Chapitre 15
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 1, ch. 15 : Manifestation de l’armement maudit
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Il avait chaud. Il avait mal. Il se sentait malade.
Transpercé par la Queue de sang, Theo se souvint de l’époque où une forte fièvre l’avait cloué au lit.
L’épaisse aiguille déchira sa peau et pénétra dans son corps, y déversant une malédiction rougeâtre et noire.
Theo rassembla ses dernières forces et saisit la Queue de sang à deux mains. Chaque instant qu’il gagnerait donnerait à Allen plus de temps pour agir. Plus de temps pour mettre Olivia, qui était tombée, à l’abri.
La plaie dans sa poitrine le brûlait et le faisait souffrir. Pourtant, la malédiction qui s’écoulait dans son corps était terriblement froide.
(On dirait qu’on verse de l’eau glacée dans la plaie.)
Theo sentait la malédiction s’infiltrer par la perforation et se répandre dans tout son corps.
À commencer par son cœur, son corps perdait sa chaleur.
C’était comme si on avait liquéfié la mort elle-même avant de la verser en lui. Peu à peu, tout son corps était abîmé, consumé, dérobé. Theo était en train de mourir…
Puis cette sensation s’interrompit brusquement.
Son cœur battit.
La chaleur qu’il avait perdue revint, se répandant depuis son cœur dans tout son corps.
Le cœur de Theo, son sang brûlant, repoussa la malédiction glaciale.
(C’est chaud… Mon cœur est brûlant ?)
La Queue de sang plantée dans la poitrine de Theo se retira.
Quelque chose de noir s’écoula de la plaie de Theo au lieu du sang. Goutte à goutte. C’était la malédiction que le Termea avait déversée en lui. Elle tomba au sol et durcit.
Theo baissa les yeux vers le devant déchiré de sa chemise. Un motif noir était apparu juste au-dessus de son cœur.
(Qu’est-ce que… ?)
L’instant d’après, quelque chose de noir jaillit soudain de ce motif.
Son cœur battait comme une machine à vapeur, déversant sa chaleur. Boum-boum-boum-boum. Au rythme de ses pulsations, la substance noire débordait.
« Ah… ah… ngh… ! »
Comme si elle répondait à la volonté de Theo, la substance noire se tortilla à ses pieds.
Theo comprit qu’il pouvait, par sa seule volonté, déplacer cette boue noire qui jaillissait de lui.
Mais il ignorait quoi en faire. La boue noire continuait de s’écouler, ondulant autour de ses pieds.
(Suis-je devenu un Termea… ?)
« Theo ! »
Allen courut vers lui. À cet instant, Theo vit le Termea balancer sa Queue de sang derrière Allen.
(Non. Je dois sauver Allen. Allen, Allen, Allen… !)
Alors, la substance noire qui se tortillait aux pieds de Theo s’étendit dans un frouf et forma un mur noir.
L’attaque de la Queue de sang, qui visait Allen, fut arrêtée par le mur et déviée.
Allen écarquilla les yeux, stupéfait, en regardant Theo.
(Qu’est-ce que c’est ? C’est répugnant. Pourquoi suis-je capable de faire ça ?)
Theo avait l’impression qu’une force inconnue prenait le contrôle de son corps et le transformait. La malédiction rougeâtre et noire qui s’écoulait de son cœur ondulait, comme en réponse à sa peur.
(Vais-je devenir un Termea ?)
Une image traversa l’esprit de Theo : lui-même changé en Termea, brandissant une Queue de sang pour attaquer Allen et Olivia.
(Non. Je vous en prie, non. Pas ça… !)
Cette perspective le terrifiait plus que la mort elle-même. Alors que Theo sombrait dans le désespoir…
« Jure-le ! »
La voix retentit au-dessus de lui.
Theo leva les yeux. La Chevalière grise Carla, une jeune fille aux cheveux blancs et aux ailes rougeâtres et noires déployées, lui criait ces mots.
« Jure de tout ton cœur comment tu veux vivre, ce que tu veux devenir ! »
La Queue de douleur visa Carla dans les airs avec ses deux Queues de sang.
