Chapitre 10
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Les dynamiques de l’amour pur et de la surprotection ◈
Chapitre 10
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* * *
Depuis que j’étais entrée à l’Université de Sangheon, je me félicitais d’avoir réussi le suneung, j’étais reconnaissante envers Kang Uihyeon de n’avoir que cinq ans de plus que moi et envers notre pays pour son service militaire obligatoire. Grâce à tout cela, je pouvais passer ne serait-ce qu’un an dans la même université que Kang Uihyeon.
Le premier avantage à fréquenter la même université que Kang Uihyeon, c’était de pouvoir le croiser partout sur le campus. Quand je me précipitais pour le saluer, il m’accueillait chaleureusement et je pouvais montrer à tout le monde à quel point nous étions proches.
Mais il y avait encore mieux que tous ces avantages réunis : quand Kang Uihyeon venait me chercher, lui, le premier. Comme à l’instant, lorsqu’il apparut à la porte de ma salle de cours, me repéra aussitôt et me fit signe de venir. Je redressai la tête et un sourire se dessina sur mes lèvres. Peu importait à quel point il m’avait blessée ces derniers jours.
« Ton examen de principes d’économie, c’est vendredi, pas vrai ? »
Kang Uihyeon me tendit une épaisse liasse de feuilles. Un rapide coup d’œil suffit pour comprendre qu’il s’agissait sans doute de notes prises sur sa tablette, puis imprimées.
« Je les ai retrouvées hier. Parcours-les avant l’examen. »
Les yeux brillants d’émotion, je levai le regard vers Kang Uihyeon. Savoir qu’il avait fouillé dans ses cours de première année parce qu’il avait pensé à moi me réchauffa le cœur. La veille, j’avais été contrariée qu’il me traite comme une enfant, et voilà qu’aujourd’hui je souriais déjà jusqu’aux oreilles parce qu’il prenait soin de moi.
Mon esprit, depuis si longtemps imprégné d’amour à sens unique, repartit dans ses délires. Si Kang Uihyeon et moi avions eu le même âge, aurais-je pu vivre tout ça plus tôt ? Porter le même uniforme scolaire, rester dans la même salle de classe, croiser nos regards de temps en temps, nous installer côte à côte à la bibliothèque sous prétexte de réviser pour les examens…
Mais ça n’avait absolument aucune chance de se produire. Je fréquentai donc sans hésiter un collège et un lycée pour filles.
« Tu fais quoi après ton examen ? »
Avant même que j’aie eu le temps de le remercier, Kang Uihyeon me posa une autre question. Han Jio me vint aussitôt à l’esprit. Ce garçon à côté de la plaque qui m’avait écrit pour savoir si j’étais bien rentrée, alors qu’il s’était pratiquement fait mettre à la porte la veille au soir.
« Je vais voir une exposition avec oppa Jio. »
Avec un air indifférent en guise de masque, je lâchai l’information d’une voix claire.
« C’est au Musée d’art de Ttukseom, et j’ai entendu dire que c’était sympa. Il m’a proposé qu’on se retrouve samedi à onze heures. »
L’expression de Kang Uihyeon ne changea pas. Peut-être que seule la présence de Han Jio devant chez moi, en pleine nuit, avait pu l’agacer. Un rendez-vous en plein jour ne lui faisait sans doute ni chaud ni froid.
« Alors, qu’est-ce que tu… »
« Oh ? Hyung ! »
Alors que j’allais tâter le terrain en lui demandant si Jeong Sujin et lui se voyaient ce week-end, une voix importune m’interrompit. Baek Jungyeong passa la tête avec un grand sourire.
