Chapitre 1
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 1, chap. 1 : Le garçon qui aspire à devenir chevalier
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Sur une colline dominant la mer, à l’ouest de la ville minière de charbon de Worg, un garçon blond et un jeune homme aux cheveux bruns s’entraînaient à l’épée.
Le garçon blond était petit, avec des yeux perçants aux coins relevés et un visage farouche. Une mèche de ses cheveux avait poussé, puis avait été tressée en une fine natte.
Le jeune homme aux cheveux bruns avait un visage doux, aux yeux et aux sourcils tombants. Il était grand, mais n’avait rien d’intimidant.
Tous deux portaient des chemises et des pantalons sales, retenus par des bretelles, ainsi que de simples gilets. C’était une tenue ordinaire, très courante dans cette ville.
« Yah ! »
Le garçon blond fléchit les jambes et tenta de foncer sur le jeune homme aux cheveux bruns pour franchir sa garde.
Celui-ci l’esquiva calmement et prit ses distances.
Ils maniaient des épées de bois, mais leurs mouvements n’avaient rien à voir avec ceux des brutes de la ville. Leur technique était correcte, et même leur prise rappelait celle qu’on adoptait pour manier une épée longue.
Quand le garçon blond chargea de nouveau, le jeune homme aux cheveux bruns dévia son épée d’un coup précis, puis lui fit remarquer d’un ton calme :
« Theo, ta contre-attaque manque de force. Et la pointe de ta lame est trop relevée. »
« J’avais un peu les mains moites, alors elle m’a échappé. »
Theo, le garçon blond, protesta en pinçant les lèvres, puis parut soudain alarmé.
« … Non, Allen a raison, et pourtant j’ai essayé de trouver une excuse à ma faiblesse. C’est malhonnête et indigne d’un chevalier. Je vais y réfléchir. »
« Tu ne prends pas ça un peu trop au sérieux ? »
Allen avait l’air exaspéré, mais Theo, lui, était très sérieux.
Elbert, le Paladin et le héros que Theo admirait, n’aurait jamais avancé une excuse aussi pitoyable.
« Tu devrais comprendre, Allen. Tu es le fils d’un Chevalier sacré. Les Termea s’attaquent aux faiblesses du cœur. C’est pourquoi les chevaliers doivent toujours garder un cœur fort. »
Theo parlait de ce que devait être un chevalier, mais ni lui ni Allen n’en était un.
Tous deux étaient mineurs dans cette ville, même si Theo, âgé de quatorze ans, était encore considéré comme un apprenti. Au lieu de manier une pioche, il passait l’essentiel de son temps à polir des lampes, ramasser des débris et accomplir diverses besognes.
Malgré tout, Theo avait décidé qu’il deviendrait chevalier un jour.
C’était pour cela qu’Allen, dont le père avait été un Chevalier sacré, lui donnait des leçons d’épée comme celle-ci.
Theo leva de nouveau son épée, mais Allen ne semblait pas pressé de reprendre l’entraînement.
« Theo. Faisons une pause. »
« Je peux encore me battre. »
« Tu ne voudrais pas que ça nuise à ton travail, si ? Tu comptes encore t’endormir derrière les caisses de charbon, comme la dernière fois ? »
« Euh… »
En se rappelant ce qui s’était passé la semaine précédente, Theo se tut.
C’était un garçon sérieux, qui jurait ne jamais traîner au travail.
C’était simplement qu’il s’était entraîné jusqu’à la dernière minute, ce jour-là, puis qu’une montagne de tâches lui était tombée dessus. Dès la fin du travail, il s’était appuyé contre une caisse de charbon et s’était assoupi.
Sans Allen pour le réveiller, il aurait peut-être dormi jusqu’à la relève suivante.
Comparé à Allen, grand et robuste, Theo était bien plus frêle et se fatiguait vite. Allen s’inquiétait de son manque d’endurance.
À court d’arguments, Theo reçut un avertissement sévère d’Allen, qui prit un air grave.
« Theo est petit, alors c’est difficile de le trouver. »
« Grr… Qu’est-ce que tu veux dire, juste parce que tu es grand… ? »
Le visage sévère d’Allen s’adoucit soudain.
Son sourire avait même quelque chose de compatissant.
