Chapitre 20
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 2, chap. 1 : Les départs commencent en train
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Le paysage défilait si vite derrière la fenêtre qu’on aurait dit qu’il reculait. Le train à vapeur dans lequel Theo voyageait allait à cette vitesse.
« C-c’est incroyable ! »
Le héros Elbert était assis à côté de Theo, qui ne parvenait pas à cacher son enthousiasme. En face d’eux se trouvaient Beryl et Carla, les Chevalières grises.
Cette voiture avait apparemment été réservée à l’Ordre des chevaliers sacrés. Plus loin étaient assis les Chevaliers sacrés sous les ordres d’Elbert. Ils étaient là pour garder les Chevaliers gris à l’œil.
Tous les membres de l’Ordre des chevaliers sacrés portaient des manteaux identiques. Beryl avait revêtu le même uniforme à jupe portefeuille que Theo lui avait vu la veille. Carla portait l’uniforme des Chevaliers gris et un masque qui lui cachait les yeux. Il semblait neuf.
Carla ne réagit pas à l’enthousiasme de Theo, mais Elbert et Beryl semblaient plutôt amusés.
« C’est donc la première fois que tu prends le train, Theo. »
En face d’Elbert, Beryl acquiesça.
« C’est agréable de voir les jeunes s’émerveiller. Si un train te surprend à ce point, imagine ce que tu ferais à bord d’un dirigeable. »
Les trains à vapeur s’étaient largement répandus parmi les gens du peuple, mais les dirigeables étaient encore rares et seuls quelques privilégiés pouvaient en utiliser.
L’Ordre des chevaliers sacrés possédait un dirigeable, qui faisait la navette entre le District sacré de Reyel, où se trouvait le quartier général de l’ordre, et l’extrémité ouest, où les Termea lançaient leurs incursions.
(Enfin, je doute qu’on autorise des Chevaliers gris comme nous à monter à bord…)
Mais Theo briserait un jour sa malédiction et deviendrait un Chevalier sacré. Si cela arrivait, il aurait peut-être la chance d’en prendre un.
Rien que d’y penser, il se sentait tout excité.
Miaou !
À cet instant, Lenny, le compagnon tout blanc et duveteux de Theo, sortit de son sac ce qui ressemblait à sa tête. On aurait dit un simple morceau de la boule de poils, mais c’était probablement bien sa tête.
Beryl se pencha pour regarder dans le sac.
« C’est la chose qui est apparue pendant ta Manifestation de l’armement maudit… ? »
« C’est mon compagnon, Lenny. »
Lenny voulait sûrement voir le paysage, lui aussi. Theo posa le sac sur ses genoux et le tourna vers la fenêtre.
Allen avait préparé ce sac et tout ce qu’il contenait.
Olivia, la mère adoptive de Theo, l’avait oublié ; il ne pouvait donc toujours pas retourner chez les Lawrence. Allen était retourné en secret chercher les vêtements de Theo et ses autres affaires.
Mais Allen n’avait pas tout emporté. Il s’était contenté de prendre ce qui pouvait tenir dans un sac en bandoulière.
« Tu reviendras un jour dans cette maison, Theo. Inutile d’emporter toutes tes affaires. »
Allen lui avait dit cela en lui tendant le sac. Theo avait été si heureux de l’entendre.
(C’est vrai. Je reviendrai, sans aucun doute.)
Contrairement à Theo, qu’on emmenait à Grandrium avec les Chevaliers gris, Allen devenait officiellement l’écuyer d’Elbert. Il ne quitterait pas Worg tout de suite. Il devait probablement s’occuper des formalités nécessaires et dire au revoir aux gens qu’il connaissait à Worg.
Miaouu.
Beryl titillait la boule de poils du bout du doigt.
« J’ai déjà vu des gens manifester des familiers grâce à la Manifestation de l’armement maudit… mais jamais rien de semblable. »
« Des familiers… ? On peut faire ça aussi ? »
Theo avait lui-même invoqué Lenny, mais il n’avait jamais imaginé que la Manifestation de l’armement maudit puisse produire ce genre de résultat.
À la question étonnée de Theo, Beryl répondit d’un air pensif.
