Chapitre 33
Traductrice : Moonkissed
La bourse contenant le hamster doré avait été posée par Tang Mo sur la table basse et nouée à l’extrémité. Le hamster doré ne pouvait pas en sortir, mais un peu de poudre d’or s’échappait par l’interstice à l’ouverture du sac. Grand-mère Loup avait poussé un cri en voyant cette poudre. Elle abandonna son petit parasol. Les bouteilles de vin et les épices furent également jetées. Elle marcha à grands pas vers la table et dénoua la bourse.
Le hamster doré jaillit dès que la bourse fut ouverte, et bien sûr, il était impossible que Tang Mo le laisse s’enfuir. Pourtant, il n’avait pas encore bougé que Grand-mère Loup empoigna la peau du dos du hamster et le souleva.
Le hamster doré poussa des couinements stridents tandis que Grand-mère Loup ne put s’empêcher d’avaler sa salive en le regardant. Elle le fixa un moment, puis tourna les yeux vers Tang Mo. Son regard était si complexe qu’on aurait pu en écrire un roman d’un million de mots : il débordait de faim, de frustration, et d’un soupçon de conscience.
Grand-mère Loup remit le hamster doré dans la bourse et la tint dans sa grande main noire et velue.
Au bout d’un long moment, elle prit une profonde inspiration, comme si elle s’était enfin décidée. Elle rugit d’un ton furieux : « Cinq pièces de cuivre, pas une de plus ! Petite chose qui pue, retourne chez ton père souterrain. Ne me laisse plus jamais voir toi ni tes cheveux ! »
Depuis l’instant où Grand-mère Loup était entrée, la main de Tang Mo était restée pressée sur le tatouage de l’allumette, sans oser se relâcher. À ces mots, il se sentit soudain soulagé.
Grand-mère Loup entra dans la chambre, sortit de sous l’oreiller une chaussette jaune sale, y fouilla et en tira cinq pièces de cuivre. Cinq au total. Elle les compta trois fois avant de les tendre à contrecœur à Tang Mo.
« Ding dong ! Vous avez obtenu “Les pièces de cuivre de Grand-mère Loup” ! Il est suggéré d’échanger les pièces contre l’objet “Petit parasol de Grand-mère Loup”. »
Grand-mère Loup remit les pièces à Tang Mo, ramassa le sac d’épices tombé au sol, ouvrit un placard dans la cuisine et sortit un morceau de viande humaine marinée. Elle saupoudra de cumin ce morceau séché, les yeux braqués sur Tang Mo en mastiquant. Dans ses yeux, on aurait dit qu’elle mangeait Tang Mo et non pas la viande séchée.
Les derniers remparts du cœur de Tang Mo s’effondrèrent lorsqu’il la vit manger cette viande.
Il semblait que Grand-mère Loup ne le mangerait pas après l’accomplissement de la tâche. C’était sans doute une limitation de la Tour Noire : puisqu’il avait rempli la mission de Grand-mère Loup, celle-ci ne pouvait pas le dévorer.
Tang Mo regarda les cinq pièces de cuivre dans sa main, réfléchit à plusieurs reprises avant de se décider. « Je veux échanger les pièces contre ce petit parasol. »
« Hein ? » Grand-mère Loup mordit dans la viande d’un souterrain et ouvrit sa gueule ensanglantée.
La Tour Noire lui avait soufflé ce choix, il fallait s’y tenir. Tang Mo répéta : « Je veux échanger les pièces contre le petit parasol. »
Le regard de Grand-mère Loup devint soudain étrange. Elle détailla Tang Mo de haut en bas, les yeux avides rivés aux cinq pièces, mais son expression gardait une pointe de suspicion. Elle ricana, la gueule de loup maculée de viande : « Petite fille, que veux-tu faire de ce petit parasol ? »
Tang Mo insista : « Je peux l’échanger ? »
Grand-mère Loup mâchait : « Qu’est-ce qu’une sale gamine veut faire d’un parasol ? »
Tang Mo, « … »
Après un temps, il hocha la tête d’un air impassible : « Je pue. »
Grand-mère Loup parlait délibérément méchamment, comme si elle ne voulait pas donner son petit parasol à Tang Mo. Mais ses yeux verts ne quittaient jamais les cinq pièces. Après avoir avalé le gros morceau de viande, elle attrapa le petit parasol. « Tu peux l’échanger pour cinq pièces, pas une de moins ! »
Tang Mo tendit les pièces.