« J’allais justement te contacter, hyung. On a décidé de partir en voyage étudiant à Daeseong-ri la semaine prochaine, après les examens. Tu devrais venir aussi. »
« Qu’est-ce qu’un fossile comme moi irait faire là-bas ? »
« Allez, où est-ce que tu trouverais un fossile aussi frais que toi ? Il y aura plus de monde si un mec aussi populaire que toi vient. S’il te plaît, viens. Hein ? Hein ? »
Sans la moindre conscience de sa place, Baek Jungyeong prit un ton écœurant de mignonnerie. Kang Uihyeon rit doucement, secoua la tête, puis se tourna vers moi.
« Tu y vas ? »
« Je ne sais pas. »
Je haussai les épaules sans donner de réponse claire. En réalité, je voulais demander à Kang Uihyeon s’il comptait y aller. S’il y allait, j’irais aussi. Et s’il n’y allait pas, évidemment, je ferais l’impasse.
« Si Chaewon y va, j’irai aussi. »
La main de Kang Uihyeon se posa brièvement sur mon épaule, puis retomba. Ayant terminé ce qu’il était venu faire, il tourna les talons et s’éloigna sans un mot. Je serrai les feuilles contre ma poitrine et regardai son dos disparaître.
« Tu viendras, hein ? »
Baek Jungyeong me donna un coup de coude et insista pour obtenir une réponse. Je fronçai les sourcils et reculai d’un pas. Je détestais qu’on me touche, à part Kang Uihyeon.
« Il faut qu’on éloigne Uihyeon hyung de sa copine au moins un jour. »
Mais Baek Jungyeong, qui ne savait lire ni l’ambiance ni les gens, enchaîna ce contact agaçant sur un sujet encore plus agaçant.
« Ils ne sortent pas ensemble. »
« Oui, oui. Elle va bientôt devenir sa copine. »
On aurait dit qu’il n’était doué que pour taper sur les nerfs des gens. Au lieu de répondre, je me détournai sèchement. L’idée de séparer Kang Uihyeon et Jeong Sujin pendant une journée me tentait, mais ma fierté m’empêchait d’accepter avec autant d’enthousiasme.
« Hé, Yu Chaewon. On dit qu’entre un homme et une femme, l’amitié ne résiste ni à l’alcool ni à la nuit. »
Baek Jungyeong me suivit en débitant un proverbe nul.
« On ne sait jamais. Uihyeon hyung pourrait se mettre à te voir autrement. »
Je posai bruyamment sur mon bureau les feuilles que Kang Uihyeon m’avait données et fusillai du regard ce moucheron agaçant. Baek Jungyeong tressaillit, mais s’assit quand même sur mon bureau, sans la moindre honte.
« Quand on change d’environnement, les sentiments changent aussi. Je te donne ce conseil parce que ça me fait de la peine pour toi, en tant que vrai ami, Chaewon. Tu peux continuer à lui tourner autour sur le campus autant que tu veux, tu n’avanceras pas d’un pouce. »
La persévérance de Baek Jungyeong méritait des applaudissements. J’entrouvris les lèvres. J’essayai de garder contenance et de faire comme si son conseil ne m’avait pas ébranlée, mais mes émotions tumultueuses finirent par se lire sur mon visage.
« … J’irai. »
Ma voix était si basse qu’on l’entendait à peine, mais Baek Jungyeong ne la rata pas. Il serra les poings et les agita frénétiquement devant mon visage.
« Oui ! Alors je vous inscris tous les deux, toi et Uihyeon hyung, d’accord ? »
Une fois que Baek Jungyeong, cette sangsue, eut regagné sa place, je parcourus les documents que Kang Uihyeon m’avait donnés en me mordillant la lèvre. J’avais envie de revenir sur ma réponse : j’avais l’impression d’être tombée dans un piège tellement grossier.
Malgré tout, je voulais tenter ma chance, comme Baek Jungyeong me l’avait conseillé. Kang Uihyeon ne sortait pas encore avec Jeong Sujin. J’avais toujours le temps de me glisser entre eux. Je voulais m’assurer que leur flirt ne reste rien de plus qu’un flirt.
