Chapitre 22
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 2, chap. 3 : L’homme au sac en papier (une personne importante)
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Dans la banlieue sud de Grandrium, la capitale, se dressait, sur le terrain de la Deuxième base de l’armée d’Erington, un bâtiment de trois étages entouré d’une clôture de fer.
Bien qu’il eût autrefois été ravagé par un incendie, le vieux bâtiment avait été réparé et réutilisé à maintes reprises. Il abritait le quartier général des Chevaliers gris, un groupe composé de Marcheurs fous.
Theo avait supposé que les Chevaliers gris étaient une centaine, mais, d’après ce que Beryl et Archibald lui avaient raconté dans la voiture, ils n’étaient qu’une dizaine en tout, commandant compris.
Plusieurs étaient actuellement affectés au front de l’Ouest, un champ de bataille particulièrement acharné dans la guerre contre les Termea. Il était donc probable que même la moitié d’entre eux ne se trouvait pas à la base.
Pas étonnant que les Chevaliers gris soient peu connus.
Un Marcheur fou risquait à tout moment de devenir un Termea. Certains citoyens s’opposeraient certainement à ce qu’on les utilise comme ressources militaires. C’était pourquoi le pays gardait leur existence secrète.
Deux soldats montaient la garde devant le portail. Leurs uniformes rouges indiquaient qu’ils appartenaient à l’armée d’Erington. À la vue d’Archibald, ils le saluèrent et déverrouillèrent aussitôt le portail.
Beryl chuchota à Theo :
« Voici le quartier général des Chevaliers gris, aussi appelé la Maison Cinder. Ou le chenil.
La clôture de fer qui entourait la base n’était pas là pour empêcher les intrus d’entrer. Elle servait à retenir les Chevaliers gris à l’intérieur.
Étant donné qu’ils avaient besoin d’un collier pour sortir du domaine, on ne pouvait pas dire qu’ils étaient particulièrement bien traités.
« La pauvreté et la chasteté, on s’en fiche. Il faut juste obéir. Voilà la devise.
Archibald lança à Beryl un regard sévère en entendant sa plaisanterie.
« Je vais conduire le nouveau dans le bureau du commandant. Les autres, retournez dans vos chambres et attendez votre prochaine affectation.
Beryl lui répondit d’un geste désinvolte de la main.
« Oui, oui. Bon courage. À plus, Theo.
Carla, qui avait levé les yeux vers Beryl, se tourna vers Theo et lui adressa maladroitement un petit signe de la main. On aurait dit qu’elle imitait Beryl.
« Merci pour tout, Beryl, Carla.
Theo les remercia poliment et leur adressa à son tour un petit signe de la main. Ce n’était pas un geste très chevaleresque, mais il voulait leur rendre l’affection qu’elles lui avaient témoignée.
Archibald gravit les escaliers d’un pas vif. Le bâtiment était ancien, mais sa construction semblait assez solide pour que ni les marches ni les planchers ne grincent sous leurs pas.
Enfin, Archibald s’arrêta devant une pièce du troisième étage.
« La personne que vous allez rencontrer est le commandant des Chevaliers gris. Tâchez de vous montrer respectueux.
Archibald frappa, puis ouvrit la porte.
Une personne était assise derrière un bureau, au fond de la pièce.
Son corps était vêtu de l’uniforme des Chevaliers gris et n’était ni particulièrement grand ni particulièrement mince.
Et sur sa tête était posé un sac en papier.
La personne portait un sac en papier sur la tête. Des trous ronds étaient découpés à la hauteur des yeux ; elle devait donc pouvoir voir à travers.
Theo jeta un coup d’œil à Archibald. Celui-ci ne dit rien et garda son expression sévère. Cela ne semblait donc pas le moins du monde urgent à ses yeux.
(Qu’est-ce que je suis censé dire… ?)
Tandis que Theo se creusait la tête, une voix s’éleva de l’intérieur du sac. C’était celle d’un homme d’âge mûr, qui manquait singulièrement d’énergie.