Grand-mère Loup se précipita pour les saisir et lança le petit parasol dans les bras de Tang Mo, tout en grommelant : « Cette gamine sent vraiment mauvais. Elle a dû apprendre ça de son père souterrain… »
Tang Mo, « … »
La viande était mangée et l’échange du parasol conclu. Grand-mère Loup se mit à s’approcher de Tang Mo.
Tang Mo avait fait traîner, car il n’avait pas entendu la Tour Noire annoncer la fin de la mission principale. Cela signifiait-il que sa mission principale n’était pas encore terminée ? Il devait rester dans la maison de Grand-mère Loup.
Grand-mère Loup, voyant que sa petite-fille tardait à partir, se lécha les dents. « Ma chère petite-fille, tu ne veux vraiment pas y aller ? »
Le cœur de Tang Mo se serra. Il recula d’un pas, son cerveau tournant à toute allure. « Qu’est-ce que le hamster doré du temps et de l’espace ? »
Grand-mère Loup resta interdite et répondit malgré elle : « Tu ne sais même pas ce que c’est que le hamster doré du temps et de l’espace ? Ta mère devait être si fascinée par ces sales souterrains qu’elle ne t’a même pas appris ça. »
Grand-mère Loup sortit le hamster doré de la bourse et tira de sa poche une roue de souris. Les pattes du hamster s’agitaient frénétiquement dans le vide, cherchant à fuir. Mais dès que Grand-mère Loup le posa sur la roue, il se mit à courir comme un possédé. D’abord prudemment. Puis, dès que la roue se mit à tourner, il couina de joie et courut avec ardeur.
Tang Mo regarda le hamster doré. Soudain, il vit le temps et l’espace se chevaucher autour de la roue. Il vit un deuxième hamster doré ! Ce second hamster, identique au premier, courait lui aussi sur la roue. Puis un troisième, un quatrième, un cinquième…
Sept hamsters dorés se superposèrent un instant, puis se séparèrent. Plus le hamster courait vite, plus ils se démultiplaient.
Grand-mère Loup observait le hamster avec satisfaction. Le bruit de sa déglutition résonnait distinctement dans la cabane.
« Voilà le hamster doré du temps et de l’espace. » Grand-mère Loup fixa un moment la petite bête, marmonnant des mots comme « hamster braisé », « hamster aigre-doux » et « hamster frit ». Après ces murmures, elle regarda Tang Mo et avala encore sa salive.
Tang Mo se rappela soudain la phrase « sa tête est sucrée et savoureuse ».
Tang Mo, « … »
La mission principale n’était pas terminée et Tang Mo n’osait pas quitter la maison de Grand-mère Loup. Un rire rauque et étrange s’échappa de la gorge de Grand-mère Loup. Elle avança lentement vers Tang Mo et dit d’une voix mielleuse : « Ma chère petite-fille, il y a un jouet particulièrement amusant dans la chambre de Grand-mère. Veux-tu venir avec Grand-mère ? Aller voir… »
Tang Mo serra les dents. Il prit la décision de partir provisoirement d’ici, mission principale ou non.
À cet instant, on frappa soudain à la porte.
« Grand-mère Loup, une caravane de souterrains est près de la Vallée des Monstres. Ta Petit Chaperon Rouge peut retourner au Royaume Souterrain avec ces marchands. Veux-tu que je l’emmène hors de la vallée ? Grand-mère Loup, tu es là ? »
Grand-mère Loup venait tout juste de montrer ses crocs, les yeux pleins de convoitise braqués sur Tang Mo. Elle referma aussitôt sa grande gueule en entendant cette voix.
Tang Mo comprit enfin ce que Grand-mère Loup était en train de préparer quand le gorille avait frappé à sa porte sept jours plus tôt. Grand-mère Loup rajusta rapidement sa robe rose, mit un joli chapeau et alla ouvrir.
Elle se dirigea vers la cour avant. « Oncle Gorille, tu te soucies vraiment de ma Petit Chaperon Rouge. »
Tang Mo la suivit.