Carla décrivit un cercle pour les esquiver et balança sa grande faux.
Elle parvenait à les entailler, mais manquait peut-être de force pour les trancher.
Pendant ce temps, la boue rougeâtre et noire qui s’écoulait du cœur de Theo continuait d’onduler.
« Je vois. Tu étais donc un Marcheur fou. »
Cette voix désinvolte et indifférente venait de derrière Theo.
Beryl, la Chevalière grise à la peau sombre et aux cheveux couleur sable, s’avançait vers eux.
« Le Sceau de malédiction était à l’intérieur de ton corps… probablement dans ton cœur, hein ? C’est rare. Pas étonnant que personne ne l’ait remarqué. »
Les Maudits étaient des personnes en qui un Termea avait implanté sa malédiction.
Parmi eux, certains voyaient miraculeusement la progression de leur malédiction s’arrêter et parvenaient à s’approprier son pouvoir. C’étaient les Marcheurs fous.
On reconnaissait aussitôt un Marcheur fou à son Sceau de malédiction, qui apparaissait quelque part sur son corps.
Theo portait désormais sur la poitrine un Sceau de malédiction rougeâtre et noir. Mais à l’origine, il se trouvait dans son cœur.
Il était probablement là depuis avant qu’Allen le trouve, cinq ans plus tôt.
Beryl défit les boutons de sa jupe portefeuille. Ses deux jambes nues portaient les mêmes Sceaux de malédiction rougeâtres et noirs que ceux de Theo.
« Je vais te montrer comment se battent les Marcheurs fous des Chevaliers gris. »
Beryl laissa tomber sa jupe portefeuille au sol et s’élança d’un léger bond, ses bottines quittant à peine le sol.
Ses yeux s’illuminèrent d’une lueur rouge.
« Manifestation de l’armement maudit. La Bête qui dévore les courses nocturnes. »
Beryl prononça ces mots avec la légèreté d’une chanson et la douceur de paroles d’amour. Une malédiction rougeâtre et noire jaillit des Sceaux de malédiction sur ses jambes.
Elle prit une forme tangible, recouvrant les mains et les jambes de Beryl pour devenir les membres d’une bête noire.
Beryl prit appui sur le sol. Son corps souple franchit sans peine le mur noir informe que Theo avait créé.
Le Termea balança ses deux Queues de sang vers Beryl. Elle les lacéra de ses griffes.
« Les mots, voilà ce qui compte ! Donne un nom à quelque chose de vague, et tu peux en fixer l’existence ! »
Malgré la malédiction déchaînée qui lui résistait, Theo se força à réfléchir, tentant de prendre à cœur les conseils de Carla et de Beryl.
Carla lui avait ordonné de jurer. De jurer ce qu’il voulait devenir, comment il voulait vivre.
Beryl avait employé des mots pour donner une forme précise et pleine de sens à la malédiction qui habitait en elle.
Alors, quels mots Theo pouvait-il employer pour donner une forme définie à ce pouvoir vague ?
Plus il paniquait, plus la malédiction se déchaînait. Son cœur était si brûlant qu’il avait l’impression que sa poitrine allait prendre feu. Son souffle lui brûlait la gorge, qui lui faisait mal. Pourtant, la moelle de ses os était glacée et des frissons le parcouraient.
Carla se mit à voler près du sol, entraînant les Queues de sang vers le bas.
Profitant de cette ouverture, Beryl courut le long du corps du Termea et lacéra le serpent géant de ses deux mains griffues.
Elles crièrent toutes les deux.
« Dis les mots qui te touchent le plus profondément. Dis à voix haute qui tu es ! »
« Si c’est trop difficile, contente-toi de crier ton nom pour l’instant ! »
Le conseil de Beryl était un peu abrupt, mais Theo eut tout de même l’impression d’avoir compris quelque chose.
(L’essentiel, c’est de décider qui je suis… Je suis Theo. C’est le nom que maman Olivia m’a donné.)
Qui était-il ? Cette question avait toujours flotté dans l’esprit de Theo sans jamais se préciser.