« Vous pouvez entrer.
« O-Oui, excusez-moi.
Theo entra dans la pièce et se redressa.
Les salutations avaient leur importance, quelle que soit la situation.
« C’est un grand honneur d’être reçu par vous. Je m’appelle Theo et je viens de rejoindre les Chevaliers gris.
« Ah, oui. Moi, c’est JJ, le commandant. Enchanté.
Son nom était inhabituel. Avec son visage dissimulé, il devait peut-être se trouver dans une situation délicate, qui l’empêchait de révéler son identité.
« Vous avez à peu près quel âge ? Quatorze ans, c’est ça ?
« Oui. J’ai été recueilli alors que j’étais bébé, donc j’ignore mon âge exact.
« Je vois. Hum…
JJ croisa les bras et poussa un grognement. Theo ne pouvait pas voir son expression à cause du sac en papier, mais il eut l’impression qu’il faisait la grimace.
« Pour être honnête, j’aimerais instaurer une règle : les mineurs de moins de seize ans seraient écuyers des Chevaliers gris et ne seraient pas envoyés sur le champ de bataille. Mais je n’arrive pas à obtenir l’accord de mes supérieurs. Alors, les enfants comme vous doivent partir au combat comme de véritables Chevaliers gris… Je suis désolé de ne pas pouvoir faire davantage.
« J’étais prêt à combattre comme chevalier depuis le début, je n’ai donc rien contre cela. Mais les enfants qui ne veulent pas se battre ne devraient jamais être envoyés sur le champ de bataille. J’espère sincèrement que votre demande sera approuvée, commandant.
« Ah, oui. Merci…
L’homme qui se tenait devant lui n’avait pas l’aura imposante propre aux personnages importants. Sa voix était monocorde, sans force ni entrain. En somme, il parlait comme un vieil homme épuisé.
(Mais c’est quelqu’un de bien.)
Plus important encore, malgré son apparence suspecte et même s’il n’était au fond qu’un vieil homme épuisé, l’homme qui se tenait devant Theo était le commandant des Chevaliers gris. C’était son supérieur. Theo ne pouvait pas se permettre de manquer de respect.
Theo se tint bien droit et poursuivit ses salutations.
« Je manque peut-être d’expérience, mais je me consacrerai corps et âme à la protection des citoyens contre la menace des Termea. Je suis heureux de pouvoir servir sous vos ordres.
« Oui, moi aussi.
La conversation s’acheva là.
« …
« …
Theo aurait voulu que JJ ou Archibald dise quelque chose. Au moins, l’un d’eux aurait-il pu lui demander de partir ? Tandis qu’il se posait la question en silence, JJ prit la parole.
« Avez-vous quelque chose à demander ?
« Je pensais que l’administrateur Archibald m’expliquerait ce que je dois savoir sur la vie ici…
« Non, allez-y, demandez. Vous vous dites : “C’est quoi, ce sac en papier ?” Pas vrai ? Vous y avez pensé, hein ?
C’était vrai. Il l’avait pensé très fort ; après une brève lutte intérieure, Theo se força à répondre :
« …Puis-je vous poser la question ?
« Oui, j’espérais même que vous me la poseriez. Vous savez, ça me rendrait triste que les jeunes chuchotent dans mon dos : “Vous vous rendez compte, notre chef porte un sac en papier ?”
« Médire de quelqu’un dans son dos est une conduite honteuse.
« Vous êtes tellement sérieux. Enfin, pour ce qui est du sac en papier…
JJ désigna les trous découpés en forme d’yeux.
Les deux trous du sac en papier brun étaient noirs, et Theo ne parvenait pas à distinguer ce qu’il y avait derrière. Non, quelque chose clochait, comprit-il.
S’il s’agissait de simples trous ronds, ne devrait-il pas au moins voir la peau autour des yeux de JJ et le blanc de ses yeux ?
« Mon Sceau de malédiction recouvre la moitié supérieure de mon visage. Elle est entièrement noire.
