Chapitre 28
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 2, ch. 9 : Oui, je suis un homme prudent…
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Le capitaine Oswald Gregory, de la première division de l’Ordre des chevaliers sacrés, avait vingt-trois ans. Grand, élancé et bien entraîné, il avait les cheveux blond foncé, le regard perçant et le visage buriné. Une longue cicatrice le barrait en diagonale, souvenir de l’imprudence de sa jeunesse.
Après avoir sous-estimé un ennemi et essuyé une défaite en retour, Oswald s’était répété maintes fois qu’il devait rester prudent. Depuis, il menait une vie réglée et ne baissait jamais sa garde.
Sa prudence était telle qu’il vérifiait toujours si ses sous-vêtements n’étaient pas à l’envers avant de les enfiler. Il pointait du doigt chaque serrure en l’annonçant à voix haute pendant qu’il la contrôlait, gardait ses provisions parfaitement approvisionnées et avait hérité des surnoms de Roi des provisions et de Râleur de la première division.
Cette minutie lui était également utile dans son travail. Chaque fois qu’il recevait une mission, il ne négligeait jamais les vérifications préliminaires. S’il devait partir loin, il préparait même des listes de bagages pour ses subordonnés. (Une fois l’objet mis dans votre sac, cochez la case sur la liste !)
Pourtant, quelle que soit la minutie avec laquelle on se préparait, l’intervention d’autrui pouvait entraîner toutes sortes d’imprévus.
Les Chevaliers gris qui l’accompagnaient dans sa mission ce jour-là en étaient un parfait exemple.
« Je m’appelle Theo, je suis Chevalier gris. Enchanté de vous rencontrer ! »
Celui qui accueillit avec entrain Oswald et les autres devant le quartier général des Chevaliers gris, qu’on appelait communément la Maison Cinder, était un petit garçon blond avec une fine tresse.
Oswald se souvenait de lui.
« Tu es le gamin qui était si familier avec le commandant Randolph dans le train. »
Oswald faisait partie des Chevaliers sacrés qui avaient accompagné Elbert lors de son retour de Worg, une ville minière du Legato, dans la région Centre-Ouest, à Erington, dans la région centrale.
Theo semblait lui aussi se souvenir d’Oswald.
Dans le train, Oswald avait conseillé à Elbert de ne pas accepter les bonbons que lui tendait Beryl, avant de se faire rabrouer. Cette scène avait dû marquer Theo.
Theo leva vers Oswald ses yeux verts étincelants.
« Vous vous souvenez de moi ?
— … Bien sûr que je me souviens de toi. »
Oswald grogna, l’air renfrogné.
Ce garçon était un Marcheur fou, et pourtant il parlait avec tant de naturel au héros Elbert, qui l’avait même encouragé. C’en était trop pour quelqu’un comme lui.
Quelle chance il avait.
(Pourquoi faut-il qu’on aille chercher des Chevaliers gris… ?)
Les Chevaliers gris étaient des individus dangereux, susceptibles de se transformer en Termea à tout moment. C’était pourquoi ils devaient obtenir une autorisation pour quitter la Maison Cinder et qu’un Chevalier sacré les accompagnait pour les surveiller lorsqu’ils partaient loin en mission.
Pour cette raison, les Chevaliers sacrés se rendaient en calèche à la Maison Cinder afin d’y récupérer les Chevaliers gris. (Comme l’idée d’« aller à leur rencontre » l’agaçait, Oswald préférait dire qu’il allait les « récupérer ».)
Derrière la grille de fer de la Maison Cinder, Beryl, la Chevalière grise à la peau sombre, leur fit signe de la main.
« Bon courage ! »
Elle était apparemment venue saluer les jeunes avant leur départ. Quelle vie de loisir.
« … Je suis le capitaine Oswald Gregory. Montez. »
À son invitation, les trois Chevaliers gris — Theo, Carla et Hugo — montèrent dans la calèche. Derrière la grille, Beryl leur envoya un baiser.
