Chapitre 38
Traductrice : Moonkissed
Après le « Joyeux Noël » malveillant, le soleil disparut complètement à l’ouest et les derniers rayons s’éteignirent dans le ciel.
La veille de Noël commença.
Tang Mo vérifia aussitôt ses affaires, confirmant que le petit parapluie et la grande allumette étaient sur lui. Puis il courut rapidement vers une supérette à cinquante mètres de là. Le magasin avait depuis longtemps été mis à sac. Toute la nourriture et l’eau avaient été dérobées des rayons. Tang Mo trouva un taille-crayon dans le tiroir du comptoir et mit la main sur deux piles.
Il utilisait depuis longtemps la lampe torche reçue de Li Bin et ignorait quand elle tomberait à court d’énergie. Au cas où la nouvelle instance serait aussi sombre que la grotte de la grosse taupe, il fallait prévoir des piles.
Une fois tout prêt, Tang Mo leva les yeux vers l’horloge accrochée au mur de la supérette.
La trotteuse glissait vers la position du « 12 ». Au bout de trois minutes, Tang Mo retint son souffle, prêt à être happé dans l’instance. Mais, l’instant d’après, l’aiguille sauta à la seconde suivante.
Le cœur de Tang Mo se serra. Il resta debout dans la supérette vide et sombre, le regard rivé à l’horloge.
La trotteuse continuait de tictaquer.
Tang Mo compta le temps mentalement. Il avait commencé le décompte au moment où la Tour Noire avait annoncé que tous les joueurs de Huaxia entreraient dans l’instance dans trois minutes. Il lui avait fallu une minute et demie pour entrer dans la supérette, puis une autre minute et demie pour trouver les objets.
Jusqu’à présent, quatre minutes s’étaient écoulées.
Il n’avait pas été aspiré dans l’instance.
Tang Mo resta immobile un moment. Une minute passa, et il n’était toujours pas entré. Il sortit le petit parapluie de son sac et quitta la supérette.
Tang Mo reprit le chemin du retour. Le centre commercial où se trouvait Attaque n’était qu’à deux kilomètres. Il voulait savoir si tout le monde, comme lui, n’avait pas été aspiré, ou s’il était le seul à être resté dehors.
Il marchait très vite. La main crispée sur le petit parapluie, il restait sur ses gardes.
Au moment où il arrivait à un carrefour, un bruit de feu d’artifice éclata dans le ciel. Tang Mo leva les yeux.
Des feux d’artifice multicolores éclataient dans la nuit noire.
Ils semblaient composés de cinq petits « □□ » qui montaient au point le plus haut du ciel, comme cinq météores s’élançant du sol vers la voûte. Ils s’élevaient lentement jusqu’à près de dix kilomètres d’altitude. Soudain, les cinq « □□ » explosèrent.
De splendides feux d’artifice jaillirent de ces « □□ » et, sur le rideau de la nuit, tracèrent un grand portrait.
Une épaisse barbe blanche, un bonnet rouge en cachemire surmonté d’un pompon blanc. Les fusées dessinèrent une énorme tête de Père Noël. Cette scène se refléta dans les yeux de chaque joueur de la région de Shanghai. Lorsque l’image pyrotechnique du Père Noël se dissipa peu à peu, un grand rire retentit du ciel.
Le cœur de Tang Mo bondit.
Il comprit soudain ce que signifiait ce son.
Quatre rennes jaillirent de la tête de Père Noël formée par les feux d’artifice, la traversant de part en part.
« Ho ho ho, les enfants, joyeux Noël ! »
Quatre rennes tiraient un traîneau rouge étincelant, leurs sabots galopant dans le ciel nocturne. Ils survolèrent la ville, un vieil homme à la barbe blanche et au costume rouge debout sur le traîneau. Il tenait les rênes en riant et, dans son rire, agitait les mains, semant une pluie d’étoiles vers le sol.
Le traîneau du Père Noël allait extrêmement vite. Il traversa bientôt tout Pudong, franchit le pont de Nanpu et mit le cap sur Puxi.
