WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Malfoid
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Les dynamiques de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 9
──────
Avec un couteau entre les dents, Kang Uihyeon arborait un léger sourire. À voir son expression, on aurait dit quelqu’un de très gentil.
« Si tu veux manger une pizza, pourquoi ne pas aller ailleurs ? Pourquoi rendre les choses gênantes en la mangeant ici ? »
Kang Uihyeon ramena la conversation vers moi.
« Tu donnes ton adresse à n’importe qui. Tu ne regardes pas les infos, en ce moment ? »
Le reste s’adressait évidemment à Han Jio. Celui-ci, désormais réduit à un inconnu et à un potentiel criminel, avala plusieurs grandes gorgées de cola.
« Je ne suis pas un cinglé. Ça me fait vraiment de la peine d’être pris pour ce que je ne suis pas. »
Han Jio ne toucha plus à sa pizza. J’étais la seule à continuer de mâcher. Je continuai à manger, car je n’avais aucune idée de ce qui pourrait sortir de ma bouche si je ne la gardais pas pleine de pizza.
Il était normal que Kang Uihyeon se méfie de tout homme qui s’intéressait à moi et le passe au crible. Ce que Han Jio subissait n’avait même pas la dureté d’un entretien de sélection. Au lycée, un étudiant qui travaillait à temps partiel à l’académie où j’allais pour corriger des copies s’était montré excessivement gentil avec moi. Kang Uihyeon lui avait lancé des paroles bien plus dures.
J’avais toujours su que Kang Uihyeon agissait ainsi pour me protéger. Mais aujourd’hui, j’avais envie de me rebeller. Au point de vouloir prendre ouvertement le parti de Han Jio devant lui.
C’était sans doute à cause des dernières aventures amoureuses de Kang Uihyeon. Il sortait avec toutes les femmes qui lui plaisaient, mais il voulait contrôler jusqu’au repas que je prenais avec un homme. Bien sûr que ça m’énervait.
La seule raison pour laquelle je mangeais ma pizza sans rien dire et ravaler mes répliques, c’était que je ne pouvais pas laisser les choses dégénérer entre Kang Uihyeon et moi après la violente dispute que je venais d’avoir avec Yu Dogyeom.
« Ce n’est pas tout aussi dangereux pour toi d’entrer et sortir de chez une femme ? »
Han Jio ne se laissa pas intimider par le bras de fer que Kang Uihyeon avait engagé. Il lui rendit la pareille.
« Moi, c’est différent. »
Kang Uihyeon sourit en ouvrant un paquet de lingettes.
« Je la connais depuis avant qu’elle ne soit propre. »
Il me tendit une lingette. C’était sa façon de me dire d’arrêter de manger. Il savait que j’aurais une indigestion s’il me laissait continuer, alors il intervint au bon moment.
J’essuyai docilement mes mains et me rinçai la bouche avec du cola. Quand je jetai un coup d’œil à Han Jio, il fixait sa pizza, dont il restait la moitié. Il avait l’air si abattu que j’eus envie de lui dire quelque chose.
Mais qu’aurais-je pu lui dire ? Qu’il ne devait pas faire attention aux paroles de Kang Uihyeon ? Que Kang Uihyeon était pour moi comme un vrai grand frère ? Tout cela n’était que mensonges, de toute façon.
« Il est déjà minuit. »
Kang Uihyeon consulta sa montre et se leva.
« Tu devrais rentrer. Je vais m’assurer qu’elle entre chez elle. »
Puis il plia soigneusement la couverture qui recouvrait mes genoux et la rendit lui-même à Han Jio. Celui-ci, qui avait perdu son sourire habituel, leva les yeux vers Kang Uihyeon, l’air mal à l’aise.
Han Jio était assez perspicace pour comprendre que nous ne partirions pas avant lui. Il fourra sans ménagement la boîte de pizza dans son sac et se leva. Il me jeta un regard, mais ne me dit pas au revoir. Puis il tourna les talons et traversa la résidence.
En regardant Han Jio s’éloigner, je me dis que je ne pourrais rien faire s’il cessait de me contacter dès le lendemain. Après qu’un oppa de si près lui avait ainsi piétiné sa fierté, il aurait fallu être idiot pour continuer à me courir après sous prétexte qu’il m’aimait bien.
Je n’éprouvais pas de compassion pour Han Jio. Quelle pureté y avait-il dans la raison pour laquelle je l’avais fait venir, alors que je ne voulais simplement pas être seule ? Si j’avais dû m’apitoyer pour si peu, je ne l’aurais pas utilisé comme appât pour rendre Kang Uihyeon jaloux.
Pourtant, je trouvais agaçant que Kang Uihyeon ait mis fin à cette rencontre comme bon lui semblait. J’avais depuis longtemps oublié le frisson qui m’avait parcourue en voyant cet homme courir partout à ma recherche. J’aimais seulement le faire s’inquiéter. Je ne voulais pas qu’il me traite comme une enfant imprudente.
J’avais cru que Kang Uihyeon prenait soin de moi jusque dans les moindres détails parce qu’il veillait sur moi. Mais après l’avoir vu aux côtés de Jeong Sujin, je compris que je m’étais lourdement trompée. Ce que je voulais vraiment, c’était qu’on me traite aussi comme une femme adulte. Comme Jeong Sujin, qui pouvait commander un tonkatsu pour enfants dans un restaurant de gukbap tout en restant une adulte au palais difficile.
« Tu as toujours été aussi inconsciente ? »
Kang Uihyeon commença à me réprimander tandis que nous nous dirigions vers le bâtiment 207.
« Depuis quand tu le connais pour l’inviter chez toi aussi tard ? Tu vis pratiquement seule. Et s’il t’était arrivé quelque chose ? »
« Alors, tu aurais dû me contacter avant Han Jio, oppa. »
Je répondis d’un ton égal, sans me retourner.