« Theo, il est temps d’affronter la réalité. Ce n’est pas moi qui suis grand. C’est toi qui es petit. »
Malgré son air compatissant, il n’y allait pas de main morte.
« Gnnnn… ! »
Theo fronça les sourcils de colère, mais ravala sa protestation.
C’était rageant qu’on lui rappelle un vieil échec, mais, à l’époque, il avait aussi été soulagé qu’Allen le retrouve bel et bien.
Theo avait tendance à passer inaperçu, et les gens l’oubliaient souvent. C’était sûrement parce qu’il était petit. Il se disait souvent que, s’il atteignait la taille d’Allen, les gens se souviendraient mieux de lui.
À cet instant, une voix de garçon retentit depuis la ville.
« Hé ! »
Un frère et une sœur aux cheveux noirs couraient vers eux. Marina, la sœur aînée, avait quinze ans, et Pino, son petit frère, en avait dix. Tous deux étaient les voisins de Theo et Allen, dans la ville minière.
Semant Marina, qui était un peu maladroite, Pino gravit la colline à toute allure et les rejoignit.
Haletant, Pino lança :
« Allen ! Et euh… Seo ? »
La joue de Theo tressaillit quand Pino écorcha son nom. « Théo. » insista-t-il. « T-héo. »
Mais Pino ne semblait même pas voir Theo. Levant les yeux vers Allen, il éleva la voix.
« On dit qu’un Termea est apparu dans la mine ! »
Marina les rattrapa peu après. Remettant ses lunettes de travers en place, elle compléta les paroles de son frère.
« Dans le tunnel est numéro treize. Papa est là-bas aussi… ! »
Aux paroles des deux enfants aux cheveux noirs, Theo déglutit.
(Enfin…)
Les muscles de son dos se tendirent sous l’effet de la nervosité, et la tension sembla se propager jusqu’au bout de ses doigts. Sa main glissa sur la poignée de l’épée, moite de sueur froide.
Allen s’adressa à lui.
« Theo, tu vas y arriver ? »
Allen était toujours doux, mais dans ces moments-là, sa voix se faisait ferme et assurée. Elle donnait du courage à Theo.
(Je deviendrai un chevalier comme le Paladin Elbert.)
Theo inspira profondément, puis lança d’une voix forte, comme pour s’encourager :
« Ouais ! »
Les deux garçons échangèrent un signe de tête et dévalèrent la colline.
La pente était loin d’être douce et les rochers acérés jonchaient le sol.
Grand, Allen dévalait le terrain accidenté sans se laisser gêner par ses longues jambes. Il était toujours décontracté, mais savait remarquablement bien se servir de son corps.
Petit, Theo le suivait, sautant parfois d’un point d’appui à l’autre.
(Si Allen est un cheval rapide, moi, je suis une boule qui dévale une pente.)
L’important était de connaître son propre corps.
Jusqu’où il pouvait atteindre, jusqu’où il pouvait se plier, combien il pouvait endurer, soulever ou sauter loin.
Allen le répétait souvent en apprenant l’épée à Theo.
(Avec mes jambes, je peux sauter jusqu’à ce rocher.)
Theo bondit vers les rochers en contrebas, sur sa gauche, et atterrit. C’était la distance qu’il pouvait franchir d’un saut. Allen, lui, pouvait aller bien plus loin.
Cette différence frustrait Theo.
* * *
Ce n’était pas la première fois que Theo tentait de chasser un Termea. Il avait déjà participé trois fois, mais la première fois, la peur lui avait paralysé les jambes et il n’avait rien fait d’autre que rester planté là.
La deuxième fois, il s’était forcé à faire au moins un pas, puis était tombé à plat ventre. Il n’avait encore servi à rien.
La troisième fois, ses jambes avaient un peu mieux bougé, mais, faute de savoir quoi faire, il n’avait fait que courir en tous sens autour des adultes. Là encore, il n’avait servi à rien.
(Aujourd’hui, je…)
Theo et Allen dévalèrent la falaise en direction de l’entrée de la mine.
Certains des mineurs présents avaient apparemment évacué après l’apparition du Termea. Allen s’adressa à l’un d’eux.
« J’ai entendu dire qu’un Termea était apparu. Quelle taille fait-il ? »
« Il a absorbé un cheval. Probablement de deuxième catégorie. Il est apparu tout au fond du tunnel est numéro treize. »
Tout en l’écoutant, Theo se représenta le plan des galeries.