Dans le ciel, des dizaines de milliers d’étoiles flottaient comme des flocons, descendant vers la terre. Elles scintillaient en touchant le sol. Une lumière éblouissante baignait le monde, unissant par des faisceaux blancs le ciel et la terre.
Au même moment, la voix claire d’un enfant résonna dans tout Shanghai—
« Ding dong ! Tâche annexe n°1 déclenchée. Trouvez les branches de sapin laissées par le Père Noël et entrez dans l’instance surprise de la veille de Noël dans les 30 minutes. »
Ce message fut diffusé simultanément dans toute la Chine. Un Père Noël apparut près de chaque Tour Noire et sema des étoiles blanches au sol.
Après avoir entendu la tâche, Tang Mo fit volte-face et courut vers le point de chute d’étoiles le plus proche. Mais il fut encore un brin trop lent. Lorsqu’il arriva, un garçon de dix-sept ans portant des lunettes ramassait déjà l’étoile blanche tombée à terre.
Dès que sa main toucha la petite étoile, la lumière blanche se dissipa et se transforma en une petite branche.
Le garçon aperçut Tang Mo et une lueur de méfiance passa dans ses yeux. Mais il n’eut rien à faire. Sitôt la branche en main, son corps s’estompa peu à peu et disparut dans l’air.
Cela signifiait probablement une entrée réussie dans l’instance.
Tang Mo ne s’attarda pas et courut vers un autre point de chute.
Il se fit encore coiffer au poteau.
Il se précipita vers plus de dix endroits d’affilée. Parfois, la lumière blanche s’éteignait alors qu’il n’était qu’à mi-chemin — preuve que quelqu’un avait récupéré la branche et était entré dans l’instance. Parfois, il ne pouvait qu’observer un autre joueur s’y engouffrer sous ses yeux.
Les minutes passèrent. Il ne restait plus que cinq minutes.
Tang Mo courut vers une usine. Une petite étoile reposait tranquillement au sol, devant l’entrée, sans aucun autre joueur aux alentours.
Ses yeux s’illuminèrent et il accéléra. Sa main allait toucher l’étoile quand il se rétracta brusquement. Un boomerang en fer, affûté, fusa exactement à l’endroit où il s’apprêtait à saisir. Sans ce retrait, sa main aurait été tranchée.
Il tourna la tête vers la gauche.
Une jeune femme en trench-coat camel le fixait d’un regard froid. Elle leva la main droite : le boomerang fiché dans le sol se souleva et revint dans sa paume.
À dix mètres l’un de l’autre, ils se toisèrent.
La seconde suivante, ils bougèrent à l’unisson. Tang Mo lança une incantation, ouvrit le petit parapluie et s’en servit comme d’un bouclier. La femme fit tournoyer le boomerang, qui décrivit un arc de 180 degrés pour l’attaquer dans le dos.
Tang Mo referma l’ombrelle derrière lui. Le boomerang heurta violemment la toile et Tang Mo recula d’un pas, s’éloignant de la branche.
La femme lança son boomerang et se rua vers la petite étoile.
Tang Mo maniait le parapluie, contrant sans cesse les attaques du boomerang. Le rose de l’ombrelle cognait contre le fer, dans un concert de claquements. Tang Mo posa une main au sol pour esquiver, et dans le même mouvement, frappa de la pointe du parapluie l’arrière de la tête de la jeune femme.
Elle allait toucher l’étoile. Elle ne s’attendait pas à ce que Tang Mo puisse l’attaquer tout en gérant le boomerang. Incapable d’esquiver, elle se fit percer l’épaule par la pointe. Furieuse, elle concentra sa capacité et dirigea le boomerang sur Tang Mo.
Celui-ci roula sans se soucier de sa prestance et saisit l’étoile.
« Toi… ! » cria la femme, affolée.
Bang !
Tang Mo ouvrit l’ombrelle et bloqua le boomerang qui fondait sur lui. Il replia calmement son parapluie et fixa la femme au trench-coat. Elle le fusilla du regard, mais ne pouvait perdre de temps. Elle se contenta de le dévisager avant de partir vers un autre point de chute.
