Chapitre 25
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Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 2, chap. 6 : Prenez soin des livres
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« Ce garçon a débarqué dans la cuisine pour demander ce qu’était la Queue brune et comment on la préparait. »
« … Et tu l’as aidé ? »
À vrai dire, Hugo ne s’était pas attendu à ce que Noah réagisse ainsi.
Comme chacun pouvait le constater, Noah était un garçon mûr. Il était brusque même avec les adultes et, quand quelque chose le dérangeait, il le disait sans détour. Comment Theo avait-il réussi à convaincre quelqu’un comme Noah de l’aider ?
Noah répondit à Hugo en fronçant les sourcils.
« Il a baissé la tête et m’a dit : “Mon aîné a l’air affamé au possible. Il est dans un tel état qu’il ne peut même pas aller en chercher lui-même. Je vous en prie, je vous en supplie.” »
« … »
« On dirait que le pauvre Hugo mourait de faim. »
Noah regarda Hugo comme un adulte pitoyable. Ce gamin n’avait vraiment aucun charme.
Pendant ce temps, Theo attendait, le sourire aux lèvres, que Hugo prenne l’assiette.
« Voilà, Hugo ! Paraît que c’est délicieux tout juste sorti de la friteuse ! »
« O-oh… »
Ce n’était pas le résultat qu’il avait imaginé, mais Theo se comportait exactement comme le genre de subalterne qu’Hugo voulait. Ce n’était pas si mal, après tout.
Hugo gardait son livre ouvert sur ses jambes croisées et tendit la main vers l’assiette.
Theo la retira vivement. Son sourire s’effaça.
« Attendez. Vous allez salir le livre comme ça. »
« Hein ? Et alors ? Je vais lire en mangeant. »
« La Queue brune est très huileuse, et sa couche de sucre à la cannelle va s’éparpiller. Qu’est-ce que vous ferez si le livre est taché ? »
Theo dégageait une étrange pression, et Hugo se tut.
Il avait beau vouloir faire le dur devant un subalterne, il était timide de nature. Dès que quelqu’un haussait le ton, il se repliait instinctivement.
« Ah, la ferme. »
Hugo détourna le regard comme pour fuir et posa à l’envers, au bord du lit, son livre à moitié lu.
Theo éleva aussitôt la voix.
« Vous abîmez le livre en le laissant comme ça ! »
« Je le laisse toujours comme ça. »
À cet instant, Hugo sentit un frisson lui parcourir l’échine.
Les yeux légèrement bridés de Theo se tournèrent vers lui. Il le regardait comme une proie dans son viseur.
Theo posa l’assiette sur la table, puis s’approcha lentement du lit d’Hugo.
« Hugo, avez-vous l’intention de changer votre façon de traiter les livres ? »
« H-Hein ? Mais de quoi tu parles ? Hein ? Hum ? »
Hugo mit toute son énergie à bluffer. Il ne pouvait pas montrer sa faiblesse devant un nouveau. Si Theo le méprisait, il était perdu.
Ce fut la goutte d’eau.
Theo plissa les yeux et grimpa sur le lit.
« Ainsi, vous n’avez pas l’intention de changer. Je comprends. »
* * *
Trois adultes se trouvaient dans la salle de commandement des Chevaliers gris.
JJ, le commandant d’âge mûr qui portait un sac en papier sur la tête.
Archibald, l’administrateur à lunettes, un sabre à la taille.
Et Beryl, une membre aux cheveux couleur sable, à la peau sombre et vêtue d’une jupe portefeuille.
JJ était assis à son bureau, tandis qu’Archibald se tenait à ses côtés, comme pour monter la garde.
La seule présence d’Archibald était intimidante, mais Beryl se tenait devant le bureau dans une posture décontractée.
Beryl n’avait rien contre les hommes raides comme Archibald. Elle les aimait même assez pour avoir envie de les taquiner. Même si lui ne se laisserait probablement pas faire.
Archibald lança un regard noir à Beryl et l’interrogea.
« Pourquoi n’avez-vous pas signalé cette créature ? »
Cette créature, c’était Lenny, la boule de poils blanche que Theo avait amenée avec lui.
Dans son rapport précédent, Beryl avait mentionné le pouvoir de Theo, mais pas Lenny. C’était ce qu’Archibald lui reprochait.
« Eh bien, à vrai dire, je n’étais pas sûre de devoir le signaler. Je n’étais qu’à moitié convaincue qu’il s’agissait du Familier de Theo. Je n’avais encore jamais vu de Familier qui ressemblait autant à une créature vivante. Et il est blanc, en plus. »
Archibald semblait lui aussi avoir son avis sur la question. Son expression sévère habituelle se durcit davantage.
« Certes, même ceux qui maîtrisent la manifestation n’ont jamais créé quelque chose d’aussi réaliste… »
« Au début, j’ai cru que l’animal de compagnie de Theo était tombé de ses vêtements. »
Les Familiers que connaissait Beryl étaient façonnés comme de l’argile à partir de masses d’énergie maudite rouge et noire, auxquelles on donnait la forme d’oiseaux, de poissons, d’animaux, de fées et autres créatures.
