Chapitre 2
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 1, chap. 2 : Le bonheur à la valeur d’une tranche de bacon
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Les Termea apparaissaient souvent dans les mines de charbon de Worg. Ceux qui les vainquaient recevaient donc une récompense spéciale.
Le Termea de deuxième catégorie qu’Allen et Theo avaient vaincu ensemble ce jour-là était assez imposant ; la récompense était donc particulièrement généreuse.
Theo et Allen rentrèrent côte à côte depuis la mine. Le soir tombait déjà et le soleil commençait à se coucher, mais la ville était aussi animée qu’en pleine journée.
Les mineurs travaillaient par roulement, jour et nuit. Dans cette ville minière, les boutiques restaient donc souvent ouvertes jusque tard le soir ou dès l’aube.
En regardant un stand de nourriture, Allen murmura d’un ton réjoui :
« Avec tout ça, on va pouvoir manger du pain pressé à satiété. »
Il avait manifestement déjà décidé à quoi consacrer cette récompense spéciale.
Theo plaqua la main sur sa poche, gonflée de billets et de pièces, puis leva les yeux vers Allen.
« Tu devrais réfléchir avant de dépenser ton argent de poche, Allen. »
— J’y ai bien réfléchi. Je vais le transformer en chair et en sang.
Allen avait un naturel calme, mais c’était aussi un glouton. Dès qu’il était question de nourriture, il prenait les choses très au sérieux.
Le pain du petit déjeuner ne lui suffisait jamais, alors il se servait toujours un bol supplémentaire de bouillie de blé. Malgré ça, avant midi, il se plaignait déjà : « J’ai faim… » C’était peut-être grâce à ces repas qu’il était si grand.
Theo calcula mentalement le montant de la récompense spéciale.
« La récompense s’élève à cinq Luo. Un Luo ira aux dépenses du ménage, trois Luo et cinquante Merg seront mis de côté. On se partage le reste, ce qui nous fait vingt-cinq Merg d’argent de poche supplémentaire chacun. Même au prix le plus bas, au stand de l’oncle Kagu, on ne pourra acheter que treize pains pressés. »
« Tu calcules vite, Theo. »
Theo lâcha un « humph » et leva vers Allen un regard plein d’importance.
« Je m’en sors toujours en me servant de ma tête. »
— Même si tu es nul pour prendre des décisions sur le moment.
— Toi, tu ne t’en sors qu’en prenant des décisions sur le moment… !
Allen avait l’air fiable grâce à son calme, mais il se montrait négligent en toute chose. Comme il s’en tirait tant bien que mal grâce à son jugement rapide, il ne réfléchissait pas beaucoup.
Allen était impressionnant, mais Theo avait souvent le sentiment qu’il ne prenait pas vraiment son avenir au sérieux.
« Tu devrais parfois t’acheter quelque chose, toi aussi. Autre chose que des livres. »
— Un chevalier doit toujours élargir ses connaissances. Bien sûr, l’important n’est pas de les accumuler, mais de savoir s’en servir…
Ses paroles semblaient convaincantes, mais la moitié des livres que lisait Theo, c’était juste par plaisir.
Theo aimait lire… ou plutôt, il aimait suivre les lignes de texte. Dès qu’il trouvait un avis ou un document, il ne pouvait s’empêcher de le lire du début à la fin.
Tandis que Theo parlait avec passion de ce qu’un chevalier devait être, Allen baissa les yeux vers lui.
« Maman te dirait sûrement : “Mets ça dans ton épargne personnelle, pas dans les économies du ménage.” »
« Ce n’est rien. »
Theo répondit avec fermeté, sans hésiter.
« Je ne fais pas ça pour me comporter en chevalier. Je le fais parce que j’en ai envie. »
Theo était un enfant qu’Allen Lawrence avait trouvé.
Cinq ans plus tôt, Theo s’était effondré aux abords de Worg. Allen l’avait découvert et l’avait ramené chez lui.
Allen avait alors douze ans. Il vivait avec son père, un ancien Chevalier sacré à la retraite depuis une blessure, et sa mère, une ancienne religieuse qui avait quitté les ordres.
Les parents d’Allen avaient été stupéfaits de voir leur fils rentrer avec un enfant chétif, mais ils avaient pris soin de Theo et l’avaient laissé rester chez eux, même après son rétablissement.
Theo n’avait aucun souvenir d’avant sa découverte. Il ne se rappelait ni son nom, ni le visage de ses parents, ni la raison de sa présence ici. Olivia, la mère d’Allen, lui avait donné le prénom de Theo.