Le corps de Tang Mo devint translucide. Il entendit la voix de la Tour Noire retentir dans son esprit—
« Ding dong ! La tâche annexe est terminée : vous avez intégré l’instance surprise de la veille de Noël, District Chine 2, n°419. »
« Chargement des données du joueur terminé… »
« Chargement des informations de l’instance… »
Une blancheur éblouissante envahit sa vision. Tang Mo ouvrit les yeux : le monde entier n’était que lumière blanche. Il serra le manche du petit parapluie et cligna des yeux, sur ses gardes, prêt à l’assaut d’un monstre. Peu à peu, la blancheur se dissipa, et l’instance se révéla.
Ce monde blanc mesurait environ dix mètres de long pour cinq mètres de large. Le sol était découpé uniformément en quatre zones, formant quatre rectangles vierges de cinq mètres sur deux mètres cinquante. Tang Mo se tenait sur la case la plus à droite. Il balaya les lieux du regard et vit, à sa gauche, trois personnes.
Tous quatre étaient alignés. Tang Mo à l’extrême droite ; à sa gauche, un jeune homme de son âge, puis une lycéenne ; à l’extrême gauche, un homme d’âge mûr.
Les quatre se surveillaient mutuellement avec méfiance, serrant leurs armes.
À cet instant, un grondement se fit entendre. Ils tournèrent la tête vers la source du son.
Devant eux, un mur blanc se leva, dévoilant la scène opposée. Tang Mo observa attentivement le mur qui montait. « Ce n’est pas un monde tout blanc. C’est un monde scindé. De l’autre côté de ce mur… »
Il leva les yeux.
De l’autre côté, quatre personnes se tenaient elles aussi sur quatre cases, face à Tang Mo.
Le monde blanc apparut alors aux yeux des huit joueurs.
C’était un plateau blanc de dix mètres de long sur quinze de large. Quatre joueurs se trouvaient d’un côté, chacun sur une case. Au centre, une bande de cinq mètres séparait les deux camps. Dans cette zone centrale, une étoile dorée flottait en l’air et diffusait une pluie d’étincelles.
Tang Mo regarda les quatre d’en face. Il n’eut pas le temps de bien les distinguer qu—
Boom—
Comme un séisme : tout le monde blanc trembla. Tang Mo s’ancra avec le petit parapluie. Quand il releva la tête, huit énormes plaques de fer descendaient du ciel. Elles s’abattirent devant chaque joueur, s’alignant au bord de chaque case.
Le choc des plaques argentées fit vibrer le sol. Au bout d’un moment, les huit purent tenir debout sans vaciller.
Tang Mo leva déjà les yeux vers la grande « carte » de fer devant lui. Il en détailla chaque recoin, puis jeta un œil à celle de son voisin.
L’image sur cette plaque n’était pas la même que sur la sienne !
Il en eut la certitude avant que les autres n’aient réagi. Il observa discrètement les plaques des trois joueurs de son côté. Après les avoir lues, il regarda en face.
En face, il y avait aussi quatre personnes. Face à lui, une femme d’âge mûr. À sa gauche, une jeune femme ; puis un vieil homme aux cheveux blancs.
De sa position, Tang Mo ne pouvait pas voir le contenu de leurs plaques : seulement le revers, orné d’un Père Noël en traîneau, rênes aux mains, agitant une hotte rouge et filant joyeusement parmi les nuages.
Les trois d’en face déchiffraient eux aussi leurs plaques. Tang Mo les observa un moment, puis ses yeux glissèrent vers le dernier joueur, en diagonale.
Il le fixa en silence.
Dix mètres les séparaient. L’homme lisait le contenu de sa plaque. Celle-ci lui masquait la moitié du corps. Tang Mo ne distinguait qu’un manteau noir. Il se tenait droit, immobile.
Pour une raison inconnue, Tang Mo le regarda plus de deux secondes.
L’instant d’après, des yeux d’aigle se braquèrent droit sur lui.
Théâtre de l’auteur :
Tang Tang : Si… si féroce ! Pourquoi tu me regardes comme ça ? T^T
Vieux Fu : … [Je ne savais pas que c’était ma femme !!!!]