Il n’avait aucun souvenir d’avant sa rencontre avec Allen. On ne le remarquait pas facilement. Les gens l’oubliaient vite. En dehors de sa famille, personne ne se souvenait de son nom.
(Mais maintenant, je comprends enfin. J’étais un Marcheur fou. J’étais Maudit avant même de rencontrer Allen… Je n’aurais jamais pu devenir Chevalier sacré.)
Allen regardait Theo avec inquiétude.
Theo était un Marcheur fou, la malédiction s’écoulant de la plaie dans sa poitrine, et pourtant Allen s’inquiétait toujours pour lui.
Tu vois ? Allen était vraiment gentil.
(Mais, Allen… Même si je ne peux pas devenir Chevalier sacré… je veux quand même devenir chevalier.)
Alors que les ténèbres envahissaient son cœur, les mots qu’il devait prononcer lui avaient déjà été donnés.
Theo posa une main sur son cœur, d’où la malédiction continuait de s’écouler, et inspira.
« … Manifestation de l’armement maudit. »
Puis il éleva la voix et cria :
Des mots pour donner une forme définie à ce pouvoir vague qu’était la malédiction.
« Deviens chevalier ! »
La boue noire qui ondulait à ses pieds s’immobilisa brusquement.
L’instant d’après, la malédiction rougeâtre et noire qui débordait de la poitrine de Theo se rassembla autour de lui d’un seul coup.
Il y avait une forme qu’il avait toujours imaginée.
Une épée dans la main droite. Un bouclier dans la gauche. Des bottes à éperons aux pieds. Un large manteau flottant derrière lui. Et à ses côtés, un cheval blanc.
Il l’avait imaginé en lisant des histoires. Il avait admiré les chevaliers d’autrefois et avait rêvé de leur ressembler.
La malédiction rougeâtre et noire rassemblée autour de Theo prit forme, comme si elle reproduisait cet idéal.
Une épée à une main, rougeâtre et noire.
Un bouclier qui faisait environ la moitié de la taille de Theo.
Les bottes qui lui couvraient les pieds étaient munies d’éperons aux talons.
Le manteau qui flottait au vent était doux, presque semblable à du tissu, mais Theo savait d’une manière ou d’une autre qu’il était solide.
(C’est donc ça, la Manifestation de l’armement maudit dont parlait Beryl…)
Et puis…
« Meu. »
Un cri retentit à ses pieds.
Une boule de poils blancs roulait autour des bottes de Theo. Elle était une ou deux fois plus grosse que le poing fermé d’un adulte. Ce n’était qu’une boule de poils, rien d’autre.
« Tu… euh, tu es sorti de moi aussi ? »
« Miaa. »
La boule de poils roulait de côté en côté en poussant d’étranges cris.
Elle ressemblait à un bébé lapin aux oreilles courtes, ou à une souris excessivement grosse.
(Serait-ce… mon cheval blanc ?)
Theo avait effectivement souhaité avoir un cheval blanc pour compagnon, mais celui-ci n’était-il pas bien trop différent ?
Pour l’instant, il craignait de lui marcher dessus s’il la laissait là. Theo ramassa la boule de poils et la glissa sous ses vêtements.
« Reste là-dedans. »
« Miaa. »
Après avoir caché sous ses vêtements son cheval blanc pas tout à fait blanc, comme il l’appela provisoirement, Theo leva son épée.
Sous ses cheveux d’un blond éclatant, ses yeux verts s’illuminèrent d’une lueur rouge.
Il planta fermement les pieds dans le sol. Une force incroyable jaillit en lui.
Il n’était pas aussi agile que Beryl, mais Theo courut tout de même plus vite qu’il ne l’avait jamais fait.
L’une des Queues de sang fondit sur lui.
Theo la bloqua avec le bouclier de sa main gauche.
(Avant, je n’arrivais jamais à manier correctement un bouclier.)
Theo dévia la Queue de sang avec son bouclier, puis abattit l’épée qu’il tenait dans la main droite.
Jusque-là, il avait à peine réussi à porter des coups avec une épée en Acier rouge en la tenant à deux mains. Mais la lame rougeâtre et noire trancha le corps du Termea encore et encore.