Theo regarda de plus près et eut un hoquet de surprise. La peau n’était pas la seule touchée. Les yeux de JJ, blancs et iris compris, étaient entièrement noirs.
« Je vois très bien, mais avoir toute la moitié supérieure du visage complètement noire, ça attire un peu les regards, pas vrai ? Et mes cheveux ont pris une couleur assez voyante, aussi… Quand on est Marcheur fou depuis plus de cinq ans, la couleur des cheveux et toutes sortes d’autres choses commencent à changer.
« C-C’est vrai ?
« Alors, me cacher le visage me simplifie la vie. Les gens vous pardonnent plus facilement d’avoir l’air de ne pas faire beaucoup d’efforts. Et ils ne remarquent pas non plus quand un poil de nez dépasse par accident.
L’emplacement d’un Sceau de malédiction indiquait l’endroit où un Termea avait injecté sa malédiction avec sa Queue de sang.
Celui de Beryl se trouvait sur ses deux jambes. Celui de Carla était dans son dos. Celui de Theo, au-dessus de son cœur.
Celui de JJ était sur son visage.
En se rappelant la pointe acérée de la Queue de sang, Theo grimaça.
« Cela a dû être difficile. Rien que d’imaginer le moment où une Queue de sang vous a pris pour cible, commandant, j’en ai le cœur serré.
Le sac en papier s’immobilisa soudain.
Jusque-là, il avait frémissait chaque fois que JJ hochait la tête en réponse. Que se passait-il ? Theo paniqua.
« J-Je vous prie de m’excuser. C’était maladroit de ma part…
« Non, c’est juste que vous êtes tellement gentil que ça m’a surpris… On a vraiment hérité d’un sérieux…
JJ fit de nouveau bruisser le sac en papier et regarda Theo.
« J’ai déjà reçu votre rapport, Theo.
« Oui.
« Tout d’abord, merci pour vos efforts lors de la neutralisation du Termea à Worg. J’ai appris que vous aviez réussi la Manifestation de l’armement maudit et que vous aviez combattu vaillamment.
Sa voix manquait toujours d’entrain, mais ses remerciements avaient une profondeur que Theo ne lui avait pas encore entendue.
Theo n’avait pas vaincu le Termea pour recevoir des éloges, mais ceux-ci lui faisaient naturellement plaisir. Et, comme la malédiction de l’Oubli empêchait les gens de se souvenir de lui, Theo était toujours en manque de paroles bienveillantes.
« …C’est un honneur.
Theo baissa vite la tête. Il ne voulait pas qu’on voie ses lèvres frémir de joie.
Waouh, on m’a félicité ! Qu’est-ce que je fais ? Je suis tellement heureux !
Un chevalier ne devrait pas s’emballer ainsi.
« Les Chevaliers gris vous accueillent parmi eux. J’espère sincèrement que le jour viendra où vous retrouverez le Termea qui vous a maudit et le vaincrez.
« Oui ! Je ferai de mon mieux !
« Meup !
Un cri s’éleva près de ses pieds.
Archibald ouvrit de grands yeux, tandis que JJ penchait la tête et marmonnait : « …Meup ? » avant de baisser les yeux vers les pieds de Theo.
Une boule blanche et duveteuse se balançait d’un côté à l’autre près des bottes de Theo. C’était Lenny.
« Ah, Lenny ! Tu es sorti de mon sac ?!
« C’est quoi, cette boule de poils ?
Archibald fronça les sourcils et tenta de ramasser la boule de poils qui roulait autour des pieds de Theo. Mais Lenny roulait tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, échappant habilement à sa main.
« Hé, arrête de courir… Qu’est-ce que c’est que ça ? Un gros rat ?
Je ne peux quand même pas dire : « C’est une boule de poils apparue je ne sais comment pendant ma Manifestation de l’armement maudit, et je crois que c’est peut-être un cheval blanc ! »
Theo choisit ses mots avec la plus grande prudence.
« Lenny est mon compagnon !
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