« Bon voyage ! »
(… Cette femme n’a toujours honte de rien.)
Quand la calèche se mit en route, Oswald observa de nouveau le groupe. Il lui arrivait de combattre aux côtés des Chevaliers gris lors de missions ; il en connaissait donc la plupart.
La jeune fille aux cheveux blancs, dont le masque dissimulait le haut du visage, s’appelait Carla. Dans son dos, on la surnommait la Poupée tranchante des Chevaliers gris. Ses capacités ne faisaient aucun doute, mais son manque d’humanité apparent la rendait inquiétante.
Il y avait ensuite Hugo, le garçon aux cheveux orange. Il jetait sans cesse des coups d’œil aux Chevaliers sacrés, avec une expression d’une servilité écœurante.
Oswald lança un regard noir à Hugo et lâcha : « Toi, là. Tu as déjà participé à une mission, non ? Je me souviens de toi : tu n’as presque rien fait et tu as passé ton temps à fuir. »
Les Chevaliers gris étaient loin d’être irréprochables, mais ils formaient malgré tout un groupe de personnes prêtes à combattre les Termea.
Même Carla, dont il était impossible de deviner les pensées, se mettait silencieusement à combattre dès qu’elle se retrouvait face à un Termea.
Pourtant, Hugo n’avait presque rien fait lors de ses précédentes missions. Il restait dans les parages des autres Chevaliers gris, puis allait se cacher quelque part dès que le combat commençait.
À cette accusation, Hugo détourna le regard, l’air renfrogné.
« … Mon don n’est pas adapté au combat. »
Oswald n’aimait pas cette attitude de quelqu’un qui cherchait des excuses.
Il savait que presque aucun Chevalier gris n’avait choisi de le devenir. Malgré tout, voir quelqu’un afficher aussi ouvertement son manque de motivation le mettait en colère. Pourquoi devait-il surveiller un tel poids mort ?
Alors qu’Oswald prenait une inspiration pour lui crier dessus, Theo prit la parole avant lui.
« Alors, faisons de notre mieux ensemble cette fois, Hugo ! »
« Pourquoi tu es aussi enthousiaste, au juste ?! »
« C’est ma première mission. C’est normal que je sois enthousiaste. Tu es mon aîné, alors j’aimerais que tu me montres comment faire. »
Hugo fronça les sourcils devant le regard franc de Theo.
Alors Carla, la jeune fille masquée, prit doucement la parole.
« Un exemple… je t’en montrerai un aussi… »
Un exemple.
C’était la première fois qu’Oswald voyait cette fille pareille à une poupée essayer de jouer les aînées.
Sans remarquer le trouble intérieur d’Oswald, Theo acquiesça, les yeux brillants.
« Oui, j’aimerais apprendre auprès de toi. »
« Un exemple… Quand les Termea apparaissent… frapper beaucoup… »
Quel genre d’exemple grossier était-ce là ?
Oswald voulut répliquer, mais Theo avait l’air impressionné.
« Carla, tu es courageuse. »
À ce rythme, le nouveau venu risquait de foncer droit sur les Termea en suivant à la lettre ses conseils.
Le sourcil d’Oswald tressaillit. Il cria : « Votre travail, c’est d’attendre ! Ne faites rien d’inutile ! C’est tout ! »
* * *
Worg, la ville minière où Theo avait grandi, et Grandrium, la capitale, comptaient de nombreuses zones industrielles. Leurs cieux étaient toujours couverts d’une fumée gris rougeâtre.
Mais au sud-ouest de Grandrium s’étendait l’une des précieuses régions agricoles d’Erington. Le ciel qui la surplombait était d’un bleu pâle et limpide.
Le village de Rejilna, où un Termea avait été aperçu, était un assez grand village agricole. Le printemps était une saison chargée, où l’on plantait graines et jeunes pousses, et les habitants semblaient profondément troublés par les rumeurs de Termea.