« La Manifestation de l’armement maudit, c’est comme pétrir la malédiction qui est en toi, telle de l’argile, et lui donner la forme que tu veux. Certains créent des armes ou des armes à feu lourdes. D’autres font apparaître des familiers en forme d’oiseaux ou de petits animaux. »
Tout en citant des exemples, Beryl gratouilla doucement l’endroit qui semblait être le cou de la boule de poils.
Miaaa.
La boule de poils semblait aux anges. Beryl avait apparemment la main pour ça.
« Cela dit, les choses manifestées sont généralement de couleur sombre. Mes membres bestiaux et l’épée de Theo étaient comme ça, non ? »
« Oui… »
« C’est la première fois que je vois quelqu’un manifester une créature blanche. Carla, tu en as déjà vu une ? »
Carla secoua silencieusement la tête.
Les malédictions injectées par les Termea étaient visqueuses et d’un rouge noirâtre. Les Marques de malédiction des Maudits, les Sceaux de malédiction des Marcheurs fous et les créations issues de la Manifestation de l’armement maudit arboraient généralement les mêmes couleurs.
Cela dit, Theo connaissait encore très peu de choses sur la Manifestation de l’armement maudit.
« Qu’est-ce que la Manifestation de l’armement maudit peut faire d’autre ? Et ma malédiction d’Oubli… ? »
« Eh bien, une fois à Grandrium, les choses vont sûrement s’agiter. Autant t’expliquer rapidement tout ça maintenant. »
La voiture ayant été réservée par l’Ordre des chevaliers sacrés, aucun risque qu’un étranger les entende.
« Le cours de malédictions de grande sœur Beryl commence ! » annonça Beryl avant de se lancer dans ses explications.
« Les malédictions sont des pouvoirs mystérieux, mais elles obéissent à certaines règles. Par exemple, elles n’agissent pas facilement sur les Bénis ou les Marcheurs fous. El, Carla et moi, nous ne t’avons pas oublié, n’est-ce pas ? »
« C’est vrai… »
Dans sa ville natale de Worg, les seules personnes qui n’oubliaient normalement pas Theo étaient Duncan, Olivia et Allen, les membres de la famille Lawrence. Tous trois étaient des Bénis.
Cinq ans plus tôt, quand Theo était un enfant abandonné, personne en ville ne lui avait prêté attention. C’était probablement parce qu’après avoir remarqué la présence d’un enfant abandonné, les gens oubliaient l’instant d’après l’avoir vu.
Si Allen, qui était Béni, ne l’avait pas remarqué, Theo serait mort là-bas.
« Mais Olivia, ma mère… C’est elle qui m’a élevé, et elle est Bénie, mais elle m’a oublié… »
Beryl et Elbert affichèrent une légère douleur. Carla portait un masque ; Theo ne pouvait donc pas deviner son expression.
Au lieu de lui offrir un réconfort maladroit, Beryl répondit à sa question.
« Un Termea a implanté une malédiction à Olivia Lawrence, et elle est devenue Maudite, c’est bien ça ? Ensuite, Theo a vaincu le Termea et madame Lawrence a été libérée de la malédiction. »
« …Oui. »
« Et madame Lawrence t’a oublié après ça. »
« C’est ça. »
Beryl posa un doigt fin contre son menton et réfléchit un instant avant de reprendre la parole.
« Il y a trois possibilités.
« Premièrement, le fait que madame Lawrence soit devenue Maudite a peut-être affaibli la grâce de son ange.
« Deuxièmement, le pouvoir d’oubli de Theo s’est peut-être temporairement renforcé au point d’affecter même les Bénis.
« Troisièmement, le Termea qui a maudit madame Lawrence a peut-être été fortement exposé au pouvoir d’oubli de Theo, lequel aurait ensuite affecté madame Lawrence à cause du lien qui les unissait par la malédiction. »
Theo fut silencieusement stupéfait. À vrai dire, il avait déjà envisagé les deux premières possibilités.
Mais la troisième ne lui était jamais venue à l’esprit. Il n’avait jamais pensé que les Termea et les Maudits qu’ils frappaient pouvaient être liés de cette manière.
« Ton Oubli semble surtout agir sur les Termea, pas vrai ? Alors, selon les circonstances, mieux vaut supposer qu’il peut aussi affecter les Bénis et les Marcheurs fous. »
« …Oui. »
La malédiction d’Oubli pouvait aussi affecter les Bénis. Allen, par exemple, pourrait oublier Theo.
