres rester. Theo voulait contribuer à l’interrogatoire, ne serait-ce qu’un peu.
Tandis qu’il cherchait comment lui parler, Hugo lui chuchota :
« Tu veux te rendre utile, pas vrai ? Fais un petit numéro pour la faire rire. »
« Un numéro ? Qu’est-ce qui pourrait marcher… ? »
Theo ne savait ni chanter ni danser. Il ne savait pas non plus faire de tours de magie ou d’acrobaties.
Comme Theo se creusait la tête, Hugo lui adressa un sourire en coin et lui murmura à l’oreille :
« Bon, écoute bien… Tu tapes fort du pied sur place en disant : “Pemucho, Pomepome, Popera-pe, Poo !” Et tu termines en faisant une grimace. C’est un sketch d’un comique que tout le monde connaît à Erington. »
Il existait donc un numéro pareil. Theo en resta stupéfait. Depuis qu’il vivait dans la ville minière de Worg, il n’avait lu que des livres ; il était donc un peu déconnecté des modes du moment.
Hugo croisa les bras, l’air entendu.
« On dit que les enfants rient toujours quand on le fait. »
« … Ngh. »
Theo se leva d’un bond et se plaça devant la fillette. Elle le regarda en reniflant.
Theo se rappela : un chevalier se devait d’être sincère et bon envers les gens.
Cette résolution au cœur, Theo tapa violemment du pied. Boum ! Bang !
Les pieds fermement plantés au sol, Theo prit la parole à voix haute.
« … P-P… Pemucho, Pomepome, Popera-pe, Poo ! »
À la fin de sa tirade, il s’écrasa le visage entre les mains. Il le pinça aussi fort qu’il le pouvait.
Un silence glacial envahit la pièce.
Le rire impitoyable de Hugo le brisa.
« Gwahahahaha ! C’est tellement nul ! C’est vraiment la grimace la plus drôle que tu aies trouvée ?! Et tu as vraiment gobé ça ! »
Theo baissa les mains qui lui couvraient le visage et fixa Hugo, tremblant de tout son corps.
« Hugo… tu m’as piégé… ? »
« Un numéro pareil, ça n’existe pas ! Hé-hé-hé ! Oh ! Ouh ! Fuf ! Ah, merde, j’ai tellement ri que j’ai le nez qui coule. »
Pour la première fois de sa vie, le sérieux et bon Theo sentit qu’il avait envie de tuer quelqu’un.
Theo dévisagea Hugo sans ciller.
Est-ce que ce serait grave de le plier en deux comme une crevette, encore une fois ?
(Je suis sûr que ça ne ferait rien si quelque chose craquait un tout petit peu. Et même si c’était le cas, je dirais que ce n’est rien.)
Alors que les pensées de Theo prenaient une tournure dangereuse, Carla murmura :
« C’était… un peu drôle. »
« … »
« Je crois que Theo… a fait de son mieux. »
La tentative de Carla pour le réconforter lui fit mal.
Les chevaliers étaient censés faire sourire ceux qu’ils protégeaient, mais ça, ce n’était pas digne d’un chevalier. Absolument pas.
La fillette avait cessé de pleurer, mais elle était loin de sourire. Son regard fixe et vide, rivé sur Theo, était celui de quelqu’un qui regardait un adulte se comporter bizarrement.
Alors, un cri retentit aux pieds de Theo.
Mefuu.
C’était Lenny, la boule de poils blanche. Apparemment, Lenny avait roulé hors du sac de Theo. La fillette suivit Lenny des yeux, visiblement intriguée.
Theo ramassa Lenny et s’accroupit de nouveau devant la fillette.
« Voici mon compagnon, Lenny. Tu veux le prendre dans tes bras ? »
La fillette acquiesça ; Theo posa donc Lenny sur ses genoux. Elle caressa sa fourrure de ses petites mains.
« Il est tout doux et mignon. »
Mefun.
À contrecœur, Theo dut reconnaître que le duvet de Lenny avait remporté un franc succès, contrairement à son grand numéro, qui lui avait demandé tant d’efforts. Il avait envie de pleurer.
Tandis que Theo encaissait cette défaite, Nicola s’adressa à la fillette.
« Euh, tu te sens un peu plus calme maintenant ? Tu peux nous raconter ce qui s’est passé ? »
« … Oui. »
La fillette serra Lenny contre elle à deux bras et se mit à expliquer les choses par bribes, avec difficulté.
Elle s’appelait Mylene. Elle aurait sept ans cette année. Ses parents étaient morts d’une épidémie, et elle vivait désormais seule avec son frère de dix-sept ans, Simon.
Mylene adorait son frère, bien plus âgé qu’elle. Aujourd’hui encore, elle était allée lui apporter son déjeuner pendant qu’il travaillait aux champs.
C’est là que Mylene l’avait vu.
Elle avait vu son frère se faire entraîner par quelque chose de noir.
« Quelque chose de noir et de long a attrapé la jambe de mon frère… et l’a emporté. »
Mylene resserra anxieusement ses bras autour de Lenny. Le corps rond de celui-ci s’écrasa légèrement et s’étira à la verticale.
Nicola posa plusieurs questions, mais comme Mylene était encore petite, ses explications manquaient de clarté.
Nicola déplia une carte et lui demanda où elle avait vu la créature, mais Mylene ne savait apparemment pas encore lire une carte. Elle ne put donner que des indications vagues, comme « près de la rivière » ou « derrière la remise ».
« Hum, tu peux nous montrer où c’est arrivé ? »
Mylene acquiesça à la question de Nicola, puis leva les yeux vers Theo.
« … Vous et Boule de poils, vous viendrez avec moi ? »
Theo ouvrit de grands yeux, surpris.
Il avait cru que son grand numéro avait complètement échoué, mais la fillette avait apparemment commencé à lui faire un peu confiance.
« Bien sûr ! »
Theo lui sourit avec assurance, et Mylene esquissa un petit sourire à travers son visage rougi par les larmes.
« Merci, maître de Boule de poils. »
Ah, elle faisait seulement preuve de gentillesse parce que j’étais le maître de Boule de poils. Mon grand numéro n’y était pour rien…
Bien qu’il se sentit secrètement abattu, Theo lui rendit son sourire.
« Je m’appelle Theo. Enchanté, Mylene. »
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