Chapitre 21
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Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 2, ch. 2 : Une bénédiction pour le départ d’un chevalier
──────
Un homme mince d’une trentaine d’années, vêtu de l’uniforme des Chevaliers gris, accueillit Theo et les autres à leur arrivée dans la capitale, Grandrium, après le premier voyage en train de Theo.
Ses cheveux brun foncé étaient soigneusement peignés et il portait des lunettes, ce qui lui donnait un air quelque peu nerveux. Un sabre pendait à sa taille.
Un magnifique carrosse fermé attendait derrière lui. On allait sans doute les emmener dans celui-ci.
Elbert s’adressa avec entrain à l’homme venu les accueillir.
« Bonjour. Merci d’être venu à notre rencontre, administrateur Archibald. »
« Merci d’avoir veillé sur les Chevaliers gris, commandant Randolph. Nous prenons le relais à partir d’ici. »
Archibald s’inclina respectueusement devant Elbert, puis adressa à Theo et aux autres un regard froid par-dessus ses lunettes.
Ce regard n’avait rien d’accueillant. On aurait dit qu’il voulait leur faire comprendre que de nouveaux gêneurs étaient arrivés.
(D’abord, les salutations et les présentations !)
Comme on l’oubliait si facilement, Theo ne négligeait jamais les salutations ni les présentations.
Il se redressa et haussa la voix.
« Je m’appelle Theo et je viens de Worg. Je n’ai pas de nom de famille. Enchanté de vous rencontrer ! »
« … Je suis Archibald, administrateur des Chevaliers gris. »
Archibald se présenta sèchement, puis les pressa de monter dans le carrosse.
Beryl leva les yeux vers le véhicule et siffla d’admiration.
« Quel carrosse luxueux ! On n’en prépare pas souvent de pareils. »
« Nous ne pouvons pas laisser des gens sans collier se promener en ville. »
En réponse à la remarque taquine de Beryl, Archibald jeta un regard au cou de Theo.
Les Chevaliers gris étaient des Marcheurs fous, des malédictions ambulantes susceptibles de se transformer en Termea à tout moment. C’est pourquoi, lorsqu’ils sortaient, ils devaient porter des colliers qui permettaient de les localiser.
Beryl et Carla en portaient, mais Theo venait tout juste d’être choisi pour rejoindre les Chevaliers gris ; il n’en avait donc pas encore.
Ce ne fut qu’à cet instant que Theo comprit. Ce magnifique carrosse fermé n’était pas une marque de respect. Il servait à isoler les personnes dangereuses.
(Cet homme, Archibald, devrait pourtant être un Chevalier gris lui aussi…)
S’il était un Chevalier gris, Archibald devait également être un Marcheur fou.
Et pourtant, Theo percevait chez lui quelque chose qui rappelait l’attitude des subordonnés d’Elbert à bord du train.
Autrement dit, du dégoût pour les Marcheurs fous.
« Theo. »
Une voix douce, à mille lieues de tout dégoût, prononça le nom de Theo. C’était Elbert.
Le héros que Theo admirait lui adressa un sourire bienveillant et prit la parole.
« Que la bénédiction accompagne le départ d’un jeune chevalier. »
Le héros Elbert l’avait appelé par son nom. Il lui avait adressé des paroles de bénédiction. Rien que cela suffisait à donner à Theo la force de continuer à essayer.
Theo répondit avec fermeté : « Oui ! » Puis il ajouta une dernière chose.
« Veuillez prendre soin d’Allen. Il a l’air sérieux, mais il ne l’est pas du tout ; alors, soyez strict avec lui à l’entraînement. »
Elbert éclata de rire, les épaules secouées, puis hocha la tête.
« Compris. Je m’en souviendrai. »
Allen viendrait bientôt au District sacré de Reyel, à Erington, et deviendrait l’écuyer d’Elbert.
Allen était doué ; il deviendrait sûrement Chevalier sacré à part entière d’ici peu.
(Je rattraperai Allen, sans aucun doute.)
Theo grava de nouveau dans sa mémoire l’image de son héros admiré, puis prit sa résolution.
* * *
Theo regarda par la fenêtre du carrosse tandis qu’ils se dirigeaient vers le quartier général des Chevaliers gris.
Des réverbères à gaz bordaient à intervalles réguliers la large avenue, flanquée de bâtiments de pierre et de brique. Les immeubles élevés étaient peu nombreux, sans doute en vertu d’un accord tacite interdisant de dépasser en hauteur la cathédrale.
Les rues bien entretenues étaient pleines de carrosses, dont la plupart étaient fermés et destinés aux voyageurs. C’était une autre nouveauté pour Theo. À Worg, presque tous les attelages transportaient des marchandises ; on n’y croisait qu’occasionnellement des chariots couverts pour les passagers. Les magnifiques carrosses fermés comme celui-ci étaient réservés aux gens tels que les banquiers.
(Il y a tant de monde…)
La ville minière de Worg avait été assez animée, mais c’était l’agitation désordonnée des mineurs et des charrettes de marchandises qui allaient et venaient.
À Grandrium, en revanche, toutes sortes de gens circulaient dans les rues : des ouvriers, des personnes élégamment vêtues et des voyageurs.
Leur apparence variait également. Dans la région centrale de l’ouest de Legato, la plupart des habitants avaient la peau pâle et les cheveux noirs ou bruns. Mais à Grandrium, on croisait des gens à la peau sombre, qui semblaient venir du sud comme Beryl, ainsi que des blonds comme Theo.
(… La seule chose qui n’a pas changé depuis Worg, c’est la couleur du ciel.)