Theo avait beau être inférieur à Allen en taille et en force, il était studieux. Il connaissait à peu près tout : les plans de la mine, les affectations des mineurs, les calendriers d’excavation et même les quantités de fournitures consommées.
(C’est étrange. Un Termea apparaît rarement aussi loin…)
Pendant que Theo réfléchissait, Allen ramassa une épée et un bouclier jetés négligemment dans une caisse en bois.
Le bouclier était en bois, mais l’épée, contrairement à leurs armes d’entraînement, était de meilleure qualité et faite d’acier rouge. Selon la lumière, sa lame argentée prenait parfois des reflets rougeâtres.
Theo prit seulement une épée, puis se saisit aussi d’une lanterne et sauta dans l’ascenseur.
Ils rengainèrent leurs épées, attachèrent leurs lanternes à leurs ceintures et agrippèrent fermement la rambarde de l’ascenseur à deux mains. Allen glissa son bouclier sous le bras et le maintint bien en place. Un mineur évacué leur cria : « Faites attention ! »
Allen posa la main sur le levier de l’ascenseur et regarda Theo.
« Theo, ne te fais pas éjecter. »
« Je sais ! »
Quand Allen tira le levier, la cage qui les transportait plongea à toute vitesse. On aurait dit qu’elle tombait plutôt qu’elle ne descendait.
Une chute de la hauteur d’environ cinq étages restait grisante, même après l’avoir vécue tant de fois. Surtout pour quelqu’un d’aussi petit que Theo, qui pouvait facilement être projeté au loin s’il ne s’agrippait pas fermement à la rambarde.
Enfin, la descente s’acheva dans un grand boum.
Épée et lanterne en main, ils sortirent de l’ascenseur et s’engagèrent dans une galerie horizontale. Dans ce genre de situation, Theo prenait la tête.
Allen ne travaillait pas d’ordinaire dans le tunnel est numéro treize. Theo, lui, parcourait la mine pour toutes sortes de commissions et se souvenait de chaque passage secondaire, même de ceux qui ne figuraient pas sur les plans.
En chemin, Theo marmonna :
« Le tunnel est numéro treize… Je n’aime pas cet endroit. L’eau de source a commencé à suinter ici il y a quelque temps. »
« Ils ont déjà installé la pompe ? »
« Oui. L’eau s’évacue, et les travaux d’excavation doivent tout juste commencer. »
Dans une galerie, les choses que les mineurs redoutaient le plus étaient l’eau de source, le gaz et les Termea.
L’eau de source pouvait jaillir avec assez de force pour emporter les gens. Le gaz pouvait s’enflammer au contact d’une lanterne et provoquer une énorme explosion. Les Termea attaquaient les hommes et leur inoculaient des malédictions. Pour les mineurs, c’étaient autant de catastrophes terribles.
Les deux garçons avancèrent prudemment dans la galerie, tendant l’oreille. Plus loin, les mineurs restés à l’intérieur criaient. On entendait aussi un cheval hennir.
On utilisait parfois des chevaux pour transporter des charges dans la mine, mais ce hennissement devait être différent.
(Le Termea est devant nous.)
D’abord, évaluer la distance jusqu’à l’ennemi, tenir correctement l’épée… Theo énuméra tout ce qu’il devait faire.
Voyant l’expression tendue de Theo, Allen lui dit :
« Il semble avoir absorbé un cheval. Méfie-toi de ses charges. »
« Oui. »
« Tout ira bien si tu fais comme on s’est entraînés. »
« Oui. »
« Theo n’a pas l’intention de devenir chevalier. »
« Oui… Non ! »
Theo répondait sans réfléchir. Il leva soudain les sourcils et lança un regard noir à Allen, qui affichait un sourire d’un air insupportablement satisfait.
Rassemblant tout son courage, Theo leva son épée et déclara :
« Je deviendrai chevalier comme le héros Elbert ! Je le jure sur cette épée ! »
« C’est mon équipement… »
« Allons-y, Allen ! »
Derrière Theo, qui s’élançait bravement, un petit pfft étouffé retentit.
« Voilà, tu es redevenu toi-même. »
Allen leva son bouclier et passa devant Theo.