Cette pensée terrifiante poussa Theo à rapprocher inconsciemment son sac.
Beryl remarqua peut-être son inquiétude, car elle prit un ton particulièrement enjoué.
« Pour éviter le pire, il est important de mettre ta malédiction à l’épreuve. Alors, passons en revue les différents types de malédictions. »
Beryl sortit une feuille et un stylo de son sac, puis y écrivit : Renforcement, Manifestation et Spécial.
« Les Marcheurs fous peuvent se servir des malédictions comme de leur propre pouvoir, mais il en existe de nombreux types. Pour faire simple, on les répartit en trois catégories. »
« Renforcement, Manifestation et Spécial… ? »
« C’est ça. Le Renforcement accroît la puissance de ton corps ou de tes armes ; c’est donc utile au corps à corps. La Manifestation, c’est la Manifestation de l’armement maudit. Tu donnes à ta malédiction la forme que tu veux : épées, boucliers, boules de poils… »
Miaou.
Lenny poussa un miaulement mécontent depuis l’intérieur du sac. Beryl se reprit.
« Pardon, pardon, Lenny. »
Une épée de chevalier, un bouclier, des bottes, une cape et une boule de poils. Voilà les pouvoirs que Theo avait créés l’autre jour grâce à la Manifestation de l’armement maudit.
La malédiction en lui avait débordé du Sceau de malédiction pour prendre une forme concrète. C’étaient des armes inquiétantes, à l’opposé de celles que les Chevaliers sacrés créaient grâce à la Grâce de la Création.
Sur le moment, Theo avait paniqué, mais cela lui avait coûté énormément d’énergie mentale et physique. Il ne pourrait probablement pas recommencer souvent.
« …Que signifie Spécial ? »
« Les capacités qui ne relèvent ni du renforcement du corps ou des armes ni de la manifestation d’armes et autres objets. Ton pouvoir d’oubli en fait partie. En tenant compte de ça, voilà ton évaluation sur cinq points. »
【Theo】
Renforcement : 3 Manifestation : 3 Spécial : ?
La catégorie Spécial était apparemment encore indéterminée.
Comme Theo n’avait aucun élément de comparaison, il avait du mal à savoir quoi en penser. Beryl ajouta ses propres capacités.
【Beryl】
Renforcement : 4 Manifestation : 2 Spécial : 0
« Je suis du genre à renforcer mon corps et à me battre au corps à corps. J’ai manifesté des membres bestiaux, mais ils sont moins élaborés que les épées et les boucliers de Theo, pas vrai ? C’est pour ça que ma note en Manifestation est un peu basse. »
« Je vois… »
Maintenant qu’elle le disait, les membres bestiaux de Beryl n’étaient pas particulièrement détaillés.
Pour Beryl, il était probablement plus judicieux de renforcer ses membres au maximum et de déchiqueter ses ennemis avec ses griffes que de recréer des formes complexes.
Carla, qui était restée silencieuse jusque-là, tira alors sur la manche de Theo.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Quand Theo le lui demanda, Carla répondit d’une voix si faible qu’elle faillit se perdre sous le clac-clac du train.
« Je pense… que tu ne devrais pas trop utiliser ton Oubli. »
L’avertissement de Carla était énoncé sans détour, et pourtant il avait quelque chose de désespéré.
« Oui, renchérit Beryl. Le Renforcement, à lui seul, ne t’épuise pas tant que ça, mais la Manifestation et les capacités spéciales sollicitent ton corps et ton esprit. Toi aussi, tu t’es évanoui, pas vrai ? »
C’était vrai. Après avoir manifesté son épée et son bouclier de chevalier, Theo avait été submergé par une terrible fatigue.
Cette malédiction noire et visqueuse qui s’était écoulée du Sceau de malédiction au-dessus de son cœur faisait désormais partie de lui. L’endommager pèserait certainement sur Theo lui-même.
Au souvenir de cette sensation, Theo fronça les sourcils. Elbert prit alors la parole d’une voix un peu plus grave.
« Les pouvoirs d’un Marcheur fou sont puissants, mais si tu forces trop, la malédiction risque de recommencer à progresser. »
Un frisson parcourut l’échine de Theo.
C’était vrai. Les Marcheurs fous étaient des personnes dont la malédiction avait miraculeusement cessé de progresser. Mais personne ne savait quand elle pourrait recommencer à avancer.