Le monstre gorille dit : « Petit Chaperon Rouge est ta petite-fille. Nous devons tous bien la protéger. Petit Chaperon Rouge, des marchands de ton Royaume Souterrain vont passer ici. Nous allons les trouver. Ce sont de braves gens et ils nous vendent souvent à prix très bas. Ils ne nous trompent jamais, nous autres monstres gentils et mignons, contrairement à la Caravane du Roi. »
Tang Mo hocha la tête et se plaça à côté du gorille.
Le visage de Grand-mère Loup vira au vert tandis qu’elle lançait à Tang Mo un regard venimeux. Tang Mo se tint calmement de côté, les yeux baissés. Mais il se demandait toujours pourquoi la mission principale n’était pas terminée et ce qu’il lui restait à faire. S’il devait vraiment retourner dans la cabane, il lui faudrait se faufiler à nouveau dans la Vallée des Monstres.
À ce moment-là, une claire voix d’enfant retentit.
« Ding dong ! La mission principale “Le jeu du hamster joyeux dans la Vallée des Monstres” est terminée. 11 hamsters noirs et 1 hamster doré ont été frappés. »
Les yeux de Tang Mo s’écarquillèrent et il se détendit enfin. Toutefois, la voix d’enfant poursuivit : « Un hamster noir vaut un point et un hamster doré en vaut dix. Le joueur a obtenu un total de 21 points. Le joueur a dépassé 20 points et a déclenché la récompense “L’amour du Gorille”. »
Le cœur de Tang Mo fit un bond : il venait de comprendre quelque chose. Tout son corps se figea.
La Tour Noire continua : « Ding dong ! Le joueur Momo a déclenché la mission principale cachée “Attraper le hamster doré” et a réussi à passer le premier étage de la Tour Noire (mode normal)… barré. A réussi à passer le premier étage de la Tour Noire (mode difficile). »
Les doigts de Tang Mo tremblèrent : il venait de saisir la malice de la Tour Noire.
… Mode difficile, ton *** de dieu !
Une lumière blanche éclata devant les yeux de Tang Mo tandis que le gorille et Grand-mère Loup continuaient de parler.
Pendant ce temps, une voix d’enfant, forte et guillerette, résonna dans l’esprit de 23 joueurs à travers le monde.
« Ding dong ! Le joueur officiel Momo, du District 2 de Chine, a réussi à passer le premier étage de la Tour Noire (mode difficile). »
« Ding dong ! Le joueur officiel Momo, du District 2 de Chine… »
L’annonce mondiale de la Tour Noire fut répétée trois fois. Les 23 joueurs s’arrêtèrent et regardèrent la Tour Noire la plus proche, stupéfaits.
Fu Wenduo se trouvait sur le sixième périphérique de Pékin quand il entendit la voix. Il dit d’abord : « Mode difficile ? » Puis il rit et continua de descendre vers le sud.
À Los Angeles, une blonde couverte de sang marmonna : « Qu’est-ce que le mode difficile… ? »
En Europe, un chauve était assis sur un sofa, un verre de vin à la main. Il fronça les sourcils en entendant ces mots : « Mon jeu d’attaque de tour était en mode normal. Qu’est-ce que ce mode difficile ? »
Trois personnes en Chine entendirent cette voix, trois aux États-Unis, quatre en Europe…
Ils étaient 23 joueurs. Hormis Fu Wenduo, les 22 autres répétèrent silencieusement ce nom dans leur cœur.
« … Momo. »
Tang Mo venait à peine d’être renvoyé sur Nanjing Road et ignorait qu’il avait allumé une petite étincelle « mondiale ». Mais même s’il l’avait su, cela importait peu. Celui qui avait mis le feu, c’était Momo. Dans trois jours, Momo n’existerait plus dans ce monde.
Tang Mo fut transporté au comptoir d’un supermarché sur Nanjing Road.
La Tour Noire de Shanghai était suspendue à cent mètres du sol sur Nanjing Road. Tang Mo avait pénétré dans l’attaque de tour depuis cet endroit sept jours plus tôt. Maintenant, il y était renvoyé, avec son sac à dos et un petit parasol rose à volants.
Tang Mo ne bougea pas après son retour. Debout devant le comptoir, il contempla la vitrine vide avant de jeter un coup d’œil au petit parasol posé à côté. Le visage impassible, il prit le parasol et le glissa dans son sac. Puis, sans expression, il sortit du magasin et se dirigea droit vers la Tour Noire.