Le corps du serpent géant se tordit, tentant d’écraser Theo au sol.
Theo brandit l’épée créée par sa propre malédiction et mobilisa toute sa force pour lui imposer sa volonté.
Oubli, sois. Oublie.
Oublie ce que tu es. Oublie pourquoi tu es ici. Oublie tout, absolument tout.
Personne ne le lui avait expliqué, mais Theo comprenait la véritable nature de la malédiction qui l’habitait.
(Ma malédiction… c’est la malédiction de l’Oubli.)
Une mer maudite entourait le continent. On l’appelait communément la Mer de l’Oubli.
On disait que tous ceux qui s’aventuraient sur cette mer oubliaient pourquoi ils avaient pris la mer. Ils oubliaient d’où ils venaient et où ils allaient. Ayant tout oublié, ils finissaient par faire naufrage.
La malédiction de Theo était la même.
Il avait probablement répandu cette malédiction inconsciemment pendant tout ce temps.
Et maintenant qu’il commençait à apprendre à utiliser son pouvoir, Theo dirigea délibérément l’Oubli contre le Termea.
Une brume blanche se forma autour de son épée.
Le Termea qui entra en contact avec la brume cessa de bouger.
S’il avait été humain, cela aurait ressemblé à la question : « Où suis-je ? Qui suis-je ? »
Ayant oublié ce qu’il était et pourquoi il se trouvait là, le Termea resta immobile, aussi perdu qu’un homme égaré.
(Maintenant… !)
Le Termea était immobilisé : c’était l’occasion de l’attaquer.
Mais alors que Theo s’apprêtait à lever son épée, il tomba à genoux. Une vive douleur lui traversa le cœur.
« Hum… Ha… haaah… gah !? »
Theo s’agenouilla et se prit la poitrine. Son cœur lui faisait mal, comme si on y avait enfoncé un pieu.
Il avait l’impression d’avoir sprinté de toutes ses forces pendant tout ce temps en retenant son souffle.
Respirer était si difficile. L’air qu’il aspirait ne circulait pas correctement dans son corps.
L’immense corps du Termea s’abattit sur Theo à genoux, cherchant à l’écraser.
Carla le maintint à distance avec sa grande faux. Beryl, qui bondissait de tous côtés sur ses membres bestiaux, glissa rapidement Theo sous un bras et battit en retraite.
« Ton pouvoir vient à peine de s’éveiller et tu t’es déjà donné à fond comme ça. Bien sûr que ton corps va en pâtir. »
« Beryl… Je… »
« Pour une première fois, tu t’en es très bien sorti. Vraiment très bien. Je te félicite. »
« M-mais… le Termea est toujours… »
« Tout va bien. Tu as fait tant d’efforts que regarde, il est arrivé à temps. »
De sa main droite, qui avait pris la forme d’une patte de bête, Beryl désigna le toit.
Le héros Elbert s’y tenait, ses cheveux blond pâle flottant au vent. L’épée longue dans sa main droite brillait d’une lumière blanche, bénie par la grâce divine.
Elbert leva son épée. Une lumière blanche se rassembla dans le ciel, et une dizaine d’épées blanches étincelantes apparurent.
Les épées suspendues dans les airs tombèrent comme une pluie et clouèrent au sol le corps du serpent géant.
Les yeux violets d’Elbert se fixèrent sur le Termea.
« Rends grâce à la Bénédiction de l’Ange. Que ceux qui défient Dieu soient purifiés. »
Sa voix était solennelle, mais assez bienveillante pour prendre son ennemi en pitié, tandis qu’il abattait son épée.
Lorsqu’un Termea était réduit à la moitié de son volume, ou moins, il durcissait et mourait.
Frappé par l’attaque d’Elbert, le grotesque serpent géant durcit dans un crac, crac, puis cessa de bouger.
(Seigneur Elbert est vraiment incroyable.)
Gravant cette vision dans sa mémoire, Theo laissa sa conscience s’évanouir, certain qu’à son prochain réveil, il ne serait plus le même qu’avant.
Notes de bas de page :
L’invocation de Theo associe le sens écrit « Oubli, sois » à une lecture qui signifie « Oublie ».
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