En même temps, ma fierté n’arrêtait pas de me dire de ne pas bouger. Même sans Jeong Sujin, Kang Uihyeon ne me verrait jamais comme une femme. Elle me disait d’arrêter de me ridiculiser et de songer plutôt à donner une chance à Han Jio. C’était ainsi que je devais me respecter.
Putain. Je ne savais même pas ce que je voulais faire.
* * *
Mes premiers examens à l’université ne s’étaient pas trop mal passés. Je pensais m’en être plutôt bien sortie, même si je restais modeste dans mon jugement, faute de savoir quels efforts correspondaient à quelles notes.
Samedi matin, une fois mes examens terminés, je passai une demi-heure à me coiffer tout en jetant des coups d’œil à mon téléphone. Toute mon attention était rivée sur lui, au cas où Kang Uihyeon m’écrirait.
Avec son excellente mémoire, il n’avait pas pu oublier que j’avais mon premier rendez-vous avec un homme aujourd’hui. Je m’étais attendue à recevoir une série de messages pleins de reproches, mais Kang Uihyeon n’avait pas réagi du tout depuis plusieurs jours.
Au moment où je pris mon baume à lèvres, mon téléphone vibra enfin. Je vérifiai aussitôt l’écran, mais ce n’était qu’un message de Han Jio qui m’annonçait qu’il partait. Déçue, je lui répondis sans enthousiasme et préparai mon sac.
Le lieu de rendez-vous se trouvait presque devant chez moi ; j’aurais donc pu prendre mon temps. Malgré tout, je me préparai à partir tôt, une fois de plus. La silhouette de ma mère, assise là sans rien faire, se reflétait dans la porte vitrée de la séparation. Être dans la même pièce que ma mère morte me donnait la chair de poule, tant je détestais ça. Pourtant, chaque fois que je partais ainsi, une vague culpabilité m’enserrait les chevilles, comme si je la laissais seule derrière moi. Parfois, j’avais l’impression que ma mère, recroquevillée sur le canapé du salon, m’attendait sans fin, moi et moi seule.
À vrai dire, j’aimais rester à la maison. C’était peut-être dans ma nature, mais ça avait sans doute empiré parce que Kang Uihyeon venait souvent nous rendre visite autrefois. C’était plus amusant de suivre Kang Uihyeon et Yu Dogyeom quand ils commandaient du poulet que de parcourir les restaurants à la mode avec mes amis.
Mais Yu Dogyeom passait d’une maison d’amante à l’autre depuis trois ans, Kang Uihyeon avait cessé de venir chez nous, et je devais vivre seule avec ma mère morte. Si je ne voulais pas de cette vie, je n’avais pas d’autre choix que de sortir.
Quand j’arrivai au musée après avoir marché tranquillement, la chair de poule me hérissa les bras, comme si je venais d’apercevoir un fantôme. La silhouette familière, semblable à une poupée, qui se tenait à l’entrée en regardant son téléphone me remarqua aussi et ouvrit de grands yeux, surprise.
« Oh, Chaewon. »
C’était Jeong Sujin.
« Tu es venue voir l’exposition, toi aussi, Chaewon ? »
Contrairement à moi, figée de surprise, Jeong Sujin s’approcha avec un grand sourire. Son pantalon rose vif et son sac blanc étaient parfaits pour le printemps. Et je devinai sans peine qu’elle n’était pas venue voir l’exposition seule.
« Oui. Vous êtes venue voir l’exposition, vous aussi, unnie ? »
« Oui. Oppa Uihyeon a dit qu’il arriverait bientôt. C’est drôle de tomber sur toi comme ça. »
Vous voyez ? Je le savais. En regardant le sourire enjoué de Jeong Sujin, je contrôlai soigneusement le mouvement de mes lèvres. J’avais peur de laisser échapper un rire amer. C’était ridicule. J’étais sortie pour un rendez-vous avec un homme qui ne me plaisait même pas, et je me retrouvais à regarder l’homme que j’aimais sans retour depuis toujours flirter avec une autre.
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