Une boule de poils blanche et duveteuse, c’était du jamais-vu.
JJ parcourait des documents et prit la parole d’un ton nonchalant.
« Pas de doute, cette adorable boule de poils fait partie de son pouvoir maudit. Je l’ai vu de mes propres yeux, alors je le sais. »
Apparemment, JJ pouvait voir les malédictions grâce à ses yeux, entièrement noirs, iris et blancs compris.
Par exemple, même si un Marcheur fou portait plusieurs couches de vêtements pour cacher son Sceau de malédiction, JJ parvenait d’une manière ou d’une autre à deviner où il se trouvait.
Il prétendait toutefois que cette capacité manquait de précision. Il ne pouvait en percevoir qu’une présence vague et floue.
JJ croisa les bras et s’adossa à son fauteuil.
« Je suis curieux au sujet de Fluffy-chan, mais aussi de l’emplacement du Sceau de malédiction de Theo. Au départ, il était sur son cœur, puis il s’est déplacé vers le haut de sa poitrine. C’est un cas assez rare. »
D’un ton badin, JJ se tourna vers Beryl.
« Alors, que pensez-vous de Theo, notre nouvelle recrue ? Il a l’air tellement gentil que ça en devient presque inquiétant. »
« Oui, c’est à peu près ça. Il est sérieux, travailleur et gentil. »
Puisque Theo était frappé par la malédiction de l’Oubli et que les autres l’oubliaient facilement, il devait sans doute être encore plus désespéré que les autres se souviennent de lui.
Beryl avait remarqué qu’il suffisait d’appeler Theo par son prénom pour faire briller ses yeux verts et relever légèrement les commissures de ses lèvres. Même qu’on l’appelle par son prénom suffisait à le rendre particulièrement heureux.
Quel garçon attachant et sincère.
« En fait, c’est Carla qui m’intrigue davantage. »
Carla était cette fille silencieuse aux cheveux blancs qui cachait toujours son visage derrière un masque.
En dehors des combats contre les Termea, elle était toujours dans la lune et ne cherchait pas à nouer de liens avec les autres. Même lorsque Beryl, qui aimait prendre soin des gens, essayait de bavarder avec elle de tout et de rien, Carla répondait rarement.
Pourtant, depuis sa rencontre avec Theo, elle se comportait bizarrement.
« Administrateur Archibald, vous l’avez vu aussi, pas vrai ? Dans la calèche, Carla a pris part à la conversation pour une fois. Elle était pareille dans le train. »
Carla n’avait pas beaucoup parlé, à vrai dire. Beryl avait pourtant remarqué qu’elle guettait les occasions de se mêler aux conversations.
Mais surtout, Beryl ne l’avait jamais vue tirer sur l’ourlet de quelqu’un.
Archibald fronça les sourcils et marmonna :
« … Peut-être était-elle contente d’avoir quelqu’un de son âge à proximité ? »
« Oh ? L’administrateur aurait-il oublié la malédiction de Carla ? »
« C’est vrai. Elle… »
Alors retentit un cri semblable à un râle d’agonie.
« Gyaaaaaah !! »
C’était la voix de Hugo.
Tous trois se regardèrent, puis sortirent de la pièce. Les cris de Hugo continuaient par intermittence.
Arrivés au deuxième étage, ils aperçurent Noah, un employé subalterne, devant la grande chambre commune des chevaliers.
Voyant les adultes accourir, Noah, peu sociable, prit la parole d’une voix basse, l’air de n’avoir absolument rien à voir avec ce vacarme.
« Hugo a maltraité un livre, et la nouvelle recrue a pété les plombs. »
Beryl se pencha pour jeter un coup d’œil à l’intérieur.
Au fond de la pièce, sur un lit, Hugo était plié en deux.
Il était couché sur le ventre, le dos cambré, dans la position dite de la crevette, mais l’angle était atroce.
Et celui qui, à califourchon sur Hugo, lui retenait les bras et le forçait à prendre cette posture insoutenable n’était autre que Theo.
Theo baissa sur Hugo ses yeux verts, où brillait une lueur inquiétante.
« Le corps humain ne peut pas se plier davantage, n’est-ce pas ? Ce que vous avez fait subir à ce livre, c’était exactement pareil. »
« Gyaaaah ! Arrête, arrête, idiot ! Je ne peux pas me plier davantage… ! »
« Promettez de ne plus jamais recommencer et de prendre soin des livres. »
« Je le promets ! Je le promets, alors lâche-moi, idiot ! Ah, ah… »
Hugo roula des yeux et se mit à écumer.
JJ marmonna : « Oh là là. »
Archibald soupira.
Beryl s’exclama avec émotion :
« Je croyais qu’il était simplement sérieux et trop gentil, mais il sait aussi se mettre en colère. Hmm, hmm. Grande sœur aime les gamins turbulents. »
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