La Tour Noire flottait à cent mètres au-dessus du sol. Tang Mo marcha jusqu’à sa base et leva les yeux.
Une minute plus tard, il ramassa une barre de fer et s’acharna sur une table de pierre brisée au pied de la tour. Sans expression, il continua d’abattre la barre sur la pierre friable.
Un homme et une femme passèrent près de lui. Ils le regardèrent et s’éloignèrent rapidement, sans la moindre surprise.
Depuis le début du jeu, d’innombrables personnes étaient venues ici. Ils ne pouvaient rien contre la Tour Noire et ne pouvaient que déverser leur colère sur ce qui l’entourait. Les magasins alentour avaient été mis à sac par les furieux. Cette pierre avait été frappée on ne savait combien de fois. La barre de fer ramassée par Tang Mo avait été laissée par un précédent « frappeur ».
Beaucoup étaient en colère comme Tang Mo. De loin, personne ne trouvait cela étrange. Peut-être parce qu’eux aussi avaient frappé.
Tang Mo frappa sept fois. Après la septième, il laissa tomber la barre et quitta Nanjing Road.
Il se sentit enfin un peu mieux après s’être défoulé.
Le ciel s’assombrissait et il y avait moins de monde dans la rue. Tang Mo entra dans un centre commercial et trouva une boutique de vêtements déserte. Pour la première fois depuis l’avertissement des dix jours de la Tour Noire, il pouvait enfin souffler.
Une fois calmé, Tang Mo sourit, impuissant, et sortit le petit parasol de son sac. Il pensa à son comportement précédent et se frotta le menton. « … Bon, c’était un peu puéril. »
C’était vraiment puéril, mais Tang Mo en colère ne s’était pas contrôlé.
Après la mise en ligne de la Terre, Tang Mo avait accepté la réalité et gardé son sang-froid. Il n’était pas allé, comme tant d’autres, se défouler sur la Tour Noire. Mais cette fois, la Tour Noire l’avait vraiment piqué.
Jamais il n’aurait imaginé que sa mission principale d’attaque de tour soit littéralement un « jeu du hamster joyeux ».
Tu frappes le hamster ! C’est toute ta famille qui frappe le hamster !
Tang Mo lâcha intérieurement une bordée d’injures.
Oui, cette attaque de tour était un simple jeu de tape-taupe. Du début à la fin, la Tour Noire avait donné huit règles. Elle n’avait jamais dit que Tang Mo devait attraper le hamster doré pour achever la tâche. Elle avait dit que Grand-mère Loup détestait le doré et voulait que sa petite-fille l’attrape. Mais jamais elle n’avait déclaré que sans doré, la mission ne pouvait pas être validée.
C’était un jeu du hamster.
Un hamster noir valait un point, un hamster doré en valait beaucoup plus.
Le hamster doré chamboulait le temps et l’espace. Si les sept Tang Mo continuaient d’attraper des noirs, ils pouvaient engranger 28 points en sept jours. Il suffisait de dépasser 20 points pour déclencher l’Amour du Gorille. Le gorille viendrait frapper chez Grand-mère Loup et emmènerait Tang Mo.
Dès le début, Grand-mère Loup avait dit que si Tang Mo n’attrapait pas le hamster, elle le mangerait. Elle ne croyait pas qu’il puisse capturer le doré. Elle avait donc préparé le vin et les épices pour le croquer à son retour. C’est pourquoi la Tour Noire offrait la récompense « Amour du Gorille » à tous les joueurs qui accomplissaient la mission principale.
Tant que tu frappais 20 hamsters noirs et survivais à leurs attaques, Grand-mère Loup ne pouvait pas te manger.
Tang Mo avait attrapé le doré, ce qui revenait à sur-accomplir la mission principale. Il avait déclenché la mission cachée et fait passer le mode normal au mode difficile.
Comment ne pas être furieux ?
Il s’était acharné à ne pas mourir et avait tout fait pour capturer le doré. Et la Tour Noire lui disait : Désolé, on ne pensait pas que tu serais si fort et que tu dépasserais les exigences. Tiens, une médaille ; félicitations pour avoir fini en mode difficile.
Tang Mo, hors de lui, n’avait pas pu se retenir et était allé fracasser la table de pierre. Sept jours ; il frappa sept fois.
