Chapitre 12
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : nemui
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◈ Le Chevalier Oublié de la Malédiction ◈
Vol. 1, chap. 12 : La fille à la dérive dans ses souvenirs
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Après avoir pris congé d’Elbert, le héros qu’il admirait, Theo courut autour du terril. Elbert avait guéri ses blessures grâce à une bénédiction, et son corps ne lui faisait plus mal. À vrai dire, il ne s’était jamais senti aussi bien.
Après avoir encore couru un peu, il faisait des redressements assis et des tractions, puis s’entraînait à manier l’épée. Les muscles étaient importants. Mineur ou chevalier, on n’était jamais trop fort.
En plus, je ne progresserai jamais si Allen continue à me repousser chaque fois qu’on croise le fer.
Quand il courait, il veillait à sa posture et à sa respiration. Il gardait le dos droit et respirait régulièrement.
Chaque fois qu’Allen semblait sur le point de le semer, Theo s’entêtait et perdait son rythme. Mais à présent, il était seul et n’avait donc pas à s’en préoccuper.
À partir de maintenant… je ne m’entraînerai plus avec Allen.
Il éprouvait moins de frustration que de solitude. Allen était son ami d’enfance, son meilleur ami, et presque un frère pour lui.
Allen partirait pour le District sacré de Reyel et y prêterait serment en tant que Chevalier sacré. Puis, en tant qu’écuyer d’Elbert, il se rendrait sans doute sur le front, à l’extrémité ouest.
Dans ce cas, Theo devait le soutenir.
Quand je rentrerai, je sourirai à Allen et lui dirai : « Je suis de tout cœur avec toi. » Ça fait mal, mais une défaite reste une défaite. La prochaine fois, je gagnerai sans aucun doute.
Tandis qu’il courait, perdu dans ses pensées, Theo aperçut une silhouette près du terril et s’arrêta.
Il arrivait que des gens de familles pauvres viennent y ramasser les morceaux de charbon rouge jetés au rebut. Ils s’en servaient comme combustible chez eux ou les vendaient.
La silhouette qu’il distinguait à peine était petite. Était-ce un enfant ?
« Ne joue pas là-haut ! C’est dangereux, descends ! »
Malgré son appel, la silhouette ne semblait pas près de partir. Elle ne paraissait pas non plus l’avoir remarqué et ne s’enfuit pas.
Après de longues pluies, le terril pouvait s’effondrer. Et comme il contenait du charbon rouge, même sous forme de simples débris, il arrivait qu’il prenne feu.
Le danger l’inquiétait. Theo gravit donc le terril avec précaution.
À environ deux étages de hauteur, une fille plus petite que Theo déambulait en regardant le sol.
Elle devait avoir à peu près son âge. Ses cheveux blancs avaient poussé en désordre et ne semblaient jamais avoir été peignés. Son vêtement de dessus et son pantalon étaient si sales qu’on ne distinguait plus leur couleur d’origine. Elle avait tout l’air d’une enfant sans abri.
« C’est dangereux, ici. Descendons. »
« … »
La fille ne répondit pas. Theo commença à s’inquiéter.
Il savait qu’il existait des parents aimants comme Olivia, mais aussi des parents qui forçaient leurs enfants à ramasser des morceaux de charbon rouge.
Quand les enfants n’en rapportaient pas assez, certains parents les mettaient parfois à la porte.
« Si un adulte te gronde parce que tu n’as pas ramassé assez de morceaux de charbon rouge, j’irai lui dire ma façon de penser. »
« … Des morceaux de charbon rouge ? »
La fille, qui regardait le sol, releva lentement la tête vers Theo.
Son cœur fit un bond.
À travers ses cheveux emmêlés, ses yeux brillaient comme du charbon rouge incandescent.
« … Je cherche quelque chose. Un masque. »
« Un masque ? Quel genre ? »
« Il est blanchâtre et peut cacher la moitié supérieure de mon visage… »
Drôle de chose à chercher. Peut-être s’en servait-elle pour jouer à faire semblant.
« D’accord. Je vais t’aider à le chercher. Tu l’as perdu dans le coin ? »
La fille hocha la tête.
« Très bien. Le temps se gâte aussi, alors tâchons de le retrouver vite. »
Theo balaya rapidement les environs du regard. Il ne voyait rien qui ressemblât à un masque. Mais si elle l’avait fait tomber ici, il avait peut-être dévalé la pente.
Theo descendit un peu le terril et courut dans les alentours. Des pierres et des morceaux de charbon rouge, jetés là sans précaution, jonchaient son pied.
Ce qui a été jeté récemment doit se trouver par ici…
Theo écarta de ses mains les pierres au sol. Il aurait voulu se servir d’une pelle, mais risquait d’abîmer ce qui se trouvait dessous ; il les déplaça donc avec soin, à la main.