Comme son âge était inconnu, eux aussi avaient décidé, par commodité, de le considérer comme ayant trois ans de moins qu’Allen, qui en avait alors douze.
« … Ah. »
À cet instant, Allen s’arrêta. Il semblait avoir repéré quelqu’un dans la foule. Sa grande taille lui permettait de remarquer ce genre de choses bien plus vite que Theo.
« Theo, attends-moi ici un instant. »
Sur ces mots, Allen se fraya aisément un chemin parmi la foule. Theo se hâta de le suivre.
Retrouver Allen n’était pas difficile, mais le petit Theo se faisait facilement avaler par la foule. Comme on avait tendance à ne pas le remarquer, les gens le bousculaient souvent sans le vouloir.
Après s’être frayé péniblement un passage dans la foule, Theo retrouva Allen en train de parler aux frère et sœur aux cheveux noirs.
C’étaient Marina et Pino, ceux qui leur avaient parlé du Termea.
Allen sortit des billets de sa poche et glissa dans la main de Marina sa part de l’argent de poche.
Marina semblait gênée. Elle avait sans doute dit qu’elle ne pouvait pas accepter. Allen lui expliqua :
« Votre père a été blessé lors de l’attaque du Termea tout à l’heure, n’est-ce pas ? »
Allen était poli même avec ceux qui ne faisaient pas partie de sa famille. En cela, il ressemblait à sa mère, Olivia.
« Il faut s’entraider dans des moments pareils. Sinon, le jour où ce sera votre tour, personne ne vous viendra en aide. »
« Allen… »
— Alors, quand ce sera mon tour, vous m’aiderez ?
La plaisanterie d’Allen détendit les visages des deux enfants. Ils ne cessaient de le remercier en s’inclinant devant lui.
Theo se tenait à quelque distance et observait la scène.
Theo rêvait de devenir chevalier. Il voulait être un Paladin comme le héros Elbert.
Mais parfois, il se disait :
(… Allen est bien mieux fait pour devenir chevalier que moi.)
Allen était plus grand, plus fort et bien plus habile de son corps que les autres enfants de son âge.
Il lui arrivait de lancer des piques à Theo, mais en général, il était gentil et attentionné avec tout le monde. C’était pour cela que tous l’aimaient et le respectaient.
Un jour, une vieille diseuse de bonne aventure était venue en ville. En regardant Allen, elle avait déclaré :
« Cet enfant porte les signes d’un héros. Après bien des épreuves, il connaîtra un honneur et une gloire magnifiques. »
Les enfants qui avaient entendu la diseuse de bonne aventure s’étaient emballés.
Allen était vraiment impressionnant. Après tout, il était le fils d’un Chevalier sacré. Allen deviendrait sûrement un héros comme son père…
Allen avait esquissé un sourire vague, comme s’il était embarrassé, mais Theo croyait que la diseuse de bonne aventure finirait par avoir raison.
Quand Allen tendait la main à quelqu’un, il ne se disait pas : « Voilà comment un chevalier doit agir. » Il se contentait de penser : « Je l’ai fait parce que j’en avais envie. »
Theo pensait que c’était là l’essence même d’un véritable héros.
(Il est complètement différent de moi, qui ne pense qu’à ma petite personne et ne vois pas plus loin que le bout de mon nez.)
L’écart entre les idéaux et la réalité était immense. C’était là toute la différence entre les capacités de Theo et celles d’Allen.
Allen revint vers Theo. Même dans une foule pareille, il parvenait à repérer rapidement Theo, qui s’y faisait si facilement engloutir.
Theo ravala tout ce qu’il ressentait : l’admiration qu’il éprouvait pour Allen, sa gratitude envers lui pour sa gentillesse, mais aussi l’égoïsme qui le poussait à se comparer à lui et à se décourager. Puis il marmonna d’un ton boudeur :
« … J’ai l’impression qu’Allen est toujours le seul à y perdre. »
« Alors, faisons comme ça. Theo m’invite à manger du pain pressé. »
« Pourquoi je ferais ça ? »
« Comme ça, tout le monde sera un peu plus heureux. »
L’agacement de Theo s’estompa et il laissa échapper un petit rire.
« T’es vraiment un glouton, Allen… Bon, d’accord. Prenons-en un avec de la tomate, du fromage et du bacon aussi. »
Il pouvait bien partager avec son grand frère de cœur un bonheur valant une tranche de bacon.
Ils se dirigèrent côte à côte vers le stand de pain pressé.