Après quoi, Tang Mo s’assit derrière le comptoir, masqué par une armoire. En silence, il songea : « Il y a actuellement trois modes d’attaque de tour : mode attardé, mode normal et mode difficile. Il y en a peut-être d’autres. À l’avenir, je dois vraiment prêter attention à toutes les règles de la Tour Noire et me préparer à ses pièges de langage, là où on ne les attend pas. »
Ce « Jeu du hamster joyeux dans la Vallée des Monstres » ressemblait à une farce montée par la Tour Noire pour pousser Tang Mo à tenter d’attraper le doré. En réalité, c’était l’augmentation de difficulté du jeu.
Si Grand-mère Loup n’avait pas demandé à Tang Mo d’attraper le doré, Tang Mo aurait vu un jeu de tape-taupe et sa première idée aurait été d’en frapper un maximum pour augmenter les récompenses. Il aurait facilement atteint 20 points. Mais une fois ancrée l’idée « je veux le doré », il chercherait à faire coïncider tous les « lui » dans un même trou.
Piéger le joueur pour qu’il vise le doré et affronte le noir le moins possible : voilà la vraie difficulté.
Un noir vaut un point. Si chaque Tang Mo se plaçait chaque jour dans un trou différent, on montait à 28 points.
Cette fois, Tang Mo en avait 21. S’il n’avait pas attrapé le doré, il n’aurait eu que 11 points, bien en-deçà des 20 requis.
Tang Mo s’était longtemps posé une question : hormis lui, d’autres joueurs pouvaient-ils vraiment réussir à capturer le doré ?
Sans l’archiveur, Tang Mo ne pouvait pas contacter Fu Wenduo et n’aurait pas su qu’il était piégé par la boucle spatio-temporelle du doré.
Sans le changement de nom, Tang Mo n’aurait pas pu contacter ses autres versions et aligner tous les Tang Mo dans un même trou.
Peut-être d’autres avaient-ils des objets ou aptitudes spéciales. Mais pour finir ce jeu, les exigences envers le joueur étaient trop sévères. Rien à voir avec une attaque de tour classique. À moins que ce jeu n’ait été taillé sur mesure pour Tang Mo. Avec le recul, cela ne pose pas de problème si l’on considère que c’était le mode difficile.
Tang Mo fit le bilan de ses succès et échecs dans cette attaque et lista quelques points d’attention. Une fois la réflexion close, il examina ses récompenses.
La première : le Petit Parasol de Grand-mère Loup. Tang Mo sortit le petit parasol de son sac. Il l’ouvrit, l’observa longuement, sans voir d’indice.
Il faisait nuit et le centre commercial était sombre. Tang Mo pensa un instant, sortit une lampe de poche et éclara le parasol pour y dénicher des informations. Lorsqu’il braqua la lumière sur le sommet du parasol, de petites lignes apparurent.
[ Objet : Petit parasol de Grand-mère Loup ]
[ Propriétaire : Tang Mo ]
[ Qualité : Excellent ]
[ Niveau : 2 ]
[ Attaque : Forte ]
[ Fonction : Défense extrêmement solide. La toile est extrêmement dure et la pointe extrêmement acérée. Ouvert, le petit parasol sert de bouclier. Fermé, il sert d’arme d’estoc. Il est joli. ]
[ Restrictions : Pour utiliser le petit parasol, vous devez crier : “Énergie Petit Chaperon Rouge, transformation de magical girl !” ]
[ Remarque : Le petit parasol de Grand-mère Loup est comme le cœur de sa petite-fille : girly et plein de dentelles roses. ]
Tang Mo, « … »
Le seuil de sa dignité avait déjà été bien entamé par l’aptitude « rends-moi mon grand-père ». Ses lèvres se pincèrent à la lecture de cette contrainte. Il était tenté de dire qu’il n’utiliserait jamais cet objet — comme avec « rends-moi mon grand-père ». Mais en voyant la qualité excellente du parasol et ses fonctions très puissantes…
Tang Mo évita de se porter la poisse et rangea le parasol en silence.
Ensuite, Tang Mo avait reçu une récompense lors de son renvoi par la Tour Noire. Il sortit de sa poche une pièce d’or, la fit tourner, caressa son motif, à la recherche d’indices.