Ils accueillirent les Chevaliers sacrés à leur arrivée et leur proposèrent, pour la durée de leur séjour, un bâtiment de deux étages qui servait de salle communale.
Theo attendait dans l’une des pièces, assis sur une chaise, les poings serrés sur les genoux, et gémissait.
« Je veux travailler… Je veux travailler… »
« Hein ? T’es idiot ou quoi ? Être payé à ne rien faire, c’est le meilleur plan qui soit. »
Tout en parlant, Hugo croquait les friandises que les villageois avaient préparées pour eux.
Quel paresseux.
Carla restait parfaitement immobile sur sa chaise, comme un ornement, sans se plaindre.
Theo lança un regard suppliant au jeune Chevalier sacré chargé de les surveiller.
Nicola Ron, l’un des subordonnés d’Oswald, avait les cheveux bruns attachés en queue-de-cheval sur la nuque. Lors de leur première rencontre, il lui avait dit : « Nicola, ça ira très bien », ce qui lui donnait un air de grand frère sympathique.
« Nicola, est-ce qu’il y a quelque chose que je puisse faire ? Trier des documents, gérer des emplois du temps, tenir les comptes, n’importe quoi…
— Non. La prochaine fois, prends un livre pour passer le temps. »
« Raaah… »
Tandis que Theo gémissait de dépit, Carla murmura : « Ce capitaine… est particulier… »
Theo était perplexe. Il ne comprenait pas ce que Carla entendait par « particulier ».
Comme si elle s’en était aperçue, Carla ajouta à voix basse : « Sur le terrain… certains nous font tout faire… »
« C’est plutôt la norme. Après tout, nous autres, Chevaliers gris, on est des pions sacrifiables. »
Hugo, qui grignotait ses friandises, lâcha ces mots avec amertume.
« D’après ce que j’ai vu, les Chevaliers sacrés ont grosso modo trois façons de traiter les Chevaliers gris. Il y a ceux qui se disent : “Les Chevaliers gris sont des pions sacrifiables, alors envoyons-les en première ligne.” Puis ceux qui pensent : “Ce sont des compagnons d’armes, alors soyons raisonnablement amicaux.” »
Si Theo prenait les propos de Hugo au pied de la lettre, le héros Elbert Randolph appartenait à la catégorie des Chevaliers amicaux. Il traitait les Chevaliers gris comme Beryl et Carla exactement comme n’importe qui d’autre.
Hugo appuya la joue sur une main et lança un regard noir à Nicola.
« Et puis il y a ceux qui ressemblent à ce capitaine rigide. “On ne peut pas faire confiance aux Chevaliers gris, alors je préfère les tenir à l’écart.” »
Nicola esquissa un sourire gêné devant les paroles acerbes de Hugo.
« Le capitaine Gregory est prudent. Il déteste qu’un élément imprévisible se mêle à une mission. »
« Ha ! Un élément imprévisible, hein ? Donc, en fin de compte, il ne nous fait pas confiance. »
Hugo ricana avec sarcasme, mais Theo ne trouvait pas que la façon de penser du capitaine Oswald Gregory fût si injustifiée.
Les Chevaliers gris étaient des Marcheurs fous, des êtres dangereux qui pouvaient se transformer en Termea à tout instant. Oswald avait dû avoir du mal à rester tranquille en voyant l’un d’eux assis à côté d’Elbert dans un train à vapeur.
(Et puis, quand on arrive sur le lieu d’une mission, ils doivent affecter quelqu’un à notre surveillance…)
Comparé à quelqu’un qui considérait les Chevaliers gris comme des pions sacrifiables et les envoyait au-devant du danger, Theo trouvait plus bienveillant Oswald, qui voulait les tenir à l’écart du terrain.
Bien sûr, l’idéal serait de gagner la confiance de l’autre et de combattre ensemble.
Nicola eut l’air un peu dépité.
« Moi, je suis plutôt dans le camp des amicaux, pourtant. »
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