Dans une zone un peu plus large, au fond de la galerie, plusieurs mineurs fuyaient un monstre en forme de cheval noir.
Ou plutôt, un Termea qui avait absorbé un cheval.
Les Termea étaient des monstres informes, rouge-noir, qui envahissaient le continent en traversant la Mer de l’Oubli. Ils avaient la faculté d’imiter les créatures qu’ils absorbaient.
En règle générale, les Termea n’absorbaient pas les humains. Ils avaient besoin d’eux comme réceptacles pour se multiplier.
À la place, ils absorbaient des créatures non humaines — animaux, poissons, oiseaux et autres — et imitaient leurs mouvements.
La créature qui s’agitait devant eux était un cheval au pelage rouge-noir et aux yeux rouges. En y regardant de près, on voyait qu’elle avait même reproduit ses muscles et sa crinière.
Mais avoir l’apparence d’un cheval ne signifiait pas qu’elle se calmerait devant une carotte. En réalité, le cheval noir poursuivait les mineurs.
L’un des mineurs en fuite, Gatto, le contremaître de la mine, les remarqua et les interpella.
« Allen ! Petit ! Vous avez apporté de l’acier rouge ? »
« On n’a que ces deux épées ! »
Allen lui ayant répondu, Gatto leur fit signe depuis son abri.
« Parfait, passez-les-nous ! Lancez-les par ici ! »
« Ce serait dangereux de les lancer. »
Malgré la remarque d’Allen, les autres mineurs se mirent à crier : « Par ici ! » et « Donnez-les-nous ! »
Ils avaient hâte d’abattre eux-mêmes ce monstre gênant. Les mineurs de Worg avaient le sang chaud et aimaient la bagarre.
Le Termea en forme de cheval chargea alors droit sur Allen. Comme celui-ci était grand, il était souvent la première cible dans ce genre de situation.
Allen pivota avec souplesse pour éviter la charge, puis demanda à Gatto :
« Vous n’avez pas d’épées, contremaître ? »
« Elles ont été ensevelies dans un éboulement ! »
Apparemment, les épées qu’ils avaient apportées par précaution contre les Termea avaient été ensevelies lors d’un petit éboulement survenu au pire moment.
Ils n’avaient donc d’autre choix que de se battre à coups de pioche, mais cet outil ne convenait pas pour tuer un Termea. Pour en vaincre un, il fallait réduire son volume à la moitié de son volume initial, ou moins.
Le Termea qui avait absorbé le cheval imita son renâclement, puis chargea de nouveau Allen.
Au même instant, sa queue, qui jusque-là avait reproduit la texture duveteuse de celle d’un cheval, s’allongea et s’affina. La Queue de sang, semblable à un serpent, était d’un rouge pâle, et un crochet épais et tranchant poussait à son extrémité. C’était l’arme du Termea.
Quand sa proie n’était pas humaine, le Termea la lacérait avec le crochet au bout de sa Queue de sang, l’affaiblissait, puis l’absorbait.
Quand sa proie était humaine, il ne l’absorbait pas. Il lui inoculait plutôt une malédiction avec sa Queue de sang.
La malédiction prenait le contrôle de l’humain de l’intérieur, dévorait peu à peu son corps tout entier et le transformait en un nouveau Termea.
C’est ainsi que les Termea se multipliaient.
La main de Theo tremblait autour de son épée.
Lors de son premier combat, il n’avait pas réussi à faire un seul pas. La deuxième et la troisième fois, il n’avait pas été plus utile.
(… Mes jambes bougent.)
La semelle de ses bottes racla le sol.
Tout irait bien. Il pouvait y arriver. Pour s’en convaincre, Theo ouvrit la bouche.
« “Le noble héros, le Paladin Elbert…” »
C’était le récit héroïque qu’il avait entendu tant de fois.
Il avait répété encore et encore les mots qui suivaient, dans son cœur, tout en serrant son épée. Son corps s’en souvenait mieux que sa tête.
Theo cria :
« “N’abandonne jamais, quelle que soit la gravité de la situation !” »
En se répétant ces paroles, il retrouva naturellement une posture stable : sa prise sur l’épée, l’angle de ses bras, l’écartement de ses jambes et son centre de gravité.
Pendant qu’Allen contenait la charge du Termea avec son bouclier, Theo contourna la créature.