Pendant le transfert, la voix de la Tour Noire avait résonné :
« Ding dong ! Le joueur Momo a réussi à passer le premier étage (mode difficile). En tant que premier joueur au monde à le faire, il obtient la récompense bonus : “La Pièce d’Or du Roi”. »
C’était cette pièce.
Une lourde pièce d’or. À son poids, c’était de l’or pur. Sur l’avers, l’effigie d’un homme couronné. Au revers, des caractères étranges que Tang Mo ne comprenait pas. Il les observa, puis revint à l’homme couronné de l’avers.
« Le roi du Royaume Souterrain ? »
La Pièce d’Or du Roi. La première pensée de Tang Mo alla au Royaume Souterrain. Quand le gorille l’emmenait, il avait mentionné que les marchands du roi aimaient tromper les monstres en vendant au prix fort des produits bon marché.
Tang Mo pouvait deviner l’origine de la pièce. Il chercha maintenant une description de sa fonction. Il l’examina, la brûla à la flamme, la mordit. Après avoir enfin relâché ses dents un peu endolories, il conclut : « C’est de l’or absolument pur. » Il l’avait marquée de ses dents !
Tang Mo plia légèrement la pièce. Au moment où elle reprenait sa forme, des lignes de texte apparurent. Les yeux de Tang Mo s’illuminèrent.
[ Objet : Pièce d’Or du Roi ]
[ Propriétaire : Tang Mo ]
[ Qualité : Rare ]
[ Niveau : 1 ]
[ Attaque : Aucune ]
[ Fonction : Permet d’abstention à n’importe quel jeu de la Tour Noire. Vous pouvez choisir de quitter la partie directement ou de regarder en spectateur. ]
Le cœur de Tang Mo se mit à battre à tout rompre. Sa respiration s’accéléra. Quelques secondes plus tard, il se calma et poursuivit :
[ Restriction : Objet à usage unique. N’utilisable qu’une fois. Pendant la partie, vous ne pouvez utiliser aucune aptitude ni aucun objet pour aider les joueurs qui participent au jeu. ]
[ Remarque : Avec la Pièce d’Or du Roi, vous êtes le porte-parole du roi ! ]
Tang Mo murmura : « Comme prévu… »
Un objet ciel-déchirant ne pouvait pas être sans contrainte. Le fait qu’il ne soit utilisable qu’une fois était sa plus grande limite.
Mais Tang Mo ne put s’empêcher d’être ému, même pour un usage unique. Il serra la pièce dans sa main et la contempla pendant cinq bonnes minutes, avant de la glisser précieusement dans sa poche la plus secrète, la mieux zippée et cachée.
À présent, Tang Mo possédait deux objets rares : l’œuf de dinde et la Pièce d’Or du Roi.
Chaque objet rare avait une fonction renversante, et montrait clairement à Tang Mo pourquoi il portait l’étiquette rare. Regardez la Pièce : usage unique, certes, mais la possibilité d’« abstention d’un jeu » suffisait à le laisser sans voix.
« Je ne dois pas l’utiliser à la légère, seulement en dernière extrémité. » dit-il. « Par exemple, pendant le jeu du hamster, pas question de l’utiliser si je n’arrive pas à attraper le doré. Je ne devrais m’en servir que si je suis sur le point d’être mangé par Grand-mère Loup. »
Cet objet avait avantages et inconvénients. Les avantages étaient évidents : c’était comme une médaille d’immunité. Les inconvénients, moins visibles, n’en existaient pas moins : avec une telle pièce, les joueurs pouvaient cesser de jouer à fond, se mettant en danger. Parce qu’ils se diraient toujours : « J’ai encore une carte “abstention”. »
La Pièce d’Or devait être utilisée sur le fil du rasoir. Absolument jamais tant que la mort n’était pas inévitable.
Avec ces deux nouveaux objets, Tang Mo s’allongea, satisfait, sur le sol froid et sentit peu à peu le sommeil le gagner. Il n’avait pas dormi d’un vrai sommeil depuis l’annonce d’attaque il y a une quinzaine de jours. Durant les sept jours du hamster, il n’avait pas fermé l’œil. Maintenant que c’était fini, il ferma doucement les yeux et s’endormit.
Toutefois, même dans son sommeil, il restait tendu. Au moindre bruit, il réagirait.
Après une bonne nuit de repos—
Bang !