Après avoir remué des pierres pendant près d’une heure, il trouva un objet blanc qui n’avait rien d’une pierre.
« Je l’ai trouvé… ! »
En entendant Theo, la fille accourut.
Quand elle vit le masque dans la main de Theo, elle laissa échapper un « Ah… » déçu.
Le masque blanc avait été taillé dans du bois, poli et peint. Il était fendu en deux, bien net, presque en son milieu.
Theo lui parla avec précaution.
« Il comptait beaucoup pour toi ? »
« … Pas important. Nécessaire. C’est mieux si je cache mon visage. »
Plic. Plic. Des gouttes de pluie frappèrent le sol.
Elles étaient grosses. L’air était si humide qu’une forte pluie n’allait pas tarder.
« Allons nous mettre à l’abri ! Par ici ! »
Theo prit la fille par la main et se précipita dans l’une des galeries secondaires de la mine.
La mine de charbon comptait d’innombrables galeries secondaires. Certaines communiquaient entre elles, d’autres non. Theo les connaissait toutes par cœur. Il savait aussi, bien sûr, où les mineurs travaillaient ce jour-là.
Theo avait choisi une galerie où tout le charbon rouge avait déjà été extrait, afin de ne pas gêner les mineurs.
« Je pense que la pluie va bientôt s’arrêter. »
La fille ne répondit pas, même quand Theo lui parla. Elle fixait le dehors d’un regard vide.
Depuis leur première rencontre, elle lui avait paru un peu absente. Son regard flottait, et il était difficile de savoir où elle regardait.
« Euh… tu ne te sens pas bien ? »
C’était peut-être pour cela qu’elle avait l’air si ailleurs. N’importe qui finirait par sembler absent après avoir souffert de fatigue et de faim.
L’air était mauvais dans les galeries de la mine. Si elle était malade, mieux valait aller ailleurs.
Mais la fille continua de regarder dehors et secoua légèrement la tête.
« Je ne suis pas malade. »
« Je vois. Tu avais juste l’air un peu absente… »
« Il y a un souvenir important que je ne veux pas oublier. Alors, sauf quand je travaille, je le repasse sans cesse dans ma tête. »
Ses paupières blanches se refermèrent sur ses yeux rouges.
On aurait dit qu’elle se coupait du monde pour ne plus recevoir aucune information.
« Je ne suis pas très intelligente, alors j’oublie vite. Je pense sans arrêt à ce que je ne veux pas oublier. Encore et encore. »
« Tu as essayé de l’écrire ? Dans un journal, par exemple… »
Les yeux toujours fermés, la fille secoua lentement la tête.
Son profil était aussi beau que celui d’une poupée, et pourtant il avait quelque chose de triste.
« Je peux retenir les mots qu’on m’a dits, mais j’oublie la voix et le visage. Tout s’efface et devient flou. Ça me rend très triste. »
« … Je vois. »
Ce souvenir devait être un trésor irremplaçable pour elle.
C’était pour cela qu’elle le retournait sans cesse dans son esprit, comme si elle le serrait contre elle à deux bras, de peur de le laisser s’échapper.
« Celui ou celle dont tu veux te souvenir à ce point a de la chance. »
Ces mots lui échappèrent, venus tout droit du fond de son cœur.
Après tout, les gens l’oubliaient toujours. Ils se comportaient comme s’il n’avait jamais existé.
L’acharnement presque obsessionnel de la fille à ne rien oublier était quelque chose qu’il pouvait même lui envier.
La fille cligna lentement des yeux et le regarda.
Dans la pénombre de la galerie, ses yeux rouges, si vifs au-dehors, ressemblaient à un marécage rouge-noir. Theo n’en voyait pas le fond.
Le regard qu’elle posait sur lui vacilla.
Non, c’était le sol sous ses pieds qui tremblait vraiment.
Un éboulement !?
Les mineurs étaient sensibles aux secousses. Theo prit aussitôt la fille par la main et se dirigea vers la sortie.
La pluie tombait toujours doucement, mais cela valait mieux que de se retrouver pris dans un éboulement.
Une fois dehors, il vit que les autres mineurs évacuaient eux aussi les lieux.
Theo et la fille se trouvaient assez près de l’entrée et ne risquaient rien. Mais il s’inquiétait pour ceux qui s’étaient enfoncés dans la mine. Si un éboulement avait vraiment eu lieu, ils auraient besoin d’aide.
Alors qu’il se disait qu’il devrait demander à la fille de rentrer chez elle et aller aider les mineurs, la voix de Gatto, le contremaître de la mine, résonna au fond de la galerie.
« Un Termea ! Une grosse Queue de douleur ! Tout le monde, fuyeeeez… Ghk ! »
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