« Tu savais que Yu Dogyeom était passé aujourd’hui. Alors, ce qui allait se passer était évident, non ? Tu savais tout ça, tu aurais pu m’appeler en premier et me réconforter. Pourquoi tu me réprimandes, à la place ? »
Il n’avait peut-être rien à répondre, car aucun démenti ne me parvint. Je dépassai rapidement Kang Uihyeon et atteignis l’entrée du bâtiment. Chaque fois que nous nous séparions ici, j’espérais toujours qu’il me suivrait à l’intérieur. Mais pas aujourd’hui. Je voulais lui crier d’arrêter de s’inquiéter pour moi et d’aller plutôt voir Jeong Sujin. Bien sûr, s’il le faisait vraiment, je pleurerais jusqu’à détremper ma taie d’oreiller.
Alors que je tapais le code pour entrer, Kang Uihyeon m’attrapa par le poignet. La chaleur de sa main me retourna l’estomac, déjà plein de fromage. Comme j’aurais eu l’air cool si je m’étais dégagée et étais entrée sans un mot ! Mais j’en étais incapable.
« Si tu comptes continuer à voir n’importe quel homme, tu aurais mieux fait d’aller à l’Université féminine de Baegyeong. »
Avant de postuler à l’université, Kang Uihyeon et moi nous étions violemment disputés. Je n’avais postulé qu’à l’Université de Sangheon, où il étudiait. Je n’avais pas l’intention de m’inscrire ailleurs. Si ce n’était pas son université, ça n’avait aucun intérêt pour moi. Je m’étais entêtée à déclarer que si je n’étais pas admise à l’Université de Sangheon, je repasserais les examens l’année suivante.
Mais Kang Uihyeon m’avait suppliée pendant des jours de postuler à l’Université féminine de Baegyeong. Ce n’était pas une simple recommandation. Il avait insisté. Il était même allé jusqu’à me menacer : si je continuais à m’entêter ainsi, je ne devais plus espérer le revoir. Je n’étais pas la seule à faire comme s’il n’y avait qu’une université au monde.
Finalement, je postulai à l’Université de Sangheon et à l’Université féminine de Baegyeong. Je fus admise dans les deux et, bien sûr, choisis la première.
« Tu l’aimes tant que ça, cette université ? »
Je me dégageai de l’emprise de Kang Uihyeon.
« C’est pour ça que tu sors avec Jeong Sujin ? »
Kang Uihyeon eut l’air abasourdi. Il semblait ne pas comprendre pourquoi son nom surgissait tout à coup. Après avoir cligné des yeux un long moment, il parut se rappeler que Jeong Sujin étudiait à l’Université féminine de Baegyeong.
« Je ne sors pas avec elle à cause de son université. »
« Alors, pourquoi tu me ressors l’Université féminine de Baegyeong sans raison, alors que je me débrouille très bien à la fac ? »
« Si tu y étais allée, des types comme Han Jio… »
Kang Uihyeon s’interrompit et referma la bouche. Un résident qui sortait jeta un regard à notre dispute au milieu du passage en passant près de nous. Un instant plus tard, je repris mes esprits.
« Tu as bien fait de ne pas l’inviter jusqu’à ta porte. »
Il voulait peut-être mettre fin à la dispute, car il baissa calmement la voix.
« Mais fais attention quand tu rentreras chez toi, pendant quelque temps. Regarde autour de toi et appelle-moi tout de suite si quelque chose te paraît bizarre. »
Han Jio se serait senti terriblement injustement accusé s’il avait entendu ça. C’était moi qui avais proposé qu’on mange une pizza ensemble et moi qui avais choisi l’endroit, devant chez moi. Pourtant, il était déjà suspect.
« Qu’est-ce qu’a dit Dogyeom ? »
Ce n’est qu’alors que Kang Uihyeon m’expliqua enfin pourquoi il était venu me chercher ce soir.
« Il m’a dit d’arrêter de le harceler par ton intermédiaire. »
En répétant les paroles brutales de Yu Dogyeom, je sentis le chagrin que je retenais menacer de remonter. Je fixai la boîte aux lettres de quelqu’un d’autre et repris contenance.
« Il a aussi dit qu’on était adultes maintenant, et qu’on devait chacun vivre notre vie. »
« Ha. Quel enfoiré. »
Kang Uihyeon baissa les yeux vers son téléphone, comme s’il allait l’appeler sur-le-champ. La dureté de son regard se posa de nouveau sur moi et s’adoucit aussitôt.
« Je suis désolé que tu aies dû entendre ça. Je m’excuserai pour lui. »
Le sentiment d’impuissance m’écrasa de nouveau les épaules. Le problème, c’était Yu Dogyeom, mais je devais traverser cette nuit misérable en acceptant les excuses de son ami à sa place. J’étais épuisée, car je savais que la tendresse de Kang Uihyeon ne m’était pas entièrement destinée.
« Tu sais que tu n’as pas à t’excuser. »
J’avais le droit d’être aussi morose que je le voulais quand j’étais seule. Du moment que j’avais assez de bon sens pour ne pas m’en prendre à la mauvaise personne.
« Oublie Yu Dogyeom. Qu’il rentre à la maison ou pas, ça ne change rien. On n’a qu’à se voir le jour de l’anniversaire de sa mort. »
Je retapai le code et franchis l’entrée du bâtiment. La lourde porte vitrée resta un instant entre Kang Uihyeon et moi, avant de glisser lentement pour se refermer. De l’autre côté, l’homme se contenta de me regarder en silence, sans faire mine de me suivre.
Je savais bien que c’était la limite que Kang Uihyeon avait tracée après que j’étais devenue adulte.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>