Un bruit sourd d’objet tombant au sol retentit. Tang Mo ouvrit les yeux et posa une main sur le tatouage de l’allumette. Il écouta en silence un moment et détermina que le bruit venait de l’extérieur du magasin. Il prit son sac, se faufila jusqu’à la porte, masqua son corps avec un carton et jeta un coup d’œil discret.
Le ciel était clair. C’était déjà le matin.
Il aperçut, de l’autre côté du deuxième étage, une jeune femme en robe, pétrifiée d’horreur. Elle regardait droit devant elle — une zone dans l’angle mort de Tang Mo — impossible de voir ce qu’elle voyait. La femme recula, le dos collé à la rambarde de verre du couloir.
La rambarde était brisée à moitié ; plusieurs pots de fleurs étaient posés devant d’autres sections intactes. Seule la rambarde derrière la femme présentait un peu de terre répandue — les pots avaient disparu.
Tang Mo estima que l’objet tombé à l’instant devait être un pot de fleurs.
La jeune femme se couvrit la bouche et trembla de peur. La seconde d’après, elle fit demi-tour et s’enfuit en hurlant : « Ils sont là eux aussi ! Ils arrivent, ils arrivent ! »
La jeune femme s’éloigna rapidement. Peu après, Tang Mo entendit d’autres bruits dans le centre commercial.
Quatre autres personnes prirent leurs jambes à leur cou.
Tang Mo fronça les sourcils. Il attendit un moment et, sûr que plus personne ne sortirait, il prit la grande allumette et quitta la boutique. Une fois dehors, il jeta un œil au couloir d’en face, au deuxième étage, et vit le sang coagulé sur le sol.
Le cœur serré, il raffermit sa prise sur l’allumette et se dirigea vers l’autre côté.
Le tableau jusque-là caché se dévoila enfin. Il comprit ce que la jeune femme avait vu.
Devant la caisse d’un salon de thé, un homme d’âge mûr était étendu au sol, les yeux grands ouverts, l’air incrédule. Une large cavité avait été creusée dans sa poitrine. Le sang s’écoulait de ce trou, imbibait les vêtements, ruisselait au sol.
Dans ce trou sombre et sanglant, le cœur avait disparu.
Tang Mo réprima un haut-le-cœur et examina la plaie.
Le cœur avait été arraché, les côtes réduites en poudre, les vaisseaux portaient des déchirures nettes.
Tang Mo inspecta encore les environs. Il passa dix minutes au deuxième, puis au premier étage. Il finit par retrouver le cœur près d’un escalier du rez-de-chaussée. Pour être précis, il n’en restait que la moitié. On aurait dit que quelque chose l’avait mangé. Le cœur avait été à moitié mordu, puis jeté au sol.
Depuis la mise en ligne, les homicides n’étaient pas rares : on tombait sur un cadavre tous les trois jours. Mais tuer ainsi… et manger la moitié du cœur…
Un mauvais pressentiment envahit Tang Mo.
Il ignorait qu’au même moment, à l’ouest de Shanghai, un garçon rondouillard tirait son compagnon maigre vers le bas, tous deux planqués dans une voiture. Ils rentraient la tête au maximum pour ne pas se faire repérer.
Dans l’étroit habitacle, les deux garçons respiraient fort, le cœur battant à tout rompre.
« Zhao… Zhao Ziang, ta main, ça va ? » La voix du maigre tremblait.
Le bras droit du petit gros était entaillé d’une plaie profonde laissant voir l’os. Un sang épais dégoulinait le long de son bras. Il pressait la blessure pour empêcher le sang de tomber au sol et de faire du bruit. Sa voix était rauque : « Non… ce n’est rien. Il faut rentrer. On ne peut pas aller vers l’ouest. Ils viennent de l’ouest. Dès qu’ils s’en vont, on retourne chercher Shanshan et Grand Frère Mo. »
Le maigre hocha vigoureusement la tête. « D’accord ! »
Le petit gros serra les dents et voulut ajouter quelque chose. Soudain, un rire aigu retentit juste au-dessus d’eux.
« Oh, je vous ai trouvés. »
Théâtre de l’auteur :
Major Fu : Le monde entier sait à quel point mon Tang Tang est génial. [Pas content de devoir partager]
Tang Tang : … Le monde entier sait à quel point tu es puissant ! Moi, je n’ai que 23 personnes !