Le ciel au-dessus d’eux était d’un gris rougeâtre.
Erington comme Legato comptaient de nombreux quartiers industriels ; la fumée du charbon rouge donnait donc toujours cette couleur au ciel.
Theo remarqua alors quelque chose. Au-delà des bâtiments, une flèche se découpait sur le ciel terne.
« Est-ce le Château de Gordreil ? »
« Presque. C’est le Palais de Valgan. Là où vivent les personnalités importantes… »
Beryl répondit à Theo, mais Archibald lui lança un regard acéré.
Beryl lui tira la langue, puis rectifia :
« La résidence de la famille royale. »
Comme si cette réponse lui convenait, Archibald hocha légèrement la tête et poursuivit les explications de Beryl.
« Au cœur de Grandrium se trouve le Palais de Valgan, centre de la vie politique. Au sud-ouest, au-delà de la rivière Rent, se dresse le Château de Gordreil. De l’autre côté de la rivière se trouve le District sacré de Reyel. Nous nous dirigeons vers le quartier général des Chevaliers gris, au sud du Château de Gordreil. »
Chargé d’histoire, le Château de Gordreil avait autrefois été à la fois la résidence royale et le centre politique. Mais une vingtaine d’années plus tôt, la crue de la rivière Rent l’avait inondé.
Le roi de l’époque avait transféré sa résidence au Palais de Valgan, qui était depuis resté le centre politique.
« Ah, là-bas… »
Une voix ténue se fit entendre. C’était Carla, assise en face de Theo. Pour une raison ou une autre, Beryl et Archibald parurent tous deux surpris.
Carla tourna son visage masqué vers la fenêtre. Son doigt, dont l’ongle était court et arrondi, désigna une rue bordée de bâtiments.
« … Le Château de Gordreil est par là. »
Elle avait peut-être remarqué que Theo s’intéressait au Château de Gordreil.
À son arrivée à Erington, Theo avait voulu voir beaucoup de choses : le Palais de Valgan, la grande cathédrale, le Grand Pont d’Acier rouge. Mais ce qu’il désirait le plus voir, c’était le Château de Gordreil.
Étrangement heureux, Theo sourit à Carla.
« Merci de me l’avoir dit, mademoiselle Carla. »
« … Carla, ça ira. »
« Oh, d’accord. Merci, Carla ! »
Theo et Carla étaient tous deux des Marcheurs fous. Ils portaient des malédictions et vivaient sous la surveillance du pays. Pourtant, Theo ne s’était jamais senti aussi normal.
Après tout, lorsqu’il vivait à Worg, personne en dehors de sa famille ne se souvenait de lui.
Quand il parlait avec plusieurs personnes à la fois, elles avaient tendance à oublier sa présence et s’étonnaient chaque fois qu’il prenait la parole. C’était pourquoi Theo s’efforçait toujours d’exprimer clairement ses opinions.
(Mais mes compagnons, les Chevaliers gris… eux, ne m’oublient pas.)
Être reconnu comme si sa présence allait de soi rendait Theo plus heureux qu’il ne pouvait le supporter.
Il savourait cette joie en contemplant la silhouette du château, au-delà des bâtiments.
« Ils font frire du pain, à cet étal ? Les gens en mangent ici ? Toi aussi, tu en prends souvent, Carla ? »
« … Ils en servent parfois au réfectoire. »
« À Worg, on trouve davantage de pain pressé. On met des ingrédients entre deux tranches de pain, puis on les fait griller sous presse… Ah, je revois le Château de Gordreil ! Il est immense… ! »
« De près, il est encore plus grand… »
« Je vois. Une fois Chevalier gris, je pourrai l’admirer de près tout le temps. »
Le Château de Gordreil était le plus ancien château du continent, et celui qui avait le plus d’histoire. Depuis qu’il en avait lu la description dans un livre, Theo rêvait de le voir.
(Si je me souviens bien, le propriétaire actuel du Château de Gordreil est le Prince héritier Richard, premier dans l’ordre de succession au trône du royaume de Lunoa… Il a autorité sur l’Armée d’Erington, y compris le Régiment d’infanterie de la Garde royale des Plumes.)
Les Chevaliers sacrés et les Chevaliers gris avaient beau porter tous deux le titre de chevalier, ils dépendaient d’autorités tout à fait différentes.
Les Chevaliers sacrés relevaient du Saint-Siège, dans le District sacré de Reyel. Theo et les autres Chevaliers gris, eux, appartenaient à l’Armée d’Erington.
(Autrement dit, les Chevaliers gris sont peut-être proches des soldats personnels du Prince héritier Richard…)
Tandis que Theo y réfléchissait, Archibald, assis à côté de lui, prit la parole.
« Au fait… ai-je déjà entendu votre nom ? »
« Oui, je m’appelle Theo ! Je n’ai pas de nom de famille ! »
Theo répéta la présentation qu’il avait faite plus tôt. C’était un échange auquel il était habitué.
Beryl, qui avait écouté la conversation, adressa à Archibald un regard légèrement malicieux, le menton levé.
« Je vous ai envoyé un télégramme pour vous dire qu’il portait la Malédiction de l’Oubli. »
« Je vois… Alors, c’est donc… »
Archibald sembla comprendre quelque chose et fixa Theo avec attention. Sous ce regard direct et perçant, Theo se raidit.
Pourtant, les paroles d’Archibald étaient étranges. Les Chevaliers gris, qui étaient des Marcheurs fous, n’auraient pas dû être touchés par la Malédiction de l’Oubli de Theo.
(Cet homme serait-il…)
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