Les Termea qui imitaient des créatures vivantes avaient les yeux rouges, mais presque tout leur corps était, disait-on, un organe sensoriel. C’était comme s’ils avaient des yeux partout. Une attaque pouvait difficilement les prendre par surprise, d’où qu’elle vienne.
Malgré tout, si deux personnes attaquaient en même temps depuis des directions différentes, elles pouvaient diviser l’attention du Termea.
« Yah ! »
L’épée de Theo entailla la patte arrière du Termea.
Le corps du cheval perdant l’équilibre, Allen abaissa son bouclier et lui trancha le cou de son épée, dans la main droite.
Allen attirait l’attention de l’ennemi, puis Theo profitait de l’ouverture pour l’attaquer et le déséquilibrer. Allen frappait alors à son tour. C’était le style de combat qu’ils avaient répété.
Les Termea n’avaient pas de point faible précis. Pour en venir à bout, il fallait les taillader encore et encore, jusqu’à réduire leur volume de moitié ou moins.
Theo et Allen changèrent de position tout en frappant le Termea.
La sensation transmise par leurs épées rappelait celle de la chair vivante qu’on tranchait. C’était plus facile en l’absence d’os, mais leurs bras se fatiguaient peu à peu à force de frapper de toutes leurs forces.
Theo serra les dents pour ne pas laisser son épée lui échapper.
(Tout va bien. Je peux encore me battre. Je me suis entraîné dur tous les jours.)
Le Termea déploya la Queue de sang qu’il avait retirée, cette fois depuis la section tranchée de son cou.
Allen la bloqua aussitôt avec son bouclier.
« Theo ! »
Comme si la voix d’Allen l’avait poussé en avant, Theo leva son épée.
(Héros Elbert, donne-moi la force… !)
Il abattit son épée sur la section d’où sortait la Queue de sang.
Son coup puissant trancha net la Queue de sang.
Les restes du Termea tombèrent au sol dans un boum et se durcirent les uns après les autres.
Les Termea étaient fondamentalement des masses molles, rouge-noir, qui prenaient une texture semblable à celle des créatures vivantes qu’ils absorbaient. Les morceaux tranchés et les cadavres durcissaient ainsi.
Par précaution, Theo piqua du bout de son épée les restes noirs à ses pieds. Même le plus gros morceau avait complètement durci.
« J’ai… gagné… »
Il s’était promis de prononcer une phrase impressionnante quand il réussirait à tuer un Termea pour la première fois. Mais après l’avoir vaincu, les mots qui lui vinrent ne furent qu’une simple exclamation de joie.
« J’ai réussi… ! »
Aussitôt, les mineurs qui s’étaient cachés derrière leurs abris surgirent en poussant des cris.
Ils entourèrent Theo et Allen.
Certains leur tapèrent le dos pour les féliciter, tandis que d’autres sifflèrent joyeusement.
Au milieu d’eux, Gatto frotta vigoureusement la tête de Theo de sa grosse main.
« Franchement, petit garnement, prendre un risque pareil ! »
« Euh… Désolé. »
Theo se recroquevilla sans y penser. Gatto fronça ses épais sourcils et s’écria :
« Que deviendrait notre travail si on perdait notre Petit si serviable ? »
Theo fut si surpris qu’il en resta bouche bée.
Après tout, ce n’était qu’un apprenti mineur chétif. On le laissait rarement manier une pioche, et les tâches qu’on lui confiait n’étaient que des besognes diverses.
Il n’avait donc jamais imaginé que son absence puisse gêner qui que ce soit.
Gatto se souvenait de la façon dont Theo travaillait et l’appréciait. Cela fit bondir le cœur de Theo de joie, mais c’était une chose, et celle-ci en était une autre.
Theo protesta d’une voix forte :
« Je ne suis pas Petit, je m’appelle Theo ! Théo ! Et contremaître, vous avez encore laissé le plan d’excavation sur le bureau du bureau, pas vrai ? Je l’ai rangé. Les papiers pour remplacer l’épée en acier rouge perdue aujourd’hui sont dans le dossier à couverture bleu clair. »
« Vous voyez ? Notre Theo est un Petit bien serviable, pas vrai ? »
À ces mots d’Allen, tous les mineurs éclatèrent de rire.
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