Si la malédiction progressait et que tout son corps devenait noir, Theo se transformerait en Termea, un monstre qui s’attaquait aux gens.
(Je ferai attention à la façon dont j’utilise mon pouvoir.)
Gardant fermement cette idée à l’esprit, Theo s’inclina profondément devant les trois autres.
« Je ferai très attention à la façon dont j’utilise mon pouvoir. Merci à tous de m’avoir éclairé. »
« Tu es tellement sérieux. Pour un gentil garçon comme toi, grande sœur Beryl va t’offrir un bonbon. »
Beryl sortit un bonbon emballé de son sac et le déposa dans la paume de Theo.
« Tiens. El et Carla, prenez-en un aussi. »
Tandis que Beryl tendait également des bonbons à Elbert et Carla, une voix retentit.
« Un instant ! »
C’était l’un des jeunes Chevaliers sacrés d’Elbert. L’homme avait les cheveux blond foncé et une cicatrice en diagonale au milieu du visage. Il lança à Beryl un regard plein d’hostilité.
« Commandant Randolph, je vous en prie, ne mangez rien qui ait été touché par un Marcheur fou. Ce serait terrible s’il vous arrivait quelque chose. »
Theo eut l’impression de recevoir un coup sur la tête.
C’était vrai. Elbert traitait Theo et les autres si naturellement que Theo l’avait oublié.
Les Marcheurs fous, qui pouvaient se transformer en Termea à tout moment, étaient des personnes que les autres évitaient.
Les Chevaliers sacrés présents n’accueillaient pas Theo à bras ouverts. Ils étaient là pour le surveiller et le tuer sur-le-champ, lui et les autres, s’ils devenaient des Termea.
Sans même regarder son subordonné, Elbert déballa le bonbon que Beryl lui avait donné.
« Gregory. N’ai-je donc même pas le droit de manger les sucreries qu’une amie m’offre ? »
La voix d’Elbert ne contenait aucun reproche. Pourtant, ses sourcils légèrement tombants lui donnaient un air mélancolique, et le jeune Chevalier sacré, Gregory, changea aussitôt de ton.
« …Je me suis permis de parler sans réfléchir. »
Elbert sourit avec douceur, comme si cela ne l’avait pas dérangé, puis glissa le bonbon dans sa bouche.
Beryl se pencha alors depuis son siège et adressa au jeune Chevalier sacré un regard aguicheur, le menton levé.
« Toi aussi, tu en voulais, mon garçon ? Grande sœur devrait t’en donner un ? »
Sur ces mots, Beryl tira ostensiblement la langue et porta un bonbon à sa bouche. Ce geste provocateur fit grimacer le jeune Chevalier sacré.
Mais avant qu’il ait le temps de hausser la voix, Elbert adressa un doux reproche à Beryl.
« Beryl, ne taquine pas trop le jeune homme. »
« Pardon, pardon. »
On aurait dit un échange entre adultes. Le cœur de Theo s’emballa un peu.
(Quelle relation Beryl et lord Elbert entretiennent-ils ? Ils ont l’air vraiment proches… Ils sont amis ?)
Theo se demanda s’il devait manger le bonbon posé dans sa paume. Puisqu’on le lui avait offert, peut-être devrait-il le garder précieusement pour le savourer plus tard.
(Ces gens-là ne m’oublient pas.)
Ils n’oubliaient pas sa présence au beau milieu d’une conversation pour le regarder comme s’ils disaient : « Oh, tu étais là ? » Ils n’oubliaient pas son nom pour l’appeler vaguement « le garçon blond ».
Chacun s’adressait à Theo en voyant Theo.
(…Je suis heureux.)
À mesure qu’il savourait ce bonheur, il avait encore moins envie de manger le bonbon tout de suite.
Theo glissa le bonbon dans sa poche et remercia Beryl.
« Merci pour le bonbon, Beryl. Je vais le garder précieusement et le manger plus tard. »
« Pas question. Tu dois le manger tout de suite. »
Beryl lui reprit le bonbon dans la poche, le déballa et le glissa doucement dans la bouche de Theo.
Puis elle sourit comme un chat malicieux.
« Avant qu’un adulte effrayaaant nous surprenne… d’accord ? »
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