« Allen… tu ne veux pas devenir Chevalier sacré ? »
Le père d’Allen, Duncan, avait été Chevalier sacré avant sa mort, survenue un an plus tôt. Les adultes s’attendaient à ce qu’Allen se rende un jour dans le District sacré, prête serment à Dieu et devienne Chevalier sacré.
Mais Theo ne voulait pas imposer à Allen l’idée qu’il devait devenir Chevalier sacré simplement parce qu’il était le fils de l’un d’eux.
« Enfin, je ne parle pas de Duncan, ton père. Je veux juste savoir ce que toi, tu veux faire, Allen. Et puis, tu es Béni, non ? »
On appelait Bénis ceux qui portaient la bénédiction des trois anges au service de Dieu.
Les dons des Bénis variaient d’une personne à l’autre, mais ils étaient généralement plus forts physiquement que les gens ordinaires. Theo avait entendu dire que la plupart des Chevaliers sacrés étaient eux aussi des Bénis.
Allen et ses deux parents étaient Bénis. On pouvait dire qu’Allen était né pour devenir Chevalier sacré.
Mais Allen répondit simplement :
« Je n’ai pas l’intention de devenir Chevalier sacré, ni même chevalier. »
Il existait différentes sortes de chevaliers, mais on les répartissait principalement en deux catégories : ceux qui servaient les seigneurs locaux, et les Chevaliers sacrés qui prêtaient serment à Dieu dans le District sacré de Reyel.
Theo admirait les Chevaliers sacrés, mais il était difficile d’en devenir un. Même devenir chevalier au service d’un seigneur n’était pas à la portée de tout le monde.
« Mais la vieille diseuse de bonne aventure l’avait dit, Allen. Elle avait dit que tu portais les signes d’un héros. Qu’après bien des épreuves, tu connaîtrais un honneur et une gloire magnifiques. »
« Traverser bien des épreuves, c’est… euh… non, franchement, je n’en ai pas envie. »
« Tu manques vraiment d’ambition ! »
« Je veux une vie modeste, avec un bonheur modeste. Je ne veux manier l’épée que lorsqu’un Termea apparaît dans les parages. »
« … Hum. »
Allen n’aimait apparemment pas se battre. Theo ne pensait pas pour autant qu’il était lâche.
Quand un Termea était apparu dans la mine, Allen avait saisi son épée sans hésiter et s’était précipité au combat plus vite que quiconque.
(À vrai dire, j’aimerais qu’Allen aspire lui aussi à devenir chevalier.)
Plus d’une fois, il avait rêvé de s’entraîner avec Allen et de faire route ensemble pour devenir chevaliers.
Et surtout, Allen était vraiment fort. C’était probablement un génie de l’épée. Theo était-il égoïste de trouver dommage qu’Allen passe toute sa vie comme mineur ?
« Tu comptes passer toute ta vie à Worg, comme mineur ? »
« Hum, je pourrais peut-être reprendre le stand de l’oncle Kagu et vendre du pain pressé ? »
« T’es tellement glouton que tu finiras sûrement dans le rouge à force d’en grignoter en cachette… »
Allen rit en entendant Theo marmonner. C’était le genre de rire évasif qu’avaient les adultes.
« Si Theo devient chevalier, je te soutiendrai. Mais j’espère que tu reviendras parfois à la maison. »
« … Il y a quelque chose que tu aimerais faire, Allen ? »
« Si j’ai une famille et que je peux manger tous les jours, ça me suffit. »
Theo savait qu’Allen le comptait naturellement dans sa famille. Mais il ne le releva pas.
Ils marchèrent côte à côte dans leur ville familière baignée par le soleil couchant, en parlant de choses sans importance.
Les rangées de cheminées se découpaient en ombres sur le ciel orangé, où la lumière et l’obscurité se mêlaient. Theo aimait ce moment de la journée, mais il lui faisait aussi un peu peur.
(On dirait que le ciel est en feu…)
La mer s’étendait à l’ouest de Worg et, en plissant les yeux, on pouvait distinguer les silhouettes de navires.
À l’est, des trains filaient vers Erington en crachant une fumée gris rougeâtre. Ces navires et ces trains transportaient le charbon rouge extrait à Worg, ou les restes des Termea, vers des destinations lointaines.
(Un jour, je prendrai le train… Je prêterai serment à Dieu dans le District sacré de Reyel, à Erington, et je deviendrai Chevalier sacré.)
Le soleil couchant dans son dos, Theo contempla en silence le ciel à l’est et fit son vœu.
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